Egalité et Réconciliation
https://www.egaliteetreconciliation.fr/
 

La mort de Philippe Sollers laisse une place assise vide dans le VIe arrondissement

Sollers, c’était la créature du VIe, le Paris des maisons d’édition. C’est de là que la radioactivité culturelle française a contaminé le monde dans les années 50 et 60. Ensuite, ça s’est calmé : les grands auteurs étudiés partout ont laissé place à une nouvelle couche, moins universelle, moins communiste aussi, et moins nationaliste. Et très communautaire.

 

 

En fait, la fin du national-communisme à la française, cette alliance entre la gauche sociale et la droite catholique, a aussi marqué la fin de notre influence culturelle, et les Américains n’y sont pas pour rien : ils ont arrosé et les revues de droite, normal, et les penseurs ou hommes politiques de gauche pour leur faire abandonner cette manie française.

Deux décennies plus tard, soit les années mitterrandiennes, l’anti-France a gagné : les auteurs en vue sont tous devenus ou des socialistes, ou des libéraux, dans tous les cas américano-compatibles. Chez nous, chez E&R, on dira des écrivains gauche sociétale et des écrivains droite du capital. C’est le PS, mis à part Chevènement, et le RPR, mis à part Seguin. On aura donc eu 30 glorieuses culturelles, de 1950 à 1980.

La couche suivante, c’est la bande des soixante-huitards – BHL, Finky, Sollers, Glucksmann, Bruckner – qui prend le relais, soit les nouveaux philosophes et les gauchistes (tendance trotskyste), souvent des ex-maos. Ils s’imposent partout, ils sont la négation du nationalisme et du communisme. Ils peuvent un peu chier sur la droite et sur la gauche, mais ils incarnent le ventre mou, déminé, dévitalisé, de la France qui pense. C’est pro-américain, pro-israélien, pro-capital, anti-peuple, car le peuple, c’est alors Le Pen. On écoute Sollers, fin janvier 1999 :

« Elle était là, elle est toujours là, on la sent, peu à peu, remonter en surface : la France moisie est de retour. Elle vient de loin, elle n’a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l’Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. Elle a son corps, ses mots de passe, ses habitudes, ses réflexes (…)
Il y a une bêtise française sans équivalent, laquelle, on le sait, fascinait Flaubert. L’intelligence, en France, est d’autant plus forte qu’elle est exceptionnelle. La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes. »

Ce sera l’épitaphe du mec qui se pétait la ruche dans les cafés d’un quartier latin qui aura perdu son aura.
Toute cette bande aura finalement réussi une chose, au détriment de notre culture, le braquage du prestige français dans le monde en matière de plume. Ils ont pris la place, tels des coucous, afin de se faire passer pour des grands. À quelques exceptions près, malgré le carpet bombing médiatique en leur faveur (ils étaient les plus gros squatteurs de l’émission Apostrophes de Bernard Pivot), ils n’auront pas vendu beaucoup, mais ils auront empêché l’émergence d’auteurs majeurs.

On a mis cet article en rubrique People parce que ce n’est pas de la pensée sérieuse : c’est de l’amusement, d’autres diraient de la branlette germanopratine. Il restera de Sollers une œuvre féconde chez Gallimard et des mains au cul des serveuses à la Closerie des Lilas ou au Flore. Pour ceux qui ont échappé à ce presque Bordelais, cette petite critique du site pileface.com, avec extrait de la prose philippique.

Passager clandestin et visiteur incognito, Philippe Sollers continue d’explorer Venise, de livre en livre, de femme en femme, depuis son premier voyage dans la Cité des Doges, en 1963, à l’âge de 27 ans. Si l’archipel vénitien provoque chez l’écrivain une véritable conversion physique, il participe aussi à la construction narrative de ses romans, renouvelle autant l’intensité de la perception que l’acte d’écrire. De Femmes (1983) à La Fête à Venise (1991), du Lys d’or (1989) au Dictionnaire amoureux de Venise (2004), les lagunes de la Sérénissime maintiennent les sens en éveil.
Et c’est dans ce lieu du secret et du goût démultiplié que se déroule Médium, qui s’ouvre par ses mots : « La magie continue. » L’écrivain vient d’arriver à La Riviera, petit restaurant avec terrasse où il a ses habitudes, sur les quais de Venise, du côté de la gare maritime : « Quand j’arrive ici, dans le retrait, la lenteur, l’obscur, tout va très vite. Je n’ai pas à m’occuper de ce qui va surgir, ma plume glisse, elle trace les mots. » Sollers prend la plume, prend le bateau embarque le lecteur avec lui. Le respectueux professore plonge dans l’aventure romanesque où se mêlent désirs, pensées, rêveries, rencontres, échappées libres. La Piémontaise Ada, brune aux yeux bleus, experte en massage, ou Loretta, la petite-fille du patron de La Riviera, qui fait penser à Lotte Zimmer, qui accompagne Hölderlin dans sa dernière nuit d’agonie, le juin 1843. Vaudou ou déesse, Ada ou Loretta, la femme est le médium. Étoile filante en plein jour. Le plaisir circule : peinture, sculpture, musique. Médium est un roman enrobé de temps invisible et envoûtant.

On dirait un roman de gare pour cougar rêveuse, alors on va passer à du plus viril, moins cucul-la-germano-praline : Cizia Zykë, tiens, un autre Bordelais.

 

 

Ne soyons pas de mauvaise foi, Sollers n’a pas été qu’un auteur pour dames. Il a courageusement défendu Céline, dont il loue le style, évidemment, l’économie de moyens, et l’humour. C’est la différence avec BHL. Tout n’est pas blanc ou noir. Parfois, pour survivre, on cache ses pensées profondes.

Je voudrais d’ailleurs insister sur ce thème diabolique, parfois présent chez lui de façon extrêmement étrange. Ainsi, cette formule curieuse qu’il emploie à plusieurs reprises : « Vous savez, moi et le Prince des Ténèbres, on s’évite. » Il y revient souvent : « Le monde à l’envers ! Le mensonge roi ! L’univers du diable ! » On n’attendrait pas Céline sur cette question. Puisque Dieu n’existe pas chez lui, il ne devrait pas y avoir de diable non plus ; or il est là, toujours. De cela au moins il est sûr et il tient à le dire : « Il n’y a que Satan qui puisse être aussi têtu, enragé dans la malfaisance, la cruauté et la crapulerie. »

L’écriture, la pensée, et tout le reste

 






Alerter

40 Commentaires

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

- Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
- Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
- Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

Suivre les commentaires sur cet article

Afficher les commentaires précédents
  • Je croyais qu’il était mort il y a longtemps

     

    Répondre à ce message

  • ’’ la France moisie est de retour. Elle vient de loin, elle n’a rien compris ni rien appris, ’’
    inversion accusatoire comme à l’habitude. En fait la seule france compatible c’est celle qui se laisse tyranniser pour qu’on puisse la phagocyter en toute impunité

     

    Répondre à ce message

  • Merci pour avoir rediffusé l’interview de Sollers à propos de Céline qu’il aura toujours défendu, ça le sauve et fait de lui un honnête homme . Petit bémol : on a reproché à Sollers d’avoir un peu beaucoup pastiché Céline dans "Femmes" de 1983 .

     

    Répondre à ce message

  • #3173241
    Le 8 mai 2023 à 10:17 par Palm Beach Post : "Cult !"
    La mort de Philippe Sollers laisse une place assise vide dans le VIe (...)

    ’tain, ça a l’air cool, Paris, le 6ème
    ’faut obligatoirement de la coke, pour intégrer ?

     

    Répondre à ce message

  • #3173275

    Il a courageusement défendu Céline...



    Quelqu’un qui défend Louis-Ferdinand Céline ne peut pas être foncièrement mauvais.

    C’est également l’occasion de se souvenir de Jean-Edern Hallier, trop tôt disparu, assassiné peut-être pour s’être intéressé de trop près à François Mitterrand et à d’autres personnages connus...

     

    Répondre à ce message

  • #3173778

    J’ai toujours trouvé insupportable cette propension du bourgeois prétentieux, ramenant tout à lui, à détester dans la France ce qu’il déteste en lui sans se l’avouer. Le description que faisait Sollers de cette « France moisie » était ni plus ni moins le miroir de sa propre classe, tant moquée par Flaubert justement : les vainqueurs de 1789 et 1830.

     

    Répondre à ce message

  • #3173818
    Le 9 mai 2023 à 09:26 par Roland de Roncevaux
    La mort de Philippe Sollers laisse une place assise vide dans le VIe (...)

    jamais compris cette divinisation de Céline à droite... c’est un nihiliste narcissique... il a un certain talent, mais faut pas exagérer.

    Je rappellerais d’ailleurs à toutes fins utiles que Céline est copieusement mis en valeur par Le Monde, qui a promu en Une ses inédits récemment. Alors nous dire ensuite que le sieur est hyper subversif pour la gauche euro-sociétale, faudra peut-être réfléchir !

    Céline fait parti des "repêchés" de la collaboration précisément parce-qu’il n’était guère dangereux pour le Capital. Son nihilisme narcissique s’accorde parfaitement au Mai 68 à venir : c’est la révolution orange version pour les mecs de droite. C’est un strapontin qu’on leur laisse dans le grand train de la bien-pensance. Une subversion sommes-toutes bien cadrée, la "nouvelle droite" littéraire.

    Voilà, j’espère que ce petit avis littéraire divergeant aura droit de cité.

     

    Répondre à ce message

    • Ni nihiliste, ni narcissique. Pour le second terme, très certainement moins que la plupart d’entre nous. Comme le soleil, les grandes œuvres d’art et leurs auteurs brillent pour les bons et pour les méchants ; comme pour le soleil encore, certains aiment se baigner dans la lumière, d’autres préfèrent l’ombre.

       
  • De Gaulle disait que la grande bourgeoisie française n’a jamais été patriote, qu’elle n’ a toujours défendu qu’une seule chose tout au long de l’ histoire : ses intérêts. il visait Jean Monnet entre autres.

     

    Répondre à ce message

  • #3174540

    "Une place assise vide"
    Il n’y a plus grand chose d’autre que du vide dans ce trône de l’antéchrist qu’est devenu Paris.
    Plus d’esprit. Et bientôt plus même de mots.

     

    Répondre à ce message

  • #3176095

    Philippe Sollers ne m’était pas sympathique mais demande-t-on à un écrivain de l’être ? Demande-t-on à Proust de l’être ? Le demande-t-on à Céline ? Et d’ailleurs, ainsi qu’il faisait pouffer de rire son gamin, qui demandait à Papa de recommencer une énième fois d’imiter Picasso, répondant à une dame peu satisfaite "vous voyez Monsieur Picasso, je n’aime pas votre style"..."Mais Mâdâme, ça n’a aucoune immportance"...

    Ce que l’on ne pourra jamais lui ôter, c’est son amour infini pour la Littérature, qu’il savait transmettre à ses lecteurs ou auditeurs, pour la Beauté, Venise, les femmes !
    C’est déjà une vie extrêmement bien remplie.

    Redoutablement intelligent et subversif, donc assez irresponsable, mégalomane sur les bords, et bien d’autres travers déplaisants mais il avait des fulgurances dont l’une me revient à l’esprit : en parlant du rétablissement éventuel de la monarchie en France, il avait répliqué que c’était comme recoller la tête d’une statue de porcelaine.

    J’avais trouvé géniale la formule, il n’y a qu’un littéraire pour exprimer si bien la réalité : les temps jadis ne reviendront jamais, les Français ont assassiné - ou laissé assassiner - leur famille royale. Quand bien même on rebâtirait le palais des Tuileries, et y logerait un lointain descendant, l’irrémédiable a été accompli. Il l’avait si bien dit, peut-être même avec une pointe de nostalgie, en captant les énergies venues des profondeurs de l’âme française à l’agonie.

     

    Répondre à ce message

Afficher les commentaires précédents