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Loin des banlieues, la misère invisible des villages français

Une sociologue auvergnate dresse un portrait vertigineux de la pauvreté dans le monde rural français.

 

Loin de la misère souvent explosive des banlieues françaises, la pauvreté des campagnes est une réalité plus silencieuse, invisible. C’est toute l’utilité du travail d’Agnès Roche, sociologue à l’Université de Clermont Auvergne et que Le Temps a rencontrée, de mettre des mots sur ces « vies de pauvres » du monde rural, ces « sans-dents » moqués par François Hollande.

Le livre qui condense ce travail est une succession vertigineuse des vies chaotiques d’habitants des villages du Puy-de-Dôme : des paysans en difficulté, des ouvriers, des jeunes néoruraux sans le sou, des petits commerçants qui ont fait faillite. Chez ces gens-là, les fins de mois sont difficiles, le surendettement une épée de Damoclès – le banquier est une figure détestée chez les agriculteurs –, l’alcool ou le sommeil une échappatoire.

 

Logements indignes

Si cette pauvreté rurale trouve en partie son terreau dans la crise agricole, elle frappe aussi les jeunes des classes populaires – en France, la moitié des pauvres ont moins de 30 ans. Comme Julie et Simon, 23 et 20 ans qui vivent en couple dans un village du Puy-de-Dôme et dont la sociologue raconte l’histoire de vie. Simon a été bûcheron, mais se retrouve déjà en arrêt avec le dos en miettes : il refuse de travailler « dans un clapier » devant un ordinateur. « La priorité pour l’instant, c’est de manger à peu près à notre faim, le reste passe après… » Le tabac est le seul luxe du jeune couple : « Quand tu fumes, tu ne penses pas : "Putain, je suis dans la merde". »

Dans ces villages, les loyers sont certes très peu élevés – 290 euros pour Julie et Simon – mais les habitations sont souvent indignes et très mal isolées, dans un pays aux hivers redoutables. Simon : « On a été obligés d’installer un rideau sur la porte d’entrée pour couper le vent qui passe comme si on était dehors. Les fenêtres, c’est du simple vitrage, c’est du carton, les montants en bois prennent l’humidité, le bois gonfle, on ne peut pas ouvrir les fenêtres. » L’hiver, la température ne dépasse pas les 9 °C dans la petite maison.

Pour survivre, « c’est ici le règne de la débrouille » pour tous. Des missions d’intérim, de l’aide à domicile, des petits trafics, de la cueillette des champignons. « À l’année, on en fait pour 500 euros, c’est toujours cela. » Au fil des pages, ce sentiment de « clôture terrible et de soumission des destins » frappe le lecteur. Malgré quelques petits miracles : mère à 17 ans, Corinne et son compagnon Gérard se sont rencontrés dans la rue. Après des années de galère et un coup de pouce du destin – l’équivalent de 10 000 francs suisses gagnés au loto –, le couple a trouvé un équilibre fragile « dans leur petit cocon » à la campagne avec leurs six enfants. Corinne cultive un potager et élève des volailles : « Mon chemin, pour moi, c’est ma fierté. »

À lire chez Kontre Kulture :

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29 Commentaires

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  • #1703841
    Le 16 avril à 13:49 par captainarverne
    Loin des banlieues, la misère invisible des villages français

    Bah, je ne suis pas ému. La pauvreté vue de la bobotitude universitaire, ça n’entre jamais vraiment dans le réel. C’est vrai que dans le Puys de Dôme, question thune, ce n’est pas la fortune et que les fins de mois font beugler ces veaux de banquier. C’est vrai que question taf, à part l’aide à la personne et le ménage en maison de retraite, les perspectives sont maigres. C’est vrai aussi que les vieilles fermes sans double vitrage et isolation pullulent et qu’on y habite pour pas grand chose. C’est vrai que dans nos fermes sans fenêtres perchées à 1000 m, les températures hivernales au petit matin n’excèdent pas 12° avant l’allumage du feu. Mais si on dépasse l’aspect financier, ici, c’est le paradis, la vraie liberté, les courses dans les sentiers infinis avec le chien, le vol de 15h en parapente au dessus du Forez, les champignons, les œufs le fromage, le blé pour le prix d’un peu d’effort. Ceux qui pleurnichent dans nos régions, pardon, je n’en connais pas. A part quelques gauchos qui attendent tout de l’Etat et qui sont addicts à des substances coûteuses, les Auvergnats sont heureux. Avec ma famille, nous répondons à tous les critères de cette description misérable ; emploi de m..., pas de thune pour aller au resto, pas de double vitrage dans notre vieille ferme. Mais pour rien au monde nous n’échangerions notre sort contre celui d’un riche citadin parisien. Aller, zou ! c’est l’heure ; pardonnez-moi, il y a un petit thermique juste sous ma fenêtre, je gonfle ma vieille aile et je décolle pour deux heures de paradis. C’est pas ça le bonheur ? Et comme dirait Coluche, "le travail, tu lui diras qu’il m’attende pas."

     

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    • #1703881
      Le 16 avril à 15:03 par Francois Desvignes
      Loin des banlieues, la misère invisible des villages français

      Si vous avez la misère philosophe et bon enfant, c’est que vous bénéficiez d’une "sécurité" dans votre misère : vous êtes proprio ou logé gratuitement ou autre chose.

      Et tant mieux et bravo pour vous.

      Mais celui qui n’ a RIEN a eu et n’a plus.

      Celui qui n’a plus et depuis longtemps plus rien a peur. Continuellement. De tout.

      Le pauvre-philosphe ou le philosophe-pauvre sont dans la classe sociale des pauvres-qui-ont-peur des "bourgeois de la pauvreté".

      Dans la classe des pauvres qui n’ont plus rien que la peur, ces bourgeois-philosophes de la pauvreté ne sont pas encore des ennemis de classe mais déjà des étrangers sinon de classe, de condition.

       
    • #1703919

      @captainarverne.......tu n’as pas honte, vivre en pauvre heureux ??... ;) ...à ta suite je dirai : " j’m’arrange avec la honte j’ai l’habitude ".... en tous cas, bonne vie à vous tous dans ce petit paradis !!

       
    • #1703981

      Francois Desvignes



      Celui qui n’a plus et depuis longtemps plus rien a peur. Continuellement. De tout.



      La peur, comme tous les sentiments, peut être très subjective. Si l’on se laisse dominer par la peur trop longtemps il ne faut pas s’étonner d’avoir une vie de misère, ça c’est pour le volet « spiritualité »... On peut être pauvre et garder le morale, dans beaucoup de pays du tiers-monde ils font ça très bien ... Ce que captainarverne signale, et je sais de quoi il veut parler, c’est que l’on peut être pauvre et avoir plus de dignité que des gens possédant plus mais devant se compromettre pour cela. La notion de pauvreté est donc à relativiser. Pour avoir vécu les deux environnements je peux dire qu’on ne peut comparer la pauvreté en banlieue avec celle des zones rurales reculées, ça n’est pas le même monde tout simplement. En banlieue les gens vivent dans un contexte de délinquance, de ghettoïsation et d’absence de lien social réel...



      ces bourgeois-philosophes de la pauvreté ne sont pas encore des ennemis de classe



      On peut spéculer sur ce que possèdent les autres, on m’a souvent pris pour un fils de bourgeois simplement parce que j’avais un bon morale dans une situation ou théoriquement, pour ces « gens-là-qui-n’aiment-pas-que », j’aurais du être dépressif ...

      C’est facile de voir des « bourgeois » partout. « Bourgeois » vous l’êtes peut être plus que ceux à qui vous vous adressez, un peu de retenue ne fait pas de mal quand on ne connait pas la vie des gens... La pauvreté n’empêche pas la « philosophie », elle permet même la clairvoyance dans certains cas, bref... Être heureux et pauvre est encore considéré comme immorale et « péché mortel » dans notre société matérialiste, c’est d’ailleurs un fait sociologique intéressant, à creuser...

       
    • #1703995
      Le 16 avril à 19:04 par Toutensmooth
      Loin des banlieues, la misère invisible des villages français

      Eh bien je rejoins votre idéal, Monsieur. Et comme je vois que les commentaires suivants osent presque vous reprocher d’être "privilégié puisque philosophe", je vais confirmer à quel point vous êtes effectivement philosophe mais que ça ne correspond pas à un privilège... Mais bien à un effort intellectuel (ou peut-être avez-vous juste eu du bol, hihihi).

      Le Maître dit : " S’il existait un moyen honnête de devenir riche, au besoin je me ferais bien palefrenier [mais tel moyen n’existe pas] ".

      Zigong demande à Confucius : "Maître, que diriez-vous d’un pauvre qui serait sans servilité et d’un riche qui serait sans arrogance ? "
      Le Maître lui répond : "pas mal, mais il y a mieux. Un pauvre qui serait joyeux, un riche qui serait poli."

      Le Maître dit : " Pour un pauvre il est difficile d’être sans amertume. Pour un riche, il est facile d’être sans arrogance. "

      Le Maître dit : "Un homme qui n’est pas prêt à mourir pour ses idées, soit se sont ses idées qui ne valent rien, soit c’est lui qui ne vaut rien. "

      Les Entretiens, Confucius.

       
  • #1703850

    1) Tous ne sont pas dans le même cas , avec un bémol , en se rappelant que plus de 80% de petits fermiers ( souvent même pas propriétaires de leurs terres mais locataires ) ont dû plier bagage entre 1960 et 1975 , et vendre le peu qu’ils avaient à leurs " voisins " qui n’attendaient que ça pour créer des " exploitations agricoles " modernes ! Mais c’était sans compter sans les Banquiers qui se frottaient les mains pour mettre à genoux ces derniers en quelques générations ( d’où les suicides etc ) .
    2) pour les salariés , ce fut l’exode obligatoire vers les villes les plus proches pour survivre , ceux qui ont tenté de rester ce fut la précarité assurée .
    3) ce chaos rural ,instigué après la seconde guerre mondiale par les vainqueurs , sous prétexte de " modernité " fut le terreau de la désagrégation voulue et programmée d’une vie sociétale existant depuis des centaines d’années . Là egalement ( ils ) leur fallait cela pour accéder à leur suprématie.

     

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  • #1703856
    Le 16 avril à 14:18 par Silence Radio
    Loin des banlieues, la misère invisible des villages français

    Excusez-moi mais ’’Simon, 20 ans’’ ’’a été’’ bûcheron et a déjà le dos en miette ? Il a commencé à quel âge ce babtou ? C’est quelque part insultant pour mes aînés camarades bûcherons et moi-même ici en terres du Canada.
    Remarquons surtout que ce faux-bûcheron vrai-pauvre a le temps de se confier sans vergogne à une sociologue. On est loin de la pudeur des vrais-bûcherons vrai-pauvres d’avant-hier.

    Merci pour l’article, c’est vrai, not’ génération et les suivantes posséderont moins qu’hier.

     

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    • #1703960

      bien d’accord avec vous, j’ai aussi tiqué : quand on connait un peu le boulot on ne se casse pas les reins aussi vite. le travail physique ça s’apprend ou alors c’est qu’on est une brêle
      à 65 ans je prends n’importe quel jeunot sur une journée de gâchée de béton, pas parce que je suis un surhomme mais parce que je sais manier une pelle (ce qui est loin d’être évident) et économiser mon énergie.(et pourtant cela fait belle lurette que je ne pratique plus quotidiennement). il faut arrêter avec la pénibilité du travail physique. le travail physique a plein d’avantages : permettre de garder son esprit libre en travaillant, conserver un corps sain. et sans compter que le plus souvent on travaille dehors ; donc : pas de stress, de l’exercice physique et du grand air, tout pour être en bonne santé. d’accord çà paye pas des masses, mais qu’est ce qui paie des masses aujourd’hui ?

       
    • #1704080

      @Frappé du bon sens !
      55 balais, ouvrier massicotier dans l’imprimerie (très physique), 3 opérations d’un genou, 1 du dos (hernie discale), une de l’épaule, 1 du bras, terrain de 2500 m2 à entretenir, bois pour l’hiver à la scie manuelle... et je continue à m’entretenir physiquement (on ne sait jamais)...
      Quand je vois la majorité des jeunes, je me dis que le moule est définitivement cassé !

       
  • #1703870
    Le 16 avril à 14:37 par Francois Desvignes
    Loin des banlieues, la misère invisible des villages français

    "La Foi sans les actes est morte" St Jacques.

    C’est très bien de dénoncer.
    C’est très bien de s’indigner.

    C’est très bien de le faire sans attendre que d’autres le fassent car il vaut mieux être premier que suiveur.
    Mais c’est mieux d’être suiveur qu’indifférent ou cynique : un "bon mot" sur la dentition du pauvre coûtant au moins un mandat.

    Lorsque j’étais pauvre, ce qui était encore plus humiliant pour moi que de mendier c’était la compassion du riche : je ne voulais pas que le ri che me voie.

    Vous comprenez : le regard compatissant du riche est toujours le thermomètre de notre déchéance. C’est pour cela que lorsqu’ils nous tendaient la main, on la refusait ou on la mordait au sang !

    Aidez le pauvre :

    - Dites-lui de scotcher du shaterton entre le dormant et l’ouvrant de ses fenêtres en hiver
    - Adressez lui anonymement du pognon par la poste
    - Filez lui des outils.
    - Embauchez-le pour une heure, une matinée, une journée.

    Lorsque le Samaritain est venu au secours du blessé sur le chemin , il n’a pas fait de longs discours ni accuser autrui d’injustice : il a payé les frais de gite, de soins et de couvert.

    Et il s’est volatilisé.

    (...)

     

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  • #1703872

    La désertification des campagnes est une des conséquences révisibles d’un regime républicain libertaire. La société met en valeur l’ascension sociale, et vous pensez que les gens des campagnes ne veulent pas d’un fils ingénieur ou ayant fait des études en ville ? Les seuls qui reviennent c’est pour choper un poste de député ou autre. Encore une fois, le politique ne peut rien changer, même votre Marine Le Pen avec son auréole de Sainte ne changera rien. Il suffit de parler avec les français, et non de les fantasmer. Là vous saurez ce à quoi ils aspirent : consommer en paix. Vous voulez changer les choses, changez votre société occidentale ! Ne nous faites pas chier avec votre politique.

     

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  • #1703924

    Tiens ? vous n’avez pas vu Flamby vous apporter 680 000 euros ? ou un petit peu de réconfort ,vous n’êtes pas de la famille à Théo ? ,c’est peut être pour çà .Ah puis ,c’est vrai vous êtes peut être trop Français .

     

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  • #1703989

    Comnent peut-on, à 20/23 ans, et dans une situation précaire, faire/avoir 6 enfants ?

     

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  • #1704140

    Il y a pourtant des solutions pour s’en sortir.. Monter une petite assoc’ façon Théo ça rapporte pourtant bien..ah, j’oubliais un détail, c’est vrai que cet "ascenseur social" n’est pas fait pour le bouseux moyen, "blancos" de surcroit et par dessus tout honnête.

     

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  • #1704143

    Je vais au Leclerc du coin (fin fond de la Sarthe). Je me pose sur une chaise derrière les caisses et j’observe. Tout est désastre, sous tous les angles.

     

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  • #1704256

    Que nenni, que nenni... Qui vit à la campagne n’est point pauvre.

    Ou alors pas très aisé mais riche en tranquillité et en espaces !

    Dans ma cambrousse (22) les pauvres sont aussi rares que les riches.

    Que des gens moyens ou aisés qui roulent en Touareg ou Break A6.

     

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