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Une défaite électorale de Netanyahu n’annoncera pas la rédemption d’Israël

Arrêtons de clouer au pilori le Premier ministre : les changements seront bien moindres que prévus si le centre-gauche prend le pouvoir.

Benjamin Netanyahu n’a pas « anéanti » ou « détruit » les relations d’Israël avec les États-Unis. C’est bien dommage, car peu de choses ont corrompu Israël plus que ses relations perverties avec l’Amérique. Le Premier ministre israélien n’a fait que détruire ses relations personnelles avec l’administration US actuelle. Ce n’est pas une bonne chose, mais ce n’est pas catastrophique.

Washington continuera à financer, armer et soutenir Israël aveuglément dans toutes ses guerres et occupations, avec Netanyahu ou sans lui. Et son embrassade étroite avec les premiers ministres israéliens reprendra une fois que l’actuel aura été remplacé. Attendez seulement de voir les Américains et les Européens applaudir si Isaac Herzog est élu ; vous verrez comment tout reviendra à la normale avec aucun dommage durable.

Les représentations de Netanyahu comme le destructeur des relations américano-israéliennes font partie d’une campagne de diabolisation qui atteint maintenant son apogée. Israël est frappé par une malédiction, et cette malédiction est nommée Netanyahu, lui seul.

Il est le diable incarné. Chaque détail de son comportement répulsif est dépeint comme un crime et une calamité nationale – fournissez-nous seulement d’autres exemples tels que le fait de se faire livrer des meubles de jardin ou d’empocher l’argent de la consigne des bouteilles sur les deniers de l’État, et nous vous montrerons le diable qui séjourne dans la résidence du Premier ministre.

Oui, Netanyahu est un mauvais Premier ministre, mais pas bien pire, si c’est le cas, que la plupart de ses prédécesseurs. Il s’est lancé dans moins de guerres injustifiées qu’Ehud Olmert, il a construit moins de colonies qu’Ehud Barak (par rapport à la durée de son mandat), et il est apparemment moins corrompu qu’Ariel Sharon. La situation d’Israël s’est détériorée dans de nombreux domaines au cours de son mandat, mais ce processus n’a pas commencé quand il a pris le pouvoir et ne se terminera pas avec son départ.

On se figure que le seul problème d’Israël est Netanyahu, et que son renvoi annoncera la rédemption. Mais Netanyahu n’est pas le seul problème, ni même le principal problème d’Israël, et son retrait ne résoudra absolument rien.

L’insistance continuelle des projecteurs sur lui a depuis longtemps dépassé les limites rationnelles ; c’est comme des cérémonies de vaudou ou des rituels d’exorcisme. Peut-être que son effigie sera brûlée aux feux de joie de Lag Ba’omer en mai. Peut-être que son effigie sera brûlée aux feux de joie de Lag Ba’omer en mai. Une malédiction pèse sur Israël et son nom est Netanyahu, seulement Netanyahu. Il incarne tous nos démons, sans même mentionner sa Lady Macbeth [son épouse].

Comme c’est facile de l’accuser de tout. Comme c’est commode d’épingler tous les maux de ce pays et de cette société sur son image impérieuse, avec ses cheveux gominés et son faux pathos, en croyant que ce n’est pas de nous que viennent tous les maux, mais de lui. Comme c’est facile de croire que tout ira bien lorsqu’il sera parti, que toutes les blessures seront guéries et que les fleurs s’épanouiront par milliers.

C’est évidemment là le moyen facile de faire face aux problèmes, un moyen typique d’une société plongée dans le déni. Il constitue, à lui tout seul, les « avant-postes illégaux » dont le démantèlement mettra fin à l’occupation. Il est comme était Yasser Arafat ; si seulement il pouvait disparaître, la paix prévaudrait. Si seulement nous nous débarrassons de Netanyahu, tout ira bien.

Cela est risible lorsque l’on considère les rivaux de Netanyahu : Isaac Herzog, Tzipi Livni, Yaïr Lapid et Moshe Kahlon. S’ils prennent le pouvoir, les changements seront bien moindres que ce qui est prévu par cette campagne de diabolisation.

Comme c’est facile de rallier des voix contre lui et comme c’est « à la mode » de soupirer « Oh, ce Netanyahu ! » Donnez-nous plus d’armes pour embrocher cet ennemi du peuple. Ce n’est pas qu’il n’y ait rien sur quoi on puisse l’attaquer – la liste de ses méfaits est longue – mais les exagérations et la concentration des critiques sur lui seul ont rendu la campagne électorale suspecte.

Mardi [3 mars], il s’exprimera lors d’une session conjointe du Congrès américain. Les analystes israéliens, qui ne sortent jamais du consensus de la horde, vont rivaliser d’ardeur pour l’accabler des traits les plus perçants et décrire le plus éloquemment les torts « historiques » que son discours causera aux relations américano-israéliennes. Mais bientôt, un nouvel escadron des derniers modèles d’avions de combat va atterrir ici, fourni par les États-Unis à l’Israël de Netanyahu pour qu’il puisse bombarder Gaza une nouvelle fois.

Gideon Levy

Source : haaretz.com du 1er mars 2015.

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