Les parents ne savent pas toujours ce que font leurs enfants, qui maîtrisent des technologies hors de portée des adultes. TikTok est leur plateforme principale (plus Snap et Insta), même s’ils peuvent échanger sur Discord, qui propose des serveurs privés. L’invisibilité peut être quasi totale.
Imaginez un gosse de 12 ans, déjà au fait des enjeux économiques, c’est-à-dire pauvre, ou qui se considère comme pauvre, comparant sa situation à celle de ses influenceurs préférés. Ces stars sont des modèles de comportement pour les jeunes, ce qui est potentiellement dangereux. Car le principe fondamental de ce modèle est celui de la prostitution au marché, à la marchandise, à l’argent. Il s’agit de servir d’abord l’argent, pour que l’argent nous serve.
@franceinfo Prostitution des mineures : "Cela peut arriver à n'importe quel enfant" La députée MODEM Perrine Goulet, présidente de la délégation parlementaire des droits des enfants, lance un message d'alerte aux parents. Selon elle, à l'ère de la sexualisation du corps des enfants, n'importe quel(le) mineur(e) peut tomber dans la prostitution. Dans le Talk, tous les mercredis et jeudis, Ludovic Pauchant et ses invités débattent de l'actualité avec les internautes de la chaîne Twitch de franceinfo. #enfant #mort #morte #mineur #mineurs #ado #adolescentes #dépression #gouvernement #droits #droitsdesenfants #justice #prostitution ♬ son original - Franceinfo
Et que peut faire un pauvre qui n’a rien (ni talent ni travail, par définition pour la plupart des jeunes), pour obtenir de l’argent ? On vous le donne en mille : il peut vendre son intimité. Les plateformes lui piquent déjà ses datas, à son insu, car le jeune se laisse aller à se dire, se révéler : goûts, désirs, sentiments, peurs, haines, amours, il balance tout, et les plateformes récupèrent la masse de données.
À la limite, ce n’est pas encore trop grave, car l’opération d’ablation est non seulement indolore, mais dépersonnalisée : le Marché ne fait pas de détails, il se fout complètement de l’individu, qui n’est qu’une enveloppe à datas pour lui. Mais il peut y avoir d’autres prédateurs, qui s’intéressent plus à la personne et à un autre genre de data.
@konbini "C’est pas un vice, c’est un cercle vicieux." On estime à 20 000 le nombre d’enfants en France victimes d’exploitation sexuelle. Face à ce fléau, l’association Charonne Oppelia prend en charge ces mineurs, âgés en moyenne de 14 ans et demi. Nous avons suivi trois jeunes et deux professionnels de santé dans le long et complexe parcours pour sortir de la prostitution. #sinformersurtiktok #apprendresurtiktok ♬ son original - Konbini
Pute, un métier supercool qui rapporte grave
Sur TikTok (ou autre), notre jeune va jouir d’une liberté quasi absolue au milieu d’une jungle peuplée de prédateurs qu’il n’appréhende pas complètement. Il voit ses influenceurs préférés exhiber leur aisance, disposer de tous les produits « frais » du Marché, ce qui constitue un aimant extraordinaire. Les influenceurs sont quasiment tous des téléprostitués et des téléprostituants, au sens des télévangélistes américains : ce sont des vendeurs en même temps que des produits. Ils sont produit et vendeur à la fois. Dans la tête du jeune, ce job d’intermédiaire entre le Marché et les Autres est le plus rapide, le plus efficace, le plus malin : en un mot, le plus cool. À côté de ça, le lent et ingrat travail de l’apprentissage ne pèse plus très lourd. Faites un CAP de plombier et entrez chez les Compagnons, pour voir...

Liasses de billets, plats gastronomiques, hôtels luxueux, etc. Alors que le ministère des Solidarités et de la Santé lance ce lundi une campagne de prévention sur la prostitution des mineurs, une myriade de vidéos glamourisent le travail du sexe sur TikTok. Sur le réseau social préféré des adolescents, le hashtag « sugarbaby » rassemble plus d’1,2 milliard de vues. Le terme, né aux États-Unis il y a plus de vingt ans, désigne des jeunes femmes qui vendent leur temps et, souvent, leurs services sexuels à des hommes plus âgés. Ces derniers sont surnommés « sugardaddy ».
De TikTok en TikTok, sugarbaby rime avec luxe : sacs à main, yachts, bijoux, champagne, etc. Le tout souvent au son de la chanson éponyme de Qveen Herby qui se félicite que son Sugardaddy lui « donne tout son argent ». Les relations sexuelles tarifées sont presque toujours tues et l’argent présenté comme facile. (20 Minutes)
Pour approcher un mineur sur TikTok, il suffit, sans même se déguiser soi-même en garçon ou fille, de l’acheter en lui proposant de l’argent, un produit ou même une oreille. Les réseaux pédophiles d’autrefois – on dira les années 70-80 – étaient basés sur le cadeau-appât : les enfants venaient se faire photographier avec leurs copains pour quelques objets. C’est ainsi qu’ils étaient approchés, et peu à peu, les moins méfiants, ou les déjà pervertis dans leurs familles, sans défense individuelle ou en demande d’amour à cause de maltraitances, étaient amenés progressivement à faire du porno. C’était la méthode, dans les années 80, du réseau Nihoul-Dutroux.
La technologie au service de la prostitution
Aujourd’hui, plus besoin d’un lieu identifiable, de matériel photo-vidéo et d’une équipe : le jeune peut prendre lui-même et vendre ses clichés (« pics ») intimes à celui qui lui envoie du fric, des cadeaux, ou qui le flatte. Car certains les donnent carrément, si le prédateur sait s’y prendre, le prendre au piège puis le faire chanter par rapport à ses parents. L’échange peut être physique ou dématérialisé.
Ainsi, le système de promotion des influenceurs, qui eux-mêmes incarnent les valeurs du Système – auto-prostitution ou vente de soi, que ce soit l’intimité et peut-être un jour des organes – débouche-t-il sur un échange économique asymétrique entre adulte et enfant, qu’on range dans la catégorie prostitution.
@ChdOrnellas : "il y a un chiffre que je ne comprends pas, on parle d'angoisse absolue, quand vous avez le Ministère de la Protection de l'Enfance qui vous explique qu'il y a entre 15 et 20 000 gamines de 12 à 17 ans qui sont aujourd'hui prostituées en France, je ne comprends… pic.twitter.com/m93XtHLRyb
— fred le gaulois Uniondesdroites (@FredGaulois) August 26, 2025
À l'Assemblée Nationale, la députée RN, Marine Hamelet, dénonce le scandale de l'aide sociale à l'enfance (ASE) et refroidit toute l'assemblée en affirmant que des enfants confiés à l'ASE pour être protégés ont fini dans des réseaux de prostitution.
Ces inactions doivent cesser. pic.twitter.com/xC1PLO6cDa
— Citoyen initié (@CitoyenInitie) August 25, 2025
La puissance de l’argent dans une société en voie de paupérisation qui valorise paradoxalement – l’exemple vient d’en haut – les valeurs du profit, de l’hypersexualité, de la vitesse et de l’individualisme, exerce une telle attraction sur les jeunes, que beaucoup n’ont pas le système de défense suffisant pour résister. Ou alors ce système de défense explose. Le prostitué faisant le proxénète, des individus se découvrent une âme de proxo devant tant de naïveté, de détresse et de don de soi. Le pédo ou le proxo d’aujourd’hui n’a pas forcément cinquante ans.
Logique système imbattable : ces conditions initiales ou structurelles mènent toutes à une prostitution massive d’enfants pauvres, qu’il s’agisse d’une pauvreté matérielle ou morale. On constate que le régime actuel affaiblit les individus les plus fragiles, donc entre autres les enfants, et il les affaiblit matériellement et moralement, les deux meilleures entrées pour la prédation. Le néolibéralisme actuel est fondamentalement pédocriminel, et même au-delà. Il fait avec les adultes ce qu’il fait avec les enfants : il les attire, les dépouille, les viole et les abandonne une fois le profit extrait.