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Que pensent les participants du Forum économique de Saint-Pétersbourg des présidents Poutine et Macron ?

Créé en 1997, le Forum économique international de Saint-Pétersbourg réunit des acteurs commerciaux et financiers majeurs originaires des cinq continents. En 2017, le nombre de participants avaient atteint un record avec 14 000 présents. Présidée par le Président de la Fédération de Russie, l’édition 2018 est marquée par un contexte international dans lequel la Russie s’impose comme partenaire diplomatique et commercial incontournable. Par ailleurs, la venue du président français Emmanuel Macron représente également un temps fort de l’évènement. Cet article vise, dans un premier temps, à relater les représentations que se font les participants des deux présidents, puis, dans un deuxième temps, d’analyser les propos tenus en fonction de l’origine géographique des interviewés.

 

 

Expoforum de Saint-Pétersbourg, 8h30. Je descends du bus rempli de membres du personnel en cravate et d’hôtesses en tailleur qui bientôt entameront leur première journée de travail au forum. Le complexe dans lequel se tient l’évènement est assez impressionnant : deux hôtels gigantesques appartenant au groupe Hilton, flanqués d’un bâtiment de Gazprom et d’une église orthodoxe tout aussi imposants. Ils composent la façade extérieure réservée à l’accueil et l’accommodation des participants. On m’apprend que les autres bâtiments que je vois s’effiler en longueur à perte de vue accueillent à proprement parler les stands et les expositions. La sécurité est également tout aussi impressionnante : des dizaines de policiers font la circulation sur les voies d’autoroute de la « петербургское шоссе », des maitres-chiens patrouillent dans les bosquets environnant la place, un hélicoptère est en survol au-dessus du site, chaque accès est sévèrement gardé par des officiers en uniforme, affichant une mine grave et austère. Parallèlement, l’incessant défilé de membres du personnel et d’hôtesses venus prendre leur quartier commencent à s’identifier sous bonne garde à l’aide de badges électroniques. Leur fourmillement est bientôt rejoint par le vertigineux va-et-vient de taxis venus déposer les premiers participants depuis l’aéroport Pulkovo situé à seulement quelques kilomètres.

 

 

N’étant pas enregistré pour l’évènement, je me dirige au stand d’accréditation pour tenter une inscription de dernière minute. Évidemment, on a tôt fait de m’indiquer l’impossibilité de ma demande. Je n’en décide pas moins de rester. L’entrée du forum située à proximité du lieu de dépose des taxis est un excellent point d’ancrage pour réaliser mes interviews : c’est par là qu’arrive toute personne se rendant à l’intérieur du complexe. Étant de fait obligé d’aller au-devant des participants pressés de descendre ou de monter dans un taxi, patientant dans l’attente d’un collègue ou d’une hôtesse d’accueil, je me fixe comme objectif la pose de questions simples et directes afin de limiter le risque de refus de réponse.

 

 

Début des interviews

 

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

Grâce au président russe, les marchés russes se sont de plus en plus ouverts aux marchés indiens et notre société, implantée depuis 20 ans en Russie, en bénéficie largement. Nous avons enregistré un bond de croissance de 15 % ces cinq dernières années. La Russie est un marché porteur pour l’Inde.

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

C’est un président très jeune qui doit encore faire ses preuves.

 

 

Que pensez-vous des relations économiques entre la France et la Russie ?

Je travaille en Russie depuis désormais 10 ans et je puis affirmer que ces dernières années, en raison des sanctions européennes, de très nombreux expatriés français sont rentrés en France faute d’activités. Ces sanctions pèsent davantage sur l’économie française que russe. Je pense c’est une bonne chose qu’Emmanuel Macron soit là pour tenter de relancer des échanges économiques plus constructifs.

 

 

Comment se porte l’économie russe selon vous ?

Notre économie est solide. Nous nous sommes de plus en plus ouverts ces dernières années aux investisseurs étrangers, notamment chinois, sud-asiatiques et indiens. Cette coopération devrait se révéler fructueuse sur le long-terme. Je suis assez confiant pour l’avenir.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

C’est un grand président. Il inspire la confiance aux investisseurs aussi bien russes qu’étrangers. Vladimir Poutine au pouvoir est synonyme pour nos nouveaux marchés de stabilité et c’est le plus important. Notre vice-président, Dimitri Medvedev, joue également un rôle important dans la réussite économique du pays. Il a résolu de nombreuses affaires commerciales épineuses ces quatre dernières années, depuis que les sanctions ont commencé.

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Nous espérons que le président français saura distinguer politique et économie. Cela ne semble pas être le cas si l’on prend l’exemple de la Syrie. Si l’économie russe croît, la France a tout intérêt à investir sur nos marchés. Je pense notamment à l’entreprise Renault-Nissan qui avaient commencé à fermement s’implanter en Russie jusqu’au début de la crise politique avec l’Union européenne et dont le développement a été freiné.

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

C’est un président faible. Dommage, car nous attendons tellement plus de la France.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

Exactement l’inverse de votre président, notre président est fort car il défend les intérêts de notre pays. Peut-être n’est-il pas aussi démocrate qu’un chef d’État occidental mais qu’importe : la Russie a toujours eu besoin d’hommes forts pour la gouverner. Les partenaires commerciaux étrangers ne s’y trompent pas, ils savent qu’en Russie, l’ordre règne, et l’ordre, c’est bon pour les affaires (sourire).

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Je n’y connais pas grand-chose en politique. Je sais simplement que votre président est assez agressif envers notre pays. C’est dommage, car j’aime bien la chanson et le cinéma français. Remarquez, sa présence aujourd’hui montre sans doute son intention de faire avancer les choses.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

Je l’adore. Il est davantage apprécié à Moscou qu’à Saint-Pétersbourg. C’est un réel slave, et les moscovites s’identifient toujours à tout ce qui est exclusivement slave. Saint-Pétersbourg a toujours été davantage tournée vers l’Europe, comme le montre l’évènement d’aujourd’hui. Certes, il aide beaucoup les oligarques russes et il est beaucoup critiqué à cause de cela, mais je pense que c’est normal. Il ne peut certainement pas tellement faire autrement. Toujours est-il, c’est mon président. J’ai voté pour lui (sourire).

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Le président Macron est un modèle de dynamisme et de compétence au sein de la classe politique européenne. À Worldskills, nous nous réjouissons de la participation de la France aux Jeux Olympiques de 2024 et nous espérons que le président français sera en mesure de relever les défis qui l’attendent à ce sujet. Je me réjouis de sa présence à ce forum, tout comme je me réjouis de la présence d’une autre de vos compatriotes : Christine Lagarde, dirigeante du FMI. Deux Français en participants de premier rang au 27ème forum économique de Saint-Pétersbourg, cela montre bien l’importance que revêt encore la France à l’international.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

La Russie est un partenaire économique privilégié pour notre société, et son président est de fait une personnalité importante avec laquelle nous entretenons d’excellentes relations. Nous attendons de ce forum des échanges constructifs et sommes confiants puisque au fil des congrès économiques de ce genre, celui d’aujourd’hui, mais aussi celui de Davos en Suisse, nous ne cessons de nous rapprocher de la Russie.

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Il manque d’expérience en matière de relation internationale à mon sens. La politique de la France, telle que nous la connaissions en Afrique, n’est pas en accord avec sa politique internationale actuelle. L’attaque de la Libye, de la Syrie, les sanctions économiques, les relations entretenues avec le président américain, rien de cela n’est dans la ligne de politique étrangère à laquelle nous étions habitués avec la France jusqu’au début des années 2000.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

Nous sommes là pour tenter de rapprocher les intérêts de nos deux pays. Je pense que la Russie est à l’image de son président : de bonne volonté, ouverte au dialogue. Nous espérons pouvoir amorcer un rapprochement avec les partenaires russes au cours de notre première participation à ce forum.

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Je pense qu’il a assez bien commencé son tout début de mandat et qu’il a eu un gros impact sur la population lors de son élection. Néanmoins, il s’est par la suite montré moins cohérent sur les questions européennes par rapport à ce qu’il avait annoncé lors de sa campagne présidentielle. Pourtant, je suis assez d’accord sur le fond de ses discours : à l’heure d’aujourd’hui, il ne faut plus penser en termes d’intérêts nationaux mais continentaux, il ne faut plus penser en termes d’identité nationale mais d’identité continentale. La France seule ne saurait être en mesure de relever les défis qui attendent l’Europe sur le plan économique. Je souhaite que le président français puisse davantage rassembler les partenaires économiques européens, ce qui met du temps à être le cas.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

C’est un tsar. On peut dire qu’il a créé une profession de non-retour (rire).

 

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

C’est un homme politique déterminé, direct et calme. Au Japon, nous apprécions ce type de personnalité. Il y a à ce jour de bonnes relations commerciales entre le Japon et la Russie et nous espérons les rendre encore meilleure. Nous n’en doutons pas.

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

(sourire gêné) Vous savez, en comparaison avec Jacques Chirac pour qui nous avions le plus profond respect, je pense que, depuis, la France n’a eu que des hommes politiques de faible envergure. Cet avis vaut pour votre président actuel.

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Il est fantastique ! C’est un homme courageux avec une vision politique à long-terme pour l’Union européenne. Je me réjouis également de son rapprochement récent avec le président américain Donald Trump et j’espère qu’ils vont continuer dans cette direction. En tout cas, je considère Emmanuel Macron comme l’enfant prodige de la classe politique européenne actuelle !

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

C’est un homme politique fort, c’est évident, doté également de grandes aptitudes diplomatiques, charismatiques et sportives ! (rires). C’est un homme à poigne et c’est ce dont a besoin ce pays pour être gouverné. D’ailleurs notre entreprise entretenait avec la Russie de bonnes relations jusqu’à l’entrée en vigueur des sanctions. Désormais, nous n’en avons plus tellement mais souhaitons les récupérer dans l’intérêt des deux parties.

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

« Very charming ! »

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

« Very strong ! »

 

 

Comment se passe l’évènement à l’intérieur du forum ?

Il y a beaucoup d’activités à l’intérieur, de nombreux stands avec des participants présentant des graphiques au cours d’exposés. Ils n’hésitent pas à nous poser des questions, signe que notre organisation est bien rodée. Nous accompagnons les participants jusqu’à leur taxi ou les récupérons pour les emmener à l’intérieur. C’est très affairant, mais nous sommes plus de 1 000 et nous préparons depuis deux mois pour qu’il n’y ait aucune faille dans notre organisation.

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Je pense qu’il est très ambitieux mais aussi très influençable. Il s’est couché devant Trump, ce n’est pas à son honneur. En un sens, je le trouve assez jeune pour être président. Moi-même, je n’ai que 18 ans et je sais qu’il y a des choses pour lesquelles je ne suis pas prêt à endosser la responsabilité en raison de mon manque d’expérience. J’ai le même sentiment vis-à-vis du président français : il est peut-être trop jeune pour avoir le discernement nécessaire concernant les questions de politique extérieure.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

Je lui fais confiance à 100 %. Je pense qu’il fait ce qu’il faut pour mener avec raison notre pays. J’ai voté pour lui lors des élections, c’était la première fois que je votais et je suis très content de sa réélection. Sans Vladimir Poutine, notre pays ne se porterait pas aussi bien. La Russie a besoin d’un homme fort pour être bien gouvernée, c’est comme ça. Peut-être est-ce pareil pour la France mais je ne pourrai pas vraiment me prononcer car je ne suis pas expert dans l’histoire de votre pays (rires).

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

Du point de vue de l’homme, c’est un beau garçon, symbole de modernité, correspondant tout à fait aux standards européens. Du point de vue du politique, il ne représente pas vraiment les intérêts français mais davantage les intérêts européens de Bruxelles.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

C’est un homme droit et un homme politique fort, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Par ailleurs, il traîne derrière lui l’ombre du KGB et je vous avouerai que sa personne froide a le don de toujours m’impressionner voire un peu de m’effrayer (rires) Mais il n’en reste pas moins qu’il correspond à ce que le russe moyen attend de son président : défendre les intérêts russes. Ce que moi je pense et ce qu’un peuple pense en tant que nation sont deux choses différentes.

 

 

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

C’est un jeune président dynamique avec lequel mon pays entretient de très bonnes relations.

 

Que pensez-vous de Vladimir Poutine ?

C’est un grand président. La manière dont il gère son pays, pour un pays qui a connu autant de difficultés, notamment après la chute de l’URSS, est cohérente. La Russie est un grand pays, et il lui faut un homme de poigne. Au Congo, nous le comprenons parfaitement. Néanmoins, nous préférons Emmanuel Macron : il est plus démocrate. (rires)

 

À noter : de nombreux participants russes pressement interrogés car peu désireux de répondre à mes questions, ont, de manière assez unanime, répondu par des réponses éminemment positives à la question : « Que pensez-vous de Vladimir Poutine ? » : « le meilleur », « le patron », « excellent », « heureusement qu’on l’a », « rien à lui reprocher ». Il semble Malheureusement, la plupart a refusé de me donner son nom et a même refusé de se faire simplement prendre en photo. J’en conclus néanmoins que le président fait l’unanimité au sein des milieux d’affaires tout comme je déduis qu’il n’est pas de bonne augure pour les hommes d’affaires russes de se faire interroger par un étranger de façon aussi informelle.

 

Que retenir de ces différents témoignages ?

 

Prenons de la hauteur et répertorions en deux tableaux distincts les propos recueillis afin d’avoir une meilleure vue d’ensemble. Je fais le choix de catégoriser les participants en deux sélections distinctes : ceux originaires d’Europe occidentale et les autres.

Le premier tableau recense les impressions des participants originaires de pays hors Europe occidentale :

 

A propos de Vladimir Poutine

A propos d’Emmanuel Macron

 

· « Grâce au président russe … »

 

· « un grand président »

 

· « il inspire la confiance »

 

· « synonyme de stabilité pour nos nouveaux marchés »

 

· « notre président est fort »

 

· « en Russie, l’ordre règne

 

· « pas aussi démocrate qu’un chef d’Etat occidental »

 

· « Je l’adore »

 

· « ‘C’est un réel slave »

 

· « Il aide beaucoup les oligarques russes mais c’est normal »

 

· « C’est mon président. J’ai voté pour lui »

 

· « de bonne volonté, ouvert au dialogue »

 

· « homme politique déterminé, direct et calme »

 

· « Very strong »

 

· « Je lui fais confiance à 100% »

 

· « Sans Vladimir Poutine, notre pays ne se porterait pas aussi bien »

 

· « homme droit »

 

· « homme politique fort »

 

· « Il traîne derrière lui l’ombre du KGB »

 

· « il correspond à ce que le Russe moyen attend de son président »

 

· « La manière dont il gère son pays est cohérente ».

 

·  « Président très jeune »

 

· « doit faire ses preuves »

 

· « Nous espérons qu’il saura distinguer économie et politique (…) Cela ne semble pas être le cas. »

 

· « Président faible »

 

· « Assez agressif envers notre pays »

 

· « (…) intention de faire avancer les choses »

 

· « manque d’expérience en matière de relation internationale ».

 

· « homme politique de faible envergure »

 

· « Very charming »

 

· « Très ambitieux et très influençable »

 

· « Il s’est couché devant Trump »

 

· « Je le trouve assez jeune pour être président »

 

· « beau garçon »

 

· « symbole de modernité »

 

· « correspond aux standards européens »

 

· « il ne représente pas les intérêts de la France mais davantage les intérêts européens de Bruxelles »

 

· « jeune président dynamique »

 

· « Il est plus démocrate ».

 

 

Avant de passer au prochain tableau, il convient d’ores et déjà de préciser que sur 14 interviewés, 10 proviennent de pays hors Europe occidentale. Il s’agit donc de bien prendre en compte ce paramètre et de ne pas se laisser aller outre mesure à l’effet de contraste accentué par l’inégalité des données.

 

Le deuxième tableau recense les impressions des participants originaires de pays situés en Europe occidentale :

 

A propos de Vladimir Poutine A propos d’Emmanuel Macron
 

· « personnalité importante »

 

· « C’est un tsar »

 

· « Il a créé une profession de non-retour »

 

· « homme politique fort »

 

· « grandes aptitudes diplomatiques, charismatiques et sportives »

 

· « homme à poigne »

 

· « modèle de dynamisme et de compétence »

 

· « espérons qu’il relèvera les défis à Paris en 2024 »

 

· « a bien commencé son tout début de mandat. »

 

· « Il a eu un gros impact sur la population »

 

· « moins cohérent sur les questions européennes »

 

· « Je suis d’accord avec le fond de ses discours »

 

· « Je souhaite qu’il rassemble davantage les partenaires économiques européens, ce qui n’est pas encore le cas »

 

· « Il est fantastique ! »

 

· « homme courageux avec une vision politique sur le long terme »

 

· « enfant prodige de la classe européenne actuelle

 

À la lecture de ces deux tableaux, nous observons que les éloges réservés au président russe de la part des participants russes ainsi que des participants asiatiques et africains sont dithyrambiques. Vladimir Poutine suscite de manière incontestable l’admiration des acteurs économiques de par le monde entier, bien au-delà des frontières russes. Les représentations de force, de grandeur, de puissance et de confiance reviennent fréquemment dans les propos des intéressés. Par ailleurs, nous observons qu’il suscite également le respect côté européen. Si certaines allusions sont faites au sujet de sa longévité politique teintée d’arrière-pensée dictatoriale, il n’en reste pas moins que les partenaires européens lui reconnaissent les mêmes vertus que leurs homologues orientaux : celle d’être un homme politique fort, enregistrant de nombreux succès, notamment dans le domaine diplomatique.

Concernant Emmanuel Macron, nous pouvons dire que l’image la plus fréquente lui étant associée est celle de la jeunesse, aussi bien par les partenaires orientaux qu’occidentaux. Il est intéressant de constater la nuance dans ce que représente un tel paramètre pour les européens : « symbole de modernité et de dynamisme » et les non-européens. Avant de développer davantage ce point, soulignons que dans une certaine mesure, le président français suscite de l’espoir dans le domaine du développement économique entre la France et la Russie. Soulignons également que de manière assez unanime, les représentants des entreprises européennes soutiennent Emmanuel Macron ainsi que ce ce qu’il représente au sein de l’Union européenne : un pouvoir nouveau, jeune et dynamique. Néanmoins, là s’arrête le bilan positif du chef de l’Élysée. Si Vladimir Poutine suscite du respect chez les partenaires européens, le constat en matière de représentations des partenaires extra-européens sur Emmanuel Macron est sans appel : notre président est considéré comme un président faible là où Vladimir Poutine est considéré comme un président fort.

Bien que ne me prétendant pas expert ni en géopolitique, ni en économie internationale, j’ose un avis visant à expliquer cet abysse assez spectaculaire. Je pense que la question de la considération attribuée respectivement aux deux présidents est étroitement liée à la question de la souveraineté que chacun assure à son État. En effet, il me semble que les partenaires économiques interviewés sont davantage mis en confiance par un homme politique soucieux de protéger les intérêts de son pays que par un homme politique vu comme le représentant d’intérêts étrangers. Ainsi, les actualités internationales récentes ont donné matière à penser avec d’un côté la soumission de la France aux intérêts anglo-saxons dans laquelle s’inscrivent les sanctions économiques visant la Russie depuis 2014 (critiquées d’ailleurs des deux côtés), et de l’autre l’intervention russe en Ukraine et en Syrie. Les effets directs produits chez les investisseurs et acteurs économiques extra-européens sont la perte de confiance et d’estime pour l’un, la considération et l’éloge pour l’autre. Par ailleurs, comme le dit très bien une interviewée : « En Russie, l’ordre règne, et l’ordre, c’est bon pour les affaires », la souveraineté d’un pays passe aussi par la stabilité dont celui-ci jouit en interne. La Russie n’étant pas aussi régulièrement frappée d’attentats que la France, n’étant pas autant défavorisée par une grogne sociale ni marquée par une crise migratoire d’une telle envergure, elle apparaît plus forte et plus solide que notre pays sur le plan de l’équilibre social, ce qui doit sans aucun doute jouer dans les calculs d’investisseurs étrangers.

En outre, suite à cette série de courtes interviews, j’ai le sentiment que le monde oriental attend la France. Il attend que notre politique reprenne au plus tôt la place qu’elle occupait encore une décennie plus tôt : celle d’une solution alternative, source de notre rayonnement à l’international. Le monde oriental attend avec impatience que nous reprenions notre statut de puissance autonome et que nous cessions de servir des intérêts qui ne sont pas les nôtres. De fait, cette particularité moribonde de notre politique étrangère nuit à l’établissement de bonnes relations commerciales avec les partenaires extra-européens, relations qui passent comme chacun le sait par la confiance qu’inspire un chef d’État. À ce titre, le contraste avec Vladimir Poutine est à ce point marqué qu’il en deviendrait presque caricatural : Macron = symbole de la démocratie et de l’homme politique faible / Poutine = symbole de l’autoritarisme éclairée et objet d’un plébiscite international. Il est vrai que le président russe remplit à l’unanimité son rôle présidentiel par la mise en confiance que génèrent sa personnalité et sa politique de relation internationale. La volonté affichée de tous les partenaires interrogés de se rapprocher de l’économie russe est d’ailleurs une conséquence directe de cette force tranquille que représente Vladimir Poutine.

Pour conclure, je retiens de ce reportage, d’une part, que les acteurs économiques attribuent davantage leur confiance à un homme prouvant sa volonté farouche de conserver l’autonomie de son État, d’autre part, que ces mêmes acteurs se méfient naturellement d’un jeune président. Sur ce point, la divergence des discours entre représentants européens et non-européens traduit manifestement un mode de pensée différent, certainement lié à la culture. Il n’en reste pas moins qu’à mon humble avis, la jeunesse, le modernisme, le dynamisme « new-age » incarnés par le président français, ne semblent pas être des valeurs porteuses de succès économique, à l’instar de la force raisonnée, de l’autorité et de la souveraineté incarnées par le président russe.

De notre correspondant B.Q. à Saint-Pétersbourg

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