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Affaire Cassez : halte à la diplomatie émotionnelle !

Par Aymeric Chauprade

Le président de la République et sa ministre des Affaires étrangères ont choisi de sacrifier ala relation entre la France et l’un des pays les plus importants d’Amérique Latine, le Mexique, officiellement au nom de « l’innocence d’une Française », en réalité au nom d’une pitoyable stratégie de communication émotionnelle à usage purement intérieur.

L’instrumentalisation du sentiment s’est désormais complètement substituée, dans tous les domaines (sécurité, justice, économie…), à la vraie politique, laquelle consisterait à traiter en profondeur la racine des problèmes. Nos gouvernants ne savent plus que larmoyer, devant des micros, tout en s’agrippant aux caméras des familles de victimes.

Attardons-nous un instant sur le fond de cette lamentable affaire Cassez. En décembre 2005, l’arrestation d’Israel Vallarta Cisneros et de sa compagne française, Florence Cassez, sonne le glas d’un terrible gang de kidnappeurs, « Los Zodiacos » lequel s’est rendu coupable de dizaines d’enlèvements, d’assassinats, de tortures et de viols. Plusieurs victimes, hommes, femmes et enfants témoignent et accusent Florence Valdez d’avoir participé aux séquestrations d’otage (qui se passaient dans le ranch où elle vivait avec son compagnon).

Voici un extrait du témoignage écrit de la dernière victime du clan « Los Zodiacos », paru dans la presse mexicaine et bien sûr occulté par la presse française :

« Mon nom est Cristina Rios Valladares. J’ai été victime d’une prise d’otage, aux côtés de mon époux Raul et de mon fils Christian qui avait 11 ans (…) Nous avons appris la nouvelle de la peine de prison que Florence Cassez méritait, cette femme dont j’avais écouté la voix à maintes reprises pendant ma captivité. Une voix d’origine française qui bourdonne encore aujourd’hui dans mes oreilles. Une voix que mon fils reconnaît comme celle de la femme qui lui a pris du sang pour l’envoyer à mon époux, avec une oreille qui lui ferait penser qu’elle appartenait à mon fils (…) Maintenant j’apprends que cette Florence réclame justice et clame son innocence. Et moi j’entends dans ces cris la voix de la femme qui, jalouse et furieuse, hurlait sur Israel Vallarta, son petit ami et chef de la bande, que s’il recommençait à s’approcher de moi, elle se vengerait sur ma personne ».

Contrairement aux partis dominants qui, à l’unisson, semblent vouloir faire de Florence Cassez un nouveau Dreyfus, nous ne voulons pas être définitifs sur cette affaire. La reconstitution spectaculaire devant les caméras de la télévision mexicaine, au lendemain de l’arrestation, en 2005, obéissait sans doute à une volonté de la part du gouvernement mexicain de médiatiser son action de répression de ce qui est un véritable fléau au Mexique : les enlèvements de personnes privées avec demande de rançon et mutilations. N’oublions pas que le président mexicain est confronté à des gangs criminels et des cartels qui, depuis 2006, ont fait plus de 30 000 morts dans ses forces de sécurité. Il s’agit d’une véritable guerre, et c’est la raison pour laquelle le petit caprice émotionnel du Tout-Paris n’impressionne guère les Mexicains. Il n’en demeure pas moins que cette reconstitution a contribué à ternir la procédure judiciaire mexicaine ; mais il faut raison garder : elle ne doit pas en effacer le contenu.

La vérité, c’est que le Mexique, grand pays membre de l’ALENA, et puissance importante de l’Amérique Latine, dispose d’un vrai système judiciaire, et que les faits sont accablants pour Florence Valdez. Les témoignages sont là, et il est difficile par ailleurs (simple remarque de bon sens) de faire croire que Florence Cassez ait pu vivre pendant autant de temps dans un ranch où s’activaient une bande de tueurs, avec des armes et des munitions partout, des otages cachés et souvent torturés, ceci sans n’avoir jamais rien remarqué ! On la sent en tout cas beaucoup moins naïve depuis qu’elle s’occupe de sa défense et que, de derrière les barreaux et depuis son téléphone mobile, elle dicte au Président de la France la politique qu’il faut suivre.

Au moment où la diplomatie française semble définie par la famille Cassez, il convient de remarquer que celle-ci n’a pas toujours dit la vérité. Ainsi, les parents de Florence Cassez ont-ils affirmé à la presse française qu’ils ne connaissaient pas le compagnon de Florence, Israel Vallarta. Manque de chance, la presse mexicaine a publié les photos de Bertrand Cassez, le père, en train de trinquer avec Israel Vallarta dans le ranch Las Chinitas, à 29 km de Mexico !

Cette affaire me fait penser à celle des deux Françaises, Sarah Zaknoun et Cécile Faye, emprisonnées en 2008 en République dominicaine pour trafic de drogue, et graciées en décembre 2009 par le président dominicain à la suite d’une campagne médiatique puis politique, depuis Paris. Je suis personnellement bien placé pour savoir que dans cette affaire, le même impératif médiatique et émotionnel faisait office de politique et écrasait le fonds du dossier. Heureusement pour les deux gentilles « vacancières », le Président dominicain voulait faire plaisir à la France et à son président. Mais la justice dominicaine n’avait pourtant pas été prise d’hallucination collective, pas plus que celle du Mexique et des victimes qui ont témoigné !

Il semble donc que dans notre pays, il y a des théories du complot autorisées et d’autres qui ne le sont pas. Il est par exemple autorisé et même encouragé de penser (reprenez les chroniques de pseudo-experts de la Russie après le récent attentat de l’aéroport de Moscou) que les Russes s’infligent des attentats tout seul, comme il est manifestement souhaitable de penser qu’une Française puisse être victime d’un gigantesque complot hier dominicain, aujourd’hui mexicain. Décidément, ne sont pas forcément xénophobes ceux que l’on croit. A lire la presse aujourd’hui, l’Amérique Latine c’est Tintin chez les Picaros ou l’Oreille cassée, au choix. Ah ces Mexicains, tous des « sergents Garcia » corrompus !

Je pense aussi à l’affaire Cesare Battisti, ce terroriste italien d’extrême-gauche, que les médias français s’étaient mis en tête de faire libérer, au mépris de la justice italienne et des relations avec ce pays ami. On y a retrouvé les traditionnelles leçons de morale française, le mépris pour nos voisins et amis, le déni de justice et de souveraineté d’un partenaire de l’Union européenne.

Je pense aussi à la gestion de l’affaire Bettancourt (la première, celle d’Ingrid), qui fut lamentable pour nos relations avec la Colombie.

Nous avons tout faux dans ces affaires ! Non seulement, à chaque fois, il est beaucoup plus probable que nous nous préoccupions de coupables que d’innocents, mais qui plus est, nous affichons devant le monde entier une arrogance sans nom, un mépris pour la justice et la souveraineté de ces pays, comme si d’ailleurs notre justice et notre démocratie étaient exemplaires !

En définitive, le problème fondamental de notre diplomatie en Amérique Latine ne tient-il pas au fait que nos gouvernants n’y aient aucune habitude de vacances ? S’ils avaient des villas en Colombie, ou s’ils se doraient sur les plages du Mexique, plutôt qu’en Tunisie ou en Egypte, peut-être feraient-ils preuve de moins d’arrogance ? Avec beaucoup d’humour, Elisabeth Levy suggérait que Florence Cassez avait la chance que le Mexique ne s’intéresse pas à l’avion Rafale, sinon elle serait oubliée depuis longtemps, par le pouvoir… et aussi par les médias !

Ces opérations médiatiques à usage intérieur, qui visent ici, notamment pour la Ministre des affaires étrangères, à se refaire à bon compte une image émotionnelle positive après l’affaire de Tunisie, ne sont pas dignes du gouvernement de la France. Cette politique émotionnelle, « du coup médiatique », qui contamine jusqu’à notre politique étrangère, est devenue absolument insupportable ; elle finira d’ailleurs pas se montrer contre-productive pour ceux qui en usent. Car si les Français ont des émotions et peuvent tomber dans ce genre de piège, ils comprennent par ailleurs de plus en plus que le pays est gouverné dans l’instant, sans vision stratégique, et que sa tête se pose de moins en moins la question du Bien commun.

 



Article ancien.
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8 Commentaires

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  • En même temps Sarkozy a remis les insignes de chevalier dans l’ordre du mérite aux geôlier de "Salah Hamouri" ... étudiant français emprisonné dans le pays de l’apartheid !


  • Monsieur

    Si vous traitez le sujet fort intéressant de la même manière que vous abordez le sujet de Florence Cassez, c.a. d avec la seule reproduction d’extraits de lettre d’une personne qui vit confortablement à la solde de l’État Mexicain à San Diego , avec la seule crainte qui ne soit bien fondée, celle de se faire réinterroger par un juge digne de ce nom.
    je doute que vos analyses soit objectives et fondées.
    Un minimum de connaissance du dossier vous aurez conduit à plus de modération ; mais peut être n’en avez vous pas eu le temps ou l’envie. Alors de grâce, si vous souhaitez être crédible, soyez plus objectif, vous e serez grandi


  • Le rédacteur de cet article à mon simple avis est très partial dans l’affaire de Florence Cassez et ce n’est que de ce seul sujet que le bas blesse. La france n’a aucune véléité en vers le grand peuple du Mexique et sa civilisation, mais nous sommes entrain de parler d’une jeune fille à la recherche d’un travail au mexique et qui d’un seul coup est propulsé au 1er rang du gang du Zodiac au même titre que le chef d’un cartel et fait l’actualité télévisé qui tourne en boucle. Alors que cette jeune fille avait fini par trouver un travail et un appartement et qu’elle procédait au déménagement de ses affaires, elle est arrêtée sur une route de mexico et séquestrée dans une camionnette durant toute une nuit pour être conduite dans un montage filmé. où sont les droits de Florence et sont-ils respectés ?


  • Les juges mexicains ont raison, la gentille kidnappeuse est coupable et doit rester le
    reste de ses jours en prison pour notre sécurité à tous.


  • #3577

    Ce qui compte avant tout dans son article ce n’est pas son avis sur la culpabilité de F. Cassez, mais son avis sur les méthodes diplomatiques de la France, qui n’ont plus rien à voir avec de la diplomatie depuis que Sarkozy est au pouvoir, un enchainement de coup médiatique ne faisant pas politique et s’avérant évidement inefficace au possible (par contre ça permet de monter dans les sondages le temps de la prise de position ! ... mais qu’en sera-t-il une fois l’échec révélé ? Sarkozy trouvera bien une façon de faire reposer l’échec sur quelqu’un d’autre).


  • Bonjour.
    Les faits sont parlants. Et la défense incroyable de cette femme que tout accuse aussi. L’absolu consensus politique et médiatiaque sur cette affaire rappelle celui envers l’espionne Clothilde Reiss, qualifiée d’innocente injustement arrêtée, et de manière générale les actions de manipulations mentales de l’Empire et ses agents.
    L’affirmation sans preuve mais sans l’existance du moindre doute d’un coup monté par le gouvernement mexicain et la montée au créneau de Sarko ne se comprennent que s’il s’agit d’une barbouze. Sarko veut empêcher qu’elle parle en lui envoyant des signaux forts de soutien : elle devient très très génante, car elle sait qu’elle est foutue . Et à sa mort, on pourra se demander qui aura finalement commandité son assassinat : par peur qu’elle parle ou pour la punir de ne pas parler ?
    C’est quand même curieux que Chauprade se contente d’expliquer cette affaire par juste une stratégie de comm émotionnelle de Sarko. Ce n’est pas très sérieux à ce niveau là. C’est halte aux opérations barbouzardes qu’il aurait dû titrer. Sarko veut s’éviter un Rambow Warior, et Mam ne veut pas finir comme Hernu .. Comme Sarko travaille pour les financiers américains contre les intérêts du peuple français, ça rend la barbouzerie encore plus inavouable. Alors tant pis pour Cassez, son destin semble scellé.


  • 1. cassez qui publie un livre
    2. sa moman qui appelle au boycott des destinations touristiques mexicaines (lol)
    3. le gobelin de l’élysée et MAM la milf qui défendent publiquement une hystérique jugée et condamnée par la justice mexicaine

    Et certains osent encore parler de manque de crédibilité de l’auteur de l’article.

    En tout cas : cassez et ingrind betencours : même traitement, même attitude... donc même poubelle.


  • L’ancien directeur du cours de géopolitique du Collège interarmées de défense (CID) de 2002 à 2009 ne peut évidemment pas parler des barbouzes françaises. Secret défense oblige ...

    Dès lors Chauprade ne pouvait même pas évoquer ne serait-ce que l’hypothèse que Cassez ait pu infiltrer une organisation mafieuse mexicaine pour les services secrets français.

    Il reste vrai que la gestion émotionnelle de Sarko à courte vue a compromis toute chance de récupérer notre agent. Mais alors qu’est-ce qu’en a à faire l’employé du service des armées si elle n’est pas une agent mais une vulgaire criminelle ?

    En tout cas bravo à Chauprade pour sa mise en cause de Sarko, il est vraiment trop nul et sa propagande imbuvable. Même ceux qui veulent la boire ne peuvent pas avaler la soupe qui leur est servie sur un prétendu complot mexicain totalement gratuit et sans cause, encore plus incroyable que celui du 11 septembre : l’Empire doit vite remplacer Sarko qui se crâme tout seul.