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Agriculture : que préconise le Forum de Davos 2017 ?

Tout pour les grandes entreprises

Les enjeux de l’agriculture commerciale sont considérables. À chaque saison, les agriculteurs font un pari sur la récolte qui leur rapportera le plus ou la variété de semence qui leur procurera les meilleurs rendements. Et les bénéfices peuvent être élevés. Mais les pertes provoquées par une mauvaise récolte, une baisse soudaine des prix ou des escroqueries de la part des intermédiaires sont tout aussi fréquentes. Le poids de la dette est bien connu du monde des agriculteurs.

 

Inutile de préciser que les grandes entreprises elles aussi essaient de garantir leurs bénéfices dans un secteur qui est au cœur d’enjeux très importants. Mais contrairement aux agriculteurs, les entreprises mondiales des secteurs alimentaire et agricole disposent de multiples ressources qui leur servent de filet de sécurité face aux nombreux risques inhérents à l’agriculture. L’une de ces ressources est le Forum économique mondial (WEF en anglais) dont le rôle est crucial quand il s’agit d’aider les grandes entreprises à maintenir ou à augmenter leurs marges de profits.

Plusieurs décisions émanant du Forum économique mondial de Davos de janvier 2017 confirment bien cette réalité. Un communiqué de presse du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD), annonce ainsi qu’un groupe de 25 entreprises internationales ont uni leurs forces pour lancer FReSH, la Réforme alimentaire pour la durabilité et la santé, sous la houlette du WBCSD et de la Fondation EAT, en laissant la porte ouverte à d’autres participants potentiels. FReSH servira de plateforme pour le secteur privé. FReSH suit les mêmes principes que les autres projets du WEF qui bénéficient aux grandes entreprises alimentaires comme Nestlé, PepsiCo et Unilever.

En 2009, le Forum économique mondial avait lancé le programme « Grow » dans le cadre de sa Nouvelle Vision pour l’Agriculture ; le programme était mené par 31 « entreprises partenaires » appartenant au secteur alimentaire, de la transformation à la vente. Quatre-vingt-dix pour cent de celles-ci avaient leur siège aux États-Unis et en Europe, et pourtant le programme est entièrement axé sur l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie, les principaux marchés porteurs de l’industrie alimentaire mondiale.

Dans la logique des partenariats public-privé, les entreprises participant à Grow cultivent des liens étroits avec les gouvernements, afin d’accroître leur mainmise sur les marchés et les chaînes d’approvisionnement. Grow prétend promouvoir la sécurité alimentaire et bénéficier aux petits agriculteurs. Mais le programme, qui se concentre sur quelques produits agricoles à forte valeur ajoutée – comme les pommes de terre, le maïs, le café, le thé et l’huile de palme – révèle son véritable objectif : l’expansion d’une poignée de produits agricoles pour servir les intérêts des grandes entreprises. Les conséquences pour les communautés, la biodiversité, la nutrition et le climat sont potentiellement catastrophiques.

FReSH aussi bien que Grow reconnaissent que l’agriculture est l’une des causes principales du changement climatique et affirment clairement la nécessité de transformer la manière dont l’alimentation est produite et distribuée. Mais l’observation sur le terrain montre que jusqu’à présent, les projets de Grow n’ont pas beaucoup contribué à réduire l’usage des engrais azotés, qui constitue la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre dans la production agricole. Les agriculteurs impliqués dans les projets de production de pommes de terre et de maïs au Vietnam et en Indonésie, par exemple, ont accru leur utilisation d’engrais, parce que les variétés qu’ils sont obligés, par contrat, de cultiver sont même fournies avec des engrais azotés par l’entreprise norvégienne Yara, l’un des piliers de la Nouvelle vision pour l’agriculture du Forum économique mondial et l’un des leaders de l’Alliance pour une agriculture intelligente face au climat et du projet FReSH. On le voit donc, toutes ces initiatives dominées par les grandes entreprises sont intimement liées.

Quant aux grandes entreprises investies dans ces programmes, elles se préoccupent avant tout de « relier davantage de pays aux chaînes de valeurs mondiales » et d’augmenter la production des matières premières agricoles pour l’exportation, un objectif fondamentalement opposé aux véritables solutions au changement climatique. Les chaînes de valeur mondiales détruisent les systèmes alimentaires locaux peu polluants pour favoriser des systèmes très polluants qui nécessitent transport à longue distance, transformation, stockage, emballage, réfrigération et commercialisation.

Alors qu’aujourd’hui l’agriculture est presque exclusivement jugée en termes de capacité à produire des matières premières, on a tendance à oublier que son rôle primordial est de nourrir les gens. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, la FAO et le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation estiment tous que les petits agriculteurs produisent jusqu’à 80 pour cent de la nourriture dans les pays non industrialisés. À quoi bon transformer des producteurs d’aliments variés destinés aux marchés locaux en fournisseurs d’un nombre limité de denrées pour les chaînes de valeur mondiales ?

Pour les entreprises soutenues par le WEF, comme le montre une étude récente, ce changement serait « gagnant-gagnant ». Mais cette vision ne laisse aucune place aux petits paysans ou aux petits commerçants et transformateurs alimentaires, si ce n’est quand ils peuvent être inféodés à l’objectif premier des grandes entreprises alimentaires : garantir l’approvisionnement en denrées et en matières premières bon marché pour la transformation alimentaire, tout en vendant toujours plus d’intrants agricoles industriels. La biodiversité et la sécurité alimentaire ne peuvent qu’en souffrir. De même que les moyens de subsistance des paysans, au fur et à mesure que ceux-ci s’enfoncent dans la dette et la dépendance vis-à-vis des plus grosses entreprises mondiales.

Il est important de voir les programmes du WEF pour ce qu’ils sont réellement, c’est-à-dire des mécanismes destinés à accroître l’emprise des grandes entreprises.

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