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Militer au milieu des ruines

Nous sommes indubitablement entrés dans une ère de recomposition politique. Depuis l’échec du FN à l’élection présidentielle, la droite nationale, canal historique, est convulsée de doutes et semble être entrée dans un processus irréversible se dislocation.

Monopolistique il y a encore 10 ans, elle est aujourd’hui bousculée à la fois sur sa droite par l’émergence d’une nouvelle génération qui se retrouve plutôt sur le positionnement des identitaires et sur sa gauche par l’irruption d’une gauche nationale qui a trouvé en la personne d’Alain Soral un porte-parole charismatique. Au milieu, la tendance catholique a pris ses distances avec un FN en voie de “marinisation” et, malgré une valse-hésitation, éprouve bien du mal se reconnaitre dans un MPF désormais rangé derrière Sarkozy l’Américain. Orpheline et sans parti fixe, ses meneurs sont, comme beaucoup à droite, demandeur d’une alternative nouvelle.


La fin des mouvements de masse

Reste toutefois à prendre en compte un contexte politique sérieusement sinistré. L’époque n’est plus au mouvement de masse, la dépolitisation des foules est générale et les vocations se font de plus en plus rares.

Désormais réservé à une caste d’experts ou de vieux bourlingueurs, le champ miné du politique offre bien des embuches aux néophytes qui, de plus en plus dépourvus de bagages idéologiques solides, se montrent mal à l’aise dans le maniement des concepts et arguments. Ils font alors des proies faciles pour ceux qui, parmi nos adversaires, se disent nos amis et savent déguiser leur discours afin de mieux abuser de leur naïveté.

Le fait que la révolution des blogs sur Internet ait permis de faire émergé une population de cybermilitants et de forumeurs de qualité ne doit pas nous faire oublier la foultitude de ceux grossiers, médiocres, contreproductifs, ineptes, manipulés et brouillons qui ont inondé la toile. Ajoutons à cela, cette déplorable culture du pseudo qui permet au dernier des crétins de dire tout et n’importe quoi dans le plus total anonymat. Internet a ceci de profondément pervers qu’il procure au bloggeur anonyme l’illusion gratifiante de l’engagement militant sans lui en faire assumer les risques ni subir les conséquences.

Désormais, l’engagement politique emprunte des voies autonomes et individuelles qui permettent à tout un chacun de trouver rapidement une tribune en s’affranchissant de la difficile étape, pourtant hautement formatrice, du militantisme de contact dans le cadre d’un mouvement politique structuré. S’en suit un extraordinaire fourbi dans lequel s’insinuent manipulateurs malintentionnés, excentriques volubiles, amateurs facilement influençables, égos surdimensionnés et faux-amis retors qui n’ajoutent que de la confusion à la confusion. Qui se cache derrière tel site qui dégueule sa bile, dans le plus total anonymat, sur untel ou untel ?

Qui est derrière celui-là qui verse dans une surenchère islamophobe et ordurière ? Combien sont-ils réellement ceux-là qui se présentent, sur leur site, comme un mouvement révolutionnaire d’envergure nationale et inondent la toile de communiqués au contenu toujours plus grandiloquent ?

Ajoutons à cela que si Internet sait être un formidable outil de diffusion de nos idées, il peut aussi se révéler un redoutable amplificateur de discorde interne et d’auto-intoxication. La moindre brouille est alors relatée avec moult détails sur tel forum, abondamment commentée sur tel blog et déformée sur tel autre, et tout cela au vu et au su de tout le monde. Tout le monde se monte réciproquement le bourrichon en affirmant à qui mieux mieux qu’il représente un courant structuré et puissant en militants. Poudre de perlimpinpin que tout cela !


Une cyberagitation qui cache mal un cruel manque de bras

Ce qui semble surtout être la spécificité de notre époque, c’est cette extraordinaire cyberagitation comparée à la faible capacité de mobilisation militante, en termes humains et quantitatifs, des organisations politiques toutes tendances confondues dès lors qu’il s’agit de sortir sur le terrain du monde réel. Ce sentiment d’être constamment confronté à des forces ou des interlocuteurs factices est probablement la marque de fabrique de cette nouvelle façon de faire de la politique qui caractérise nos sociétés de l’abrutissement festif et de la virtualité médiatique.

Nous sommes entrés dans l’ère de l’intox tous azimuts dont l’unique principe repose sur la capacité à abuser ou à bluffer son adversaire. Dans ce jeu de dupes théâtralisé, les rapports de forces ne valent plus que pour ce que chacun veut bien leur accorder et dépendent essentiellement du crédit que leur donnent les médias de masse.

Une dizaine de salariés associatifs professionnels, filmée avec un angle fermé au JT du 20h, vitupérant des slogans aussi ineptes que généreux, suffit parfois à faire croire à une mobilisation portée par une adhésion populaire massive et spontanée. De même, une poignée de militants identitaires dont une action d’agitprop serait accidentellement médiatisée peut laisser entendre, à l’écoute des commentaires inquiets du journaliste, qu’un courant de fond est sur le point d’ébranler la société française. Nous savons qu’il n’en est rien.

Et malheureusement, si ces artifices suffisent parfois à tromper nos propres partisans, quelques journalistes crédules et des populations atones réduites à l’état de spectatrices, nous savons surtout qu’ils se montrent bien incapables d’inquiéter l’establishment qui sait, quant à lui, parfaitement à quoi s’en tenir sur la capacité de nuisance réelle des organisations politiques dissidentes.

A cet égard, l’ancien leader activiste d’un mouvement pacifiste outre-Atlantique des années soixante, Todd Gitlin, a dressé un bilan négatif des stratégies qui faisaient la part trop belle aux champs médiatiques. Il démontra de quelle manière “les médias choisissaient en vue de les rendre célèbre “les dirigeants du mouvement” qui correspondaient le plus fidèlement à ce que doit être un dirigeant d’opposition pour être conforme à ce que les clichés préfabriqués attendent de lui”. Les mouvements radicaux commencèrent alors à caler leurs choix tactique et stratégique sur les attentes supposées des médias, privilégiant ainsi le sensationnel sur le fond et le court terme sur le long terme. De façon pernicieuse, les médiatiques les incitèrent à abandonner leurs thématiques trop radicales pour une posture démago-militante plus acceptable, faisant la part belle à l’émotionnel. Exclus des plateaux, les radicaux authentiques furent réduits au silence et la scène de l’opposition politique finit par être phagocytée par une poignée d’hurluberlus pittoresques, tragicomiques et sans consistance.


Des frigos pleins au milieu du grand chaos

Il convient donc de repenser le politique à la mesure de la réalité d’aujourd’hui.

Grandes absentes des confrontations politiques, les masses tondent leur pelouse, vont à la pêche, bronzent à Paris-plage, dealent et gèrent leur petit bizness parallèle dans leur quartier sordide, s’avachissent devant des séries TV débiles, déambulent hagards au milieu des immenses travées d’hypermarchés, écoutent du rap en boucle, suivent des séances de fitness et draguent en “vélib”. Les populations votent encore, mais au quotidien elles se désintéressent magistralement des grandes questions politiques de leur temps, dont les débats ne rassemblent plus qu’une infime minorité dans le cadre de revues ou réunions publiques confidentielles.

Les médias, tous passés entre les mains de grands consortiums mondiaux, discutent en boucle de la violence routière, du problème des accès pour handicapé ou du manque de voies cyclables, prenant bien soin d’évacuer de leur tintamarre les vrais problèmes. Ainsi, les questions brûlantes n’étant jamais posées, les bonnes réponses à leur apporter peuvent-elles être reportées sine die et les mauvaises prises dans le plus grand secret, à l’insu du peuple, bien évidement. Qu’une telle attitude soit à terme génératrice de problèmes encore plus insolubles importe peu, tellement la confiance de l’hyperclasse mondiale en la capacité hypnotique des médias est grande. Le tapage médiatique s’amplifiera donc à mesure que la situation se dégradera.

Cet état de fait permet aux décideurs économiques et leurs comparses des ministères de continuer à mener leurs affaires en dépit d’une situation de chaos généralisé. Mais ne nous trompons pas, car si le système tient, c’est aussi parce que les fondamentaux sont là ! Quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, les ventres restent pleins, les frigos remplis et dans chaque foyer trône un écran plat géant de dernière génération. La réalité est là : la machine économique capitaliste tourne, croit et satisfait encore aux besoins premiers. Certes, le pouvoir d’achat baisse. La violence, l’égoïsme et la barbarie s’insinuent imperceptiblement partout, au travail, dans la rue, à l’école, au sein même des familles dites recomposées mais en fait décomposées. Sans aucun doute, le niveau culturel moyen s’est affaissé en dessous de seuils rarement atteints. Tout ceci est vrai et indiscutable.

Mais, répétons-le encore une fois, les frigos restent pleins. Ne pas vouloir voir cette réalité, ne pas la prendre en compte, c’est ne rien comprendre à ce massif courant de dépolitisation qui nous accable, l’élection triomphale de Sarkozy en étant une des vagues la plus visible. Dans les faits, la promesse de l’abondance capitaliste est remplie.


Des formes nouvelles de souffrance non perçues comme d’origine politique

Pourtant les gens souffrent, disent certains. Certes ! Mais les souffrances ont radicalement changé de nature.

Là où il y a un siècle les miséreux avaient faim et froid, aujourd’hui ils souffrent d’obésité quand ils ne sont pas insomniaques et gavés d’anxiolytiques. Les troubles modernes relèvent (en apparence seulement) de moins en moins de la politique et de plus en plus de la psychiatrie. Ils ne frappent plus des populations de déshérités, mais des individus mentalement paumés, plongés en une profonde déréliction et confrontés à une situation mêlant échecs existentiel, professionnel et affectif. On pense par exemple à ce père menant une vie morne, dont la femme est sous prozac, qui tente désespérément de reconstruire une relation affective avec sa fille anorexique. Quel discours politique tenir à cet homme profondément malheureux, mais dont le ventre est bien rempli ? S’il avait seulement faim, tout serait plus simple. Comment lui expliquer que ce qu’il vit n’est pas seulement le produit d’un échec individuel mais aussi la conséquence d’un projet de société matérialiste dont il est en quelque sorte une victime ? Comment lui faire comprendre qu’à ce titre, les tourments qu’il affronte appellent des réponses proprement politiques qui interrogent l’ensemble des postulats moraux de la modernité ainsi que tout le système de valeurs sur lequel elle repose ? Ce profond sentiment d’ennui qui le ronge, et avec lui toute l’humanité moderne - que d’aucuns cherchent à oublier dans l’aliénation par le travail et d’autres dans une boulimie consommatrice névrotique – offre-t-elle réellement une autre échappatoire que d’ouvrir son existence sur le tragique en jetant dans la balance le confort de sa vie réglée et bien rangée ?

Si les Français aspiraient vraiment à changer de vie, ils comprendraient que la seule issue pour échapper à leur condition serait de s’engager en en acceptant tous les risques. Or, il n’en est rien, car ils sont repus, et un homme repu est toujours un homme vautré, vide de toute volonté et abandonné par le courage. On voit bien ici l’extraordinaire difficulté du défi qu’il nous est donné de relever. A sa simple énonciation, on saisit la chimère d’une lutte qui emprunterait les moyens et techniques d’une persuasion simpliste.


Des mutations psychologiques majeures à l’œuvre aujourd’hui

A cet égard, c’est toute la formulation de notre discours politique qu’il faut repenser.

Pour viser juste, nous devons donc entrer dans le labyrinthe psychologique de nos contemporains afin d’en décrypter les mutations exercées sur eux par l’avènement de la postmodernité. Dans son ouvrage “La culture du narcissisme”, Christopher Lasch souligne le fait essentiel qu’un nombre croissant de psychiatres ont observé et décrit dans leur travail quotidien, depuis le tournant des années 50, une modification dans la forme des névroses faisant ainsi apparaitre des pathologies inconnues qui échappaient aux grandes catégories de diagnostics jusqu’alors établies.

Parmi ces troubles mentaux nouveaux, souvent définis comme des malaises vagues et mal définis, Lasch distingue clairement l’apparition en force d’un narcissisme de type pathologique qui s’est cristallisé tout au long de la seconde moitié du XXème siècle pour devenir le trait comportemental caractéristique de l’individu moderne. Ce diagnostic repose sur l’hypothèse d’une “continuité existant entre le normal et l’anormal”.

Autrement dit, l’apparition de nouvelles névroses dans les cabinets des spécialistes de psychiatrie, révèlerait en fait une évolution globale de la personnalité dans notre société. Lasch s’est alors appliqué à relever tous les indices d’une prégnance inédite du narcissisme sur notre société. Cette prégnance a remodelé les mentalités contemporaines au point d’avoir permis l’émergence d’une humanité nouvelle qui se reconnaît à “son désir ardent de bien s’entendre avec autrui ; son besoin d’être, même dans sa vie privée, en accord avec les grandes organisations ; sa façon d’essayer de se vendre comme si sa propre personnalité était un produit auquel on pouvait assigner une valeur marchande ; son besoin névrotique d’être aimé, rassuré et de se gratifier oralement ; l’aisance avec laquelle ses valeurs peuvent être corrompues.”

L’homme contemporain vit désormais sous le régime implacable de l’obsession de soi, se considère libre parce qu’ouvert à une sexualité tous azimuts, montre des signes patents d’hypocondrie, craint la dépendance affective, éprouve souvent une incapacité à s’affliger de la peine d’autrui et traverse l’existence dans la terreur de vieillir et de mourir.

Dépourvu d’un “sur-moi” élevé, le narcissique s’avère un individu dénué d’amour propre qui vit exclusivement par le truchement du regard des autres. Alors que la postmodernité chante en boucle le mirage d’un individu libre et émancipé, l’homme postmoderne, par son incapacité à assumer l’altérité solitaire et les relations conflictuelles, se révèle un être profondément conformiste et docile. Ceci explique pourquoi il fuit généralement l’affrontement et la compétition, qu’elle soit sportive ou professionnelle, pour leur préférer les manigances et les tactiques d’évitement. L’écart entre une image de soi innervée par un sentiment de supériorité et d’indépendance et la réalité d’une existence caractérisée par la fuite, l’esquive systématique, l’égoïsme, le renoncement, les petits reniements, la peur du qu’en-dira-t-on, un besoin d’être aimé et un reflexe de repli devant toutes les formes de rivalité alimente dans l’esprit de l’individu moderne de douloureuses frustrations enfouies ainsi qu’un profond sentiment de vide existentiel. Ce tiraillement insupportable cherche alors une évasion dans des formes de pathologie mentale, et notamment celle du narcissisme clinique. A cet instant, le narcisse moderne exprime l’impression nihiliste d’un malaise vague et indéfini, mélange d’une vie non accomplie, d’un quotidien factice strictement subordonné à tous les conformismes dominants auquel s’ajoute l’absence de valeurs propres réellement vécues et d’opinions clairement assumées, qui sont souvent endossées peureusement ou honteusement. Tel est le portrait type, à décliner à des degrés divers et sous des variantes multiples, d’un grand nombre des contemporains auxquels nous nous adressons !


Un nouveau type humain narcissique engendré par la société libérale

Les causes que pointe Christopher Lasch pour expliquer cette mutation survenue dans les psychologies occidentales sont multiples, mais toutes puisent leur élément actif dans les conditions sociales induites par le fonctionnement de la société libérale.

A ce titre, l’individualisme prôné par le libéralisme plonge chaque individu dans la sauvage bousculade d’une société ouverte à tous les conflits possibles et inimaginables. S’en suit un chaos que chacun est fermement sommé d’affronter seul. Ce sentiment de l’individu qui se regarde comme une monade cernée de toute part, notamment par la menace diffuse du tous contre tous, invite en retour le commun des mortels, par réflexe d’autoprotection, à se fondre dans la masse en se pliant aux plus vils des conformismes. C’est en partant de ce constat que Lasch arrive à la conclusion paradoxale que Narcisse, c’est-à-dire l’archétype même de l’individu libéral, s’avère être finalement celui le plus enclin à se conformer “aux normes sociales par crainte d’être puni par autrui”.

A ce titre, “l’éthique d’autopréservation et de survie psychique prend donc racine, non seulement dans les conditions objectives de la guerre économique, dans l’accroissement du taux de criminalité et dans le désordre social, mais également dans l’expérience du vide et de l’isolement.” Par ailleurs, l’idée trompeuse de vivre la fin de l’Histoire vient percuter de plein front l’équilibre familial. Ainsi, “les parents modernes tentent de faire en sorte que leurs enfants se sentent aimés et voulus ; mais cela ne cache guère une froideur sous-jacente, éloignement typique de ceux qui ont peu à transmettre à la génération suivante et qui ont décidé, de toute façon, de donner priorité à leur droit de s’accomplir eux-mêmes. L’association du détachement affectif et d’un comportement destiné à convaincre l’enfant de sa position privilégiée dans la famille constitue un terrain d’élection pour l’éclosion de la structure narcissique de la personnalité.”

Derrière les attitudes crâneuses se targuant de tendre vers un épanouissement immédiat se cache en fait la perception d’une société absurde, dangereuse, et surtout sans avenir ; autant de sentiments inspirés par un narcissisme incapable de s’identifier à une quelconque postérité. Tout se mesurant à la micro-échelle d’une existence étriquée, le fait de prendre des risques pour autre chose que sa survie propre est immédiatement analysé comme un comportement d’idiot. L’homme généreux, l’idéaliste, l’altruiste courageux ou le Saint se voient ainsi relayés au rang de simplets et de grands benêts. De facto, l’attitude narcissique non seulement est regardée comme socialement valorisante, mais constitue aussi, dans un environnement libéral, une des conditions nécessaires à la réussite professionnelle. La spirale peut alors dérouler son cercle infernal dont le terme n’est autre que la mort pur et simple du politique. Tout ceci doit nous inciter à comprendre que nous avons bel et bien changé d’époque et que le capitalisme avancé a, en quelque sorte, modelé une nouveau type anthropologique.


Le militantisme est le chemin de notre propre guérison

En conclusion nous pouvons dire que si l’on déplore que notre époque, rongée par l’individualisme, ne soit plus celle des grands mouvements de masse, force est de constater que le pendant de cette désertion collective fait la part belle aux minorités agissantes.

Avec peu de militants, il est aujourd’hui parfaitement possible d’occuper le vaste champ vierge du politique, à la seule condition toutefois d’aligner des militants parfaitement formés et courageux. Certes, le temps n’est donc pas aux foules en colère (pas encore du moins), mais comprenons bien que ceci le rend d’autant plus ouvert aux menées d’une élite militante pour peu que celle-ci soit déterminée et sérieuse. Mieux vaut donc viser la constitution d’une équipe locale d’une poignée de militants sérieux, disciplinés et capables de tenir un raisonnement individuel que de vouloir réunir cent excités incontrôlables et offerts à toutes les manipulations de l’adversaire.

Si notre époque est à l’élitisme militant, cela implique aussi que chaque militant doit se regarder comme un exemple. Or, le premier des exemples qu’il se doit de donner est celui du courage. Mais ne rêvons pas, le courage ne se décrète pas. Et ceci encore moins lorsqu’il doit être porté collectivement par tout un groupe. A cet égard, seule une solide et véritable chaine de solidarité et d’entraide militante pourra susciter l’éveil en chacun de nous de ce courage. Un courage hautement nécessaire et sans lequel toute entreprise politique est vouée à l’échec. Pour être efficace, cette chaine doit être polymorphe pour s’incarner dans des réseaux et sociétés parallèles dont leur but premier serait l’aide aux militants lésés. Cette chaine passerait par la mise en place de système d’aide à l’emploi, de mutualité d’entraide, de simili-agence immobilière, d’associations de rencontre communautaires, des cercles d’éducation privée faisant coopérer entre elles des familles. Autant cette tâche apparait comme un pont-aux-ânes, autant elle est probablement la plus difficile à mettre en œuvre car elle active chez nous les pulsions comportementales les plus atrophiées par le capitalisme terminal qui nous conditionne. En cela, elle nous invite à nous considérer comme des gens humbles voués à une vie d’abnégation et de partage. Ceci implique donc de louer les vertus d’une éthique en rupture totale avec les valeurs libérales. Ici encore, seule l’exemplarité pourra donner corps à cette éthique nouvelle, sans laquelle tous nos discours seront vains et condamnés à résonner dans le vide. Il ne s’agit donc pas de se mentir en cédant aux sirènes médiatiques ou en ne s’engageant que superficiellement. La politique ne doit pas être abordée comme un hobby mais bel et bien comme l’investissement d’une vie entière. C’est uniquement parce que nous serons exemplaires, en opposant au monde moderne un véritable contre-modèle humain, que nous triompherons.

Le militantisme doit d’abord et avant tout être un engagement intégral si l’on veut qu’il affute en nous les qualités humaines nécessaires. Comprenons bien que la modernité a fait de nous des hommes déglingués, de grands malades qui s’ignorent. Et ce n’est seulement que par le militantisme, dans l’âpreté d’une vie faite de lutte et de don de soi, que chacun d’entre nous trouvera le chemin de sa propre guérison mentale et morale. En quelque sorte, le moyen devient ici la solution. Là, et nulle part ailleurs, se situe la vraie rupture avec le monde moderne ! Quatre mots d’ordre doivent désormais guider nos pas : Détermination, Solidarité, Partage et Courage.

Karl Hauffen

Source
 : numéro 12 d’ID Magazine
 



Article ancien.
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