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La nouvelle politique étrangère états-unienne

Lors d’une récente conférence en Pologne, le stratège états-unien Zbigniew Brzezinski a déclaré ceci :

« Le déplacement actuel du centre de gravité du pouvoir politique mondial de l’Ouest vers l’Est, accentué par l’émergence de la Chine et de l’Asie plus généralement, annonce le début d’une distribution nouvelle et plus complexe du pouvoir mondial. »

Zbigniew Brzezinski n’est pas n’importe quel analyste. De 1977 à 1981, il a été conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter. Il est connu pour avoir recruté Ben Laden et planifié la guerre d’Afghanistan contre l’URSS. Zbigniew Brzezinski est surtout connu pour avoir créé, en 1973 avec David Rockefeller, le très puissante think tank la Trilatérale qui s’est fixé comme objectif la construction d’une coopération politique et économique entre les trois zones clés du monde : l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie pacifique. L’ancien conseiller de Jimmy Carter a également été le conseiller de Barack Obama lors de la campagne présidentielle de 2008. Notons qu’après son élection, Barack Obama a nommé une dizaine de hauts fonctionnaires issus de la Trilatérale.

Les principes de la politique étrangère états-unienne

Il y a une quinzaine d’années, Zbigniew Brzezinski parlait sur un autre ton. Dans son livre Le Grand Échiquier (1997), le cofondateur de la Trilatérale écrivait :

« Il est impératif qu’aucune puissance eurasienne concurrente capable de dominer l’Eurasie ne puisse émerger et ainsi contester l’Amérique (...) Deux étapes fondamentales sont donc nécessaires. Premièrement, identifier les États géopolitiquement dynamiques qui ont le potentiel de créer un basculement important en terme de distribution internationale du pouvoir, et de décrypter les objectifs poursuivis par leurs élites politiques, et les conséquences éventuelles. Deuxièmement, mettre en œuvre des politiques US pour les compenser, coopter, et/ou contrôler. »

Pourquoi Zbigniew Brzezinski a-t-il changé de ton dernièrement ?

En réalité, beaucoup de choses ont changé sur l’échiquier politique mondial. Les échanges économiques et militaires entre la Russie et la Chine ne cessent de se multiplier. En 2012, le groupe des BRICS, qui réunit le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, a annoncé son projet de banque Sud-Sud. Si les pays du Brics n’utilisent plus le dollar américain, ce sera la fin du système monétaire international actuel. Il faut savoir que les pays du BRICS représentent 40 % de la population mondiale et réalisent un quart du PIB planétaire. Par ailleurs, Moscou et Pékin renforcent de plus en plus leur coopération en matière de sécurité. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) créée en 2001, regroupant six pays membres (Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan Ouzbékistan) et quatre pays observateurs (Iran, Inde, Pakistan, Mongolie), reste une force politico-militaire non négligeable. Les pays membres de l’OCS effectuent des manœuvres militaires conjointes de manière régulière.

Mais la montée en puissance de la Russie et de la Chine a-t-elle vraiment poussé Zbigniew Brzezinski et ses congénères à faire des concessions ? Les États Unis ont-ils changé de politique étrangère ?

En fait, la politique étrangère états-unienne a des principes immuables. Elle repose sur le principe de l’explorateur britannique Walter Raleigh (1552-1618) :

« Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce du monde tient la richesse du monde ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même. »

En 1919, l’un des adeptes de l’école de la maîtrise des mers, le géographe anglais John Mackinder a établi une théorie selon laquelle le monde peut être partagé en trois espaces :

1) Le « Heartland », une zone qui comprend l’Europe de l’Est et la Russie, considérée comme le centre du monde.

2) Le « Rimland » (croissant intérieur), région composée de l’Europe de l’Ouest, du Proche et Moyen-Orient, et de l’Extrême-Orient.

3) « The Off-Shore Continents » (croissant extérieur) ou reste du monde, composé de la Grande-Bretagne, Japon, Australie, Amériques du Sud et du Nord, Afrique. (Voir l’encyclopédie Wikipedia).

Selon John Mackinder, la domination du monde passe obligatoirement par la domination la zone pivot, le Heartland. Le géographe anglais voulait empêcher la Russie, qui possédait des ressources naturelles importantes et des infrastructures développées, de dominer le continent eurasien et d’accéder à l’ensemble des mers et des terres de la planète.

La théorie de John Mackinder a été développée par son disciple l’Américain Nicholas Spykman. Ce dernier considère que la zone pivot est le Rimland (région intermédiaire entre le Heartland et les mers riveraines). Les rapports de force entre la puissance continentale et la puissance maritime se jouent donc dans cette zone du Rimland. Il faut, par conséquent, à tout prix éviter l’union du Rimland et du Heartland. Pour Nicholas Spykman : « Celui qui domine le Rimland domine l’Eurasie ; celui qui domine l’Eurasie tient le destin du monde entre ses mains. » (Voir Les Cahiers du RMES « Réseau Multidisciplinaire d’Etudes Stratégiques », volume IV, numéro 1, 2007).

Afin de garantir l’hégémonie des États-Unis sur Eurasie, les Américains ont établie une stratégie à plusieurs axes. L’éclatement de l’Union soviétique a été provoqué afin d’affaiblir de manière irrémédiable la Russie. Après avoir divisé la Yougoslavie, envahi l’Afghanistan et détruit l’Irak, une opposition sunnite-chiite a été montée en toute pièce pour isoler l’Iran. Ensuite, le printemps arabe a été déclenché. La jeunesse arabe, révoltée contre les tyrans, a été exploitée. L’Empire espérait engendrer un effet domino afin de neutraliser la Syrie et l’Algérie, les derniers pays méditerranéens qui réfutaient le système mondial unipolaire. Sans aucun répit, l’empire américain continue de faire main basse sur les ressources naturelles dont la Chine a tellement besoin. Toutefois, l’axe anti-USA Russie-Iran-Chine est devenu très fort. Les États-Unis en sont tout à fait conscients. C’est pourquoi ils ont décidé une nouvelle politique étrangère. Pour l’administration américaine, il s’agit d’une part de maintenir l’Union européenne dans son état d’inféodation et d’autre part de neutraliser la Russie et la Chine en adoptant le soft power qui consiste à faire recours aux guerres par pays interposés, aux services secrets, aux ONG et aux multinationales. L’administration états-unienne renonce pour le moment à la domination totale du continent eurasiatique et se concentre sur l’Europe occidentale.

Le bloc transatlantique

Les États-Unis s’apprêtent à construire un bloc transatlantique qui réunit les pays de l’Amérique du Nord et l’Union européenne. Le projet d’un vaste bloc transatlantique dominé par les États-Unis ne date pas d’aujourd’hui.

En 1997, Zbigniew Brzezinski écrivait :

« Pour l’Amérique, les enjeux géostratégiques sur le continent eurasien sont énormes. Plus précieuse encore que la relation avec l’archipel japonais, l’Alliance atlantique lui permet d’exercer une influence politique et d’avoir un poids militaire directement sur le continent. Au point où nous en sommes des relations américano-européennes, les nations européennes alliées dépendent des États-Unis pour leur sécurité. Si l’Europe s’élargissait, cela accroîtrait automatiquement l’influence directe des États-Unis. A l’inverse, si les liens transatlantiques se distendaient, c’en serait finit de la primauté de l’Amérique en Eurasie. »

La plupart des macroéconomistes estiment que le bloc transatlantique représente environ un tiers du volume des échanges commerciaux internationaux. L’émergence de ce bloc de 800 millions de consommateurs permettra aux États-uniens de contrer la concurrence chinoise et russe, mais aussi d’établir un nouveau système monétaire international en leur faveur. D’après le professeur le Pierre Hillard, auteur du livre La marche irrésistible du nouvel ordre mondial (2007), l’instauration d’un marché transatlantique sans entraves est en train de s’accélérer. Elle pourrait devenir une réalité dès la mi-2014.

Les États-Unis sont donc à deux doigts de devenir la plus grande puissance de l’histoire. Apparemment, ils sont prêts à tout pour atteindre leurs objectifs. Mais l’axe Russie-Iran-Chine n’a pas encore dit son dernier mot. L’histoire est loin d’être terminée.

Approfondir le sujet avec Kontre Kulture :

 



Article ancien.
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10 Commentaires

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  • #340302

    Ce ne sont pas les Américains qui sont les maitres du monde, ce sont les sionistes . Les Goys d’Amérique ont autant d’importance que les goys de France, c’est à dire : aucune . Dans la plupart des pays du monde, les sionistes sont aux manettes, soutenus par les banques sionistes, les "journalistes" et autres "intellectuels" et "artistes", tous parfaitement sionistes . Quant à la Chine elle a surtout travaillé jusqu’à présent pour les occidentaux, elle a été exploitée par eux . Il serait amusant de connaitre le pédigrée des principaux importateurs de produits chinois en Occident . Il n’y a plus , depuis belle lurette, de politique étrangère américaine : regarder le traitement qui a été infligé à Hagel au Sénat, Hagel qui voudrait une politique étrangère strictement américaine précisément. Edifiant . La politique étrangère "américaine" est en fait strictement sioniste . Centrée sur le destin d’Israel .


  • #340362

    Voilà de très bonnes raisons de casser l’union européenne et de sortir de l’otan...Féthi

     

  • #340515

    D’après l’ordre des choses, les USA ont étés créés par un ordre maçonnique (celui qui a financé la guerre de sécession et orchestré l’unification des états), sachant également que les francs maçons les plus puissants du monde sont d’Europe de l’ouest et que pour former les leurs les usa les envoient en stage ici...
    En conclusion il serait déplacé de croire que l’Europe ne fait que de se soumettre aux usa, il faudrait des fois voir un peu plus qui mène la danse, les usa forment d’une certaine façon l’Europe du futur si je puis dire et nous savons très bien comment elle réagit, futur ou passé, est-il plus facile de regarder devant sois ou en arrière la est la question.


  • #340845

    C’est un très bon article. Cette politique américaine (sioniste) est train de détruire les sociétés, les civilisations, tout ce qu’il y a d’humain. On a pas beaucoup de choix pour s’en échapper. Vu que la société est majoritairement individualiste et controlée, il nous reste qu’à prier.

     

  • #341156

    C’est en voulant contrôler à tout prix le moyen orient qu’on peut comprendre l’insistance des américains à imposer la Turquie dans L’UE. Par la même occasion, ni les turques, ni les européens, pourtant directement concernés n’ont émis la volonté de faire rentrer la Turquie dans cette UE.

    Cependant les Américains ne voient pas la chose de la même manière, Bill Clinton et Condoleezza Rice ont imposé cet union afin d’avoir directement un pied à terre au moyen orient.


  • #341317
    le 26/02/2013 par Aywa W Hadi
    La nouvelle politique étrangère étasunienne

    Cet article est écrit par un algérien est publier dans un quotidien algérien, reconnaissez à l’Algérie ce courage, qui est hélasse "absent" dans les tabloïds français !!!


  • #343245

    le"commun des mortels" se fout et ne comprend rien aux affaires du monde ! C’est bien ça l’eternel problème du l’humanité ! Et puis j’ai remarqué qu’il fallait être fortement désocialisé pour s’interésser aux grands problèmes... La personne qui travaille et gère sa petite vie de famille ne connait pas l’existence du pouvoir supérieur ! C’est triste et révoltant comme la condition humaine...