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9 novembre 1938 : Nuit de Cristal en Allemagne

9 novembre 1923 : putsch raté d’Hitler à Munich

 

 

 

Ceux qui pensent que le peuple allemand était nazifié en 1938 se trompent : voyant que la propagande d’État contre les juifs ne prenait pas, les services de Reinhard Heydrich organisent un soulèvement « populaire » contre les biens israélites. En mobilisant principalement SA, Jeunesses hitlériennes et militants nazis dans toutes les grandes villes, mais surtout Berlin et Vienne.

 

 

La mort le 9 novembre du diplomate allemand vom Rath à Paris, abattu par un jeune juif polonais de 17 ans deux jours auparavant, tient lieu de prétexte. Le peuple ne s’y trompe pas, et ne participe pas, ou du bout des doigts. Il n’y a donc pas de motivation populaire dans l’enchaînement des actes qui ont mené aux grands massacres des années 1941-1944.

La nuit du 9 au 10 novembre, 7500 vitrines de magasins volent en éclats, 177 synagogues sont incendiées (les pompiers ont ordre d’éteindre les flammes seulement si la contagion menace des bâtiments allemands), et 91 juifs tués (sans compter de nombreux « suicides »), statistiques officielles fournies par les services d’Heydrich, alors sorte de ministre de l’Intérieur du Reich. Pour ceux qui s’intéressent à l’Histoire réelle, ce sont les services secrets d’Heydrich qui sont aux manettes. Il envoie lui-même les télégrammes du déclenchement des opérations aux différents services de police politique du Reich (Sicherheitspolizei).

 

 

Tête pensante du SD, Sicherheitsdienst, ou services de sécurité du Reich, Heydrich est devenu le spécialiste des coups tordus et des provocations du Parti : élimination de la hiérarchie SA, jugée trop révolutionnaire par la Wehrmacht et le grand patronat, en 1934, ou montage du prétexte qui donnera lieu à l’invasion de la Pologne, en septembre 1939. Il entretient un réseau d’informateurs de premier choix, fait chanter des hauts dignitaires nazis, qu’il tient avec des fiches très à jour. Il invente le fichage organisé, et l’utilisation des informations dans un but d’efficacité politique. Au besoin, il les crée. Heydrich ne terrorise pas que les juifs, les communistes et autres adversaires plus ou moins déclarés du Reich : il tient tout le monde, et on dit qu’il détient même les informations fiables sur l’arbre généalogique d’Hitler. Son pouvoir ira croissant, jusqu’à son élimination par des commandos tchèques, formés par les Britanniques, en mai 1942. Pour certains, ce sont les services personnels de Himmler qui ont « permis » cet attentat, la résistance tchèque étant réduite à néant depuis plusieurs années déjà, par le régime de terreur que Heydrich impose au protectorat de Bohême.

 

 

Pour contrer ce pouvoir sans égal dans la hiérarchie SS, Himmler laissera courir le bruit qu’Heydrich a des origines juives du côté d’une grand-mère, remariée avec un « Süss », qui fait écho au film antisémite Le Juif Süss. Heydrich devra sans cesse se justifier, ce qui, paradoxalement, renforcera d’autant son appétit de pouvoir. Prêt à aller encore plus loin que les paroles sibyllines du Führer, qui ne donnait pas toujours des ordres précis. Ils étaient « interprétés » par son premier cercle, qui passait alors à l’élaboration d’un plan, puis à sa réalisation. Il fallait traduire les visions ou les envolées lyriques du Führer, qui avaient lieu le soir, jusque tard dans la nuit, en actes. Pas toujours facile. Et dangereux pour tout le monde. Une compétition féroce s’instaurera pendant une décennie entre les membres du premier cercle, le pouvoir réel échéant finalement, à la fin de la guerre, à Martin Bormann, le secrétaire de la chancellerie. Qui deviendra l’unique « traducteur » des ordres d’un chancelier nerveusement épuisé.

Pour en revenir à la Nuit de Cristal, après le pogrom, Heydrich déclare qu’il faut protéger les Allemands des juifs, en créant des ghettos, comme au Moyen-âge. Il en profite pour en déporter 20 000 (principalement des hommes, et jeunes, dans le but de neutraliser une réaction possible de la communauté juive, une technique qui sera reprise dans les territoires occupés de l’Est avant toute grande opération de tuerie), dans les principaux camps de concentration allemands. Certains y mourront, mais la plupart seront libérés et fuiront l’Allemagne, avant que ses frontières ne se referment. C’est Heydrich encore qui mettra en place en 1941 les Einsatzgruppen, unités de tuerie mobiles qui lamineront les communautés juives à l’Est de l’Europe à partir de l’été 1941. Ce sont pourtant les Polonais qui inaugureront ces pelotons d’exécution d’opposants et d’intellectuels et ce, dès 1939. Heydrich, homme de théorie et d’action accompli, utilisera sa connaissance fine des ressorts psychologiques des représentants des communautés juives de l’Est pour les retourner contre eux, avec un cynisme qui étonnera même les chefs nazis, peu réputés pour leur culture judaïque et leur humanisme. C’est lui qui prophétisera la naissance d’un « surhomme juif », suite à la politique de répression allemande.

La question demeure d’un plan d’ensemble de l’élimination physique des juifs : existait-il à cette époque (1938), ou s’est-il dessiné avec le temps, en fonction des avancées allemandes en Europe ? Le sujet divise les historiens officiels, entre « exterminationnistes » et « opportunistes ». Les premiers privilégiant la nature diabolique d’Hitler (et de manière secondaire de son entourage), qui a toujours mis l’élimination des juifs en haut de la pile des dossiers à traiter, pour parler vulgairement, quels que soient les événements : défaite en Russie, recul dans tous les secteurs, bombardements alliés, etc. La preuve, les trains de déportations ont parfois primé les trains militaires.
Les seconds estimant qu’Hitler a navigué à vue, et qu’il a « trouvé » l’élimination des juifs après avoir tenté de les expulser, en Amérique ou ailleurs. Les deux thèses ont leurs arguments. Peut-être se mélangent-ils, en réalité. L’esprit d’Hitler étant empreint d’une volonté de « nettoyer » l’Allemagne de ses juifs, selon sa propre expression, puis l’Autriche, et enfin l’Europe, mais aussi d’une certaine dose d’improvisation, en fonction du cycle des victoires/défaites militaires.

Aujourd’hui, en 2015, les historiens s’accordent sur l’été 1941 pour la décision d’élimination – effective – d’une partie des juifs d’URSS, mais surtout sur le mois de décembre 1941, date à laquelle les États-Unis entrent en guerre contre l’Allemagne, faisant des juifs européens des otages entre les mains d’Hitler.

Controverses historiques sur Hitler, ses intentions et ses décisions, sur E&R :

 



Article ancien.
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11 Commentaires

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  • #1313588

    "9 novembre 1923 : putsch raté d’Hitler à Munich" : il a tout simplement voulu imiter la "Marche sur Rome" de Mussolini en 1922 .


  • #1314212

    j’ai du mal à comprendre que cet article ne génère pas davantage de commentaires car la question "La question demeure d’un plan d’ensemble de l’élimination physique des juifs : existait-il à cette époque (1938), ou s’est-il dessiné avec le temps, en fonction des avancées allemandes en Europe ?" est précisément de celles susceptibles d’intéresser les lecteurs.

     

    • #1314264

      pas moi !
      dans le même genre d’idée : c’est l’oeuf qui fait la poule ou c’est la poule qui fait l’oeuf ?


    • #1314305

      La réponse est sans doute ailleurs ; l’axe anglo-américain a voulu en finir avec Hitler plus pour la question de l’espace vital que sur la question raciale ou de l’idéologie du IIIe reich, selon moi (l’Allemagne aurait été auto-suffisante en pétrole et matières premières, et avec un tel gain de territoires aurait pu tenir tête aux USA, d’autant qu’Hitler aurait peut-être pérennisé dans le temps un modèle économique alternatif au "tout-bancaire").

      La question de l’alliance des USA avec Staline pose question et va dans ce sens, d’autant que dans le contexte urgent de l’époque, Hitler n’avait pas forcément de plan aussi défini qu’on l’a dit sur la question juive.....
      Les anglo-saxons cogitent toujours de façon très pragmatique, ne jamais l’oublier....


    • #1314322
      le 10/11/2015 par masque de chair
      9 novembre 1938 : Nuit de Cristal en Allemagne

      j’ai du mal à comprendre que cet article ne génère pas davantage de commentaires

      Encore faudrait-il que sur ces questions la parole soit libre, cher Monsieur...

      Non, nous ne commenterons pas : aux lecteurs de bonne volonté d’aller s’informer ailleurs, ce ne sont plus les ressources qui manquent, mais elles ne sont certes pas dans cet article tendancieux


    • #1314405

      Vous avez totalement raison Nuit de Cristal en Allemagne !
      Et non Paramesh ! Vous êtes loin ’’du réel’’ de l’histoire avec cette image de ’’la poule et l’oeuf’’...
      Mais bien sûr vous avez tout à fait le droit de vous méprendre...ou d’ignorer la finesse des enjeux politico-économiques de l’arrivée au pouvoir d’Hitler !

      S’il est impossible de s’étendre ici sur le sujet - trop long à développer - qui est complexe, certes, mais ’’explicable’’, il n’en reste pas moins qu’il faut voir sur l’affaire juive et l’évolution meurtrière qu’il a perpétrée, plusieurs éléments ’’extérieurs’’ à l’Allemagne : le socialisme soviétique inoculé aux ’’Petits Juifs’’ de l’Est laborieux et ’’nomades par essence ’’ lorsqu’ils n’étaient pas eux-mêmes les porteurs de bonnes paroles du pouvoir soviétique ; le sionisme de certains allant à l’encontre bien souvent des premiers mais dans le sens, bien involontairement, de celui d’Hitler ; la ’’philosophie scabreuse’’ de certains éléments responsables au sein du Judenrat... la nécessité absolue de satisfaire les exigences de la finance des banques US qui permettait à Hitler d’obtenir l’adjuvant indispensable à l’essence de ses Messerschmidt et autres Stuka...

      Si vous mixez ces quelques éléments - qui ne sont pas exhaustifs, loin s’en faut...- et que vous vous interrogez sur qui sont les tenanciers des rênes du pouvoir financier, demandez vous également quels intérêts ces mêmes auraient-ils eus à sauver des têtes juives qui eussent pu de toute évidence leur créer bien plus que des tourments passagers...d’autant plus que tout ce ’’beau monde’’ savait avant le commun des mortels ce qui se tramait en Allemagne depuis l’avènement d’Hitler et que des factions se réclamant du nazisme défilaient au pas cadencé dans les rues de NY dès 33 (et même avant je crois ?...) sans que pour autant la police y fasse obstacle...

      Si cela n’a jamais été dit, le fait est dommageable pour la Vérité et tout ceux qui essaient de comprendre : hier et aujourd’hui !...’’A l’Ouest rien de nouveau’’...

      Le fric mon bon Monsieur ! Le fric, toujours et encore le fric, rien d’autre ne compte !!!...


    • #1314938

      @ werner,
      pas moi c’était pour " je n’arrive pas à comprendre pourquoi...." pas pour l’intérêt du sujet.
      quand à l’oeuf et la poule,c’est une parabole sur la longue dialectique de la cause première, or un commentaire d’article est un peu léger pour en débattre même sur celle si actuelle (?) des nazis,
      Un intervenant avant moi a judicieusement parlé de pognon, vous imaginez où ça nous amènerait s’il fallait développer rien que cet aspect ? sans compter une certaine loi qui ne facilite pas le débat.

      vous voulez qu’on commence cette recherche des causes premières ? :
      la règle est : toute cause a un effet et tout effet a une cause.

      je pars arbitrairement du principe que l’article dit vrai, donc les nazis sont responsables
      question :
      pourquoi il y a -t-il eu des nazis ?
      répondez (mais sachez qu’à chaque réponse je vous poserai une autre question pour justifier cette réponse mais sans jamais mettre en doute la pertinence de votre réponse
      on finira par y arriver si vous n’entrez pas en contradiction avec vous même mais ça va être long très long .
      et tout ça pour arriver à l’évidence que la cause première c’est le pognon et non les juifs (comme une immense partie nos problèmes actuels d’ailleurs)
      éliminez le pouvoir du pognon et il n’y a plus de question juive. et tout le monde le sait ici


  • #1314415

    Le film "Le Juif Süss" ("Der Jude Süss") est un mélodrame à voir. Toute ressemblance avec une situation réelle ou ayant existé ne serait que fortuite.


  • #1315036

    Personne ne dit pourquoi cette nuit de cristal fut organisé... Elle n’est pas arrivé toute seul...
    elle fut la réplique au boycott des produits Allemands dans tout les pays Anglo-Saxons ou dépendant des Anglo saxons (Colonies Anglaises...) ou Vassaux... du monde depuis des années...

    Boycott Germand Goods était en une de toute la presse, affiché sur L’empire State Building jugez par vos mêmes avec votre capacité de discernement, vous allez trouver pourquoi ce Boycott était organisé par les Banks depuis plusieurs années... Recommence-t-il avec WV

    Trés étonné de la partialité, du manque de culture Historique, économique d’E&R sur ce sujet précis... Un autre détail de l’histoire ?

     

  • #1315114

    Comme Viking, je suis assez dubitatif devant cet article qui apparaît si "bas-de-gamme" en comparaison des autres articles sourcés "ER". Les auteurs devraient élargir un peu leurs sources ; des pans entiers de la production historiographique semble leur échapper. Le petit livre de Heinz Weichardt (terreur nazie, un juif témoigne) pourrait constituer une bonne introduction. Le contexte de l’événement y apparaît sous une lumière plus crue.