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Traders à Londres… et chômeurs à Paris

Les Frenchies de la City n’ont jamais de mots assez durs pour critiquer les largesses sociales de l’Hexagone. Quand la crise survient, ils changent brutalement d’avis.


Il est vrai qu’avec une allocation chômage maximale de £60 par semaine (75 €), rapidement dégressive, la Grande-Bretagne ne se montre guère généreuse avec ses petits génies de la finance. Heureusement que la France, bonne fille, est là pour tendre la main aux laissés-pour-compte de la City qui s’arrangent pour réintégrer le régime français d’assurance-chômage, auquel ils n’ont pourtant jamais cotisé. Comment ?

Pour accéder au statut très envié de chômeur en France payé sur la base de sa rémunération de trader anglo-saxon (hors bonus), il faut — subtilité importante — avoir retravaillé plus d’un jour et moins d’un mois en France. « Surtout pas davantage, met en garde un conseiller des Assedic, sinon l’allocation ne sera plus calculée sur la base du salaire anglais, mais sur celle de la nouvelle paie française. »

Les traders, qui connaissent la combine, optent le plus souvent pour un petit job au McDo ou dans une agence d’intérim. « Le conseiller m’a assuré qu’un simple Chèque Emploi-Service suffit », raconte Matthieu, ancien structureur pour une banque anglo-saxonne à Londres, qui envisage du coup de faire une journée de baby-sitting. Huit heures avec un biberon au lieu du Blackberry dans les mains, et c’est le jackpot ! Car les Assedic vous versent alors pendant vingt-trois mois l’équivalent de 57,4% du salaire que vous auriez touché en France pour le job que vous exerciez à l’étranger.

Quand on sait que le « petit trader » Jérôme Kerviel touchait déjà 100.000 € par an de salaire hors bonus, on imagine ce que les Assedic retiennent comme base de calcul pour un cador de la City. Heureusement, le système est plafonné, et même une vedette de chez Goldman Sachs n’empochera « que » 57,4% de « quatre fois le montant du plafond de la Sécurité sociale », soit 6.366,80 € mensuels. « Juste de quoi payer mes billets d’avion et mes factures de téléphone », calcule Matthieu, qui envisage de chercher un emploi à Hongkong. Mais attention, la France n’étant pas liée par les mêmes conventions avec l’Asie qu’avec l’Angleterre, son allocation-chômage lors de la prochaine crise risque d’être aussi mince qu’une feuille de papier de riz !

Source : http://www.lepoint.fr