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Bashar el Assad : dernier bastion contre le néo-ottomanisme d’Ankara

Le projet du Premier Ministre turc Erdogan de faire de la Syrie aussi une “démocratie” islamo-modérée a échoué : Damas a dit “non” !

L’arabisme contre l’ottomanisme : tel est l’enjeu aujourd’hui au centre des débats au Proche Orient. Le défi est le suivant : pour être au diapason du grand projet occidental, il faudra forger une aire proche-orientale totalement rénovée et ravalée, avec partout des pays alliés à Washington, souples à l’égard d’Israël, qui, de surcroît, ne seraient plus que des réservoirs énergétiques, prompts à satisfaire les exigences de l’économie globale. Après les révolutions d’Afrique du Nord —qui ont été habilement déviées et orientées vers des objectifs fort différents de ceux qu’espéraient voir se réaliser les protagonistes premiers de ces effervescences révolutionnaires et populaires— la pièce maîtresse qui devait rapidement tomber, pour faire triompher le projet occidental, était la Syrie. Cependant, il s’est vite avéré impossible de renverser El Assad par une simple révolte populaire téléguidée : une bonne partie des Syriens continue à appuyer le gouvernement, surtout quand on s’aperçoit, à l’évidence, que les “manifestations pacifiques” contre le régime ne sont en réalité et dans la plupart des cas que des actes terroristes de facture islamiste perpétrés contre les autorités du pays. Damas résiste donc à toutes les tentatives de déstabilisation intérieure comme à toutes les menaces extérieures. Et Damas résiste surtout aux pressions qui voudraient faire perdre au régime ses dimensions laïques pour faire du pays une nouvelle pièce dans la mosaïque d’Etats islamistes modérés, qui devraient tous devenir les meilleures alliés de l’américanosphère occidentale. Le modèle que l’on suggère aux Syriens est le modèle turc et c’est justement Ankara qui s’est mis en tête de gérer cette “islamisation modérée” que l’on peut parfaitement définir comme un “néo-ottomanisme”.

Il y a quelques semaines, le premier Ministre turc Erdogan s’est rendu dans les pays du “printemps arabe”, l’Egypte, la Tunisie et la Libye. Cette tournée diplomatique a été célébrée par les médias turcs comme une volonté d’amorcer de nouvelles relations avec les gouvernements issus de cette “révolution”, dans l’optique de réaménager les équilibres au Proche Orient. Au même moment, Erdogan a changé de ton vis-à-vis de la Syrie et, quelques jours plus tard, en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York, il a, lors d’un entretien avec Obama, officialisé le “changement de front”, en annonçant “qu’il avait bloqué les pourparlers entamés avec Damas” et qu’il était désormais prêt à participer aux sanctions que l’on imposerait à la Syrie. Mais ce ne sont pas les violences présumées que l’on attribue au régime syrien qui ont poussé Erdogan à se ranger contre un ancien allié de la Turquie, posé désormais comme ennemi. Il s’agit bien plutôt du “non” catégorique qu’a opposé Bashar El Assad au projet turc de subvertir subrepticement le caractère laïque de la république arabe syrienne. C’est au cours du mois de juin 2011 que la rupture réelle a eu lieu, quand “le premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a proposé au Président syrien Bashar El Assad de réserver un quart voire un tiers des postes de ministre dans son gouvernement aux Frères Musulmans et d’user alors de toute son influence pour mettre un terme à la rébellion, si Assad s’exécutait”. Erdogan a essuyé un refus clair et net. C’est ce qu’a révélé un diplomate occidental à l’AFP, du moins d’après ce que rapportait, vendredi 30 septembre, le quotidien libanais en langue anglaise, The Daily Star.

Cette nouvelle a été confirmée par un autre diplomate européen, qui a, lui aussi, préféré garder l’anonymat : “Les Turcs, dans un premier temps, proposèrent que les Frères Musulmans occupassent quatre ministères importants, en arguant que les Frères sont une partie importante du paysage politique syrien”. Les Frères Musulmans, en réalité, ont été mis hors la loi en Syrie dès 1980, à la suite d’une campagne terroriste particulièremet sanglante que leurs affidés avaient menée à cette époque-là ; aujourd’hui, ils font partie de ceux qui, ouvertement de l’extérieur et clandestinement depuis la Syrie elle-même, sèment la terreur dans toutes les régions du pays. Le 9 août 2011, le Ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu a indirectement confirmé l’alliance de facto entre les Frères et les néo-ottomans turcs en confiant au Président syrien un message écrit par le Président turc Abdullah Gül, dans lequel ce dernier explique qu’avant de former le parti pour la Justice et le Développement, actuellement au pouvoir à Ankara, il avait appartenu à une organisation proche des Frères Musulmans. Dans un débat face à face avec le Président syrien, Davutoglu a, une fois de plus, “réclamé le retour des Frères Musulmans en Syrie”. El Assad a répondu qu’à titre individuel, certains Frères pourraient récupérer leur citoyenneté syrienne mais ne pourraient pas se constituer en parti politique parce qu’un tel parti serait basé sur des principes religieux incompatibles avec le caractère laïque de la Syrie”.

Revenu en Turquie, dès son débarquement à l’aéroport d’Ankara, Ahmet Davutoglu, bien loin de révéler le contenu de ses discussions avec El Assad, a lancé un ultime message à Damas : “Nous espérons que certaines mesures seront prises dans les prochains jours pour mettre fin aux effusions de sang et pour ouvrir la voie à un processus de réformes politiques”. Vingt jours plus tard, le 28 août 2011, le Président turc Gül affirmait qu’Ankara avait “perdu confiance” en la Syrie. Peu de temps auparavant, lors d’une rencontre avec une délégations des associations chrétiennes du Moyen Orient, El Assad avait déclaré —et ses déclarations avaient été répercutées par de nombreux médias— “qu’il avait refusé que l’ottomanisme se substitue à l’arabisme et qu’Ankara redevienne le centre majeur de décision pour le monde arabe”. El Assad répétait ainsi son opposition à toute participation des partis religieux dans la politique syrienne, parce que “cela permettrait aux Frères Musulmans, qui ont un siège à Ankara, de contrôler toute la région”. Toutes les démarches qui ont suivi vont dans le sens d’un rejet par l’alliance américano-turque de ce laïcisme arabiste : les sanctions prises par la Turquie contre Damas ; la Syrie devenue un pays ennemi de l’Occident car trop laïque pour s’insérer dans le nouveau Moyen Orient islamo-modéré voulu par Washington et les projets atlantistes.

Alessia LAI

 



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10 Commentaires

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  • Rien de plus normal lorsque l’on etudie les racines maconniques de la TURQUIE...Pays de traitre qui ne merite pas son croissant sur l’etandard national.Pourtant,le peuple est largement contre israel...Je n’y comprend plus rien du tout,comme le dit Mr SORAL,tout s’accelère.

     

    • Si la Turquie ne mérite pas son croissant sur le drapeau alors aucun pays ne le mérite...si tu faisais un peu plus de recherches tu verra que le croissant qui est présent sur la majorité des drapeaux de pays de culture musulmane viend des steppes d’Asie centrale où les TURCS l’utilisaient déjà il y a plus de 2000 ans sur leurs drapeaux, bien avant que ceux ci deviennent le symbole de l’islam et se propagent à l’intérmédiaire de l’empire OTTOMAN (Turcs aussi je te le rapele)..

      Contrairement aux autres pays de culture musulmane qui ADOPTERENT le croissant, les Turcs, qui rappelons le sont un peuple qui n’ont jamais été dominé sur leur territoire alors que meme la France l’a été avec les romains, l’IMPOSERENT..

      Aujourd’hui nous pouvons évidemment critiquer les politiques du gouvernement Turc comme c’est le cas pour 99% des états aujourd’hui, mais avant de traiter le fier peuple Turc de ’’traitre qui ne mérite pas son croissant sur l’étandard’’ il faut donc déjà acheter une encyclopédie pour chercher, puis un cerveau pour comprendre, et enfin un coeur pour avouer la vérité qui est que ce peuple mérite autant de respect (et de critique) que tout autre peuple digne et fier de ce monde dans lequel nous vivons..

      Toute pleurnichade sera prise en compte puis répondue comme il se le doit..


    • "ontrairement aux autres pays de culture musulmane qui ADOPTERENT le croissant, les Turcs, qui rappelons le sont un peuple qui n’ont jamais été dominé sur leur territoire alors que meme la France l’a été avec les romains, l’IMPOSERENT."
      La France n’existait pas du temps de l’empire romain, donc cette phrase n’a aucun sens. Quant aux Turcs, effectivement, ils n’ont pas été dominés, mais en revanche ils ont sacrément dominé, et même plus que ça. Ils se sont installés en Asie mineure en massacrant puis assimilant tous les peuples autochtones au fur et à mesure de leur progression vers l’est. La comparaison avec l’Amérique n’est donc pas exagérée (le brassage ethnique en moins pour cette dernière) : ce sont deux pays qui depuis leur existence n’ont existé pratiquement que par l’impérialisme. Je précise que je suis neutre sur la question de la Turquie : on pourrait penser que j’ai de la rancoeur envers elle, mais non, je n’ai ni rancoeur ni affinités particulières, je voulais simplement mettre les choses au clair


    • Tu m’as fait sourire avec ton com pro-turque datant de millenaire !Pour ma part,je te parle d’aujourd’hui.Bref,a mon humble avis,etant donné que les racines sont francs-maconne,ils font parti du plan de domination imperiale,ce qu’ils ont toujours été d’ailleurs.Exactement comme le maroc qui se targue de son etoile sur leur drapeau alors que le monde sait qu’ils sont a la botte des sionistes,c’est meme leur troisieme residence apres israel et la france.Force est de le constater.Ce n’est qu’une facade de musulman modéré mais derriere se cache peut-etre les pires traites que connaissent l’islam.C’est mon avis et je ne demande a personne d’etre d’accord avec moi...


    • @Saroumane si tu considère pas cette période comme domination t’as aussi la période 1940-44...sinon c’était une progression vers l’OUEST....et enfin il faudrait que tu m’expliques comment on peut comparer la Turquie et les états-unis ’’avec le brassage ethnique en moins’’ ?? et que dire de : ’’ce sont deux pays qui depuis leur existence n’ont existé pratiquement que par l’impérialisme.’’ ?? je pense que c’est surtout pour se battre contre des puissances qui voulais la coloniser que s’est créé la nation Turque..

      bref, saroumane remonte à ta tour !

      @meni merci d’avoir donné ton avis, malheureusement il est faux. la Turquie n’a pas été fondée sur des bases sionistes, il y avait un peuple qui s’appelait les Turcs dans cette région et ils ont défendu leur terre et créé leur nation. le croissant de lune musulman viend des drapeaux des tribus Turcs. et des traitres y’en a autant dans tous les peuples. après le gouvernement c’est pas le peuple et t’inquiète que beaucoup de Turcs qui sont conscients de la réalité dénoncent Erdoğan.

      bref, comme tu dis c’est ton avis et tu ne demandes à personne d’etre d’accord avec toi, heureusement, car on ne l’est effectivement pas..


  • il faut arreter de critiquer toute la Turquie, son peuple et son gouvernement.

    En ce moment la Turquie est juste atteinte de schizophrenie : d’un coté le peuple et le gouvernement qui s’efforce d’etre son porte parole, de l’autre l’armée, pro occident aveuglement, extreme laique, pro mondialisme, pro Europe....


  • Alessia j ai cru en toi mais aujourd hui sa me déçois ! La turquie ne mérite pas ses mots c est un grand peuple et l histoire est son témoin !!


  • 19 Croisades ont été repoussées par les Turcs dans l’histoire, autrement dit si il y a aujourd’hui un Monde Musulman c’est grâce aux Turcs et à personne d’autre. 9 humanitaires, encore des Turcs, se sont fait mitraillés à l’arme lourde en mai 2010 en voulant porter secours aux Gazaouites. Le Parlement Turc a refusé d’ouvrir sa frontière lors de la guerre en Irak. Le Premier ministre Turc, décidément, est le seul homme d’état a avoir tenu tête à Shimon PEREZ... Avant d’attaquer la Turquie il faut lui arriver à la cheville !

     

  • La position de la Turquie face à la Syrie est plus que douteuse,
    y’aurait il une guerre des élites en Turquie ?
    ou est ce encore un piège de l’empire ?