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Dépasser les mythes économiques

Par Antoine S.

AteliER
Article initialement publié dans l'atelier E&R

Les idées reçues contemporaines sont le fléau quotidien de tout chercheur de vérité. Combattre le lieu commun constitue un exercice délicat tant les cerveaux humains sont aujourd’hui, mais cela ne date pas d’hier, contaminés par l’opium de l’oligarchie dirigeante. Paul Bairoch, dans son livre Mythes et paradoxes de l’histoire économique, fait l’exégèse des lieux communs en matière d’histoire économique.

 

 

Selon lui, «  l’histoire économique est un sourd qui répond à des questions que nul économiste ne lui a jamais posées  ». Son premier objet d’étude est la crise économique de 1929. Selon la légende, elle serait due essentiellement à la montée du protectionnisme. Or, en 1928, la France a abaissé sensiblement ses tarifs douaniers. En outre, l’Europe et le Japon ont connu de 1920 à 1929 la plus forte croissance économique depuis cent trente ans, ce qui contredit l’idée selon laquelle les économies occidentales étaient dans un état catastrophique avant la crise.

Pour autant, les années trente furent plus prospères en Grande-Bretagne et en Allemagne que les années vingt. De 1934 à 1938, en raison de la politique de réarmement, le chômage allemand fut divisé par trois. Cependant, l’auteur relativise largement les performances des économies fascistes avant la guerre. De même, avant les guerres de 1914 et de 1870, les résultats économiques furent excellents.

L’auteur s’évertue à démontrer que le protectionnisme n’est pas un mal ou un quelconque projet de haine de l’autre. Toutes les politiques industrielles, à l’exception de celle du Royaume-Uni, se sont développées grâce à un haut taux de barrières tarifaires afin de se mettre à l’abri de la concurrence étrangère. À la fin du XIXème siècle, les Anglais se sont mis eux-aussi à augmenter les barrières douanières.

Les États-Unis, la Chine et le Japon n’échappent pas à cette règle. En 1914, les droits de douane étaient chez l’oncle Sam quatre fois supérieurs à ceux de la perfide Albion. Les Britanniques ont profité du libéralisme car ils avaient une avance technologique importante. Dans le reste des pays, l’abaissement des barrières tarifaires s’est systématiquement soldé par un ralentissement de l’activité économique.

Paul Bairoch s’intéresse aussi aux relations avec les pays du tiers monde. À la question de savoir si les matières premières du tiers monde ont été indispensables à l’industrialisation des pays occidentaux, il répond par la négative. À la veille de la Première Guerre mondiale, les pays européens étaient en suffisance énergétique. Le solde est devenu négatif à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce qui explique largement les guerres impérialistes des Américains et de leurs toutous de l’OTAN. Les matières premières ne représentaient qu’un quart des exportations des pays du tiers monde.

Les débouchés coloniaux jouèrent-ils un rôle important dans le développement des industries occidentales  ? Là encore, Bairoch montre que les pays non ou peu colonialistes comme l’Allemagne, les États-Unis, la Suède, la Suisse, la Belgique ont eu une croissance plus rapide que les pays colonialistes comme la Grande-Bretagne ou la France. «  Si l’Occident n’a guère gagné au colonialisme, cela ne signifie pas que le tiers monde n’y ait pas beaucoup perdu.   »

L’auteur ose même s’attaquer au lieu commun voulant que seul l’Occident fût un grand colonisateur. Les Égyptiens, les Perses, les Romains, les Arabes et les Ottomans participèrent aussi à ce phénomène. Le trafic d’esclaves dans le monde musulman a duré plus longtemps et a touché un plus grand nombre d’esclaves, dont il reste peu de descendants car beaucoup étaient castrés. La problématique de la forte participation de la communauté juive au trafic d’esclaves occidental n’est pas traitée car elle n’a aucun rapport avec la question posée.

Contrairement au mythe répandu, c’est bien la croissance économique qui est à l’origine du commerce et non l’inverse. Les pays du tiers monde exportent énormément mais n’ont quasiment pas de croissance.

Paul Bairoch termine son livre en enfonçant une porte ouverte, mais l’évidence suivante mérite tout de même d’être rappelée  : une politique de libre-échange absolu ou un protectionnisme absolu n’a évidemment aucun sens. Pourtant, les partisans du libre-échange vivent sur un modèle idéalisé et fantasmé où la « main invisible » réglerait tout. C’est pourquoi toute idée protectionniste est taxée par eux d’isolationnisme. Ceux qui réclament l’intervention de l’État quand leur arrogance et leurs multiples erreurs ont abouti à la catastrophe n’ont aucune leçon à donner. Comme l’écrit Léon Bloy, dans son Exégèse des lieux communs : «  Le bonheur des uns ne fait pas le bonheur des autres.  »

Pour aller plus loin avec Kontre Kulture :

 



Article ancien.
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10 Commentaires

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  • #306118
    le 17/01/2013 par Eric
    Dépasser les mythes économiques

    Paul Bairoch est un homme du XXe siècle qui ne sait pas ce qu’est la véritable économie, c’est-à-dire l’économie basée sur les ressources qui est une économie non monétaire. La querelle qui oppose les défenseurs du protectionnisme à ceux du libre-échange est révélatrice de leur bas niveau de conscience. Dans un monde régi par l’économie basée sur les ressources toutes les entreprises du monde coopéreraient les unes avec les autres afin d’offrir (au sens de "donner") aux citoyens les meilleurs produits possible, autrement dit des produits qui ne seraient pas soumis à l’environnementicide obsolescence programmée. En fin de vie, ces produits seraient recyclés. Les marques n’existeraient pas. Par exemple, il serait écrit "supermarché" sur la façade des supermarchés et non "Carrefour", "Leclerc", "Auchan", etc, et ces supermarchés offriraient une alimentation 100 % biologique.

    L’économie basée sur les ressources contient bien d’autres nobles attributs. Faites vos propres recherches.

    UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE, à condition que les individus cessent de raisonner comme leurs parents et leurs grands-parents.

     

    • #306156
      le 17/01/2013 par Didier
      Dépasser les mythes économiques

      Oui, la comptabilité matières et l’économie monétaire sont des choses TRES différentes. C’est une confusion qu’on retrouve malheureusement aussi dans les groupes décroissants. La simplicité volontaire et l’économie non monétaire, c’est peut-être complémentaire. Mais parler de "croissance infinie (de l’argent) dans un monde fini (de ressources)", ça n’a guère de sens.


    • #306167
      le 17/01/2013 par francky
      Dépasser les mythes économiques

      Dites plutôt produits naturels que produits biologiques ... Ces derniers ne sont en fait qu une arnaque marketing et pas forcement meilleurs pour la santé d ailleurs...


    • #306170
      le 17/01/2013 par scharff
      Dépasser les mythes économiques

      L’économie basée sur les ressources ça me fait plus penser à Goldman Sachs qui stocke du blé et de l’aluminium dans un entrepôt pour faire monter les prix qu’à ce que tu dis, mais j’aimerais bien vivre dans le monde que tu décris !


    • #306449
      le 18/01/2013 par goy pride
      Dépasser les mythes économiques

      Je vais peut être avoir l’air de chipoter mais nous ferions mieux de plutôt raisonner comme nos parents et surtout grands-parents si nous voulons renouer avec un mode de vie basé sur le bon sens ! Les aberrations actuelles sont le fruit de la pensée libérale progressiste et plus on remonte les générations plus les gens sont encore imprégnés de bon sens paysan traditionnel et anti-libéral. Bien souvent nos grands-parents avaient identifié les aberrations du monde "moderne" mais ceci de manière intuitive et maladroite d’un point de vue intellectuel. Quand je me remémore les avertissements de certains vieux sans aucune formation intellectuelle particulière sur l’euro, l’immigration, l’UE, l’hégémonie américaine, la finance, la bourse...il y a plus de 20 ans de cela je suis stupéfait de leur clairvoyance ! A l’époque jeune imbécile que j’étais je les prenais pour des vieux cons, ce n’est que maintenant que je suis capable de percevoir qu’ils avaient raison de A à Z et ceci avant tout le monde ! Mais comme leur sagesse était intuitive, qu’ils étaient des petites gens sans talents de dialecticiens...ils étaient pris pour des emmerdeurs anti progrès...même un génie comme le professeur Dortiguier se retrouve seul au milieu de ses pairs ! Alors imaginez le simple ouvrier à peine détenteur de son certificat de fin d’étude ! A vrai dire les gens les plus sages et dotés d’un bon sens authentique sont ces vieux qui n’ont pas fait de hautes études et de ce fait n’ont pas été "brainwashed" par la pensée moderne. Des gens qui pratiquaient des métiers authentiques, paysans, artisans pour l’essentiel. Hormis quelques exceptions plus le niveau d’étude est élevé plus les individus sont déconnecté du monde réel et sont soumis au paradigme de la pensée libérale et de ses corollaires idéologiques et économique.


  • #306140
    le 17/01/2013 par Le Chaton
    Dépasser les mythes économiques

    Le choix du protectionnisme ou du libre échange sont plus ou moins efficace selon les pays.
    La France peut vivre en quasi-autarcie grace à son agriculture et à sa technologie.
    L’Algérie y gagne dans le libre échange car elle peut se procurer des biens moins chers.

    PS :Le meilleur livre d’économie que je connais est :
    "Les trous noirs de la science économiques" de Jacques Sapir
    Il démonte tout les théories économiques une par une du point de vue de la logique.

     

    • #306387
      le 17/01/2013 par louseur75
      Dépasser les mythes économiques

      Je n’y connais pas grand chose en économie mais je pense que le libre échange est utile quand il permet d’économiser les ressources. Si je fais du blé et que mon voisin fait du bois, j’ai intérêt à m’accorder avec lui pour lui donner un peu de mon blé pour faire sa farine contre un peu de son bois pour chauffer mon four. Sans libre échange, je suis obligé de me chauffer au blé et mon voisin à bouffer du bois, et donc à vivre malheureux et à crever assez vite.
      En revanche, quand le libre échange sert à faire fabriquer, par des crèves la faim, des choses qui ne nous rendent pas forcément plus heureux , qui pompent des ressources naturels non remplaçables, et qu’on achète avec de la dette qu’on ne pourra pas payer, il est totalement inutile.


    • #306497
      le 18/01/2013 par goy pride
      Dépasser les mythes économiques

      Il suffit de se réapproprier les modèles d’organisation économiques d’avant l’ère industrielle avec bien entendu quelques réajustements. Inutile de chercher des nouveautés, innovations ! Il faut en finir avec cette idéologie du progrès qui nous fait abandonner des systèmes hautement efficaces sous prétexte qu’ils sont anciens et que donc seraient forcément caduques. Il n’y a rien à inventer, il suffit juste dans un premier temps d’identifier et de se réapproprier les savoir-faire anciens les plus efficaces et dans un second temps apprendre à choisir ceux dont l’application conviendra le mieux aux contraintes inhérentes à l’environnement dans lequel on vit.
      Avant la révolution industrielle l’organisation économique se basait sur la souveraineté alimentaire et énergétique en utilisant au mieux le climat et les ressources naturelles locales. Nos campagnes portent encore les marques de cette harmonie notamment dans l’architecture et la disposition des fermes et villages. Dans le monde ancien chaque strate d’organisation sociale travaillait à son autonomie : la famille essayait d’être autonome, le hameau, le village, la ville, la région...chaque unité d’organisation sociale se débrouillait à subvenir à ses besoins en utilisant ce qu’il y avait de disponible localement. Les excédents de production pouvait être exportés là où il y en avait besoin et on importait ce que l’on ne pouvait pas produire c’est à dire des produits de "luxe", exotiques pas indispensables mais appréciables (café, épices, certains fruits...)
      Certes le monde traditionnel a eu aussi ses graves périodes de crises et a connu des effondrements massifs mais il faut tout de même réaliser un fait : il aura fallu à peine plus de 200 ans au monde moderne libérale pour s’auto-détruire. En ce qui concerne un pays comme la Chine en à peine plus d’un demi siècle la dynastie communiste est arrivée en bout de course, or un grand nombre des dynasties impériales furent capables de durer des siècles. Par ailleurs un élément fort éclairant est qu’à quelques exceptions près plus on s’éloigne de l’époque moderne plus les dynasties chinoises tendent à durer longtemps, inversement plus on se rapproche de notre époque plus leur longévité régresse. Idem pour les dynasties royales et impériales françaises. La modernité n’apporte qu’instabilité ! Plus on avance vers les temps modernes moins l’homme est capable de lutter contre l’entropie ! Voilà le vrai visage du progrès ! In fine le CHAOS !


  • #306610
    le 18/01/2013 par Barberousse
    Dépasser les mythes économiques

    Petite précision : pour avoir étudié la relance de l’économie allemande sur la période 1931-38, dans le cadre de mon mémoire de fin d’étude, je peux affirmer que la bonne santé économique ne vient PAS DU TOUT du réarmement allemand qui commence en fin 1938. En effet, les Allemands ne pensaient pas commencer une guerre avant 1948.
    Je l’affirme d’autant facilement que 90% de mes sources étaient des auteurs provenant d’un "peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur" comme disait un certain Général !


  • #306736
    le 18/01/2013 par seber
    Dépasser les mythes économiques

    Intéressant.
    Je note la phrase suivante : "Contrairement au mythe répandu, c’est bien la croissance économique qui est à l’origine du commerce et non l’inverse. Les pays du tiers monde exportent énormément mais n’ont quasiment pas de croissance."

    Idée à développer. Si je comprends bien, c’est donc la mise en place du système bancaire qui aurait permis le développement économique par une circulation toujours croissante de monnaie, de prêts, permettant d’engendrer artificiellement un développement des activités (transports, qui sont à la base des échanges mondiaux, amplifiés ensuite par les inventions et découvertes énergétiques).

    Sans ça le commerce serait resté stable et faible, ou avec un DEVELOPPEMENT DURABLE qui aurait pu se poursuivre probablement pour l’éternité en restant à des échelles humaines.