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L’Europe plutôt que l’euro !

Bien que la crise de l’euro s’aggrave, force reste au dogme qui paralyse les esprits depuis 20 ans. Hélas, car l’adoration de la monnaie unique charrie deux mensonges qu’il faudrait pourtant surmonter pour qu’enfin émerge une solution crédible à la crise.

Le premier mensonge est de faire croire que l’euro n’a aucune responsabilité dans la crise de la dette des pays du Sud et de la France.

La crise de la dette proviendrait d’un excès de dépenses lié à la légèreté des dirigeants et des peuples. Il suffirait donc d’imposer l’austérité pour en sortir. C’est loin d’être aussi simple ! Si les gouvernants grecs ont manqué de sérieux, n’oublions pas que les Espagnols et les Irlandais étaient cités en exemple par la Commission de Bruxelles pour leur budget en équilibre.

En vérité, c’est l’application d’un taux d’intérêt unique à des économies au taux d’inflation différent qui a suscité des bulles gigantesques d’endettement en Espagne ou en Grèce. Les bons docteurs de l’euro ne l’avouent pas, mais jamais de tels niveaux d’endettement auraient pu voir je jour du temps des anciennes monnaies nationales. Tout simplement parce que les prêteurs internationaux n’auraient pas accordé un niveau pareil de crédit - de surcroît au tarif bon-marché pratiqué à la solide Allemagne - à des pays aussi fragiles. A cet égard, l’euro a été aux dettes souveraines européennes ce que la vente libre d’armes à feu est au nombre considérable d’homicides aux Etats-Unis : un pousse-au-crime !

La crise de la dette provient aussi des déficits extérieurs des pays du Sud et de la France qui n’ont pas supporté la force de l’euro cher. Les exportations diminuent, les importations augmentent, les déficits extérieurs explosent, les entreprises délocalisent et l’investissement productif diminue. Il suffit de regarder les chiffres. La France a ainsi un déficit commercial en 1 mois de 7 milliards d’euros (mai 2011) égal à celui d’une année en 2004 !

C’est encore pire ailleurs. Au même moment, l’excédent commercial allemand augmente toujours plus. A ceux qui s’étonnent, c’est exactement ce qui arrive quand on impose une monnaie unique à des économies différentes. Les plus compétitives concentrent encore plus les richesses, les moins compétitives s’appauvrissent.

Auparavant cet écart de compétitivité était régulièrement effacé par les ajustements monétaires : le mark était réévalué, la lire était dévaluée, les importations étaient freinées, les exportations dopées, les balances commerciales se rééquilibraient, le pays retrouvait ses emplois. Pire des systèmes me rétorquera-t-on ! Oui, de même que la démocratie, qui est le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres…

En interdisant cet ajustement salutaire, l’euro accroît les déséquilibres. Le chômage et la dette servent de variable d’ajustement au déficit de croissance.

Le second mensonge répandu dans les médias survient alors. Il suffirait de mener une politique unique pour mettre fin à ces déséquilibres. Imposons un gouvernement économique européen et tout s’arrangera !

Malheureusement aucun gouvernement aussi puissant soit-il ne pourra corriger les déficits de compétitivité des uns et freiner l’avance des autres. Comment un Ministre des Finances européen ferait-il en sorte que la Grèce baisse ses prix de 40%, pourrait-il uniformiser des pays aux structures sociales, politiques, culturelles aussi différentes que la Grèce et l’Autriche et égaliser les démographies française et allemande ?

La seule solution serait alors de prendre acte de la concentration des emplois dans l’Europe du Nord et d’effectuer des transferts financiers gigantesques vers le Sud. En un mot, doubler les impôts des Allemands pour financer des allocations dans le reste de l’Europe.

Quel gouvernement du Sud pourrait-il accepter de voir ses concitoyens devenir des assistés, soumis à la loi du payeur ? Quel gouvernement du Nord pourrait-il accepter de voir ses habitants taxés sans garantie d’aucune efficacité ? L’exemple de l’Allemagne de l’Est montre bien 20 ans après que l’exercice est difficile même pour un pays à la langue et à l’histoire commune, artificiellement divisé en deux par les vicissitudes de la géopolitique.

Et puis, comment procéder à ce « bond fédéral » ? Par référendum ? Après les « non » français et néerlandais de 2005, bafoués en catimini quelques années plus tard par des votes parlementaires, il est impossible aux gouvernants européen de se frotter de nouveau à la démocratie directe, pourtant seule capable de conférer à l’opération la légitimité populaire nécessaire. Les voilà rattrapés par l’addition de leur mauvais tour de passe-passe, qu’ils s’imaginaient avoir pu perpétré à bon compte !

On le voit donc bien, l’idée d’un gouvernement européen est un mythe qui ne vise qu’à perpétuer une logique d’endettement sans s’attaquer aux causes de la dette : l’économie réelle des pays.

Cette fuite en avant dans le mensonge n’a qu’un but : sauver l’euro, une construction dogmatique contraire aux lois de l’économie les plus élémentaires. Mais en voulant sauver l’euro, les dirigeants aveugles sont en train de détruire l’Europe. Car, l’Europe n’a de sens que si elle permet à chaque peuple de prospérer davantage avec les autres que seul isolément. L’Europe n’a de sens que si elle s’appuie sur des nations épanouies qui coopèrent entre elles. Or là, c’est tout l’inverse, des peuples sont appauvris et humiliés.

Les européens sincères et lucides devraient donc avoir le courage de préférer l’Europe à l’euro.

La question n’est donc plus de savoir si la zone euro explosera, mais quand et comment.

Le plus tôt serait le mieux. Car il n’y a aucun intérêt à surendetter ceux qui s’en sortent aujourd’hui pour remplir une baignoire dont la bonde est ouverte. Comment ?

Il est possible de garder le seul avantage de l’euro (une monnaie de réserve à terme) tout en enlevant ses inconvénients en transformant la monnaie unique en monnaie commune.

En réalité le plan B existe : il faut permettre aux pays dont l’économie n’est pas adaptée à l’euro conçu et géré pour l’Allemagne, de quitter la monnaie unique de manière ordonnée. La France aussi serait concernée par ce départ, à la suite duquel une monnaie commune européenne et non plus unique serait fondée à partir de l’euro et des autres monnaies nationales restaurées. Ce nouveau système permettrait de changer une fois l’an les parités entre les différentes monnaies européennes, afin d’assurer à chaque pays une compétitivité monétaire raisonnable à l’intérieur de l’UE et ce, tout en continuant à avoir face aux autres grandes devises mondiales une devise européenne unifiée.

Afin de ne pas augmenter leur dette libellée en euro les pays devant sortir de la monnaie unique, l’annonce officielle de sa disparition prochaine devrait permettre de faire sensiblement baisser l’euro face au dollar, et rendre ainsi soutenable les dettes souveraines des candidats au retour de la monnaie nationale.

Une fois disparu le verrou de l’euro, chaque pays pourrait retrouver les moyens de rétablir sa compétitivité, restructurer sa dette souveraine si elle est trop importante, relancer ses exportations vers les pays de l’euro-mark, etc.

Bien entendu, les Etats apporteraient alors leur garantie à leurs épargnants pour empêcher qu’ils fassent les frais des pertes essuyées par leur banque. Ce serait d’ailleurs l’occasion de reprendre en main le système financier en séparant banque de détail et banque d’investissement. Enfin, une grande politique de relance industrielle à l’échelle européenne, couplée avec des mesures protectionnistes contre les produits déloyaux des pays émergents, pourrait permettre à l’Europe de prendre un nouveau départ, à tout le moins d’espérer à nouveau en des lendemains plus cléments.

Cette sortie par le haut de la crise des dettes souveraines constituerait un désaveu profond pour l’Europe intégrée bâtie depuis 20 ans et les dirigeants qui ont construit leur carrière sur elle. Mais ne serait-ce pas peu cher payé, en comparaison de ce qui nous attend si nous laissons ces mêmes dirigeants nous conduire à la catastrophe pour sauver leur chimère ?

 






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