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Le Sahara dans la mondialisation : un désert en crise

Sous le sable, l’or noir

Le Sahara s’est trouvé peu à peu intégré dans les logiques de la mondialisation par les flux de différente nature qui en font une terre de passage ouverte sur le monde et par les groupes terroristes qui y ont trouvé refuge et ont constitué des réseaux mouvants.

 

Depuis une soixantaine d’années, le Sahara a connu une somme de mutations tout à fait impressionnante : découverte des hydrocarbures, décolonisation, migrations, urbanisation croissante, sécheresse, guerres civiles, implantation de réseaux terroristes, trafic de drogue, Printemps arabe…

Avec ces impulsions et ces chocs successifs, le plus grand désert du monde est devenu le cadre d’enjeux qui le dépassent, tout particulièrement sur le plan géopolitique. Le Sahara s’est trouvé peu à peu intégré dans les logiques de la mondialisation par les flux de différente nature qui en font une terre de passage ouverte sur le monde et par les groupes terroristes qui y ont trouvé refuge et ont constitué des réseaux mouvants. Ainsi, le grand désert ne peut assurément plus être considéré comme un espace en marge. Dans un contexte de crise profonde qui touche en 2016 un immense espace allant du Proche-Orient à l’Afrique Centrale, le Sahara – avec le Sahel dont il ne peut être dissocié – est devenu à l’évidence une plaque tournante de la géopolitique mondiale.

 

Le djihadisme saharien : le précédent de la Première Guerre mondiale

Le djihadisme saharien du XXIème siècle n’est pas une situation absolument nouvelle et un précédent existe dans ce domaine. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, l’empereur allemand Guillaume II pousse ses alliés ottomans à se soulever contre les puissances coloniales ennemies, France, Grande-Bretagne et Italie. C’est ainsi qu’un vaste mouvement de rébellion trouve ses racines dans le Fezzan libyen dans le cadre de la confrérie musulmane de la Senoussya où le sultan Ahmed organise le soulèvement à la fin de 1914. Les Touaregs de l’Ajjer sont entraînés dans ce djihad à la fin de 1915. Ils mettent le siège devant Djanet en mars 1915 et parviennent à en chasser la garnison française. La rébellion prend alors de l’ampleur à l’initiative d’un touareg de l’Aïr, Kaoussen, que rejoignent les Touaregs de l’Ajjer et de certaines tribus du Hoggar. Le 1er décembre 1916, quelques-uns d’entre eux atteignent Tamanrasset, avec l’intention vraisemblable d’enlever Charles de Foucauld, ancien officier français devenu ermite au Sahara et installé à Tamanrasset depuis 1905. Celui-ci est finalement abattu devant la porte du fortin qu’il avait construit pour abriter la population de la petite localité (Chatelard, 2000).

Dans l’Aïr, Kaoussen s‘entend avec le sultan Tegama pour mettre le siège devant Agadès le 7 décembre de la même année. Pendant ce temps, plusieurs détachements français sont attaqués et massacrés, comme une section méhariste accompagnant la caravane du sel de retour de Bilma qui est presque entièrement anéantie dans l’Aïr. Le siège dure jusqu’au début du mois de mars 1917 et Kaoussen est obligé de chercher refuge dans le sud libyen où l’alliance entre les Turcs et les Senoussistes a volé en éclat. Il revient dans l’Aïr où les escarmouches se multiplient avec l’armée française qui a été réorganisée par le général Laperrine, de retour au Sahara après avoir été rappelé du front. Au tout début de l’année 1919, Kaoussen tombera finalement dans une embuscade tendue par le gouverneur du Fezzan et il sera pendu. Dans l’Ajjer, l’armée française se réinstallera définitivement à Djanet à la fin de 1917 et dans le Hoggar, la situation se stabilise au cours de cette même année avec le concours de l’amenokal Moussa ag Amastane qui n’était pas entré en dissidence. Au début de 1919, ce djihad saharien a définitivement pris fin…

 

Les racines du djihadisme saharien contemporain

La grave crise interne qui a secoué l’Algérie entre 1992 et le début des années 2000 a eu d’évidentes répercussions dans les régions frontalières des États saharo-sahéliens. Au tout début de l’année 1992, l’annulation du second tour des premières élections législatives pluralistes du pays, que le Front islamique du salut (FIS) était sur le point de remporter, déclencha une vague de violences sans précédent qui est généralement connue sous le nom de « Décennie noire ». Le djihadisme saharien des années 2000 trouve ses racines dans cette période. Les cellules terroristes liées à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sont en effet issues pour la plupart du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), né en 1998 d’une dissidence avec le Groupe islamique armé (GIA) qui s’était constitué après l’annulation des élections algériennes. Le salafisme fait référence à l’islam des origines (le wahabisme saoudien est par exemple salafiste). Le GSPC a été l’auteur de nombreux attentats en Algérie et il s’est replié au Sahara à la fin des années 1990 pour échapper aux poursuites de l’armée algérienne. Le premier enlèvement d’Occidentaux a eu lieu en 2003 dans le sud algérien (six groupes de touristes avec leurs véhicules, soit trente-deux personnes au total).

Depuis cette date, on comptabilise de nombreuses attaques contre des voyageurs occidentaux comme l’attaque qui coûta la vie à quatre voyageurs français le 24 décembre 2007 près d’Aleg, en Mauritanie. Cette attaque fut suivie, deux jours plus tard, par la mort de trois militaires mauritaniens, abattus à El-Ghallawiya au nord-est du pays. A la suite de ces deux événements, le rallye automobile Paris-Dakar qui devait démarrer début janvier 2008 fut annulé et il n’est jamais revenu en Afrique depuis. L’attentat d’Aleg a inspiré le roman Katiba à Jean-Christophe Rufin qui était alors ambassadeur de France à Dakar. En France, les enlèvements de sept employés d’Areva (dont cinq Français) à Arlit, au Niger, le 16 septembre 2010 (libérés le 29 octobre 2013) et de deux jeunes Français à Niamey le 7 janvier 2011, tués le lendemain dans une embuscade à la frontière avec le Mali, ont particulièrement marqué les esprits. L’attaque la plus spectaculaire, et aussi la plus tragique pour le nombre des victimes, s’est déroulée sur le site gazier d’In Amenas, en Algérie, entre le 16 et le 20 janvier 2013. Menée par le groupe de Mokhtar Belmokhtar à partir de la Libye, elle s’est terminée par la mort de 40 employés de différentes nationalités et 29 membres du commando.

Ces différentes actions ont été perpétrées par des groupes plus ou moins affiliés à AQMI, parfois concurrents entre eux et, pour la plupart, fortement impliqués dans le trafic de drogue à travers le Sahara. L’Afrique de l’ouest est en effet devenue une importante zone de transit pour la cocaïne sud-américaine qui arrive en Afrique par « l’autoroute 10 », c’est-à-dire le dixième parallèle le long duquel circulent avions et bateaux entre les côtes orientales de l’Amérique du Sud et celles du golfe de Guinée. Cette drogue, convoyée à travers le Sahara par les katibas, participe au financement des divers mouvements djihadistes avec les rançons obtenues pour la libération des otages occidentaux. La drogue aboutit sur les côtes méditerranéennes des pays du Maghreb d’où elle est ensuite acheminée en Europe.

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