Egalité et Réconciliation
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Conférence : Les conditions de l’union au sein du camp national et patriotique

Chers Amis d’Egalité et Réconciliation,



Je remercie mes camarades Alain Soral et Marc George de m’avoir invité encore une fois à me joindre à vous le temps de vous prendre la tête avec un sujet un peu tabou, une Arlésienne comme dirait notre ami Randa, je veux parler de la fameuse nécessité de l’Union politique.

Et c’est précisément le concept le plus difficile, le plus délicat à aborder tant sa recherche, sa quête ont été souvent jalonnés d’échecs ou de tromperies.

Dix ans presque jour pour jour après une scission qui a traumatisé autant qu’affaibli le Front National, et avec lui la majorité du camp national, il faut constater que les plaies ont mal cicatrisé et que beaucoup de militants d’alors ont cessé tout engagement, trop écoeurés pour continuer.

Cependant, ils sont une majorité à évoquer le jour où ils se réengageraient conditionné par l’exigence préalable de l’union.

Certains se faisant même une spécialité de pleurer constamment sur le lait renversé au point d’en prétexter une inactivité volontaire, une grève trop facile surtout en ces temps d’urgence.

Car la désunion, puisqu’il faut bien la constater, est un argument qui justifie aussi toutes sortes de comportements coupables, d’émiettements structurels et de bisbilles entretenues.

Les uns et les autres auront beau ânonner sans cesse « l’union, l’union, l’union ! », telle sœur Anne nous ne la verrons pas venir pour autant.

Car enfin, il faudrait aussi savoir de quoi on parle :

  • - force est de constater que si l’union fait la force, dans notre courant national elle met surtout en exergue de telles différences à la longue qu’elle y succombe ce qui provoque les scissions à répétition que l’on sait aussi nombreuses que golpe ou pronunciamento autrefois en Amérique latine.
  • - Et quand une scission est consommée, chacune des parties protagonistes n’a de cesse ensuite qu’ appeler paradoxalement au rassemblement ! Ainsi, on peut remarquer comme une constante que plus il y a d’appels au rassemblement interne dans notre camp, plus c’est un symptôme fort curieux d’éclatements durables...
  • - Il y a dans ce constat l’évidence d’une confusion des ensembles ; car c’est moins l’union de cadres politiques souvent opposés pour des raisons personnelles, de rivalités ou d’intérêts, que l’union pérenne de l’électorat national qu’il faut rechercher et préserver. Et pour ce faire, il faut souvent que la structure la plus forte l’emporte donc en interne sur ses rivales. Et ce n’est que l’ordre bien naturel.
  • - Mais il y a aussi un rapport de forces très vite faussé. On l’a vu lors des présidentielles de 2007, ceux qui appelèrent de leurs vœux une union patriotique ne furent pas forcément disposés à être pris au mot. Et ceux qui y adhérèrent pour survivre politiquement en profitèrent souvent pour tirer la couverture à eux. Sous les apparences, il y avait des coups tordus. Et cela se termina par un nouveau divorce.

Ainsi en est il de toutes les initiatives qui nécessitent l’effort collectif, la discipline et les difficiles complémentarités et cohabitions des hommes entre eux, surtout quand il s’agit d’hommes indécrottablement individualistes, égocentriques et intéressés.

Rien de nouveau sous le soleil. C’est l’art de l’engagement en politique que d’essayer de faire travailler ensemble ce petit monde.

Mais encore faudrait-il, pour concrétiser cette union, que les participants aient les mêmes idées, les mêmes objectifs et les mêmes cibles... Or, aujourd’hui, c’est loin d’être acquis même en tenant compte des plus forts dénominateurs communs.

De 1972 à 1990, le Président du FN Jean-Marie Le Pen réussit le tour de force de fédérer les « personnalités », les caractères, les tendances, les clubs et les différentes sensibilités du courant nationaliste. L’union était réalisée sur la base d’un pacte qui consistait à combattre le Système avec ses propres armes ; La vocation du FN était de progresser à chaque élection, avec pour principaux atouts son organisation, ses militants et le charisme de son Président. Le programme reposant essentiellement sur la protestation, le non conformisme, la préférence nationale et le populisme. Il n’y avait pas de problème d’union car le programme était un consensus a minima qui ne posait aucun problème du moins jusqu’au déclenchement de la première Guerre du Golfe.

C’est donc durant l’été 1990 que pour la première fois et contre toute attente, ce fut la politique étrangère qui rompit le consensus en faisant irruption dans nos vies militantes.

D’aucuns pensent que le Détail a été le signe précurseur d’une fêlure. Cela n’a pas été le cas au niveau des adhésions, des militants et même des électeurs. L’affaire du Détail en 1987 était surtout une rupture consommée entre Le Pen et le reste du monde politico-médiatique, il fut ensuite un prétexte pour quelques notables ultra-libéraux élus députés en 1986 de s’en aller après la fin de la proportionnelle. Ce fut d’ailleurs la fin du fameux Rassemblement national !

En revanche, la première Guerre du Golfe et la position courageuse et lucide prise par Le Pen eut incontestablement des répercussions internes. Plus d’un tiers des adhérents, surtout dans le sud et les milieux pieds-noirs, claquèrent la porte.

Pour la première fois, la stratégie géo-politique faisait irruption dans le monde « tranquille » du programme du FN. Et depuis, tous les autres sujets sont devenus des objets de débats, voire de discorde.

C’est ainsi qu’il sera demain plus difficile de faire l’union entre ceux qui sont en désaccord sur l’immigration, sur la politique internationale, l’atlantisme, la laïcité, la doctrine économique et monétaire sans oublier l’ordre du jour de 2009 : l’Europe !

C’est pourquoi, il fut solennellement rappelé à plusieurs reprises qu’il n’était pas besoin d’être d’accord à 100% sur tout, qu’il fallait savoir faire abstraction de certaines divergences et qu’en cas de perte de repères, les fondamentaux du FN étaient encore valables pour servir de guide. Mais il semble que même ces fondamentaux ne soient plus à l’abri de l’ambition et de la soif de plaire aux media, bref des pulsions compromissoires.

Ces divergences ont des conséquences politiques puisque les non-dits et l’absence d’autorité conduisent parfois à une confusion des objectifs et des ennemis.

Ainsi, des candidats dits nationalistes, lors des dernières élections cantonales et municipales, ont décidé de se retirer du 2e tour où leur score les avait hissés pour ne pas gêner l’élection d’un candidat UMP, en violation des consignes de leur mouvement, et au motif qu’il fallait faire barrage à la Gauche. En dehors d’une indiscipline caractérisée, il faut reconnaître là le signe d’un clivage politique profond ou celui d’une corruptibilité possible, le cumul étant aussi plausible.

Si nous devons réaliser l’UNION dont nous parlons, chers Amis, c’est avant tout CONTRE LE SYSTEME !

Et privilégier l’UMP, même dans une élection locale, est d’une bêtise absolue.

Nous avons dans notre camp une catégorie de gogos qui n’ont pas d’autre vision politique que l’anticommunisme primaire, voire quaternaire et surtout l’anti-fiscalisme. Comme si l’allègement de la seule feuille d’impôts était une fin en soi, un enjeu civilisationnel !

Une enquête poussée révélant que les personnes concernées sont juste sous la barre de la 1ère tranche de l’ISF expliquerait peut-être mieux leur comportement. Autant nos électeurs les plus crédules et gogos qui votent Sarkozy en 2007 ont encore une excuse, autant des candidats qui trahissent n’en ont aucune. Ils ont sapé les stratégies départementales des autres candidats et ont renforcé la portée nuisible de la bipolarisation.

Cet exemple montre à quel point l’absence de formation, la désignation accélérée des investitures et l’inorganisation des structures d’appareil peuvent laisser germer la division et la compromission.

Car s’il reste un avenir au FN, ce ne sera certainement pas comme supplétif du Régime, auquel cas il serait broyé ; C’est au contraire comme ennemi irréductible du Système et des Partis qui le composent que le Mouvement national doit se renforcer. Sinon il n’aura plus d’espace. Et ceux de l’UMP dont on me dit qu’ils sont de droite dure sont encore plus dangereux car ils forment le chalut qui drague profondément notre électorat et y puise trop de gogos à notre détriment.

Nous trainons d’autres boulets malheureusement qui freinent eux aussi l’espoir d’une union efficace sur le terrain. Il y a bien-sur ceux qui sont totalement tournés vers le passé au point de se reconnaître philosophiquement dans toute bataille autrefois perdue. Ce sont des collectionneurs inoffensifs, direz-vous, mais qui admettent difficilement l’idée d’une victoire future. Or le défaitisme est contagieux, il se saisit des moindres doutes pour les exacerber et casser le moral. Pires sont ceux encore qui se réclament du monde intellectuel. Je me souviens d’une Tribune libre dans le Figaro en 2002 de l’excellent Jean Raspail dont les prédictions apocalyptiques avaient achevé de démoraliser l’armée ensablée que nous étions.

Et tout cela au nom d’un pessimisme dit « actif » insufflé par Drieu ou Céline !

Je le dis avec tendresse mais détermination : cette posture est insupportable et je n’ai absolument pas l’intention de m’exiler en Patagonie aux côtés de Florent Pagny ou de Kad !

Alors me direz-vous, comment peut-on encore espérer faire l’union si autant de handicaps nous attendent, si des différences sur le fond et la forme sont aussi marquées ?

Vous réussirez à les surmonter si vous savez d’abord qui est votre ennemi, quelles sont ses méthodes et quels sont vos objectifs ! Vous les surmonterez si vous savez tirer les leçons du passé pour essayer, ne serait-ce qu’une fois, ne pas les rééditer. En cette matière on parle souvent de la droite la plus bête du monde. Rien ne nous oblige à accepter le terme d’extrême droite et en plus d’être extrêmement bête !

Etudiez les failles du Système mais maitrisez également la connaissance des nôtres et travaillez sans relâche pour y remédier. Si vous voulez bien, nous allons tirer quelques leçons du passé non exhaustives :

  1. 1) L’ennemi c’est le Système, le mondialisme et ses créatures françaises que sont les partis du Régime. Il faut d’une façon systématique dans les enjeux électoraux majeurs combattre tous ces partis pour nous hisser au rang de recours, pour briser l’étau bi-polaire qui n’est qu’une imposture et qui dissimule en fait un monopole. Quand l’ennemi est désigné, cela va mieux ! Et le parti au Pouvoir mérite un bonus...

  1. 2) Le Système est comme le joueur de flûte de Hamelin. Son arme pour nous affaiblir ou nous subvertir est la tentation et elle possède trois tentacules  : le mercenariat qui conduit encore des Mouvements à jouer les supplétifs de l’UMP mais aussi ses rabatteurs. C’est le cas du MPF, de Dupont Aignan, Touzé, etc . La deuxième c’est la proportionnelle et la troisième ce sont les subventions de l’Etat aux partis. La proportionnelle est un mode de scrutin qui est censé refléter dans ses résultats et la désignation des élus l’importance des partis en lice. Mais de ce fait c’est aussi la prime à l’assistanat et surtout le risque de voir des élus devenir des notables alimentaires inféodés au Système. Il suffit de voir, 10 ans après, ce qu’elle est capable de déclencher chez certains à quelques mois des Européennes. Et les régionales sont en 2010...Quant aux subventions gouvernementales aux partis c’est la prime à la fonctionnarisation des structures politiques, à leur embrigadement car que se passera t-il si demain le Pouvoir venait à couper le robinet ? La seule garantie pour un Parti vraiment hors Système de conserver sa liberté politique ce serait de s’organiser de telle façon qu’il puisse être autonome grâce à ses recettes, ses dons et surtout ses adhésions. Il est tout de même difficile de critiquer l’abus des subventions syndicales alors que les Centrales sont en manque d’adhésions et finir soi-même par se comporter à l’identique. Une telle rigueur de fonctionnement aurait aussi le mérite d’obliger le dit-mouvement à continuellement être au travail sur le terrain. Comme autrefois on entrainait les soldats à porter des épées plus lourdes, prenez l’habitude du mode de scrutin le plus difficile, du militantisme le plus acharné et de votre liberté politique autant que financière.

  2. 3) Les « intellectuels » de notre courant ne doivent pas être des diviseurs, des coupeurs de cheveux en quatre. Ils doivent avoir le sens de l’intérêt commun plus développé que leur nombril et leur ego. Ils doivent aussi être des militants capables de mettre la main à la pâte. Tout le reste : penseurs autoproclamés, divas, poupées de salon, bobos, donneurs de leçons, esthètes de la délectation morose, snobs de tous poils, tirez la chasse !

  1. 4) Vous serez tout aussi attentifs avec les hauts-fonctionnaires. Certains imposteurs nous ont coûté 10 ans de travail. Un haut-fonctionnaire libre, cela n’existe pas sauf s’il rompt avec le Pouvoir qui est son employeur. Un haut-fonctionnaire qui devient député ne doit pas par exemple conserver son poste en réserve et doit le quitter et renoncer à ses points de retraite qui se cumulent avec ceux de parlementaire. C’est une question d’éthique. Sinon le haut fonctionnaire reste tributaire du Système qui le tient.
  2. Vous pratiquerez d’autant plus aisément l’Union que vous saurez aussi respecter les militants. Volontaires et bénévoles ne doivent pas être sacrifiés aux coteries de quelques apparatchicks, ni à des critères d’investitures relevant du népotisme ou de l’endogamie. Vous respecterez les militants en investissant sur eux pour l’avenir par une formation politique suivie et réelle. Une véritable école politique et pratique permet d’aplanir les divergences, d’expliquer les enjeux, d’unir dans un même but.


Telles sont les quelques recommandations que je vous fait car, quand on porte le si beau mot de RECONCILIATION dans son titre, il faut mettre tous les atouts de son côté.

Mieux vaut au départ être moins nombreux mais déterminés pour pouvoir ensuite mieux s’organiser sans dévisser.

Je sais que dans cette salle se trouvent une partie des dirigeants nationalistes de demain, des jeunes qui sauront prendre le relai qui leur sera tendu le moment venu. Pour vous y préparer et mener les combats du présent, pratiquez l’esprit d’Union d’abord entre vous. Méfiez vous des sirènes, des chèques en blanc et des vanités compulsives.

De votre capacité à rester droits et unis aujourd’hui dépendra notre espoir pour demain.

L’union, encore aujourd’hui, n’est pas un long fleuve tranquille. Il est encombré de déceptions et de pièges, de multi-récidives dans les tentations dissidentes. Mais il est aussi porteur de formidables amitiés, c’est un exercice permanent, un apprentissage, une leçon de patience, une expérience humaine indispensable à ceux qui ont la vocation de servir et de s’engager en politique. Il ne s’agit pas de faire l’union à n’importe quel prix mais de choisir les meilleures conditions requises pour son efficacité optimale. Militer c’est déjà UNIR !

C’est aussi choisir, former, convaincre et enfin combattre parce qu’il n’y a de combats perdus que ceux auxquels on renonce. Merci à tous.

Franck Timmermans
Délégué national du Parti Populiste