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La violence féminine : les chiffres tronqués de la violence conjugale

Jusqu’au XVIIIème siècle, les femmes représentaient plus d’un tiers, voire la moitié, des auteurs de crimes et délits. Depuis, la violence est devenue un fait essentiellement masculin.

Si tabou aidant, la violence féminine est peu étudiée dans les sociétés européennes, tabou au cœur du tabou, la violence conjugale féminine est un non sujet. Les chiffres étant, pour cause d’hérésie, introuvables en France ce que nous verrons dans un article I, mais pas dans les pays anglo-saxons où les études s’accumulent depuis une trentaine d’années (article II).

Dans un troisième et dernier article, nous tenterons d’esquisser les enjeux idéologiques et politiques du traitement de la violence féminine dans les sociétés européennes.

VIOLENCE CONJUGALE : LES DONNEES INTROUVABLES

En ce qui concerne la violence, l’affaire semble entendue depuis l’émergence de la théorie patriarcale formulée par les féministes, voilà une quarantaine d’années : la guerre, la délinquance, le rapt des femmes, la volonté de domination et leur continuum civil que sont les violences économiques, sexuelles et conjugales envers les femmes, sont essentiellement une affaire d’hommes. Il n’est pas étonnant, dès lors, que les enquêtes françaises et européennes jugent superflu d’interroger les hommes sur les violences subies au sein de leur couple.

Il n’est pas une semaine en cette année 2010 où les violences faites aux femmes, décrétées par le gouvernement "grande cause nationale", ne fassent la une d’une actualité. L’actualité législative, judiciaire ou médiatique toujours illustrée des mêmes images inquiétantes de femmes molestées : mesures d’éloignement du conjoint violent renforcées par le bracelet électronique, bip d’appel d’urgence similaire à celui proposé aux invalides, multiplication des subventions et des foyers pour femmes victimes, campagnes d’information gouvernementales, régionales, départementales, municipales, préfectorales... toujours calquées sur le même modèle discriminant... Désormais, c’est dit, écrit partout, estampillé "Vu à la Télé" (1), la plupart des hommes ont eux même, cerveau et sexe en berne, fini par l’intégrer : le genre masculin est une cause majeure du malheur des femmes. Notre société de lumière offrant la version polie d’un patriarcat s’exerçant, en tous temps et en tous lieux de la terre, sur le sexe, l’utérus et la sueur des femmes. Aussi, parler de violence féminine pourrait sembler une incongruité réservée à quelques masculinistes. Des masculinistes réactionnaires et négationnistes incapables de comprendre, que par la grâce de son univers prométhéen forgé au creuset de l’amour maternel, ’"a femme est l’avenir de l’homme".

La construction des enquêtes de victimisation ...

De fait, les chiffres de la violence ne plaident pas en faveur des hommes. Jour après jour, ils viennent confirmer la thèse patiemment distillée dans l’inconscient collectif des sociétés occidentales depuis 40 ans par le féminisme radical : si l’égalité des sexes est revendiquée, il existerait toutefois en matière de domination et d’une de ses déclinaison qu’est la violence, deux genres bien distincts : le genre doux et aimant, et le genre abuseur ... Un manichéisme qui, bien qu’issu du XIX ème siècle (2) et encensée par le pétainisme triomphant, ne semble étonner personne mais qui ne pouvait qu’interpeller la juriste Marcella Iacub ou Elisabeth Badinter (3). Féministe de la première heure, philosophe et historienne, Elisabeth Badinter sait, en effet, que la violence est consubstantielle à la nature humaine et non pas au genre. Elle ne pouvait donc que s’intéresser aux chiffres produits en France et en Europe sur la violence conjugale par le biais d’une critique acérée de l’Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France (ENVEFF) (4), forte de ses 10 % de femmes annuellement victimes. Enquête qui de part son ampleur et son autorité, constitue une excellente illustration des méthodologies curieuses utilisées pour rendre compte du phénomène sensible de la violence conjugale. L’ENVEFF ? Elisabeth Badinter ne pouvait qu’en constater le caractère partiel et donc partial.

Des données partielles ...

Partielles, car à l’instar de la plupart des études européennes ou publiées par l’Organisation Mondiale de la Santé ou le Conseil de l’Europe, cette enquête n’interroge ... que des femmes. ’On a choisi partout, délibérément, d’ignorer s’il y avait des hommes victimes’ dénonce Elisabeth Badinter tout en rapportant les propos pour le moins curieux et pourtant répandus de Marie France Irigoyen. Cette psychiatre et essayiste, dont les ’travaux’ ont inspirés la récente loi sur les violences psychologiques en couple, trouve, par contre, naturel de s’en remettre au seul ’bon sens populaire’ pour évaluer les violences subies par les hommes : "Les hommes ? On ne les a pas sondés. On leur confère par définition le statut d’agresseurs : ils le sont dans 98% des cas" (5).

Des études partiales...

Du partiel au partial, il n’y avait qu’un pas ténu que les médias et les politiques franchissent désormais allégrement. C’est ainsi que 10 % des femmes françaises subiraient annuellement des violences. Chiffre inquiétant, mais là encore, largement déconstruit par Elisabeth Badinter. Elle montre, en effet, qu’il n’a pu être obtenu qu’au prix d’amalgames curieux puisque la plupart des actes de violences (7,6 %) sont essentiellement constitués d’insultes et de "pressions psychologiques ou sexuelles". Des pressions en forme de catégories fourre-tout que les campagnes de sensibilisation télévisées récentes destinées à préparer les esprits pour une loi réprimant les violences psychologiques en couple, tentent d’imputer exclusivement aux hommes. Depuis "Le spot d’Audiart contre les violences conjugales" diffusé en juin 2009 sur les grands médias, chacun le sait bien désormais : l’insulte ou le dénigrement, même resté à l’état de pensée, est l’acte masculin fondateur de la violence faite aux femmes.

Pour en finir sur le rapport ENVEFF, ses laudateurs n’ont pu que se féliciter de son caractère extrêmement exhaustif. Si exhaustif d’ailleurs qu’il laisserait songeur tout spécialiste du marketing sur la motivation réelle des interviewées, par téléphone, pour épuiser un questionnaire serré de 84 pages...

Des chiffres "réels" contestables ...

Si l’on voit que les statistiques des enquêtes de victimisation sont largement sujettes à caution, les chiffres "réels" de la violence conjugale, jetés en pâture aux médias depuis des années et sensés être plus fiables, laissent, eux aussi, tout aussi perplexes. Faut-il, en effet, croire que la violence conjugale tuerait en Europe plus de femmes que les accidents de la route et les cancers réunis ? Ce qui porterait, le nombre de décès à plusieurs milliers par an pour la seule France alors que, comme le montre Elisabeth Badinter dans son article, ce chiffre grotesque, repris en boucle par tous les organismes sérieux tels le conseil de l’Europe et le législateur français, provient d’une rumeur lancée par les féministes espagnoles destinée à accréditer le renforcement des politiques de répression voire de subvention ? Faut-il alors en croire feu l’émission de TF1, "Le Droit de Savoir" dénombrant en 1999, 400 décès annuels ? Un chiffre gonflé et qui inspire toujours les associations féministes, en totale (6) contradiction avec, celui-là même, du ministère de la justice qui bon an, mal an, recense entre 100 et 200 décès. Une bonne centaine de décès dont 30 % d’hommes ce que l’on oublie, par ailleurs, toujours de signaler sauf à les stigmatiser, une fois encore et en vrac, pour indiquer que leur décès est, dans 50 % des cas, imputable à un acte de légitime défense ? Faut-il donner crédit au ministère de la justice lui-même lorsqu’on sait qu’il n’existe, en France, aucune catégorie logicielle permettant de quantifier, sans arbitraire policier et judiciaire, les décès strictement attribuables à la violence conjugale ... ?

Une situation pseudo scientifique...

Comme nous pouvons le constater, la France et nombre de pays européens se trouvent aujourd’hui dans une situation pré ou plutôt pseudo-scientifique où des études biaisées ne sont là que pour confirmer l’idéologie dominante et mettre sous l’étouffoir les quelques évidences dérangeantes qui parviennent à émerger. Ainsi, quid des couples lesbiens dont les études ont montré des taux de violences similaires aux couples hétérosexuels ? Quid encore de l’enquête de victimisation 2007 de l’Observatoire National de la Délinquance (O.N.D.), qui refuse de tirer les conclusions de ses propres observations lorsqu’il dénombre pour 2005 et 2006, 300.000 hommes victimes de violences physiques au sein de la famille (7) ? Chiffre de 300.000 important et négligé, mais, par ailleurs, là encore et pour des raisons d’approximation méthodologique, très inférieur à la réalité (8). Pourtant, la semaine qui suivit la publication de ce rapport, l’O.N.D. et une presse unanime, ne se firent l’écho que des violences faites aux seules femmes.

Aujourd’hui en France et en Europe, nous sommes donc dans une situation similaire à celle qui prévalait dans les pays anglo saxons et notamment au Canada voilà 30 ans, lorsque les féministes avançaient l’épouvantail de 300.000 mille femmes victimes annuelles (9) pour le seul Québec avant d’être obligées de se rétracter sous le poids des évidences. Mais entre temps, tout comme en France et en Europe, avec de tels chiffres qui sonnent comme autant d’appels à pogrom législatif (10) et judiciaire contre les hommes, le mal était fait. Toujours zélé à flatter la moitié du corps électoral tandis que l’autre moitié, tétanisée et culpabilisée, ne cesse de faire la claque, attisé par les médias abonnés au copier/coller sur un sujet aussi fédérateur (11), le politique n’a de cesse d’empiler les mesures répressives en direction des hommes et de leur paternité (12).

"La vérité ne triomphe jamais, mais ses adversaires finissent par mourir". De mort naturelle, faut-il s’empresser de rajouter compte-tenu du sujet. Cette citation de Max Planck, vaut aussi pour la violence conjugale : il aura fallu attendre 30 années d’études statistiques sérieuses et documentées, pour que les lignes commencent timidement à bouger outre-atlantique. Et là, les surprises sont de taille. Elles sont non seulement statistiques mais aussi culturelles. Des surprises qui pourraient interroger le racisme latent des schémas occidentaux de libération aujourd’hui embusqués dans la pensée victimaire universaliste et sa déclinaison qu’est le féminisme radical. C’est ce que nous proposons d’exposer dans un article à suivre consacré aux données anglo saxonnes sur le sujet.

(1) Par exemple, Emanuelle Millet, co produite par ARTE et ’Les Films du poisson’ : sur 10 films sur la violence conjugale, pas un seul film concerne des hommes agressés. Un des spot assimilant même la violence conjugale masculine à la torture fasciste.

(2 )... on note ensuite un renversement de tendance. Dans le courant du 19e siècle, le crime prend la construction sociale qu’on lui connaît aujourd’hui, celle d’un fait masculin. La criminalité féminine est alors considérée comme un phénomène marginal.

(3) Elisabeth BADINTER, "La vérité sur les violences conjugales", l’Express, 2005. Enquête déconstruite aussi par la juriste Marcella Iacub et le démographe Hervé le Bras.

(4) Maryse JASPARD et autres, "Enquête Nationale sur les Violences Faites aux Femmes en France" (ENVEFF). INED. 2001.

(5) Elisabeth BADINTER, "La vérité sur les violences conjugales", préc. P. 2.

(6) Notamment sur le site "SOS FEMMES"

(7) Observatoire National de la Délinquance, "Enquête de victimisation 2007, synthèse", p.1

(8) Comme l’explique le chercheur Denis Laroche de Statistiques Canada, l’enquête française de l’OND se fonde sur une méthode peu fiable qui laisse une trop grande part à la subjectivité. Les études ayant, en effet, largement démontré un seuil de perception de la violence nettement plus faible chez les femmes que chez les hommes. Une étude Suisse portant sur 200 hommes victimes note que sur les 10 % des victimes de violences graves ou ayant eu peur pour leur vie "aucun des hommes ... n’a porté plainte". L’étude rajoute "Certaines formes de violence sont si normales dans la vie d’un homme qu’elles ne sont pas perçues comme telles et que ceux qui les ont subies ne s’en souviennent pas toujours" ... ou ’les refoulent telles les violences sexuelles’. Eva WYSS, "Quatrième rapport de la Commission cantonale de l’égalité", préc., p. 18 col. 1. et p. 20 col. 1

(9) En fait et par extrapolation de l’échantillon, d’après l’institut National de la statistique Canadien, en 2004, 36800 femmes (35300 hommes) se déclaraient victimes de leur conjoint ou ex conjoint au cours des 12 derniers mois pour le seul Québec. In Denis LAROCHE, Enquête Sociale Générale (E.S.G.), "contexte et conséquences de la violence conjugale envers les hommes et les femmes au Canada en 2004", p.18 tab. 2.2.

(10) Ainsi, on pourrait multiplier les exemples, de l’exposé des motifs de la loi n°2006-399 du 4 avril 2006 étendant notamment les mesures d’expulsion du conjoint violent aux personnes pacsées : après une introduction "constitutionnellement correcte" parlant indifféremment de conjoints violents, il suffit de quelques lignes au rapporteur de la loi pour désigner clairement le coupable : l’homme. Quelques lignes truffées d’informations fausses (400 décès annuels, 48000 femmes violées, 10 % de femmes annuellement violentées) tirées du lobbying féministe. Allant crescendo, ne s’embarrassant même plus de textes constitutionnellement corrects, la proposition de loi pénalisant les violences psychologiques au sein du couple s’intitule sans complexe Proposition de loi renforçant ... la répression des violences faites aux femmes", les hommes n’étant pas susceptibles, visiblement, de subir des violences psychologiques.

(11) Une étude américaine réalisée sur 785 homicides entre 1984 et 1992 à montré que 79 % des crimes masculins sont reportés dans la presse contre 50 % pour les crimes féminins. Chaque crime masculin étaient en moyenne couvert par 3,6 articles contre 1,7 article pour les crimes féminins.

(12) Dès 1994, création d’une circonstance aggravante en matière de violence conjugale. Loi n°2004-439 du 26 mai 2004 art. 221-1 du code civil : Éloignement du conjoint violent, loi n°2006-399 du 4 avril 2006 art. 11 : viol entre époux, loi n°2006-399 du 4 avril 2006, art. 7, extension de la notion de la violence conjugale aux pacsés. Ass. Nat. texte n° 428 du 25 fév. 2010 Proposition de loi renforçant ... la répression des violences faites aux femmes’. art. 3 bis. : pénalisation des violences psychologiques au sein du couple et mise en place de système de radio protection ...