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5 décembre : Animaux

La Fontaine, Orwell et les Morlocks

Comme personne ne nous a interrogés sur les Fables de La Fontaine, on va s’interviewer tout seuls, à la Rédaction. En même temps, quand on voit nos questions et nos réponses, on comprend pourquoi on n’a pas été invités.

***

Question con numéro 1 : Les Fables, vous en pensez quoi ?

On aime bien les Fables parce que ce sont de délicieux morceaux de vie, de connaissance, et de morale. Vous remarquerez qu’elles ne sont plus enseignées en classe, à la place, on a la merde woke. La morale n’intéresse pas les néolibéraux, ils préfèrent pas, parce qu’en général ils sont corrompus et vicieux et ils enseignent la corruption et le vice.

Question 2 : Revenons sur La Fontaine, voulez-vous ? Est-ce qu’il a plagié Ésope ?

On s’en fout un peu parce que le processus créatif, comme dans la musique, les sciences ou la peinture, c’est une assimilation du passé pour produire du neuf, mais jamais du 100 % neuf, il faut une base ancienne, pour augmenter ou complexifier le niveau.

Question 3 : Quelle est votre fable préférée ?

On s’en souvient vaguement, une histoire de belette qui vient chouraver de la bouffe dans un grenier, elle passe par un petit trou mais, au moment où elle veut ressortir, elle est tellement grosse qu’elle passe pas et se fait pincer, ou un truc dans le genre. On aime bien cette idée du non-retour. Et aussi de faire gaffe à ce qu’on bouffe ou ce qu’on fait car comme dirait Gladiator, ce que tu fais ici résonne dans l’éternité.

N’importe quoi. Question 4 : Y a-t-il aujourd’hui des productions de fables ?

Oui, avec Véran et Attal, on est servis ! On plaisante, ces deux clowns ne font pas dans la grandeur, ça se saurait. Il n’y a plus de fables aujourd’hui car on a l’impression que Jean a tout dit, c’est dur de trouver du nouveau en matière de morale, on pense aussi à La Rochefoucauld, des types comme ça. Sinon Alain, plus près de nous, ou même Nietzsche, qui était bon dans ses shorts, pas les bermudas mais ses petites sentences morales. C’est quand il devient grandiloquent qu’il est chiant. En cela, Friedrich a entretenu la tradition d’Ésope, de Jean, et puis des grands Français du XVIIe. Beaucoup se sont essayés à ce sport, mais c’est hyper pointu.

Question 5 : Et la poésie, dans tout ça ?

Bonne question, pour une fois. La poésie a été assassinée par tous les trous du cul qui pensaient que c’était facile, et qui ont aligné, comme Prévert, trois phrases vides de sens pour donner l’impression de grandeur, du cérémonial de pacotille, oui. Prévert était peut-être un bon scénariste pour le cinéma, mais un mauvais poète, malgré le succès qu’il a connu : il a juste flingué le genre. Après, c’est la cata, le tas de merde dénoncé par Boudard. Certes, c’est pas facile de draguer avec du Lamartine, mais il y a des poètes contemporains qui reviennent à la rime, à la phrase, au scalpel. Houellebecq, à ses débuts, faisait de la bonne poésie urbaine, bien déprimante, bien salingue humainement, puis il a écrit des romans, on connaît la suite. On va sortir un bon doss sur la poésie, ses assassins et ses sauveteurs.

Question 5 : Un dernier mot sur Jean ?

Ben, un putain de maître, si on peut oser l’expression. Les mots vont tellement bien ensemble qu’on se demande s’ils n’ont pas été créés pour ses fables. Tout s’imbrique bien, les pieds, la musicalité, le sens, la distance, l’humour, la vacherie, c’est du très, très haut niveau, huilé de ouf, une perfection narrative et stylistique.

 

 

Question 6 : Et Orwell ?

Faut lire 1984, qui parle pas de SOS Racisme mais d’une dystopie, La Ferme des animaux, une charge violentissime contre la libération des bas instincts, et ses autres bouquins. On sait qu’on n’a pas le droit de faire de la pub pour d’autres livres, sinon on est fusillés, mais son Dans la dèche à Paris et à Londres est un mister pisse.

On dit masterpiece, pas mister pisse.

Ta gueule. Donc George & Jean, c’est du high level. On conseille d’ailleurs aux parents en manque d’inspiration, de temps ou d’énergie en fin de journée, de lire à leurs enfants, même grands (ça fera chier les ados, c’est bien) de lire une fable par soir, sérieux ! Au bout d’un an, leurs gosses auront enrichi leur vocabulaire, leur imagination, affuté leur sens politique – c’est du Machiavel pour débutant – et pourront commencer à écrire, car c’est sacrément formateur.

 

 

En prose, tu mets un mot après l’autre et tu te casses, tu te prends pour un écrivain. La poésie en rimes, c’est la face nord, un travail éprouvant, doublé d’un plaisir violent (décharge de dopamine) quand tu trouves le mot juste, exactement comme les Mayas, qui montaient leurs pyramides avec d’énormes pierres parfaitement taillées pour se poser sur les autres, sans mortier. Tu pouvais pas mettre une feuille de papier à cigarette entre !

Il n’y avait pas de cigarettes, à l’époque.

 ?... La bonne poésie, c’est pareil : une recherche de la perfection. On est loin de la littérature de pissotière de gare d’aujourd’hui, avec toutes ces grosses connes qui nous cassent les…

Merci d’éviter les gros mots.

Oh, ta gueule !

***

***

Les Eloïs et les Morlocks – Fable

Prologue

Les beaux il y a longtemps / chassèrent les laids sous terre
Vainqueurs vécurent dessus / vaincus restèrent dessous
Ces peuples ne se touchaient / pour ainsi dire jamais

Fable

C’est l’histoire des Eloïs / beaux et blancs comme des anges
Qui vivaient au-dessus / de créatures étranges
Celles-ci grouillaient sous terre / se traînant comme des loques
Jalouses des dieux vivants / c’était donc les Morlocks

Leur vie n’était pas drôle / sans lumière et sans joie
Ils auraient tant aimé / être aussi de grands rois
Mais la place était prise / et les Eloïs riaient
Leurs chants étaient torture / les Morlocks se rongeaient

Leur vie étant trop dure / un jour ils dirent assez
Ils surgirent par des trous / empoignèrent des racés
Les ramenèrent sous terre / se mirent à les manger
Soudain chez les Eloïs / la vie devint danger

Voyant des trous partout / les bouchaient par milliers
Mais les rusés Morlocks / attrapaient par les pieds
Les anges qui piétinaient / au-dessus de leur tête
Leur vie devint enfer / il n’y eut plus de fête

Épilogue

Bien nourris aux Eloïs / les Morlocks prirent confiance
Ouvrant des galeries / faisant entrer lumière
Reprirent leur territoire / et découvrirent la danse
Les Eloïs se cachèrent / on en vit même sous terre

Moralité : Ce que tu fais à l’autre, Dieu te le fera

 

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13 Commentaires

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  • #3290073
    Le 5 décembre 2023 à 17:49 par Oméga
    5 décembre : Animaux

    À la fin du reportage sur Orwell, il parle des technique du pouvoir afin que les gens perdent le contrôle de leur propre vie... Cela me ramène à certaines notions vues lors de mes cours de psychologie : dépersonnalisation Il s’agit d’un sentiment de perte de sens de soi-même, dans lequel un individu ne possède aucun contrôle de la situation. Le symptôme peut être ressenti pendant quelques secondes à la suite d’un stress intense et prolongé (notamment lors de crises d’angoisse) ou encore d’une façon qui semble volontaire et organisée. Je pense notamment aux divers attentats, ou une gestion de crise désastreuse (COVID) qui s’apparente singulièrement à une volonté de contrôle qui s’inscrit dans la durée. Les personnes sentent avoir changé, ressentent une prise de recul important par rapport à eux-mêmes. Ce symptôme semble être un mécanisme de protection de l’esprit contre une anxiété qu’il ne peut plus supporter. Malgré son caractère relativement bénin, le phénomène engendre de grands niveaux d’anxiété, ce qui peut renforcer l’anxiété et conduire à une intensification du symptôme. Les individus souffrant de "dépersonnalisation" se sentent à la fois détachés du monde et de leur propre identité ou incarnation physique. Souvent, les personnes ayant expérimenté la dépersonnalisation disent avoir l’impression que « la vie ressemble à un film, les choses paraissent irréelles, floues, sensation de vertige et de grosse fatigue. » Le sentiment d’identité de l’individu se brise, d’où l’appellation de "dépersonnalisation". La dépersonnalisation peut déclencher d’importants niveaux d’anxiété, qui peuvent augmenter de loin ces perceptions.
    Avec une telle définition on comprend mieux les objectifs et mécanismes de l’ingénierie sociale à l’oeuvre. Orwell avait vu juste, le pouvoir tente par tous les moyens d’ôter l’autonomie des citoyens, puis des peuples, et enfin de les isoler par tout les moyens possibles en détruisant les groupes, les communautés, et jusqu’au noyau familiale. Le mouvement WOKE à lui seul, sape toutes les bases saines d’une quelconque stabilité (sécurité) en allant violament à l’encontre des lois naturelles les plus élémentaires, ce qui constitue de fait une agression psychique intense envers les individus sains d’esprit qui peinent à y trouver un sens, sens qui n’existe pas bien entendu et c’est voulu ainsi.

     

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  • #3290080
    Le 5 décembre 2023 à 18:21 par aetius
    5 décembre : Animaux

    Et le chariot d Hermès, vous connaissez ? C’est aussi d Esope.

     

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  • #3290095
    Le 5 décembre 2023 à 18:47 par Oileb
    5 décembre : Animaux

    Excellent ! Merci pour la barre de rire !

     

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  • #3290107
    Le 5 décembre 2023 à 19:23 par ursus
    5 décembre : Animaux

    J’adore le ton : du bon sens, bien tourné, avec un brin de grossièreté comme je les aiment, à l’ancienne
    La lecture des fables de la Fontaine devraient être obligatoires pour tous...

     

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  • #3290114
    Le 5 décembre 2023 à 19:39 par John
    5 décembre : Animaux

    Gad Elmaleh et Tomer Gazit approuvent la réponse à la question 2.

     

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  • #3290119
    Le 5 décembre 2023 à 19:49 par Rothmans
    5 décembre : Animaux

    Tout ce que j’ai à dire, c’est que c’est mieux qu’L.F.I !

     

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  • #3290132
    Le 5 décembre 2023 à 20:39 par H. K. Daghlian
    5 décembre : Animaux

    La Fontaine aurait plagié dites donc,
    "La Machine à explorer le temps"
    En fumant du tabac avec les Mayas,
    Mais que fait Orwell dans tout cela ? ...

    ...ou bien alors je n’ai rien compris à l’article

    Poésie à part, le ton léger de l’interview est définitivement incompatible avec les manches à balai qu’ont les journalistes de notre temps, inutile de mentionner leur emplacement exact.

    Ça donne vraiment envie d’acheter le bouquin et de le lire à ses gosses, ça les changera de Titktok

     

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  • #3290210
    Le 6 décembre 2023 à 07:25 par F
    5 décembre : Animaux

    L’humour E&R : encore mieux que Dieudonné !

     

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  • #3290262
    Le 6 décembre 2023 à 10:11 par que faire
    5 décembre : Animaux

    I’ fait chier Samuel avec ses questions, mais les réponses sont excellentes !

    Je vais donc lire Orwell, il est dans la dèche j’me sentirai moins seul !

    Y’a un truc chiant et tendance aussi, donc chiant, c’est que les éditeurs préfèrent des couvertures style BD, à une photo de la tronche à Orwell par exemple, ou une autre photo, ou à une peinture classique... bref bientôt les Balzac seront ornés d’un Geluck, parce que les chats à toutes les sauces c’est tendance !

    Infantilisme rampant de la société qui tend à nous débarrasser d’une certaine exigence esthétique acquise pouvant heurter la masse de crétins tatoués et peinturlurés chaque année plus nombreuse, ce qui ne va ça va pas aller en s’arrangeant -> en route vers l’idiocratie.

    C’est un détail me direz-vous mais le diable se cache dans les détails !

     

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  • #3290445
    Le 6 décembre 2023 à 17:27 par leg XIIII
    5 décembre : Animaux

    Au delà du (très bon) article, j apprécie egalement la gravure de l illustration de cet article.
    Quelqu’un saurait il me dire d’où elle provient ?

     

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    • #3290725
      Le Décembre 2023 à 12:25 par elba
      5 décembre : Animaux

      Illustration de Gustave Doré - fable de La Fontaine "les loups et les brebis."

       
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