Egalité et Réconciliation
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Quelques perles du livre de Yasmina Reza sur Sarkozy

« Non content de dominer les rentrées politique, sociale, économique, people, artistique, touristique, le président de la République réussira également le tour de force de dominer la rentrée littéraire", écrivait il y a peu sur son blog le chroniqueur littéraire Pierre Assouline. Il évoquait la sortie de "L’Aube le soir ou la nuit", un récit dans lequel Yasmina Reza raconte la campagne électorale de Nicolas Sarkozy, qu’elle a suivi dans plusieurs déplacements.

En France, Flammarion a réservé la diffusion des extraits du livre au Nouvel Observateur. Très rares sont les journalistes qui ont pu feuilleter le manuscrit. Tout est prêt désormais pour un grand vacarme médiatique bien organisé.

C’est donc via la Suisse que nous sont parvenus les extraits du livre : le journal suisse La Liberté, partenaire de Rue89, nous a adressé quelques-unes des perles trouvées dans le livre de Reza. Ci-dessous, nous publions leur florilège.

"Nicolas Sarkozy peut être rassuré : sa biographe de campagne ne l’a pas massacré. Si elle le châtie, elle l’aime aussi", écrit Antoine Menusier dans La Liberté. Tout au plus le candidat apparaît-il parfois "comme un petit être perdu qui cherche l’assentiment –ses fins de phrases en hein ?, adressées à ses collaborateurs"...

La rencontre (2006)
Dans le bureau de la place Beauvau où nous nous voyons pour la première fois, il écoute gentiment puis très vite je perçois, de façon infime, mais c’est une chose qui m’est familière, l’impatience. Il a compris. Il est "honoré" que je veuille faire son portrait. Il dit, bref vous voulez être là. Je dis oui.

New York, face aux représentants des principales organisations juives (septembre 2006)
Je suis numéro un des sondages bien que je sois ami de l’Amérique et d’Israël. Je ne dis pas ça par prétention. J’ai 51 ans, je suis calme. Ne vous laissez pas enfermer par les articles de journalistes stupides qui n’y comprennent rien. Une partie des élites me détestent beaucoup plus qu’Israël et les Américains.

De retour d’un déplacement en province (octobre 2006)
Dans l’avion qui nous ramène à Paris, il prononce ces deux phrases. –J’aime Chimène Badi, A LA FOLIE. –Je vais vous faire sursauter, je ne considère pas que Dick Rivers soit un naze.

Rencontre avec le président algérien Bouteflika à Alger (novembre 2006)
Vous avez du cran et du caractère (dit l’Algérien au Français). Des qualités essentielles. La souffrance se lit sur votre visage. Vous avez quelques rides. Deux kilos de plus ne vous feraient pas de mal. —On s’approche de l’échéance monsieur le Président. Mais je ne suis pas anxieux. Je suis prêt.

En avion vers Lyon, dialogue avec l’auteur (novembre 2006)
Guaino (Henri Guaino, la plume du candidat), il est difficile mais il a du génie (dit Nicolas Sarkozy). Ils veulent m’enlever Guaino. Moi j’ai besoin de Guaino. J’ai besoin de gens comme ça, qui ne sont pas lisses. J’aime les fêlés, ils me rassurent. —Ils te rassurent de quoi ? —Je ne sais pas… C’est le propre de l’inquiétude, tu ne sais pas d’où ça vient.

Candidat à la candidature (30 novembre 2006)
Il est candidat. Ne connaissant rien à la dramaturgie politique, j’avoue ne pas comprendre l’importance de cette annonce, s’agissant d’un homme que tout le monde considère comme candidat depuis la nuit des temps. Samuel Fringant, chef de cabinet adjoint, me dit, dans la mythologie présidentielle c’est le moment où tu franchis le Rubicon. Tu ne peux plus revenir en arrière.

A Marseille (anecdote non datée)
Une femme perchée sur un feu rouge : "Qu’est-ce que tu fais chez nous putain de ta mère ! Casse-toi !" Il lève les yeux vers elle. Puis continue en souriant sa marche houleuse. Si souvent je l’ai vu attraper des journaux, les regarder vite, sans lire, vite tourner les pages. J’ai mis longtemps à comprendre ce que je voyais tant l’esprit se satisfait d’idées reçues, ils sont blindés, ils ont la peau dure… Un jour, subitement, une évidence m’a frappée et j’ai dit, tu te protèges. Il faut bien, a-t-il répondu.

Nicolas Sarkozy et Henri Guaino préparent le discours de la déclaration officielle de candidature (14 janvier 2007)
Henri : Pour moi, la grande idée, c’est le travail. Nicolas : Oui, oui ! Oui ! Le fil conducteur c’est le travail ! Pour moi, il y a deux idées, la France n’est pas finie, et le travail.

"Le Silence des agneaux"(janvier 2007)
Il a vu chez lui, sur sa nouvelle télévision, "Le Silence des agneaux", il a trouvé le film formidable et aussi Jodie Foster, il dit plusieurs fois que Jodie Foster est formidable, formidable aussi l’écran large…

Disparition de l’abbé Pierre (22 janvier 2007)
C’est infiniment pénétré qu’il commente, en sortant du pénitencier, pour la presse locale, la disparition de l’abbé Pierre survenue dans la nuit, et avec la même gravité de visage, le même ton de condoléances, la réconfortante non-candidature de Nicolas Hulot… Dans l’avion : —Heureusement qu’on n’a pas eu l’abbé Pierre mort dimanche 14…

Dans un avion (12 mars 2007)
Les sondages du matin donnent pour la première fois Bayrou à égalité avec Royal, juste derrière lui. Peut-être que son humeur n’a rien à voir avec cela. Après un temps : —Frank (son porte-parole) ! Il y a des bonbons ? Réunion avec son entourage, Nicolas Sarkozy parle (non daté) Je vous dis une chose. Si on n’avait pas l’identité nationale, on serait derrière Ségolène. On est sur le premier tour, mes amis. Si je suis à 30%, c’est qu’on a les électeurs de Le Pen. Si les électeurs de Le Pen me quittent, on plonge.

Premier tour de l’élection présidentielle (22 avril 2007)
A 18h45, il revient (il est encore sorti pour parler au téléphone). Les enfants, les enfants (désormais il ne cessera de dire les enfants), ce n’est plus un sondage mais une estimation sur les bureaux de vote. Nous 31, Ségo 25-26, Bayrou 17, Le Pen 11. Ovation sur Le Pen 11. Il se penche vers Simone Veil et l’embrasse, c’est mon petit talisman, c’est pas la plus facile mais…

Second tour, Yasmina Reza s’adresse à la mère de Nicolas Sarkozy, Andrée (6 mai 2007)
Je dis à sa mère : "Votre fils vient d’être élu président de la République, je vous regarde Madame depuis cinq minutes, vous êtes calme, peu bavarde..." "Oh vous savez, dit-elle, le jour le plus émouvant est le jour où il a été élu à Neuilly, car il avait 27 ans".


L’Aube le soir ou la nuit de Yasmina Reza - éd. Flammarion - 186p., 18€

Source : http://www.egaliteetreconciliation.fr