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Honduras, un an de résistance

Il y a un an, le Honduras était secoué par un putsch. Du même coup, des milliers de paysans ont perdu les terres promises par le Président destitué. Depuis, ils luttent pour les récupérer, jusqu’à en mourir. Reportage.

La plupart des pays d’Amérique latine ont fait leur révolution, grande ou petite, et se sont écartés de la domination nord américaine. Au contraire, la petite République du Honduras (7,6 millions d’habitants) a toujours été considérée comme la base arrière des Etats-Unis. Pourtant deuxième pays le plus pauvre d’Amérique Centrale derrière Haïti, le Honduras ne s’était, jusqu’à peu, guère rebellé.

Or, voilà un an que les Honduriens se battent. Contre les militaires, contre les oligarques, à l’influence politique et économique considérable, contre les réformes conservatrices engagées par le nouveau président.

Le 28 juin 2009, le Honduras fut secoué par un putsch. Sous la pression des militaires, le bien aimé Manuel Zelaya, alors président du pays, dû d’abord s’enfuir, puis rester cloîtré, durant quatre mois, dans l’ambassade du Brésil, au Honduras.

Aux yeux des « golpistas » (les putschistes), Zelaya est coupable d’avoir pris un virage à gauche. De droite modérée (parti libéral), ce grand propriétaire terrien s’est soudainement intéressé à résorber les inégalités. En 2008, il a presque multiplié par deux le salaire minimum (passant de 126 à 210 dollars), a fait adhérer le Honduras à l’ALBA (l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques), puis tenté de faire modifier la rigide constitution de 1982, notamment afin de permettre au président de la République de faire un deuxième mandat (comme c’est le cas en France par exemple). Selon ses partisans, cette réformette n’a rien d’anti-démocratique. D’ailleurs, si elle était passée, « Mel » Zelaya n’aurait pas pu en bénéficier. Mais pour les putschistes, il est interdit de modifier la Constitution. D’ailleurs, c’est écrit dans la constitution elle-même.

Après des mois de dictature militaire, Manuel Zelaya a été contraint à l’exil. C’était le 27 janvier 2010, le jour même où son successeur, le conservateur Porfirio Lobo (appelé aussi « Pepe Lobo ») prenait ses fonctions.

Depuis, « El Lobo » comme ses opposants le surnomment (« le loup » en espagnol), dirige le pays d’une main de fer. Il est soutenu par les oligarques et les militaires, qui n’hésitent pas à réprimer dans le sang la moindre opposition. Le pays vit dans la terreur, dans l’indifférence générale.

Selon un communiqué de Reporters sans Frontières publié le 28 juin 2010, le Honduras « est devenu le plus dangereux de la planète au cours de ce semestre pour la sécurité des journalistes et aucune avancée judiciaire réelle n’a encore permis de faire la lumière sur les assassinats de six d’entre eux et d’un animateur en l’espace d’un mois et demi ».

Depuis le début de l’année, neuf journalistes ont été assassinés. Trois autres ont été contraints de quitter le pays. L’Organisation des Etats américains (OEA) a parlé d’ « alerte rouge au Honduras ». Même le président Pepe Lobo a dû s’en émouvoir. Mais les Etats-Unis et l’Union européenne s’en contre-fichent. Comme l’a très justement relevé Jacques Dion dans Marianne (du 3 au 9 juillet), « la secrétaire d’Etat Hillary Clinton ne rate pas une occasion de faire la leçon à Cuba à propos des atteintes à la liberté de la presse » (et on comprend pourquoi). En revanche, la même Hillary Clinton se garde bien d’évoquer le Honduras ».

En mai dernier, dans l’indifférence toujours, plusieurs dizaines de personnes (magistrats, enseignants, parents, paysans…), ont fait une grève de la faim qui dura au moins dix jours. Les grévistes contestaient les réformes du nouveau gouvernement.

Car Pepe Lobo est revenu sur les acquis sociaux obtenus du temps béni de Zelaya. Les paysans, par exemple, avaient reçu une subvention de l’Etat pour racheter des terres aux grands propriétaires terriens. Ils ont perdu la subvention. Et les terres avec.

Depuis le début de l’année, 3500 familles de paysans occupent 14 000 hectares de terrain, luttent pour les récupérer, jusqu’à en mourir. En février, Bakchich est allé à leur rencontre, dans les palmeraies de la côte est du Honduras.