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Brzezinski, Obama, l’islamisme et la Russie

La géostratégie de l’Eurasie vue par l’Empire

« Qui domine l’Europe orientale, domine le Heartland, qui domine le Heartland domine l’île mondiale », c’est à-dire l’Eurasie. C’est grâce à cette phrase, écrite en 1904, que le géographe Halford Mackinder est devenu célèbre.

Or le Heartland (la zone pivot), lorsqu’on regarde la carte publiée dans l’article de Mackinder, c’est grosso modo la Russie actuelle, européenne et asiatique, le Caucase, l’Asie Centrale et l’Iran.

 

 

Dans le numéro de septembre/octobre 1997 du magazine Foreign Affairs, Zbigniew Brzezinski signe quant à lui un article intitulé « A Geostrategy for Eurasia » dans lequel il prétend pousser plus loin la pensée hégémonique de son prédécesseur.

Pour lui, la Russie vit actuellement recluse dans la nostalgie de son passé impérial, une nostalgie qui l’empêche de voir le présent et d’envisager l’avenir avec pragmatisme. Plutôt que de faire preuve de réalisme, la Russie est régulièrement tentée de « s’engager dans un effort futile afin de regagner son statut de puissance mondiale ». Or ça, pour Zbigniew Brzezinski, c’est du passé, et la Russie doit cesser de vivre dans la contemplation de ce passé doré comme les cieux des vieilles icônes.
D’abord, la Russie souffre d’une perte de vitesse démographique qui ne lui permettra pas de continuer à gouverner un pays de 17 millions de kilomètres carrés. Ensuite, sa bureaucratie, trop lourde et centralisée, n’a pas permis à cet immense territoire de se développer. Aussi, pour que l’ensemble reste tenable et évolue, le pays doit-il « se moderniser  » et se décentraliser. Zbigniew Brzezinski, que rien n’arrête et qui pense à tout, prend la carte de la Russie et, en deux traits pointillés, nous fabrique une « confédération » de trois États : à l’ouest, la Russie d’Europe, au centre, une République sibérienne et une République extrême orientale donnant sur l’océan Pacifique (voir l’image d’en-tête), un découpage qui, selon lui, permettra de libérer les forces vives trop longtemps contenues et d’accroître les relations commerciales de ces territoires nouveaux avec leurs voisins.

Et il ne s’arrête pas là. Dans un ouvrage intitulé The Choice : Global Domination or Global Leadership (2004), il approfondit son idée en prétendant qu’« un effort international pour développer et coloniser la Sibérie pourrait stimuler un authentique rapprochement entre les Européens et les Russes  ». Pour lui, la Sibérie est une nouvelle « Alaska  », une nouvelle « Californie  », «  un Eldorado pour des pionniers aventuriers », une « source de grande richesse » et d’« investissements profitables ».
Pris dans son élan géopolitique, il envisage même la transformation de la Sibérie en un bien commun eurasiatique exploité dans un esprit de partage. Pour lui, cette évolution aurait l’avantage de « stimul[er] une société européenne repue » grâce à cette « excitante nouvelle frontière » à conquérir. Une sorte de « Drang nach Osten pour le développement  » en quelque sorte. Mais, précise-t-il, on n’y parviendra pas facilement car il faudra passer par un changement intérieur, par la consolidation d’ « un pluralisme géopolitique en Russie  ».
C’est d’ailleurs là que réside, selon lui, « une des principales tâches qui incombent à la société euro-atlantique » qui va devoir lutter contre les « ambitions impériales résiduelles de la plus grande partie de [l’] élite politique [russe] ». Par quel moyen ? En plaçant « des obstacles à toute tentative de restauration impériale » (The Choice). Une idée très ancrée dans la tête du Doctor : une Russie décentralisée « serait moins susceptible de se mobiliser en tant qu’Empire » (Foreign Affairs).

En ajoutant quelques détails pris dans ses écrits, nous pensons pouvoir résumer ainsi le credo de Zbigniew Brzezinski. Il se décline en trois nécessités fondamentales que nous explicitons :

- La Russie doit cesser de vouloir être un challenger des États-Unis et se laisser inféoder par l’Union Européenne et par l’OTAN. Ainsi, elle ne constituera plus une menace pour les États-Unis qui pourront sans doute, on le devine, exercer leur pression militaire ailleurs, pourquoi pas en mer de Chine.

- La Russie doit se démocratiser, selon la définition qui confond démocratie et adhésion au système occidental du suffrage universel. Cette démocratisation permettra, on le voit partout en Europe et aux États-Unis, de porter au pouvoir des technocrates opportunistes, des membres des réseaux atlantistes, pas vraiment intéressés par la question des libertés fondamentales et plutôt indifférents aux questions environnementales. Ces agents agiront conformément aux intérêts des oligarques locaux et étrangers et seront rémunérés par leurs lobbies. Ils fermeront les yeux sur la régulation des opérations des marchés bancaires, accueilleront les délocalisations dans un cadre propice où le code du travail ne mettra pas de barrière à l’exploitation de la main-d’œuvre et feront pression pour que la politique fiscale ne nuise jamais aux profits de ceux qui ont toujours profité. Dit simplement, afin d’augmenter les bénéfices des actionnaires locaux et envahisseurs, ils répandront partout la corruption.

- La Russie doit accepter d’être démantelée et de devenir une terre d’accueil de pionniers pour permettre de tirer plus de profits des richesses que recèle un sous-sol inexploité qui deviendra, dès lors, puisque tous les hommes sont frères dans l’extraction, un terrain neutre, une sorte de zone de partage économique. Or, ça tombe bien parce la République de Sibérie, la partie centrale du découpage, correspond précisément au bassin de Sibérie occidentale qui détient, selon un rapport de l’USGS de 2003 (Petroleum, Geology and Resources of the West Siberian Basin, Rusia, par Gregory F. Ulmishek), le plus grand bassin pétrolier du monde, un bassin couvrant une superficie de 2,2 millions de kilomètres carrés, exactement situé entre l’Oural et le fleuve Ienisseï et délimité au nord par la mer de Karal. Comportant plusieurs dizaines de champs pétroliers et gaziers géants et super-géants, il produit les ¾ du pétrole et du gaz de Russie et, en dépit du forage de gros volumes, il reste modérément exploré. Si nous nous tournons maintenant vers le BP Statistical Review of World Energy de 2015, pour nous faire une idée de cette manne à l’échelon mondial, nous découvrons qu’aujourd’hui, la Russie possède 6,1% des réserves mondiales prouvées de pétrole (contre 2,9% pour les États-Unis) et qu’elle possède aussi 17,4% des réserves mondiales prouvées de gaz (contre 5,2% pour les États-Unis). Remarquons d’autre part que l’Iran détient 18,2% des réserves mondiales de gaz, 9,3% pour le Turkménistan. Inutile de préciser que ces deux pays sont situés dans le Heartland de Mackinder.

 

 

Lire la suite de l’article sur brunoadrie.wordpress.com

La Russie, un os pointu dans la géopolitique de l’Empire, sur E&R :

 



Article ancien.
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11 Commentaires

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  • #1306508

    "Dominer l ’autre" , il n’ont que ce mot à la bouche.

     

  • #1306569

    "La Russie doit se démocratiser, selon la définition qui confond démocratie et adhésion au système occidental du suffrage universel."

    Il s’agit du suffrage universel oligarchique, celui qui consiste à élire des oligarques. Il s’oppose au suffrage universel démocratique qui permet aux citoyens (enfin dignes de ce titre) de voter pour ou contre des projets de loi à l’échelle nationale, régionale, départementale et communal.


  • #1306589

    Un élément qui passe inaperçu dans le raisonnement actuel sur la Russie mais qui peut permettre de comprendre la situation ou revirement actuel est la mikorovska c’est à dire l’art du camouflage chez les russes qui a fait merveille durant la IIWWm. Ils arrivaient à camoufler des armées entières notamment à Stalingrad mais dans d’autres batailles. On peut toujours dire que les allemands étaient étourdis mais enfin merde quand même.
    Surtout que pendant qu’ils espionnent beligue ou l’internaute qui me lit un russe se camoufle.

     

    • #1306631

      C’est "Maskirovka", et ça peut se traduire par désinformation et ruse militaire & politique
      5 semaines après Barbarossa en 1941, les renseignements allemands ont fait état d’un nombre de divisions, de chars et d’avions soviétiques largement supérieurs à toutes les prévisions allemandes avant les hostilités et Hitler avait dit qu’il ne se serait jamais lancé dans une guerre contre les Russes s’il avait eu cette information (tu m’étonnes)... et à l’époque où il dit ça la Wehrmacht fait encore des pas de géant en Russie et en Ukraine ce n’est pas l’heure des grandes désillusions (Moscou, Leningrad, Stalingrad) mais il savait déjà que c’était perdu
      En tout cas l’article résume bien à quel point les parasites qui sont à la tête des USA sont obsédés par la domination, rêvent d’installer leur gros cul partout sur la planète et bavent sur les gigantesques ressources russes qu’ils leurs sont inaccessibles, d’autant plus que les Russes ont très peu sondé la Sibérie et qu’on peut y trouver des gisements géants de toutes sortes. La clique des master minds à la Brezinski rêvent de dominer et disloquer la Russie, sans réaliser qu’ils vont eux mêmes bientôt se faire virer de leur piaule de décisionnaires quand les USA seront devenus une terre majoritairement hispanique ou/et asiatique qui aura de toute autre préoccupation que la Russie. Et puisqu’on parle de vaste espaces économiques à partager pour les pionniers internationaux de demain, je propose de disloquer les USA vu que les Américains occupent une terre volée aux Indiens et qu’ils ne sont légitimes nulle part.


  • #1306653
    le 01/11/2015 par Yéti_déporté_au_Benêtland
    Brzezinski, Obama, l’islamisme et la Russie

    Autour du Heartland, le Rimland .... et l’UE en devient le maillon faible car les US l’ont multiethniquée. Que Poutine utilise l’EI contre l’UE comme les US ont fait avec Ben Laden contre l’URSS .... Avec la bénédiction des zodiacs d’Erdogan et des dollars de l’hacienda des Séouds ...


  • #1306661

    Brzezinski est un peu à la géopolitique ce qu’Attali est à l’économie......

     

    • #1306812

      Dans l’entretien video avec Attali qui avait été publié il y a 2 ou 3 semainse, Attali, interrogé sur la Russie et les évènements depuis 2 ans ne disait pas autre chose que ce Brzezinski : ça ne va pas dans le sens de l’Histoire, c’est un reflux de l’histoire, la Russie veut se recreer un Empire mais ça ne fonctionnera pas, etc.

      Bref ils sont exactement dans le même prisme de lecture (Attali a evidemment lu Brzezinski).


  • #1306669

    Très intéressant. Je suis passé au cours de mon parcours intellectuel par la philosophie, la socio, de l’économie, de l’anthropologie, etc. Mais la géopolitique est une matière avec laquelle je ne suis pas entré en contact bien que pas mal de mes analyses buttent dessus, au-delà d’un certain point. C’est vrai que le marxisme y est plutôt étranger à la base, à part peut être les travaux de David Harvey, que je n’ai pas lu, et qui développe un marxisme appliqué à la géographie... Donc ce genre d’article me donne quelques clés bien utiles.


  • #1306710
    le 01/11/2015 par Rahan Abitbol
    Brzezinski, Obama, l’islamisme et la Russie

    « Zbigniew Brzezinski »

    Ça veut dire : "redemander de la purée", en sans-dents !


  • #1306748

    L’arrogance de ces gens (Brzezinki et compagnie) est sans limite !