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Syrie : le témoignage d’un collectif d’avocats européens

Pascal Junod, Bernard Ripert et Damien Viguier, avocats signataires en mars 2013 d’un appel pour la paix en Syrie, avons répondu positivement à l’invitation qui s’en est suivie de la part de notre confrère Monsieur le Bâtonnier de Damas Skaif Nizar, et nous étions en Syrie du 6 au 13 octobre 2013.

 

Nous ne sommes allés qu’à Damas, au centre-ville, avec une incursion dans un quartier qui venait de subir la chute d’une roquette faisant 11 morts. Mais la veille de notre départ nous avons été témoins d’un attentat à quelques mètres de notre hôtel. Il y a donc des explosions de temps en temps. Les habitants de Damas luttent en continuant de vivre comme si de rien n’était, même si c’est difficile.

Nous avons rencontré des familles en deuil, des militaires, des blessés ; des écrivains, des journalistes ; des confrères (avocats) ; des associations et des hommes politiques indépendants du parti Baas, parti dont le vice-président nous a d’ailleurs reçus ; nous avons été reçus par le président du Parlement, par le Premier ministre, par les ministres de la Justice et de l’Information.

Unanimes, tous déplorent la corruption de nos gouvernants, qui trahissent l’âme de la France. Ils distinguent toujours néanmoins entre la partie corrompue de notre classe politique et le reste de la population française. Ils disent et redisent que nombre de leurs agresseurs viennent d’Europe, et de France en particulier, et même de Suisse, et que ce qui leur arrive va nous arriver en retour.

La Syrie est depuis 1948 un pays en guerre avec son voisin israélien. Mais la situation actuelle a explosé d’abord à cause du facteur démographique : 60 % de la population a moins de 25 ans. La Syrie a cédé aux chants des sirènes d’un certain libéralisme, s’est rapprochée de l’Occident, décidant même d’adopter son modèle économique et institutionnel (multipartisme, élections, intégration des rouages institutionnels supra-étatiques régionaux et mondiaux). Aux récoltes locales, par exemple, ont été préférés les produits importés. À cela se sont ajoutées plusieurs années difficiles pour l’agriculture. Puis il y a eu la crise financière de 2008. Bref, cela s’est traduit par un accroissement de la pauvreté dans les campagnes, provoquant un exode rural imprévu, allié à une montée (entretenue) du mécontentement. Et le pire obscurantisme, instillé depuis les monarchies du Golfe, a pu s’implanter parmi les laissés-pour-compte des banlieues et des campagnes.

Quelques manifestations artificiellement organisées, des provocations habilement orchestrées (tirer, et sur la foule, et sur la police) ont suffi pour mettre le feu aux poudres. Les médias, Al Jazeera en tête, n’avaient plus qu’à inonder les ondes de prédications enflammées, et les services, qu’à livrer armes et cadres, pour transformer la Syrie en un enfer. Sont alors entrés en Syrie, depuis la Turquie et la Jordanie, en flots incessants, aujourd’hui encore, de jeunes décervelés et des repris de justice auxquels on fournit, pour ici-bas, des drogues (des substances insensibilisantes à la douleur subie ou causée), des armes, la possibilité de tout détruire, de piller et de commettre les pires atrocités, et, pour l’au-delà, s’ils trouvent la mort, la promesse d’un jardin de délices.

C’est cette politique dont nos médias sont les complices, parfois complaisamment involontaires certes, comme lorsqu’ils sont conduits par les « rebelles » à visiter des villages syriens, toujours les mêmes, villages qui ne sont que le théâtre de mises en scènes dignes de Disneyland.

Nos gouvernants sont d’autant mieux informés de ce drame qu’ils en sont les véritables commanditaires. Ils ont besoin de tenir les opinions publiques occidentales en laisse pour leur plan avoué et criminel de mise au pas par le chaos, commencé par la Yougoslavie, suivi de l’Irak, puis de l’Afghanistan, et de la Libye. Ils avaient déjà prévu un sort semblable pour l’Iran, et l’on voit bien que ni la Russie (Tchétchénie), ni la Chine (Xinjiang, sans parler du Tibet, de la Corée du Nord, du Japon, des Philippines, etc.), ni même l’Inde ne sont plus à l’abri. L’Amérique latine, qui a subi, elle, ce sort, est en voie de révolte et d’organisation contre ce « désordre mondial ».

Cette guerre est une guerre mondiale. Sur les ruines d’un ordre juridique international fondé sur l’idée de partage du monde entre une pluralité d’États, souverains par définition, dont tous étaient en Europe, rien de viable ne s’est encore construit. La Guerre froide n’a été qu’un bras de fer entre deux mondialismes identiques en leur essence. L’hégémonie de l’un n’a pas apporté la paix mondiale.

En Syrie se joue aujourd’hui la possibilité d’un nouvel ordre juridique international structuré par les relations entre plusieurs grandes puissances, toutes également souveraines, sur des régions délimitées du globe. Il ne servait à rien de dénigrer les frontières et les guerres sur les champs de bataille, qui, pour horribles qu’elles étaient, avaient au moins le mérite de n’avoir lieu qu’entre militaires porteurs d’uniforme, si c’était pour les remplacer par des opérations criminelles dirigées aveuglément contre les populations civiles (femmes et enfants, vieillards, blessés, malades, captifs) et personnellement contre les souverains légitimes et légaux des pays qui résistent à l’idée d’une domination mondiale.

Notre responsabilité est donc maintenant de comprendre et d’informer.

15 octobre 2013

Contact : appeldu1ermars2013@outlook.com

 

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13 Commentaires

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  • ça me laisse sans voix !
    n’hésitez pas à vous rendre sur le site de la pétition... son texte est tout aussi fort.

     

  • nouvel ordre mondial = désordre mondial (pour nous), c’est cohérent, çà va bien dans le sens de l’inversement des valeurs, pour bien nous faire baisser la tête, nous pauvres goyim, et au final ramper devant le peuple élu.
    Le problème avec eux, c’est qu’on ne rampe jamais assez bas, donc je vous laisse imaginer le carnage, en Syrie ou ailleurs...

    "Ils ne s’arrêteront pas d’eux-mêmes" dixit Hervé Ryssen, donc ces avocats ont bien raison : comprendre et informer (dans le sens alerter !).

     

    • Bravo, votre compréhension du monde et de la géopolitique est vraiment impressionnante !

      Bon, le gouvernement israélien préférerait que Assad reste en place mais ça n’est pas grave, un petit détail de rien du tout...


    • #568131

      @ anonyme qui aime l’ironie.



      Bon, le gouvernement israélien préférerait que Assad reste en place mais ça n’est pas grave, un petit détail de rien du tout...



      Heeeeeuuuu...vous rigolez, là, ou vous le faites exprès ? Ils ont bombardé des positions du régime Syrien, l’AIPAC a fait pression sur le gouvernement US pour aller combattre Assad, Fabius a voulu nous envoyer en première ligne par la tignasse de nos cheveux, contre Assad...si les israélien "s’accomodent" du régime de Bachar Al-Assad, c’est pour ne pas perdre la face après avoir constaté que ni eux (plus depuis 2006) ni leurs alliés (maintenant que la Russie revient de l’abime dans laquelle elle était plongée dans les 90’s) ne peuvent envahir la Syrie. Il y a un proverbe Arabe qui dit : "La mains que tu ne peux pas mordre, baise-la !" Dans le cas des sionistes, le proverbe fonctionnait surtout à l’envers tant que les USA n’avaient pas encore vendus leurs dents en or, mais maintenant...


    • Merci gentil "anonyme". C’est pour çà qu’Israel attaque Al-Assad depuis 2011, pour qu’il reste en place ? On est loin de la logique d’Aristote lol...


    • C’est vrai que certains au gouvernement israélien préfèrent avoir un voisin comme Assad (c’est à dire un chef d’Etat responsable, adepte de la diplomatie classique et apportant la stabilité à la région) plutôt que les tarés de Al-Nosra, intégristes fanatiques et débiles prêts à exécuter tout ce qui ressemble à un chrétien, un chiite, un juif ou un laïc. C’est compréhensible.


  • .
    Bel article de propagande, tout y est : la classique corruption de nos gouvernements, le dangereux chant de la sirène libérale, la résistance à la domination mondiale dont on ne nous précise même plus de laquelle il s’agit tellement c’est évident car martelé du matin au soir, et même la guerre mondiale que certains semblent vraiment appeler de tous leurs vœux...

    A part ça l’on apprend strictement rien mais là n’est pas le but. Heu...ils y sont vraiment allés en Syrie ?
    .

     

  • Une pétition pour la paix ! On aura tout vu ! Vous savez ce qu’ils en font de la pétition en face ? Ils se torchent avec !!