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Lettre ouverte à Anne Sinclair

Par Komnen Becirovic (Avril 1997)

Du haut de sa suffisance et de son ignorance, Jacques Delors accable les Serbes en se disant fier de ceux dont il fallait rougir

Madame,

Bien que le drame yougoslave nous ait habitués aux déclarations les plus aberrantes au sujet des Serbes, de la part des représentants de la classe, j’allais écrire de la caste, médiatico-politique, ce n’est cependant pas sans surprise que j’ai entendu M. Jacques Delors réitérer dans votre émission Sept sur Sept sur TF1, internationalement regardée, le dimanche 16 mars dernier, les accusations les plus graves contre les Serbes.

"En Yougoslavie, grâce d’ailleurs aux intellectuels français, nous avons pu prendre conscience, et moi le premier, que depuis des années, s’élaborait, en Serbie, dans l’Académie de Belgrade, une idéologie du nettoyage ethnique qui est une idéologie du rejet de l’autre, une idéologie de mort, et moi-même je l’ai désignée à la vindicte dès juillet 1992.

On m’a tapé sur les doigts parce que ce n’était pas de la compétence du président de la Commission." – a déclaré péremptoirement M. Delors prononçant ainsi, pour la deuxième fois consécutive en trois ans, une sorte de fatwa contre la plus haute institution d’un peuple : l’Académie serbe des Sciences et des Arts. C’est tellement gros et même, pardonnez-moi le mot, grotesque, que je me suis décidé à vous adresser une lettre ouverte.

D’autant que mes tentatives épistolaires afin de vous éclairer au sujet des Serbes, y compris notre conversation lors notre rencontre à l’Association de la Presse Etrangère, le 23 février dernier, se sont avérées infructueuses jusqu’à présent. Je retrouve, en effet, une lettre que je vous avais adressée le 5 octobre 1994, dans laquelle je m’étonnais de vous voir pousser M. Jacques Lang, que vous aviez reçu alors, à nous accabler.

Il faut être singulièrement induit en erreur par ceux-là mêmes par lesquels M. Delors affirme avoir été éclairé, les intellectuels français, pour oser soutenir des absurdités pareilles, d’autant plus invraisemblables qu’elles émanent de l’homme éminent, ancien haut responsable français et européen, qu’est Jacques Delors.

Naturellement, M. Delors se serait épargné le ridicule, d’éventuels démêlés judiciaires avec l’Académie serbe et, peut-être, le risque de passer par cette énorme bourde à la postérité, si – au lieu de se fier aux intellectuels parisiens et de s’en vanter alors qu’il faudrait plutôt en rougir, tout au moins dans le cas présent – il avait pris la peine de lire l’ouvrage incriminé.

S’il l’avait fait, il aurait constaté que l’étude émanant de l’Académie serbe, intitulée Mémorandum, n’est point ce Mein Kampf de nos jours, comme une propagande impudente la qualifie, mais un simple examen modérément critique de la situation du peuple serbe au sein de la Yougoslavie titiste.

Celle-ci, comme vous ne le savez probablement pas, reposait sur la formule : une Serbie faible, une Yougoslavie forte, ce qui en dit long sur la nécessité de l’analyse à laquelle ont procédé quelques membres de l’Académie serbe dans les années quatre-vingts.

Le raciste et l’antisémite Tudjman, et l’islamiste Izetbegovic encensés, les Serbes vilipendés et faussement accusés de tous les maux

Il faut dire aussi que, comparé à la révisionniste Impasse de la vérité historique (Zagreb, 1989) du président croate Franjo Tudjman, qui a été contraint de battre en retraite sous la pression du Congrès juif mondial, ou au bréviaire des islamistes que constitue la Déclaration islamique (Sarajevo, 1990) du président musulman bosniaque Alija Izetbegovic, le Mémorandum de l’Académie serbe, est un véritable écrit évangélique.

En effet, nul Serbe n’a jamais écrit que le génocide était une chose naturelle, comme l’a fait M. Tudjman afin justifier les massacres de Serbes et de juifs commis par l’Etat oustachi croate à l’ombre de l’Etat allemand nazi. Pas plus qu’aucun Serbe n’a jamais soutenu que diverses religions et sociétés ne pouvaient cohabiter, comme le soutient M. Izetbegovic, auteur de la fameuse phrase : "Il ne peut y avoir de paix ni de coexistence possible entre l’islam et les institutions politiques et sociales non-islamiques".

Or, force est de constater l’absence totale de toute dénonciation des présidents croate et islamo-bosniaque. Bien au contraire, c’est sous la présidence de M. Jacques Delors de la Commission de l’Union européenne que celle-ci récompensa, au prix de tant de malheurs, MM. Tudjman et Izetbegovic, l’un par la reconnaissance d’une Croatie que même aujourd’hui le New York Times, soudain touché par la grâce de la vérité serbe, qualifie de néo-fasciste, et l’autre, par la reconnaissance d’une Bosnie dont le caractère islamiste n’est point à démontrer. Ainsi M. Jacques Delors avec M. Robert Badinter et sa fameuse Commission d’arbitrage, a-t-il aidé à l’accouchement de deux derniers monstres sur le continent européen, la Bosnie d’Izetbegovic et la Croatie de Tudjman.

Et c’est pour peu, en ce qui concerne cette dernière, que le New York Times, poussant un véritable cri d’alarme par la voix de son correspondant en ex-Yougoslavie M. Chris Hedges (12-13/4/1997), ainsi que par celle de l’un de ses plus grands éditorialistes, M. A.M. Rosenthal (16/4/1997), n’appelle au secours les Serbes afin de contrer le fascisme croate.

Tout comme il pourrait appeler bientôt les Serbes, lorsqu’ éclatera la vérité sur la Bosnie, à combattre l’islamisme bosniaque. Hélas, quand les Serbes, dans un mouvement d’autodéfense légitime, commencèrent à temps à combattre les deux abominations, la soi-disant communauté internationale les mit au pilori, en les satanisant, en les grevant par des sanctions, en les écrasant sous les bombes de l’Otan et en les chassant de la Krajina.

Quelle perversion de l’histoire que de voir les humanistes de l’Ouest s’employer à parachever l’œuvre inhumaine de Pavelic : une Croatie ethniquement pure ! Mais, ce n’est plus, Madame, de la politique, c’est de la métaphysique ! Du mal bien entendu !

Et alors que la réhabilitation des oustachis en Croatie battait son plein, on invitait M. Tudjman à l’inauguration du Musée de l’Holocauste à New York et à la célébration sous l’Arc de Triomphe du cinquantième anniversaire de la victoire sur le fascisme ! Tout comme, pendant que se déroulait l’implantation de l’islam pur et dur en Bosnie et pendant qu’on décernait à M. Izetbegovic le prix Roi Fayçal pour les services rendus à l’islam, on a encensé ce dernier comme le phare de la démocratie, en le couronnant même, tout récemment, aux Nations Unies, par le Prix International de la Démocratie !

Le fait que M. Izetbegovic a écrit que le musulman n’existe pas en tant qu’individu (mais seulement en tant que croyant), et que c’est précisément sur l’individu que reposent la démocratie et la civilisation occidentales, n’a aucune espèce d’importance. Toutefois, décerner le prix de la Démocratie à l’auteur de la Déclaration islamique, semble un vrai canular, au point que les médias, qui pourtant ne s’embarrassent de rien, se trouvent gênés d’en parler. Et tout ceci se déroulait avec la participation active de M. Delors et de la vôtre, Mme Sinclair !

La meilleure preuve que le Mémorandum ne contient rien de répréhensible, c’est qu’aucun de ses détracteurs n’est capable d’en citer une seule ligne qui justifierait l’opprobre dont est victime cet ouvrage. L’historien et diplomate de carrière italien, M. Sergio Romano, qui l’a lu, l’a qualifie de "document intelligent et visionnaire". (La Stampa, 27/12/1994).

Et pour sa part, l’ancien rédacteur en chef, puis directeur du journal Le Monde, M. André Fontaine, lors d’un colloque à l’Assemblée nationale, a avoué que l’écrit ne contenait pas l’ombre de ce que l’on n’a cessé, et que l’on ne cesse de lui attribuer.

Les Serbes, victimes du nettoyage ethnique dans la Krajina, en Bosnie et au Kosovo, transformés par les faiseurs d’opinion en nettoyeurs ethniques

D’autre part la question se pose : si les Serbes étaient de tels nettoyeurs ethniques qu’ils aient apparemment ce mal dans leurs gènes – contrairement aux Croates et aux musulmans bosniaques qui seraient de véritables agneaux de Dieu – comment se fait-il qu’il y a aujourd’hui 90 % d’Albanais au Kosovo, la Jérusalem serbe, et seulement 10 % des Serbes ?

Comment expliquer aussi le fait qu’à la veille de la Seconde guerre mondiale il y avait 25 % des Serbes en Croatie, 12 % au lendemain de la guerre et aujourd’hui 3 % seulement ? De même qu’il y en avait à la même époque 47 % en Bosnie par rapport aux musulmans et Croates et qui ne représentent aujourd’hui que 31 %. C’est que les Serbes aussi bien en Croatie, en Bosnie qu’au Kosovo, ont été exterminés ou chassés de leurs terres ancestrales.

Pensez que lors de l’invasion de la Yougoslavie par des puissances de l’Axe, en 1941, 100 000 Serbes furent contraints de quitter le Kosovo pour y être remplacés par autant d’Albanais qui, venus d’Albanie, s’installèrent dans la province serbe à l’ombre de l’occupant italo-fasciste.

Non seulement que Tito, par décret du 6 mars 1945 interdisait le retour à ces Serbes au Kosovo, mais il favorisa par sa politique pro-albanaise, d’autres exodes des Serbes de leur province historique, de sorte que leur nombre de 25 % après la guerre tomba à la fin des années quatre-vingt-dix, à 10 % seulement ! Ceci fut précisément l’une des causes du réveil des Serbes et du retour du Kosovo sous la souveraineté de la Serbie.

Justement, en parlant de Kosovo, une comparaison ne cesse de me hanter depuis des années : si on ne peut pas valablement contester le retour des juifs en Israël, même s’ils l’ont quitté depuis vingt siècles et où rien ne subsiste de leur civilisation hormis le Mur des Lamentations, on peut encore moins contester le retour, après trois siècles d’absence, des Serbes au Kosovo qu’ils n’ont jamais complètement quitté et où se trouve préservée une bonne partie de leur patrimoine.

C’est là que se trouve, en effet, de magnifiques églises, fondations des rois serbes du Moyen-âge, telles que Petch, Detchani, Gratchanitsa et d’autres qui sont des monuments de premier ordre de la civilisation chrétienne.

Quant à la chute drastique de la population serbe de Croatie et de Bosnie-Herzégovine, c’est qu’elle a été soumise au génocide par les oustachis croates et les islamo-bosniaques. Vous avez sans doute entendu parler de la fameuse division SS Handjar Division islamo-bosniaque de sinistre renommée, créée, en 1943, par l’imam Al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem, sur ordre d’Hitler, et qui se distingua par d’innombrables atrocités sur les Serbes, les douze mille juifs bosniaques étant déjà pour la plupart exterminés au début de la guerre.

S’il n’est pas sûr, comme l’affirment certains, (Le Figaro Magazine, 14/9/1996), que M. Izetbegovic ait été le combattant de cette unité, mais plutôt un jeune activiste islamiste, il l’a fait ressusciter durant le présent conflit sous le nom de la redoutable Septième brigade.

Celle-ci, aux cris d’Allah akhbar ! a combattu d’autant plus fanatiquement des chrétiens serbes, que l’armée islamo-bosniaque comptant dans ses rangs des milliers de moudjahidins venus d’Asie et d’Afrique du Nord, avait le soutien moral, médiatique, logistique de l’Occident chrétien. En même temps qu’elle était approvisionnée en armes, en plus d’argent, par l’Iran et d’autres pays farouchement islamistes.

Et ce n’est pas la moindre aberration de la guerre en Bosnie, que celle de voir les élites de l’Occident solidaires d’ayatollahs, ennemis jurés de ce même Occident. On ne peut combattre l’islam pur et dur en Irak et au Proche-Orient, et le soutenir dans les Balkans, sans risque d’expier, un jour, de telles choses contre nature. Tout comme l’on pourrait finir par expier l’actuelle folie contre la Russie. Les lois qui régissent les hommes sont aussi immuables que celles qui gouvernent les astres. Disons que ce qui est l’équilibre dans le monde des astres, est la justice dans le monde des hommes.

Sans l’un, l’univers retournerait au chaos originel, sans l’autre, la société humaine ne serait jamais sortie de l’animalité. Ne m’en voulez pas d’essayer d’entrer parfois dans la philosophie du mal qui est apparu avec les événements en ex-Yougoslavie. J’ai trop de considération pour vous, pour ne pas tenter d’élever le débat au-dessus des simples faits.

Mais pour revenir au Mémorandum, l’inexcusable pour M. Delors aussi bien que pour vous, Madame Sinclair, qui lui avez offert votre tribune pour accabler les Serbes, est que l’ouvrage en question existe bel et bien en français depuis que la revue Dialogue, dans son numéro du septembre 1992, l’a intégralement publié avec la Déclaration islamique et de larges extraits du livre de Tudjman.

D’autre part, les éditions L’Age d’Homme, ont mis à jour, en avril 1996, une nouvelle traduction du Mémorandum, très documentée et commentée par les rédacteurs eux-mêmes de l’ouvrage, l’historien Vassiliyé Krestitch et l’économiste Kosta Mikhaïlovitch, alors que M. Delors, lors de son entretien avec vous, le 5 juin 1994, en avait attribué la paternité au romancier Dobritsa Tchossitch.

Ce qui prouve, hélas, que M. Delors ne faisait que glaner ses informations sur ce sujet dans un article qui ne fait guère honneur à la profession, publié par Florence Hartmann dans Le Monde (30/8/1992). Enfin, j’ai traité du Mémorandum moi-même par rapport aux intellectuels parisiens, dans mon livre sur Malraux, ce dernier ayant été membre d’honneur de l’Académie serbe, livre que j’ai eu le plaisir de vous adresser avant notre rencontre-débat à l’Association de la Presse Etrangère.

Pourquoi toujours le même son de cloche ? Bernard-Henri Lévy avec sa clique, aurait-t-il davantage mérité de la France que Pierre-Marie Gallois ?

Toujours est-il que si un homme aussi important que M. Delors a pu se fourvoyer, c’est que le fléau de la pensée unique a pris de telles proportions, avec le drame yougoslave, que, depuis longtemps, il n’épargne plus personne, aussi bien au niveau des élites que chez les simples citoyens. Et votre part de responsabilité y est, hélas, considérable.

En effet, comment se fait-il – et je vous pose la même question que lors de la rencontre à l’APE – que depuis six ans que durent les conflits en ex Yougoslavie, vous avez invité sur le plateau de "Sept sur Sept" un grand nombre de personnalités, et certaines à répétition, blâmant les Serbes, alors que vous n’avez jamais jugé nécessaire d’en inviter une seule qui ferait valoir leur point de vue ?

A moins que M. Bernard-Henri Lévy que vous avez interrogé avec beaucoup de complaisance sinon de complicité, n’ait davantage mérité de la France en satanisant les Serbes, que, par exemple, le général Pierre-Marie Gallois que vous n’avez jamais invité et qui pourtant a hissé la France au rang des puissances nucléaires du monde.

En outre, il est une gloire de la géopolitique française, ce que l’on ne peut nullement dire de M. Bernard-Henri Lévy en matière de philosophie. Du reste, ce n’est pas la première fois, depuis Néron, que le néant de quelqu’un tourne en calamité, tout au moins en ce qui nous concerne nous les Serbes. Pourquoi donc M. Bernard-Henri Lévy est-il partout, sur toutes les chaînes, y compris la vôtre, sur toutes les radios et dans tous les journaux, tandis que le général Gallois n’est presque nulle part ?!

Ma question attend toujours votre réponse, des explications que vous avez avancées lors de la rencontre-débat à l’APE, du genre : « Serbes agresseurs et totalitaires, Croates et musulmans victimes et démocrates », n’étant franchement pas dignes de la prestigieuse journaliste que vous êtes. Et en ce qui concerne le général Gallois, je vous dirai encore ceci : deux des hommes parmi les plus importants de la Russie actuelle, Guennady Ziouganov et Alexandre Lebed, ont profité récemment de leur séjour en France pour rendre visite au général Gallois afin d’avoir son avis sur les affaires du monde.

D’autres personnalités russes, ainsi que serbes, grecques, bulgares, chinoises, arabes et même allemandes et américaines sont venues et viennent constamment le consulter et solliciter des textes de lui. Mais ni vous, ni aucun autre oracle de l’information en France ! Il n’a même pas été en mesure de publier ses articles dans les journaux de son pays, mais a dû le faire dans la presse belge et suisse ! On se croirait rejeté à plus de deux cents ans en arrière, à l’époque de Voltaire.

C’est que le général Gallois a l’audace de penser autrement, en particulier à propos du conflit en Yougoslavie qu’il a magistralement traité avec celui de l’Irak, dans un ouvrage fondamental en deux tomes, intitulé Le Sang du pétrole, édité par L’Age d’Homme en mars 1996.

Cet ouvrage qui retrace les deux terribles drames qu’a connu l’humanité en cette fin de siècle, vaut bien Le Lys et la cendre de M. Bernard-Henri Lévy qui, sur 540 pages, raconte, sans nulle vergogne, les efforts qu’il a déployés pendant des années pour aider à l’accomplissement d’un méfait : les bombardements des Serbes de Bosnie par l’Otan au profit des islamo-bosniaques à la fin d’août 1995. Spectacle dont le philosophe se délecte – son vœu le plus ardent ayant été enfin exaucé – en regardant les frappes aériennes contre les Serbes en direct à la télévision, après un copieux dîner en compagnie de Mme Pamela Harriman et de M. Izetbegovic, à l’ambassade des Etats-Unis à Paris.

Néanmoins vous avez offert à M. Bernard-Henri Lévy le plateau de Sept sur Sept afin qu’il puisse se livrer, une fois de plus, à ses gesticulations pro-bosniaques, angéliser les musulmans et diaboliser les Serbes, et vanter en même temps le paradis multiethnique de la Bosnie durant les siècles de l’occupation turque.

C’est un miracle qu’il n’ait pas encore demandé qu’ Ivo Andritch soit privé à titre posthume de son prix Nobel de littérature (1961) pour avoir osé dans ses romans, tels que Le Pont sur la Drina et La Chronique de Travnik, donner une vision tout à fait contraire de la sienne de la Bosnie. Une Bosnie où régnait l’esclavage le plus abject et où l’on pratiquait le pal, la potence et le tribut de sang, avant que le glaive oustachi croate ne s’y abattît sur les Serbes et les juifs durant la Seconde guerre mondiale.

Il est grand temps, Madame, de sortir de la maudite logique antiserbe qui porte tellement ombrage au charme et au brio avec lesquels vous menez généralement vos émissions. Pour le faire, il suffirait d’inviter des gens compétents comme, bien sûr le général Gallois qui est de toute évidence la conscience de la nation dans l’affaire yougoslave, mais aussi M. Paul-Marie de la Gorce, Mme Marie-France Garaud, ou bien des historiens spécialistes des Balkans et de l’Europe centrale, tels que M. Jean Nouzille et M. Jean-Paul Bled de l’Université de Strasbourg, parmi d’autres.

Il y a aussi Louis Dalmas, auteur de plusieurs textes hautement véridiques sur les conflits yougoslaves, et directeur du mensuel Balkans-Infos, qui paraît depuis plus d’un an, et qui constitue une véritable éclaircie dans le ciel sombre de la pensée unique en France.

Et comme votre émission a une audience européenne – des amis scandalisés par les propos de M. Delors, l’autre soir, ont téléphoné de Stockholm – vous pourriez également faire appel à lord Owen qui vous dirait, ce qu’il affirme dans son Balkan Odyssey, que le massacre de Markalé en février 1994, qui aura levé le glaive de l’Otan contre les Serbes, fut le fait des musulmans et non pas des Serbes.

De même que vous pouvez inviter Mme Bat Ye’or, l’inégalable historienne des Juifs et chrétiens sous l’islam (Berg International, 1994), ou bien M. Yossef Bodansky, l’un des meilleurs spécialistes des stratégies modernes du djihad au Proche-Orient, en Afrique et en Europe.

Les singeries télévisuelles ayant pour but de monter l’opinion contre les Serbes

Une nouvelle approche de la question serbe vous serait d’autant plus facile que chaque jour nous apporte des révélations sur telle ou telle imposture médiatique durant le conflit bosniaque, parrainée par certains de vos illustres invités.

D’une part, l’accusation contre le prétendu monstre serbe Doucko Taditch, jugé par le tribunal de La Haye, s’est complètement effondrée, le principal témoin à charge Opatchitch ayant reconnu qu’il avait accablé Taditch sous la pression et la torture de la police d’Izetbegovic.

D’autre part on n’a pas réussi à faire son plein des victimes de Srebrenica sur laquelle on a tant démonisé les Serbes : malgré les efforts désespérés déployés par le tribunal de La Haye pour trouver dans la région de Srebrenica des milliers de morts musulmans, avancés par le Département d’Etat et les médias, on en a découvert qu’environ 800, pour la plupart les restes des combattants musulmans.

Par contre, on a découvert une cinquantaine de charniers avec les restes des Serbes massacrés par les musulmans. Le général Philippe Morillon dans son livre Paroles du soldat (Balland 1996), affirme que le commandant des forces islamo-bosniaques à Srebrenica, Nasser Oric, lors des raids qu’il effectuait sous la protection des Nations Unies, sur les villages serbes aux alentours, ne faisait pas des prisonniers, les lois coraniques, apparemment, le lui interdisant.

Aussi un journal qui, comme Libération, s’est tant investi dans la satanisation des Serbes, doit-il aujourd’hui admettre (dans son édition du 22-23/3/1997) que les "témoignages" du fameux Borislav Herak s’accusant et accusant des autres de multiples meurtres et viols – lors du procès spectaculaire de prétendus criminels serbes organisé au début de 1993 à Sarajevo, qui a rempli des pages entières de journaux et des programmes spéciaux de télévision – n’étaient en fait que des affabulations d’un quasi-malade mental, torturé et manipulé par la police islamo-bosniaque.

Les musulmans, les frères Blekic, qui auraient été tués en 1992 par Sretko Damïanovitch, le coaccusé de Herak, condamné à mort avec ce dernier lors du procès monté, sont apparus sains et saufs, trois ans plus tard, pour acheter du bétail aux parents de ces mêmes condamnés serbes ! Le New York Times (28/2/1997) traite également de cet imposture en écrivant notamment que le procès Herak-Damïanovitch "a été utilisé pour convaincre l’Europe et les Etats Unis que les Serbes étaient coupables de génocide et d’autres crimes contre l’humanité."

En effet, souvenez-vous des indignations bellicistes et des malédictions proférées contre les Serbes, ainsi que des appels à leur châtiment, suscités à l’époque par l’affaire Herak. L’univers en retentissait ! Le Secrétaire d’Etat américain, M. Lawrence Eagleburger, qui avait fait l’étalage de sa cruauté en déclarant à la télévision que l’on fera de sorte que les Serbes ne rient jamais plus, alla jusqu’à affirmer que Borislav Herak avait tué 230 civils. (Le Monde, 18/12/1992). Une réunion de la Commission des Droits de l’Homme aux Nations Unies fut convoquée d’urgence.

Je vous rappelle aussi que c’est avec cette histoire, ramassée dans les geôles d’Izetbegovic, que John F. Burns, alors correspondant du New York Times à Sarajevo, avide, comme la plupart de ses confrères, des crimes serbes, a gagné son prix Pulitzer. Tout comme Roy Gutman a gagné le sien sur les camps imaginaires de la mort en territoire serbe de Bosnie. Triste gloire que celle qui sent le mensonge et le crime !

Je faisais à l’époque, dans un article intitulé La Tentation du mal, paru dans Le Quotidien de Paris du 9. mai 1993, ce diagnostic désenchanté qui n’a été, hélas, que trop confirmé par la suite :

"Si, a juste titre, on demeure stupéfait par la fureur meurtrière de la guerre civile entre Serbes, Croates et musulmans de l’ex-Yougoslavie, on n’en est pas moins consterné par ce vertige de mensonge, par cette obstination dans l’erreur et dans l’injustice, par cette soif de sang et de destruction, dont fait preuve, à des exceptions honorables près, la classe médiatico-politique de l’Ouest envers les Serbes. Il n’est pas aujourd’hui jusqu’au moindre journaliste, intellectuel ou politicien en Occident qui ne menace les Serbes d’apocalypse ! Comme si un véritable abîme du mal s’était ouvert dans l’âme de bien de nos humanistes !"

Je continue à demeurer profondément troublé. En effet, jamais auparavant, Madame, l’humanité et surtout certains de ses spécimens, n’a offert un tel spectacle de dérision. Voyez-vous, même un homme aussi pondéré et raisonnable qu’est M. Delors, se met, sur la foi d’une désinformation, à déraisonner et à désigner à la vindicte universelle, avec votre charmante complicité, un peuple et ses plus hautes institutions.

Que dis-je, M. Delors, puisque même le saint homme qu’est l’abbé Pierre, ployant sous le poids des ans, trouve encore la force de demander l’écrasement des Serbes demeurés fidèles au Christ au cours des siècles, au profit des apostats slaves, les musulmans bosniaques, qui l’ont renié et qui sont pourtant devenus les élus du monde ! En fait, l’humanité aura contracté par le truchement des médias, en particulier de la télévision, la haine de ces apostats et l’a rendu sienne !

Ils firent tout, et partiellement réussirent à ce que cette haine s’abatte sur les Serbes, allant même jusqu’à rêver, en extrapolant les crimes serbes, l’emploi de l’arme atomique. Le premier ministre islamo-bosniaque, Haris Silajdzic, l’a implicitement avoué, en déclarant au printemps 1995, alors que la guerre de l’Otan contre les Serbes avait été en perspective : « Ce serait catastrophique pour nous si la guerre demeurait limitée au seul territoire de la Bosnie-Herzégovine. »

L’idée, ce serait de voir disparaître sous le feu de l’Otan jusqu’au dernier Serbe et d’effacer ainsi la faute originelle qui n’a jamais cessé, telle une damnation, de tourmenter le psychisme des musulmans bosniaques : leur parjure. C’est aussi simple que cela.

Et que dire, Madame, du soutien fanatique des intellectuels français d’origine juive aux descendants de ceux parmi les Croates et les islamo-bosniaques dont les pères et les grands-pères exterminèrent par dizaines de milliers de juifs avec leurs frères de malheur serbes !

Il n’y aurait là évidemment rien à redire sur le plan de la justice absolu, si dans ce conflit les Serbes étaient fautifs ou les seuls fautifs, ce qui n’est point le cas. Relisez à ce sujet, je vous prie, ce cri de conscience que constitue la lettre ouverte d’Enriko Josif au Grand Rabbin de France Joseph Sitruk, adressée en juin 1994, mais qui ne circule dans la patrie des droits de l’homme que sous forme de samizdat ! Je suis fier de l’avoir traduite en français en vue de la publier dans notre revue en annexe à ce texte.

Intellectuels français d’origine juive, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, André Glucskmann… à la rescousse des néofascistes croates et d’islamistes bosniaques

Comment expliquer le dévouement de M. Alain Finkielkraut à la cause croate et son envoûtement par M. Tudjman, alors que celui-ci, tout en ayant prononcé sa tardive mea culpa, seulement en 1994, envers les juifs, méditait le transfère des dépouilles des oustachis dans le camp de la mort de Jasenovac afin d’y "réconcilier" ces derniers avec leurs victimes juives et serbes en même temps qu’il projetait d’organiser des funérailles nationales pour Ante Pavelic, le führer croate, à Zagreb ?

Apparemment M. Elie Wiesel et plusieurs autres personnalités juives à travers le monde, ne pardonnent pas à M. Alain Finkielkraut d’avoir remué la terre et le ciel afin d’aider à l’avènement de la Croatie de Tudjman où, entre autre, on baptise des rues et des écoles par des noms des criminels de guerre oustachis, comme le fut notamment l’écrivain Mile Budak, auteur de la fameuse formule concernant les trois millions de Serbes à l’ouest de la Drina : "Nous tuerons une partie de Serbes, nous expulserons une autre et nous convertirons le reste en religion catholique pour en faire des Croates."

Formule qui fut appliquée également aux juifs avec cette différence que ces derniers ne pouvaient bénéficier ni de l’exil ni de la conversion dont, du reste, bénéficièrent peu de Serbes. Si bien que l’un des fondateurs de l’Etat oustachi dont Tudjman dira qu’il avait exprimé les aspirations historiques du peuple croate, Andrija Artukovic, ministre de l’Intérieur, s’exclamait, déjà en février 1942, devant un parlement enthousiaste croate :

« Le peuple croate, ayant établi son Etat Indépendant de Croatie, ne pouvait faire autrement que de nettoyer son entité nationale et étatique des vénéneux déprédateurs et parasites insatiables – juifs, communistes et francs-maçons. Ils ont étouffé le peuple croate dans tous les domaines de sa vie nationale et ont essayé de désintégrer et d’empoisonner, non seulement la vie familiale du peuple croate, sa foi, sa morale, sa conduite et sa jeunesse, mais aussi sa vie nationale même, ses sentiments nationaux croates, sa conscience nationale croate. L’Etat Indépendant de Croatie, comme un Etat oustachi, se trouvant en position d’autodéfense face à ces insatiables et vénéneux parasites, a réglé la soi-disant question juive avec une énergie vigoureuse et saine. »

Il faut vraiment être aveuglé par l’antiserbisme ou nul en histoire des Balkans, comme le semblent, hélas, être certains de vos invités avec M. Delors en tête, pour pouvoir accuser les Serbes d’avoir été les premiers à élaborer et à pratiquer les théories du nettoyage ethnique.

On aura vraiment tout vu et entendu durant cette guerre au sujet des Serbes, mais l’un des spectacles les plus effarants aura été celui de voir MM. Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner et Brice Lalonde, offrant devant les caméras un symbolique poignard – en signe du soutien d’un armement intensif des musulmans – à Izetbegovic lors du passage de celui-ci, au début de janvier 1993, par Paris au retour d’un pèlerinage à la Mecque. Ceci au moment où les soldats français de la Forpronu en Bosnie tombaient, et de l’aveu même tant de l’amiral Lanxade que du premier Ministre M. Edouard Balladur, sous les balles des soldats de ce même Izetbegovic.

Si, cependant, chez Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy et la plupart des éminences juives de France, l’aveuglement antiserbe ou autre chose, l’emporta sur la mémoire, pourquoi vous, Anne Sinclair, fille du peuple martyr, ne soulevâtes jamais, lors de vos entretiens avec toutes ces personnalités, durant toutes ces années, la question du génocide commis par l’Etat oustachi croate contre les juifs de Croatie et de Bosnie-Herzégovine ?!

Pas plus que vous n’abordâtes jamais le sujet du révisionnisme et de l’antisémitisme de Franjo Tudjman qui trouve ses racines dans les camps de la mort et dans les gouffres où l’on jetait les juifs avec les Serbes ! Et, Dieu sait, on en avait parlé, moi parmi les premiers, ce dont je suis fier, dans deux articles que je réussis à placer dans Le Monde, avant qu’il ne se croatisa et ne s’islamisa : Justice pour les Serbes (29/10/1990) où je n’étais que trop visionnaire, et Pour la réconciliation entre les Serbes et les Croates (28/5/1991), réconciliation que je clamais en vain au milieu des cris de guerre de part et d’autre.

Des voix de conscience qui percent à travers la clameur infernale contre les Serbes

Mais d’autres soulevèrent également la douloureuse question du martyre des juifs croates et bosniaques, comme on peut le constater avec ce bref rappel des articles aux titres ô combien éloquents : Richard West, An Apologist for Hitler, dans le Guardian (18/10/1991), Robert D. Kaplan, Last Balkan eagliness – Croatianism dans le New Republic (25/11/1991), Luigi Ippolito, Stermino ad Auschwitz ? Tutte esagerazioni : Parola di Tudjman il Croato, dans le Corriere della sera (19/1/1992), Alexander Langer, Franjo Tudjman, un antisemita, dans Il Manifesto (25/1/1992), Sandro Viala, Il vento di fascismo su Zagabria cattolica, dans La Repubblica (2-3/2/1992), Teddy Preuss, Goebbels toujours vivant à Zagreb, dans le Jerusalem Post, (12-18/2/1992), Bad Memories of Croatia (éditorial) dans l’International Herald Tribune (16/11/1993), Kenneth Roberts, Unreconstructed nazism on display, dans le Spectator, (19/3/1994), Alexander Cockburn, When Serbs are Cleansed, It’s Silence dans le Los Angeles Times (28/9/1995) James O. Jackson, The Crimes of Croatia, dans le Time (11/3/1996), Walter Reich (directeur du Holocauste Memorial Museum), A Plan that’s Bad to the Bone, dans le Wall Street Journal, (4/4/1996), Tony Barber, Tudjman plan to rebury Croatian Fascist leader could spark outrage, dans l’Independent (20/04/1996)…

De tous ces textes, et j’en passe, on pourrait faire un épais volume d’où vous seriez, hélas, totalement absente avec tous ceux dont je n’ai fait que trop cité les noms. Bien sûr, vous étiez tous trop occupés à pourfendre l’hégémonie, l’agression, le bolchevisme, le fascisme, le racisme, l’intégrisme et que sais-je encore des Serbes pour vous apercevoir de telles bagatelles que sont le révisionnisme de Tudjman et l’islamisme d’Izetbegovic.

Tout au plus n’était-ce que des maladresses et des bavures que commettaient les deux nouveaux leaders balkaniques vu les pas de géant qu’ils accomplissaient sur le chemin de la démocratie et de l’affranchissement contre le joug des méchants Serbes. Je dois vous dire ce que j’ai dit à un Bernard Kouchner plutôt désemparé : "Vous vous êtes totalement trompés d’ennemi dans ce conflit".

Fixés sur les Serbes, vous n’avez voulu voir ni entendre rien d’autre ! Les Serbes, n’étaient-ils pas depuis le début et pour le reste des temps des criminels, contrairement aux Croates et aux musulmans bosniaques considérés comme des justes, des libéraux, des démocrates, tels que l’on n’en avait jamais vus auparavant sous le soleil.

Même un esprit aussi élevé qu’est Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, céda à la psychose générale et signa un appel à la guerre contre les Serbes, ses anciens codétenus dans les camps de la mort ! On comprend bien Enriko Josif qui laissa éclater sa douleur en disant, au début de sa Lettre, que tous les prophètes d’Israël ne pourraient jamais exprimer la stupeur que l’on éprouve devant l’engagement de certains membres éminents de la communauté juive en Occident contre les Serbes.

Il dit plus loin :

« Ce qui arrive aujourd’hui aux Serbes, et qui a pris des proportions planétaires, apocalyptiques et pathologiques, c’est la projection même de ce qui n’a cessé de nous opprimer depuis deux mille ans. Les Serbes sont aujourd’hui le nouvel Israël proscrit et sacrifié pour le rachat du genre humain tout entier. Nous les Juifs, nous devons être avec les Serbes, nos frères de malheur, en particulier durant les épreuves de la Seconde guerre mondiale...

Ce dont on accuse les Serbes n’est que mensonge et, en s’y obstinant, on ne fait que s’enfoncer davantage dans la faute, dans le crime, dans l’assassinat aussi bien des âmes que des corps, notamment par un procédé de satanisation sans précédant dans l’histoire du monde...

Il se peut que ceux des Juifs d’Occident qui participent à cette campagne monstrueuse contre les Serbes soient induits en erreur et manipulés, mais il n’empêche que cela constitue la plus grande démission du judaïsme depuis des millénaires et la plus grande défaillance vis-à-vis de la noble éthique du peuple d’Israël... »

Que valent les élucubrations de divers BHL et Finkielkraut auprès de ces paroles de feu, de ces cris de consciences ?! Toujours est-il que pendant que l’on maudissait les Serbes et que les humanistes de toutes les couleurs donnaient pleine mesure à leur humanisme en appelant à l’annihilation du fascisme imaginaire serbe, en recourant aux armes atomiques s’il le fallait, l’implantation de l’islam pur et dur en Bosnie et la réhabilitation du fascisme en Croatie battaient leur plein.

Le résultat en est des plus spectaculaires, comme on peut le constater de ces extraits, tirés non pas d’un manuel de la propagande ou du discours d’un nationaliste serbe, mais d’un article de M. Chris Hedges, intitulé- Croatia’s Good Old Days, qui vient de paraître dans l’International Herald Tribune (12-13/4/1997), après avoir été publié le jour précédent par le New York Times. Ces deux journaux ne peuvent être considérés proserbes, puisqu’ils se sont, comme la plupart d’autres grands journaux de l’Ouest, tant investis dans la cause croate et islamo-bosniaque. L’envoyé spécial du New York Times en ex-Yougoslavie écrit :

« Contrairement à ces nations qui ont renoncé à leur héritage fasciste, les Croates ont réhabilité leurs collaborateurs fascistes de la Seconde guerre mondiale, connus comme les oustachis. Les oustachis qui ont assassiné des centaines des milliers de Juifs, de Tsiganes, de Serbes et de résistants croates, ont été transformés par le parti du président Franjo Tudjman en patriotes et en précurseurs de l’Etat croate moderne. Les vétérans oustachis touchent des retraites plus élevées que les anciens résistants qui ont combattu les armées fascistes allemande et croate. »

Après avoir évoqué que les anciens soldats oustachis sont invités à des cérémonies d’Etat, tandis que les combattants partisans sont ignorés, et que le régime de M. Tudjman a laissé détruire par les groupes pro-oustachis 2 964 monuments à la mémoire des résistants, M. Chris Hedges poursuit : « La monnaie croate est la kuna, qui a été introduite par les fascistes. Et l’écusson à damier rouge et blanc sur le drapeau, pris de l’emblème médiéval croate ornait le drapeau fasciste de l’Etat Indépendant de Croatie et de l’uniforme oustachi… »

Il faudrait reproduire tout l’article dans lequel il n’ y aurait rien à redire, excepté que l’auteur ne dit pas convenablement la vérité sur les victimes des oustachis. Ce sont d’abord les Serbes, près d’un million, puis les Juifs, environ 45 000, et enfin 30 000 de Tsiganes. Aussi à la fin, M. Hedges commet-il un pléonasme en évoquant l’une des raisons de la réhabilitation des oustachis par le régime de M. Tudjman : la démonisation des fascistes par les communistes, comme si l’on pouvait démoniser les démons.

A la lumière de ces faits, ainsi que de ceux qu’on connaît sur le régime islamo-bosniaque, on se rend compte que tout l’engagement de l’Occident depuis six ans dans les Balkans, a accouché de deux monstres : la réhabilitation du fascisme en Croatie et l’instauration de l’islam pur et dur en Bosnie. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser. Il y a même de quoi s’inquiéter, puisque derrière la Grande Croatie et la Petite Serbie, ne se profilent la Grande Allemagne et le triomphe posthume de Guillaume, sinon d’Hitler.

Certains Allemands commencent eux-mêmes à s’inquiéter, tout comme le firent leurs aînés dans les années trente, de la dynamique hégémoniste qui est en train de s’emparer de leur pays. Ne dites pas que je divague, mais plutôt lisez l’ouvrage de MM. Walter von Goldendach et Hans-Rüdiger Minow, Von Krieg zu Krieg, Die deutsche Außenpolitik und die ethnische Parzellierung Europa (Berlin 1996) où les deux auteurs dévoilent le projet allemand d’enflammer les minorités ethniques dans divers Etats européens au profit de la puissance germanique unie par la langue et exempte des minorités.

Je vous confie que les auteurs ont contacté quelques personnalités françaises dont le général Gallois – décidément il est incontournable –, et lui ont fourni la matière d’un article fulgurant sur la tentation hégémonique allemande, dans le dernier Balkans Infos, (n° 12, avril 1997).

Aussi, rappelez-vous des conclaves antiserbes à New York, à Bruxelles et ailleurs, proclamant la mort de l’Etat multinational yougoslave et instaurant, sur la dépouille de celui-ci, au mépris de toute logique, l’Etat multiethnique bosniaque ! Comme si les Serbes, les musulmans et les Croates, n’ayant pu s’entendre au sein de la grande Yougoslavie, pouvaient le faire dans le cadre de la petite Bosnie – l’œil du cyclone des antagonismes balkaniques depuis toujours.

M. Robert Badinter et sa fameuse Commission d’arbitrage, en abolissant les frontières internationales et en proclamant les frontières administratives de la Fédération yougoslave inviolables, ne furent que précipiter le cataclysme.

La soif du mal des humanistes, Françoise Giroud en égérie des anti-Serbes, leur acharnement sur Peter Handke, homme de conscience et de vérité

Parmi les plus outranciers envers les Serbes aura été sans doute M. Laurent Fabius lorsque, invité du journal télévisé de France 2, le 6 janvier 1993, il traita les Serbes d’ordures et appela à leur punition, comme si le sang serbe qu’il réclamait, pouvait laver le politicien des accusations dont il faisait alors l’objet dans l’affaire du sang contaminé.

Naturellement devant les insultes de M. Fabius, qui reflète davantage sa mentalité qu’elles ne s’appliquent aux Serbes, il ne nous restait, afin de ne pas désespérer de la France, que de nous souvenir du noble langage que Lamartine, Victor Hugo, Clemenceau, De Gaulle et même Mitterrand, entre bien d’autres illustres Français, usèrent envers la nation serbe. De quoi vraiment se consoler.

On savait la prédilection de Mme Françoise Giroud pour de bonnes causes, mais elle se dépassa cette fois-ci, en se faisant, malgré son âge vénérable, une véritable pasionaria de la cause musulmane. Œuvre-t-elle ainsi involontairement au rétablissement de l’influence de son pays d’origine, la Turquie, dans les Balkans ? Rappelons que Mme Françoise Giroud est née le 21 septembre 1916 à Genève de Salih Gourdji, directeur de l’Agence télégraphique ottomane, et d’Elda Perogi.

Raillant les "palabres" de Genève (Le Nouvel Observateur, 7-13/1/1993), elle prêcha la guerre contre les Serbes afin de venger par les bombes de l’Otan, l’honneur de 60 000 musulmanes, "dont 10 000 ont moins de dix-sept ans", précisait-elle, prétendues victimes du priapisme des soldats du général Mladitch. Celui-ci répondait à de telles accusations que ses hommes n’étaient ni des maniaques ni des supermen.

Aussi lors de la contre-offensive pleinement justifiée des Serbes sur Gorazde en mars-avril 1994, signa-t-elle, avec l’Abbé Pierre, Jacques Julliard, Jean Lacouture, Bernard-Henri Lévy, Edgar Morin, Jean d’Ormesson, Michel Piccoli, Jean-François Revel, Léon Schwartzenberg, un appel frénétique aux bombardements des Serbes qui parut sur une page du Monde (21/4/1994). Les médias assuraient qu’il y coulait des rivières de sang, qu’il y avait des milliers de morts et de blessés, qu’il ne restait pierre sur pierre de la petite ville au bord de la Drina.

Or, lorsque les Serbes, à la suite de l’ultimatum de l’Otan, stoppèrent leur offensive, tout s’avéra faux : il n’y avait que quelques dizaines de morts et quelques centaines de blessés et la ville de Gorazde était presque entière : les médias durent le reconnaître à contrecœur. C’est Yossef Bodansky (dont parle longuement Jacques Merlino, et pour cause, dans Toutes les vérités yougoslaves ne sont pas bonnes à dire) qui, dans une étude remarquable, parue dans la revue anglaise Defense and Foreign Affairs Strategic Policy (mai 1994), a dénoncé l’imposture de Gorazde, moyennant laquelle, on souleva, pour la deuxième fois en l’espace de deux mois, l’univers contre les Serbes.

Je crois que parmi une cinquantaine de documents, l’un plus véridique que l’autre, que je vous ai fait parvenir par fax, à deux reprises, figure ce texte de Bodansky.

Mme Françoise Giroud donna également la pleine mesure de son humanisme, lorsqu’elle se montra d’un cœur de pierre envers 250 000 Serbes de Krajina prenant le chemin de l’exode, en août 1995, sous les bombes croates et celles de l’Otan, et s’apitoya, dans un article paru dans Le Figaro (7/8/1995), sur le sort des musulmanes bosniaques de Zepa qu’elle était allée visiter avec d’autres touristes humanistes.

Et lorsque, à la fin de l’année dernière, M. Jean Dutourd, brisant les interdits de la pensée unique, a consacré une partie de son discours à l’Académie sur le Scandale de la Vertu, aux Serbes, que Le Figaro (17/12/1997) a publié sous le titre Eloge de la Serbie, Mme Françoise Giroud a sorti aussitôt toutes ses griffes.

Elle s’est crue obligée, en bonne gardienne du temple totalitaire antiserbe, de rappeler à l’ordre le célèbre écrivain, par une lettre au Figaro (19/12/1997), et d’étouffer sa grande voix qui est avec celle de Pierre-Marie Gallois, dans l’affaire serbe, la voix de la France éternelle.

Pareille réaction se produisit lorsqu’une autre voix de la conscience européenne se leva, celle de l’écrivain autrichien Peter Handke pour dénoncer l’abomination antiserbe. La publication dans le Süddeutsche Zeitung (5-6-7 et 13-14/1/1996) de son reportage-fleuve : Justice pour la Serbie. Voyage dans la vallée du Danube, de la Sava, de la Morava et de la Drina, fut accueillie par la levée de bouclier totalitaire aussi bien en France qu’en Allemagne.

Quelle audace que d’essayer de mettre en question les thèses en vigueur sur les démoniaques Serbes et les angéliques Croates et musulmans ! Ceux qui avaient péché le plus par l’antiserbisme, Le Monde (19/1/1996) et Libération (8 et 30/1/1996), n’en finissaient pas de blâmer Peter Handke d’avoir commis un véritable sacrilège en se faisant avocat des Serbes, en osant donner une autre version des événements en ex-Yougoslavie que la leur.

Fortement mis en cause par le journal de Serge July, Handke demanda le droit de réponse qu’il n’obtint qu’au prix de la mise en marche de la machine judiciaire : sommé par les avocats de Handke, Libération (23/3/1997) publia enfin, dans le cadre d’une double page consacrée à l’auteur, le point de vue de Peter Handke sur le drame yougoslave.

Si je m’étends sur certains exemples désastreusement typiques de la tyrannie de la pensée unique, c’est dans le souci de vous en informer car, occupée que vous êtes de vos célébrités, j’imagine que vous n’avez pas l’occasion de connaître beaucoup ce qui se passe parmi le reste des mortels. Voici donc un autre exemple des plus catastrophiques de la réaction de la cabale antiserbe à quiconque ose mettre en doute ses fantasmes antiserbes.

Lorsqu’en automne 1996, Vladimir Volkoff publia, sous forme d’un récit intitulé La Crevasse (L’Age d’Homme), sa vision du conflit bosniaque en soutenant qu’il plonge dans le passé, que les événements actuels ne sont en fait qu’une phase de la guerre civile qui se déroule en Bosnie, en particulier entre les Serbes et les musulmans, depuis des siècles, la réaction de certains adeptes de la cabale antiserbe fut aussi outrageante que véhémente.

Le journal Libération (2/1/1997), étala sur une page entière les calomnies et les glapissements d’un certain Yves Laplace, traitant Volkoff, dont les livres ont été couronnés par l’Académie française, d’auteur nul, raciste, révisionniste, si bien que l’écrivain fut contraint, tout comme Handke avant lui, d’intenter un procès à son calomniateur. Encore une fois, la tragédie yougoslave aura été révélatrice des monstres chez beaucoup de nos humanistes, et qui n’attendaient que le moment propice pour se déchaîner. Et c’est cela que cette tragédie a d’universel.

Des impostures médiatiques à l’origine de graves décisions politiques

Le refus de toute autre version des événements yougoslaves que celle que l’on a produit soi-même, n’est évidemment pas propre à la France mais, telle une contagion, sévit dans tous les pays de l’Ouest. Ainsi en Angleterre, trois journalistes, Mme Penny Marshall et Ian Williams de la chaîne ITN, et Ed Vulliamy du Gardian, y déploient des efforts considérables afin d’étouffer la contestation par le journaliste allemand Thomas Deichmann, la véracité des images prises le 5 août 1992 par le trio des journalistes britanniques à Trnopolje où se trouvait un camp des prisonniers musulmans bosniaques tenu par les Serbes.

Dans un texte complet et étayé d’arguments, intitulé The Picture that Fooled the World, qu’il publia dans la revue britannique Living Marxism (février 1997), Thomas Deichmann prouvait, à la suite d’une enquête approfondie, que des images sur Trnopolje diffusées par ITN avaient été truquées : les prisonniers n’étaient point entourés des fils barbelés, que le détenu squelettique dénommé Fikret Alic, atteint de tuberculose, avait été choisi délibérément parmi ses camarades, plutôt bien portants, et posté devant les barbelés. Tout ceci afin de produire un effet choc sur l’opinion internationale et la faire basculer, ainsi que les gouvernements contre les Serbes, but qui fut pleinement atteint.

Or, ce reportage a obtenu plusieurs prix, tout comme celui de John F. Burns et de Roy Gutman qui fut, par ses articles rédigés sur ouï-dire et parus dans Newsday (juillet 1992), à l’origine de l’imposture sur des prétendus camps de la mort serbes en Bosnie.

Paniqués ITN et le Guardian dans lequel Ed Vulliamy a publié son récit sur les camps serbes, défendent ongles et becs leurs versions des faits et vont jusqu’à intenter un procès à Living Marxism, en même temps que de menacer les imprimeurs de la revue et de traiter Deichmann et ses amis à la fois de gauchistes et de fascistes.

Ils affirment même que vouloir donner une autre version des camps serbes que la leur, équivaudrait en donner une autre des camps nazis. La conclusion qui s’impose de ces quelques exemples, est et on ne peut plus claire : le monstrueux Babel antiserbe se fissure, les aboyeurs sont aux abois.

Rémy Ourdan du Monde et Marc Semo de Libération, qui n’en finissent pas de se renier d’avoir écrit une seule fois la vérité

Comment ne pas évoquer dans ce palmarès, ô combien incomplet, de faiseurs d’opinion antiserbe en France, le nom de M. Rémy Ourdan, le correspondant du Monde à Sarajevo ? Il y avait quelque chose de profondément choquant dans la violence avec laquelle il se déchaîna contre les officiers français de la Forpronu en Bosnie, qu’il accusa de prendre partie des "extrémistes serbes" (Le Monde, 2/12/1995), alors que ces officiers, dont le général Jean-René Bachelet, ne cherchaient qu’une solution juste et humaine afin d’empêcher l’exode de 100 000 Serbes de Sarajevo, qui se profilait après les Accords de Dayton.

Et pendant que M. Rémy Ourdan, se faisant le cerbère de ces accords, écumait de rage contre les "protecteurs" français des Serbes accusant en même temps ces derniers d’avoir occupé au début de la guerre les quartiers de Sarajevo où, en fait, ils vivaient depuis toujours, le journaliste américain M. John Pomfret reconnaissait ouvertement dans le Washington Post (18/3/1996), la responsabilité des musulmans dans la faillite des efforts pour une Sarajevo multiethnique sur laquelle on avait tant parié.

Tout comme leur responsabilité était évidente lors de l’échec des Accords de Lisbonne, en février 1992, ce qui fut prélude à la tragédie bosniaque. Ainsi que l’a brillamment démontré David Binder (New York Times, 29/8/1993), qui incarne sans doute la conscience de la presse américaine dans la tragédie yougoslave.

Le comble, c’est qu’un avocat aussi fougueux de la cause musulmane que M. Rémy Ourdan, après s’en être pris aux militaires français coupables, à ses yeux, de leurs sympathies proserbes, a cru de son devoir de s’en prendre également à Ces Français qui défendent la cause serbe, comme était intitulée sa diatribe (Le Monde, 1/2/1997). Ainsi traita-t-il avec dédain des auteurs, comme MM. Jean Dutourd, Patrick Besson, Vladimir Volkoff, Louis Dalmas et une vingtaine d’autres cosignataires des volumes Avec les Serbes, Les Serbes et nous, Eloge des Serbes, édités par L’Age d’Homme, qui ont l’audace de faire entendre un tout autre son de cloche en France au sujet des Serbes. Le plus extraordinaire, c’est que M. Ourdan a écrit – à tout seigneur toute honneur – l’un des articles des plus véridiques sur la Bosnie, intitulé La fin du rêve bosniaque (Le Monde, 28/9/1994).

Il y démontrait, preuves à l’appui, que c’étaient les dirigeants islamo-bosniaques qui ne voulaient pas d’une Bosnie-Herzégovine multiethnique, mais bien musulmane, ce que les Serbes n’avaient cessé d’affirmer dès le début.

Pareillement fit un autre journaliste antiserbe notoire, M. Marc Semo avec son article L’Islamisme ambigu des autorités bosniaques, dans Libération (16/3/1994), d’où il ressortait que le journalise, aussi bien que son confrère du Monde, connaissait parfaitement la vérité sur la Bosnie, mais se taisait. Cependant, une fois n’étant pas coutume, les deux journalistes revinrent sur le droit chemin n’en finissant pas depuis de se racheter, de se disculper pour ces articles audacieux par d’innombrables autres articles reprenant les habituels clichés antiserbes.

Devant cette accumulation des mots vains, inconsidérés, outranciers, mensongers, calomniateurs, meurtriers qu’emploient les antiserbes, les paroles du pauvre et du juste Job dont le peuple serbe vit le sort ces dernières années, viennent spontanément à l’esprit. Comme vous vous souvenez, Job dit à ses contradicteurs :

Vos sentences sont des maximes de cendre, réponses de glaise, vos réponses ! (Job, 13,12)

Mais sans doute la faute est-elle moins à M. Rémy Ourdan qu’au journal qui le publie et lui donne des instructions. En fait, Le Monde est devenu un véritable temple de la pensée unique antiserbe. Certes, d’autres grands journaux européens et américains, tels que Le Figaro, le Corriere della sera, le Süddeutsche Zeitung, le Guardian, l’Independent, le New York Times, le Washington Post, ont versé, eux aussi, dans la satanisation des Serbes, mais ont-ils, néanmoins, publié de temps à autre des textes remarquables d’objectivité et même en faveur des Serbes.

Qui ne se souvient pas des articles admirables d’Annie Kriegel dans Le Figaro, de David Binder et de A.M. Rosenthal dans le New York Times, ou bien du grand texte de Peter Handke dans le Süddeutsche Zeitung, tous plaidant la cause serbe. Et c’est l’Independent (22/8/1992) qui révéla par un article de M. L. Doyle, à la première page, la teneur du document secret des Nations Unies d’après lequel le massacre des civils devant la boulangerie, rue Vase Miskina, le 27 mai 1992 à Sarajevo, crime attribué aux Serbes, était en fait perpétré par les musulmans pour provoquer l’indignation et l’intervention militaire des Occidentaux contre les Serbes.

Et, en effet, ils furent punis pour ce méfait commis par d’autres, par des sanctions économiques et par un isolément général sans précédent.

Le Monde comme la forteresse de la pensée unique

Seuls Le Monde et le Frankfurter Allgemeine Zeitung, parmi les journaux prestigieux s’enferme dans la malédiction antiserbe. Par d’innombrables articles émanant aussi bien de ses correspondants sur place que de ses éditorialistes et de ses collaborateurs extérieurs, tels que Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, André Glucksmann, Pascal Bruckner, Jacques Attali, Paul Garde, Bernard Kouchner et bien d’autres qu’il devient lassant de citer, Le Monde n’a cessé d’accabler les Serbes, de les accuser de tous les maux, d’appeler à leur écrasement, sans qu’ils ou leurs amis aient eu à un moment quelconque, la possibilité de répondre. Comme chez vous, hélas, Mme Sinclair !

Le Monde poussa à l’extrême son intolérance envers toute opinion qui ne serait antiserbe, lorsqu’il donna tort à M. Bernard Volker quand celui-ci osa affirmer sur TF1 – ce que plus tard confirmèrent Boutros-Ghali, Yasushi Akashi et lord Owen – à savoir que le massacre du marché de Markalé, le 5 janvier 1994, n’avait pas été provoqué par un obus serbe, mais musulman.

Le Monde s’obstina à accabler Bernard Volker et à être solidaire de l’obscure association Carton Jaune, qui a intenté un procès à notre éminent confrère de TF1, et l’a perdu. Le Monde en exprima son déplaisir par un commentaire désobligeant à l’égard de M. Volker qui devait attendre des mois avant que le journal publiât sa mise au point. Une telle attitude du Monde s’explique-t-elle par une phrase sibylline de son directeur M. Jean-Marie Colombani, prononcée l’autre jour durant un colloque sur l’intolérance, organisé à la Sorbonne, lorsqu’il déclara que des journaux pour survivre devaient prendre actuellement certaines options ?

On a également vu – et c’était l’une de mes grandes déceptions – Mme Christine Ockrent ramasser et recommander aux Français le brûlot de la plus vulgaire propagande nationaliste croate, intitulé Le nettoyage ethnique – une idéologie serbe, où les trois intellectuels croato-français, MM. Mirko Grmek, Marc Gjidara et Neven Simac, se livraient à la satanisation des plus grandes valeurs et des plus grands hommes de la nation serbe, y compris le poète Niégoch, pourtant célébré à l’instar d’un dieu par les plus grands Croates.

Avant de le faire Mme Ockrent aurait pu me consulter d’autant que je lui avais, lors d’une longue conversation au début de la guerre, expliqué les causes profondes de ces événements. Elle m’avait aussi écrit pour s’excuser d’avoir laissé, dans une de ses émissions où elle m’invita, en automne 1992, délirer M. Finkielkraut, saisi alors de sa fièvre croate, pendant une dizaine de minutes, alors qu’elle n’avait accordé au pauvre de moi, qui était venu au débat avec une idée chevaleresque, que la possibilité de placer deux ou trois phrases durant vingt secondes.

C’est tout, excepté quelques interventions sur LCI, ce que j’ai eu au cours de six ans sur les trois grandes chaînes françaises où MM. Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, Paul Garde, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Michel Polac et d’autres, ont passé des heures, sinon des jours à nous diaboliser, nous les Serbes, sans que nous puissions répondre, pas plus que nos amis français. Est-ce juste ?

D’entières messes antiserbes se sont déroulées à la télévision avec les grands ordonnateurs, tels que MM. Jean-Marie Cavada et Guillaume Durand, où l’on n’entendait et ne voyait aucune victime, aucun prisonnier, aucun réfugié, aucun orphelin, aucun témoin serbes, si ce n’était le précité Herak singeant à longueur de soirées des crimes et des viols imaginaires.

Et s’il arrivait que l’on montrât les femmes serbes en train de pleurer leurs morts, ce n’était que pour parler de théâtre, de propagande, de souffrance feinte, alors que dans le cas des femmes musulmanes et croates, c’était de la vraie douleur. Pendant des années, on a commencé le journal télévisé en dénonçant ce que les Serbes avaient fait de mauvais ce jour-là, si bien que le présentateur de CBS News, en annonçant le tremblement de terre qui, le 17 janvier 1995, avait détruit la ville de Kobe et fait plus de 5.500 morts, ajouta : "Voici quelque chose dont on ne peut pas accuser les Serbes."

N’empêche que lors de l’attentat contre World Trade Center, en février 1993, contre le musée des Offices à Florence, en mai de la même année, ainsi que dans le métro parisien, en août 1995, le premier réflexe a été de soupçonner les Serbes.

J’ai même entendu à la radio France-Inter parler des quartiers serbes de Belfast. Aussi, parmi des centaines de milliers, sinon des millions de morts qui se décomposent au Rwanda et au Zaïre et qui empestent l’Afrique et la planète toute entière, les pourfendeurs des crimes serbes ont découvert un charnier de 25 Zaïrois, prétendument massacrés par les mercenaires serbes servant dans l’armée de Mobutu.

On peut être sûr que l’on pourchassera ces Serbes au fin fond de la brousse africaine afin de les arrêter et traduire devant le tribunal de La Haye. C’est ce qu’on appelle les réflexes de chien de Pavlov, les incitations déterminées répétées, créant des réflexes automatiques. Il est triste que la télévision, au lieu d’éclairer les gens, les fasse sombrer dans cet état de conditionnement et d’abrutissement.

Deux féroces humanistes : Alexandre Adler et Jacques Julliard

Le cas de M. Alexandre Adler, ancien gauchiste et maoïste converti en mondialiste, comme la plupart de la cabale antiserbe, a franchement de quoi scandaliser. Bien que drapé dans la toge de l’humaniste, il salua, dans un éditorial, intitulé Lueur d’espoir dans le naufrage, dans le Courrier International (17/8/1995), le plus grand nettoyage ethnique depuis la Seconde guerre mondiale en Europe, l’exode de 250 000 Serbes de Krajina et le rêve du raciste Starcevic et du fasciste Pavelic enfin réalisé : la Croatie sans Serbes.

Le corpulent humaniste insistait en affirmant qu’il ne fallait avoir nulle compassion envers les civils serbes qui fuyaient éperdument leur pays sous les bombes croates. Bien que les Croates et les musulmans bosniaques n’aient cessé, dès le début des hostilités en 1991, de commettre les crimes les plus horribles contre les Serbes allant jusqu’à fracasser leurs crânes au marteau pilon, les couper vifs à la tronçonneuse, les décapiter ou les brûler vifs, comme en attestent d’innombrables exemples, Adler donnait tout la mesure de son humanité, en écrivant textuellement : « …l’atrocité de leurs méthodes de guerre interdit toute compassion pour leur civils… ».

Or sachez qu’il arrivait même à la Wermacht, durant la Seconde guerre mondiale, de s’apitoyer sur des civiles serbes et de les prendre sous sa protection afin de leur éviter d’être massacrés par les Croates, les Bosniaques et les Albanais tous au service de l’abomination nazie !

Alors que notre humaniste se montre d’un cœur de pierre et va jusqu’à ricaner en se disant enchanté à l’idée, lancée par un journaliste islamo-bosniaque, que la France procédât à des expériences atomiques en Bosnie serbe ! Il est évident que, loin d’être une conscience, ce que se croit, Alexandre Adler n’en est que la dérision.

Citer tous ces monstres humanistes avec leurs injures, leurs calomnies, leurs sottises, leurs glapissements, leurs vociférations, leurs imprécations, leurs appels au meurtre, exigerait bien d’épais volumes, mais je ne voudrais pas en omettre l’un des plus coriaces et des plus redoutables, Jacques Julliard, d’autant qu’il vous loue d’avoir déclaré, dans une de vos émissions, qu’il fallait parachuter des armes aux islamo-bosniaques, comme l’on avait fait aux maquisards, combattants anti-nazis durant la Seconde guerre mondiale.

Vous vous trouverez à la page 199 de son livre Pour la Bosnie (Seuil 1996) où il réunit en volume ses fantasmes, ses élucubrations, ses geignements relatifs aux conflits en ex-Yougoslavie, publiés en guise des chroniques dans Le Nouvel Observateur, un autre antre antiserbe.

Naturellement qu’il porte aux nues la tourbe antiserbe avec Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Bernard Kouchner et le reste de la clique. Et alors qu’il n’en finissait, dans son précédent livre, Ce fascisme qui vient (Seuil 1994), de flétrir le fascisme inexistant serbe pour la simple raison que les Serbes furent meurtris par le fascisme, il passait complètement sous silence le fascisme croate qui fleurissait sous ses yeux jusqu’à scandaliser, comme nous l’avons vu, certaines parmi les personnalités à l’Ouest pourtant acquis dans l’ensemble à la cause croate.

Du reste, c’est cette même année, que le lieder croate, Franjo Tudjman, se répandit en palinodie, par sa lettre du 10 février 1994, à M. Kent Schiner, président de B’nai B’rith. Tout ce que Jacques Julliard a écrit à notre sujet, comme d’ailleurs la plupart de ses acolytes, respire l’ignorance, la bêtise, le mensonge et la méchanceté.

Ce ne sont que quelques exemples, les plus affligeants, parmi tant d’autres de l’engagement outrancier antiserbe. Pensez que durant des années le mot pater noster avait déserté presque toutes les bouches pour y être remplacé par celui des frappes aériennes que l’on entendait même de la bouche de l’Archiprêtre de Rome.

Et lorsque enfin on exauça tant d’ardentes prières et l’Otan, ayant pris en pitié nos humanistes, déclencha finalement l’apocalypse sur les Serbes de Bosnie, on poussa la perversion jusqu’à parler des bombes de la paix ! Peut-être me trouverez-vous trop sévère, mais je dois vous avouer que parfois, durant ces années noires, j’ai eu le sentiment que le monde se complaisait, se vautrait dans le mal. Rien d’étonnant avec de tels maîtres à penser.

Le drame yougoslave a ceci d’universel qu’il aura été un test pour l’humanité qui, hélas, n’en sort pas grandie. La Bosnie aura été bien davantage la défaite de la conscience européenne et occidentale que la défaite des Serbes. Car ces derniers peuvent toujours se consoler du fait que des nations beaucoup plus puissantes que la leur, ont perdu des guerres contre des adversaires autrement moins redoutables que ne l’est la coalition de l’Otan et des médias, en premier la télévision.

Pendant plus d’un lustre, l’enfer, c’était les Serbes, pour paraphraser le fameux mot de Jean-Paul Sartre : l’enfer, c’est les autres. On a tellement abreuvé de mensonges l’âme de la France et du monde que dire aujourd’hui la vérité au sujet des Serbes, équivaut aux plus grands des exploits ou aux plus grands des blasphèmes. Dire aujourd’hui que BHL est davantage antiserbe que philosophe serait de lèse-majesté.

De quoi aurait-on l’air si l’on essayait de faire des vagues dans la mer morte du conformisme et de la pensée unique ? A force de se nourrir de mensonge, on finit par abhorrer la vérité. J’ai révélé dans mon André Malraux ou la grandeur humaine (L’Age d’Homme, 1996) un fait inconnu mais grandiose de la biographie de Malraux, son engagement à la fin de sa vie en faveur de la préservation d’un haut lieu serbe, alors menacé, le sanctuaire du mont Lovtchène au Monténégro.

Naturellement, personne n’a osé en parler, car telle est la blâme sur les Serbes que ce serait un scandale que d’admettre que Malraux ou un autre grand homme ait jamais pu faire ou dire quoi que ce soit en faveur des Serbes. Il va sans dire que si le mont Lovtchène était croate ou musulman, son image serait dans tous les journaux et sur tous les écrans. Il vaut mieux donc occulter ce détail de la biographie de Malraux que d’aller à l’encontre de l’antiserbisme ambiant et froisser BHL et consorts qui règnent en maîtres absolus sur l’âme du pays, parce qu’ils tiennent les médias sous leur coupe.

Divers cercles de l’enfer antiserbe qui s’est ouvert dans l’âme des humanistes

Pareillement, on occulte, on falsifie, on perverti l’histoire, n’hésitant pas à parler des guerres balkaniques de libération que menèrent les Serbes avec d’autres peuples des Balkans contre l’occupant turc, comme des entreprises de nettoyage ethnique, effectuées naturellement par les Serbes.

Deux historiens peu conscients, se fiant, tout comme M. Delors, aux ouï-dire plutôt qu’aux sources, MM. Pierre Milza et Serge Bernstein sont allés jusqu’à écrire, dans le manuel de l’Histoire terminale (Hatier 1993) que la purification ethnique était une théorie mise au point par les membres de l’Académie des sciences de Belgrade, préconisant l’homogénéisation ethnique des territoires de l’ancienne Yougoslavie peuplés par des Serbes, en en chassant par la terreur les autres populations pour permettre l’annexion définitive de ces territoires à la Serbie. Voici quelque chose qui pourrait être signé également par M. Delors.

Mais on n’en finirait pas de se pencher sur l’abîme qui s’est ouvert dans l’âme du monde avec le drame yougoslave. Et de toute façon, il est grand temps que je termine ma missive qui a pris l’allure de toute une réflexion sur l’information, sinon d’une remise en question de celle-ci.

Et pour cause, compte tenu du rôle considérable qu’est le vôtre dans ce domaine au point qu’en m’adressant à vous, j’ai dû me défendre contre l’idée qui m’envahissait, de m’adresser à l’Information elle-même, mais celle-ci s’étant si tristement muée en son contraire, ce serait un outrage que de vous y identifier, malgré vos quelques défaillances. Car, consolez-vous, Madame Sinclair, il y a des cas beaucoup plus graves que le vôtre, notamment celui de Mme Françoise Giroud, de Mme Christine Ockrent, de Mme Véronique Nahoum-Grappe et d’autres prôneuses d’aériennes frappes contre les Serbes.

Il y a aussi Mme Claire Tréan demandant, dans Le Monde (22/1/1997), telle une nouvelle Salomée, la tête du leader du Parti radical serbe, M. Voyslav Chechel, alors que le tribunal de La Haye n’en veut pas, mais elle ne désespère pas du Département d’Etat. Il existe un autre texte mémorable de Mme Claire Tréan où elle se félicite de la concordance parfaite entre les intellectuels français et certains sénateurs américains sur la nécessité de bombarder les Serbes. Et encore Mme Claire Tréan est une philoserbe comparée à sa consœur Florence Hartmann. L’enfer antiserbe a ses divers cercles comme celui de Dante.

D’autre part, vous comprendrez qu’après toutes ces années passées dans le goulag médiatique instauré en France et en Occident à l’encontre de mon peuple, j’ai succombé à la tentation de m’épancher quelque peu. Enfin, souffrez d’entendre, pour une fois, l’opinion de quelqu’un qui n’est pas une célébrité et dont le seul atout mais de taille, est la vérité d’où ma certitude. Je me sens dans ma vérité un peu comme Job dans son intégrité.

Si vous voulez, ces lignes sont ma réponse à l’hydre à mille têtes. Et je ne doute pas que ma voix, si faible soit elle, avec d’autres voix fraternelles, s’amplifiera et couvrira avec le temps les aboiements actuels du monstre. Et alors ce sera votre mérite d’avoir inspiré cette lettre, même si vous pouvez en être actuellement indisposée.

Seule la vérité est capable de guérir l’âme des nations, malade de mensonge

Je veux toutefois espérer que vous examinerez favorablement mes suggestions en ce qui concerne le choix de vos invités traitant les questions relatives au destin de mon peuple, seule la vérité étant capable de guérir l’âme des nations, malade de mensonge. Commencez par la prodiguer ! L’idéal naturellement serait cette chose devenue impensable et inimaginable – un simple débat avec ceux qui nous attaquent tant.

Aussi, je ne désespère pas de voir un jour M. Delors, quand il aura lu le Mémorandum, revenir sur votre plateau, ayant trouvé suffisamment de grandeur d’âme, afin de présenter ses excuses à l’Académie et à la nation serbes. Mais si jamais M. Delors persiste et signe, ayez le courage – à présent que vous êtes bien armée – de le contredire, car en continuant par souci d’être politically correct, de ménager vos bons rapports avec vos illustres interlocuteurs au détriment de la vérité, vous risquez une autre missive de ce genre.

Quant à votre interlocuteur de choix, M. Bernard-Henri Lévy, je ne me fais aucune illusion : j’ai l’intuition qu’il est perdu, sans l’espoir du rachat, pour l’éternité. Vous direz encore que je suis sévère, mais vous conviendrez que l’on n’accomplit pas des prodiges dans le domaine de la conscience et de la pensée humaines, en se faisant le commis d’un homme politique, fût-il un phare aussi lumineux de la démocratie qu’on le dit, le président islamo-bosniaque Alija Izetbegovic.

Et puis, le fait qu’un philosophe français d’origine juive se soit mué en foudre d’Allah contre un peuple chrétien d’Europe, les Serbes, a franchement de quoi étonner. A plus forte raison que les juifs avec les Serbes, ont subi le même sort peu enviable sous l’islam durant des siècles, de même qu’ils ont partagé un sort beaucoup plus terrible sous le fascisme. C’est en grande partie à cause de Bernard-Henri Lévy et consorts que la France n’aura pas été elle même dans l’affaire serbe. Pour être elle-même elle aurait dû faire exactement le contraire de ce qu’elle a fait.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments bien désolés d’avoir été contraint de vous écrire tout ceci, mais vous n’auriez pas dû, sans la moindre objection, laisser M. Delors, comme vous avez laissé auparavant M. Lévy et les autres, nous calomnier, nous diffamer, devant des millions de vos téléspectateurs. J’aurais infiniment préféré, croyez-moi, n’avoir à vous adresser que des éloges et vous féliciter.

Paris, Avril 1997

En guise d’épilogue

Naturellement, je n’eus nulle réponse à ma longue missive, la destinatrice s’enfermant dans un coupable silence, avant de mettre fin à son émission quelques mois plus tard. Quant à M. Delors, ses boniments télévisuels ayant provoqué une vive émotion parmi la communauté serbe de France au point que l’Académie serbe, à l’initiative de certains représentants de cette communauté, chargea l’avocat Gilles William Goldnadel, qui avait avec succès défendu Bernard Volker, de poursuivre Delors en diffamation auprès du tribunal de Paris. Mais le président de la Cour y opposa une fin de non-recevoir, faisant valoir que M. Delors avait tellement mérité de la France et de l’Europe qu’il eût été mal à propos de lui faire un procès, même si la plainte était fondée.

Et même l’un des membres éminents de la communauté serbe, docteur en médecine M. Svetislav Atic, lui fit parvenir, par l’intermédiaire d’un ami commun, Vincent Leclerc, ingénieur en urbanisme, très proche de Delors, le prétendu Mein Kampf serbe, accompagné de cette lettre, rédigée par ce dernier et datée du 27 mars 1997 :

« Mon cher Jacques, mon voisin, Svetislav Atic, d’origine serbe, chirurgien à l’hôptal Tenon, sachant que nous étions amis, m’a demandé de te transmettre le Mémorandum de l’Académie Serbe des Sciences et des Arts, suite à ton intervention dans l’émission 7/7. Il t’a dédicacé ce livre à la page 7, et il a écrit un cour message au début du Mémorandum, proprement dit à la page 111 – dans lequel il t’invite à en faire la lecture afin de constater qu’il ne comporte aucune allusion à la purification ethnique.

C’est un homme de devoir très attaché à ses origines qui constituent pour lui une source de réflexions dès avant les durs affrontement des combats en Bosnie. Si tu trouves le temps de parcourir ces textes, il appréciera beaucoup une réponse circonstanciée ; sinon un court message sera le bienvenu.... Vincent. »

La réponse de Jacques Delors, datée du 15 avril, transmise par M. Leclerc à M. Atic, le lendemain, était en contradiction totale avec ce qu’il avait déclaré avec tant de superbe devant de millions de téléspectateurs de l’émission d’Anne Sinclair.

Il écrivait notamment :

« Mon cher Vincent, j’ai bien reçu ta lettre du 25 mars et je te prie de remercier ton voisin, le docteur Svetislav Atic, pour le livre qu’il m’a adressé par ton intermédiaire. Tu lui diras que je regrette de l’avoir blessé, car mon amitié pour le peuple serbe est réelle.

Il est vrai que des interprétations diverses ont circulé en France, ces dernières années, au sujet des causes idéologiques de la tragédie yougoslave. Ayant parcouru le Mémorandum de 1986, dans sa version qui vient d’être publiée, je lui donne acte qu’il ne comprend pas de théorisation, ni d’appel à la purification ethnique.

Alors que des espoirs de paix apparaissent, après tant d’horreurs liées à cette guerre, je crois qu’il faut travailler à rétablir un climat de compréhension mutuelle.

Désormais, je laisserai donc aux historiens le soin de démêler les origines et les causes de tant de malheurs. Je suis d’ailleurs en correspondance avec l’Académies serbe des sciences et des arts qui m’a expliqué que ce Mémorandum, objet de tant de polémique, n’a pas été publié par cette Académie, mais qu’il a fait l’objet d’une utilisation perverse par certains responsables de la période 1991-1996.

Homme de recherche et de dialogue, je cherche à comprendre… En te remerciant de servir d’intermédiaire, je t’assure de ma fidèle amitié. Jacques. »

Evidemment, hormis cet aveu timoré et obscur ne dépassant pas le pallier de deux voisins, Jacques Delors ne trouva ni le courage ni la grandeur d’âme suffisants pour, sinon revenir sur le plateau de télévision, tout au moins faire une mise au point publique dans Le Monde ou ailleurs – la presse lui ayant été ouverte – au sujet de cette gigantesque supercherie qui, parmi tant d’autres, alimenta pendant des années la haine contre le peuple serbe et qui explosa avec la monstrueuse guerre de l’Otan contre la Serbie, au printemps de 1999, accompagnée d’une clameur infernale telle qu’elle ne s’était jamais auparavant levée sous le ciel.

Mai 2007.

 



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6 Commentaires

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  • #9653
    le 16/04/2011 par Jozef
    Lettre ouverte à Anne Sinclair

    Superbe plaidoyer. Pour que ne tombe jamais dans l’oubli cette mascarade ! A jamais du côté de la vérité !


  • #9669
    le 17/04/2011 par O.V.
    Lettre ouverte à Anne Sinclair

    Qui pourrait éclaircir le "mystère" du ralliement aux causes croato-bosniaques de la clique judéo-sioniste Finky-BHL-Kouchner-Glucksman-Adler etc...quand on connait l’attitude de ces deux régions et de leurs dirigeants durant la Seconde Guerre mondiale envers les juifs et les serbes !
    Faut-il y voir un rapport avec le sionisme et Israël ? Car tout ce que font ces messieurs est toujours en rapport avec leur pays de coeur...
    Et si oui quel rapport ? quel intérêt ?
    Une piste peut-être : je ne sais plus de qui exactement, mais j’avais lu quelque part que c’était une sorte de gage donné aux Etats Arabes du moyen orient : « Voyez nous acceptons la création d’un Etat musulman sunnite au coeur de l’Europe chrétienne, alors acceptez la création d’un Etat juif pro-occidental au coeur du moyen-orient musulman...nous y avons même ajouté depuis peu le Kosovo... »
    Depuis l’Arabie Saoudite est devenu le plus gros financier de ces régions et leurs mosquées y poussent comme des champignons...

     

    • #9768
      le 17/04/2011 par Rack
      Lettre ouverte à Anne Sinclair

      Lettre émouvante et pleine de lucidité.

      Cette opération de l’OTAN, donc des USA, aura permis au moins deux choses :

      Contrôle des pipe-lines et autres gazoducs.

      Etablissement d’une base militaire US
      permanante et gigantesque. Cette région est devenu le Yemen d’Europe pour les Américains.

      Quand vous apprennez que des réglements de compte se poursuivent jusque maintenant et sous les yeux des forces internationnales, vous pouvez vous faire une belle idée des réelles motivations US.


  • #9740
    le 17/04/2011 par Optop
    Lettre ouverte à Anne Sinclair

    Très beau texte,
    écrit, certes il y a 15 ans env., mais tellement d’actualité encore aujourd’hui.
    Marrant de retrouver toujours les mêmes affreux dans les mauvais coups de l’Empire : BHL, Finky, Adler... Quels semeurs de haines, de discorde et de mensonges ceux-là !


  • #9742
    le 17/04/2011 par Hélène
    Lettre ouverte à Anne Sinclair

    Bien que ce texte ait été rédigé il y a treize ans, il reste, par son analyse fulgurante, d’une étonnante actualité. Et pour preuve, certains acteurs de l’époque, tel B.H.L, poursuivent aujourd’hui leurs agissements néfastes.


  • #9826
    le 17/04/2011 par Pierre
    Lettre ouverte à Anne Sinclair

    L’auteur, très bien informé, nous gratifie d’un texte d’une grande richesse, argumenté de façon magistrale, et qui nous fait voir les rouages de la propagande la plus effroyable pour manipuler l’opinion publique et lui retirer toute capacité à juger de façon objective. Tout est faussé ; et, à ce mensonge infernal, ont collaboré tous ceux qui se proclament penseurs éclairés, démocrates professionnels, journalistes accomplis : tous drapés dans leur bonne conscience.
    Ce qu’écrit Komnen Becirovic, voici quatorze ans, lorsqu’il fait référence à l’initiative de Thomas Deichmann prouvant "à la suite d’une enquête approfondie, que des images sur Trnopolje diffusées par ITN avaient été truquées" fait l’objet d’une vidéo publiée en mars 2010 sur le site www.realpolitik.tv , et reprise en mars 2011 par le site www.medias-france-libre.fr .