Egalité et Réconciliation
https://www.egaliteetreconciliation.fr/
 
A A A
imprimer

Le découplage USA-Israël est-il programmé par le CFR (Council on Foreign Relations) ?

En 2004, Thierry Meyssan décrivait ainsi le Council on Foreign Relations dans les colonnes de Voltairenet : « Depuis soixante ans, le Council on Foreign Relations conseille le département d’État et élabore les stratégies à long terme de celui-ci en établissant un consensus à l’intérieur des élites états-uniennes. Pour chaque conflit, il détermine les buts de guerre dans l’intérêt de ses membres et hors de tout contrôle démocratique. (…) Financé par 200 multinationales, il comprend 4 200 membres cooptés parmi lesquels sont choisis la plupart des dirigeants gouvernementaux. L’élite du business élabore la politique étrangère des États-Unis par consensus à huis clos. Enfin, le CFR a contribué à exporter le modèle politique états-unien en cooptant des dirigeants étrangers. » Le décor était jeté…

Thierry Meyssan, aurait encore pu ajouter que les membres les plus en vue du CFR appartiennent aussi à la Conférence de Bilderberg et à la Commission Trilatérale, et que c’est dans les colonnes de sa revue bimensuelle Foreign Affairs qu’a été conçue la thèse du « choc des civilisations ». C’est dire l’importance extrême de ce think tank dans la politique étrangère yankee. Une importance que la presse des États-Unis souligne régulièrement et que Richard Barnet, un universitaire membre du conseil a résumé ainsi : « Etre admis au sein du CFR peut-être considéré comme un rite de passage pour toute personne voulant exercer des responsabilités réelles aux USA ».

Or, le Council on Foreign Relations a autorisé le Pew Research Center a effectuer un sondage d’opinion auprès de ses membres entre le 2 octobre et le 16 novembre 2009. Le résultat a été pour le moins surprenant et a mis en lumière le fossé séparant les perceptions de l’élite états-unienne du grand public en matière de politique internationale. Les membres du CFR ne considèrent pas, en effet, Israël comme un allié, ni l’Iran comme un véritable ennemi, qui sont les théories que lobby sioniste fait pourtant véhiculer par les médias de masse et auquel le grand public adhère.

Il est pour le moins intéressant d’examiner le détail de ce sondage. On y trouve d’abord une chose qui ne fera pas plaisir à Nicolas Sarkozy : les membres du CFR ne sont que 5% à considérer que la France sera « un allié importants et un partenaires de l’Amérique dans le futur »… Mais ce n’est que broutille. Ce qui est vraiment frappant c’est que les 2/3 des membres de cette institution élitiste, croient que les États Unis en ont trop fait en faveur d’Israël et qu’ils ne considèrent pas ce pays comme ayant en importance prioritaire pour leur nation.

Et dans les questions suivantes les surprises ne manquent pas…

A la question « qui seront les plus importants alliés et partenaires de l’Amérique dans le futur », seulement 4 % des sondés citent Israël, ce qui place ce pays à égalité avec la Corée du Sud et bien loin derrière le Brésil (37 %), l’Inde (55 %) et la Chine (58 %). Mais aussi derrière des pays comme la Turquie (10 %), l’Allemagne (9 %), le Mexique (8 %) ou l’Indonésie (5 %) !

Dans les questions consacrées au conflit entre Israéliens et Palestiniens seulement 26 % des membres du CFR font des réponses montrant qu’ils soutiennent la position d’Israël (ce résultat doit être comparé aux 51 % du grand public…). Pire, selon 67 % d’entre eux, les États-Unis ont, dans le passé, trop favorisé les Israéliens. L’écrasante majorité des membres du CFR (69 %), pensent également que le président Obama a maintenant « trouvé le bon équilibre » entre les Israéliens et les Palestiniens.

En ce qui concerne l’Iran, si 64 % des membres du CFR considèrent la République islamique comme une menace majeure contre les intérêts états-uniens, seuls 33 % d’entre eux soutiendraient une attaque préventive contre ce pays s’il se dotait de l’arme nucléaire (en comparaison on sait que 63 % des yankees moyens l’approuverait).

Ces résultats sont une indication supplémentaire de l’influence du lobby sioniste dans les médias de masse qui formatent l’opinion du grand public américain à partir de ce qu’il y entend ou y lit, d’ailleurs aucun journal états-unien n’a jugé utile de faire conna ître à ses lecteurs les opinions des membres du CFR. L’élite, elle, ayant accès à des sources d’information plus précises est beaucoup moins sensibles à la propagande israélienne.

Cela étant, que faut-il en conclure ? Est-ce que le Council on Foreign Relations n’a plus d’influence sur le pouvoir politique ? Non pas, et tout au contraire on peut juger qu’il influe très fortement sur la politique étrangère de Barack Obama. Faut-il alors estimer que les pro-Israéliens sont en train de perdre la main aux USA ? Nous n’irons pas jusque là, mais il faut bien admettre qu’un découplage USA-Israël semble programmé et que l’État hébreux en a pris conscience, ce qui explique sa nouvelle politique étrangère initiée par Avigdor Lieberman. Rien n’est réellement joué cependant, le lobby sioniste, dont on connaît l’importance extrême aux USA, à encore plus d’une carte dans son jeux, et son influence primordiale dans les médias jouera sans aucun doute un rôle important dans d’éventuelles manœuvres de marginalisation de Barack Obama et de ceux qui, au Département d’État ou au Council on Foreign Relations, voudraient faire passer les intérêts internationaux des Etats-Unis avant ceux d’un « petit peuple, sur de lui et dominateur » !