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L’As des as était français

AteliER
Article initialement publié dans l'atelier E&R

 

« Si l’homme est ingrat, l’humanité est reconnaissante. »

François-René de Chateaubriand

 

Quand approche l’hiver 1916, le soldat des tranchées n’a plus d’espoir. Voilà beau temps que les promesses du départ faites le cœur sur les lèvres et la fleur au fusil sont parties en fumée. Il réalise qu’il s’est trompé, qu’on lui a menti.

La victoire en chantant… tu parles ! Depuis deux ans l’état-major multiplie les erreurs stratégiques. Ses préjugés, son orgueil auront plongé l’armée française dans un bain de sang avant de l’immobiliser sur le front. Les belles paroles n’ont qu’un temps quand les faits demeurent… et les faits, les voici. En 1914 l’armée allemande disposait de 848 pièces d’artillerie lourde. La France n’en possédait que 280. Qu’importe ! se disait-on en haut lieu, en poussant la presse nationale à répandre la nouvelle par tous les échos pour l’implanter dans le cœur de chacun : l’aigle teutonique ne passera pas ! On le clouera au poteau d’exécution dès qu’il aura quitté son nid.

En vérité, on vit bien vite que le mépris du commandement pour la supériorité technique de l’armement allemand n’eut d’égal que celui qu’il portait au troupeau conduit à l’abattoir… Des cibles criardes en pantalon rouge que les mitrailleuses fauchèrent par rangées comme au champ de foire. 100 000 hommes rien qu’en 1914 furent ainsi offerts aux canons en pure perte. Quand la progression de l’ennemi déchira le voile, obligeant ces messieurs de l’arrière à descendre de l’Olympe, Joffre prononça cette phrase mémorable : « Surtout pas d’affolement ! » Traduisons en langage prosaïque : tirez à vue sur tous nos soldats qui voudront battre retraite. Oui, en 1916, le poilu est revenu de ses illusions.

 

 

Le champ d’honneur est devenu un champ d’horreur. Les morts couchent avec les vivants. On reçoit plus facilement son courrier que son ravitaillement. Le superflu avant le nécessaire… On a du tabac pour s’étourdir, de la gnôle pour s’abrutir, mais le plus souvent on part au casse-pipe le ventre creux et les pieds trempés… Plus d’un fantassin donnerait son bras pour une paire de chaussures neuves qui le protégerait du froid, de l’humidité, du pourrissement, de la gangrène.

Dans cet enlisement qui s’éternise, entre deux charges inutiles, la chair à canon s’interroge. Force est de constater que les pertes multiplient les profits, que le sacrifice des uns fait la richesse des autres. C’est à se demander si tout compte fait, les mauvaises appréciations, les décisions stupides, les gâchis renouvelés ne sont pas le fruit de calculs savants. N’est-il pas dans l’intérêt de certains que ce conflit d’une ampleur inégalée dure et perdure ? Cette guerre d’usure pourrait bien porter son nom… Tandis que des nations sont jetées les unes contre les autres, que des peuples sont broyés dans la cuve, des empires s’élèvent. La guerre mondiale c’est la pierre philosophale des marchands d’armes. Cet âge de fer pour les troupes et les civils bombardés, c’est un âge d’or pour les fabricants de mort. Ne parlons pas des financiers. Pour maintenir leur domination matérielle sur le terrain, les belligérants comme les industriels doivent non seulement saigner les populations – qui payent sur tous les fronts – par des emprunts nationaux, mais encore signer une alliance avec la Banque.

Oui, en 1916, le soldat n’a plus d’espoir. Mais la France est un phœnix, elle renaît toujours de ses cendres. Cette patrie chrétienne ressuscite quand elle se meurt. Il suffit pour cela d’une étincelle, qu’une lueur venue du sommet embrase le corps, le réveille de sa torpeur. La tête courbée du poilu se relève quand il entend ce bruit, bientôt familier, là-haut dans le ciel. Il suffit qu’il reconnaisse la cocarde tricolore pour que son regard brille à nouveau. L’état-major est bien obligé de le constater.

Ce qu’il méprisait hier va peut-être changer le cours de la guerre. Ces aviateurs, gens d’aventure, amateurs de prouesses et de gloire, pourraient arracher l’armée à son défaitisme, à cette boue qui semble l’avoir engluée corps et âme. Il faudrait vraiment avoir la mémoire courte pour ne pas se rappeler quel accueil leur fut pourtant réservé à l’entrée du conflit : la guerre c’est sérieux, mon petit Monsieur ! On n’est pas là pour faire mumuse avec des jouets en bois qui s’écrasent une fois sur deux ! À la guerre, il faut des résultats ! À la guerre, il faut avoir les pieds sur terre ! C’est d’ailleurs sur ce ton qu’on renvoya sèchement Monsieur Fokker, inventeur et ingénieur hollandais, quand il vint offrir ses services à l’armée française. Bon vent et bonjour chez vous ! Qu’à cela ne tienne ! Monsieur Fokker – persévérant – tourna ses talons et dirigea ses pas de l’autre côté de la frontière, en territoire germanique.

Il y fut autrement reçu. Avec un tapis rouge. Soyez le bienvenu… signez ici. Cette bienveillance, – osons le dire – cette lucidité permit à l’Allemagne de conserver jusqu’en 1916 la maîtrise du ciel. Les avions Fokker étaient de loin les plus performants, les plus rapides, les plus solides, les plus maniables. De même quand Monsieur Roland Garros voulut présenter son prototype de mitrailleuse avant, permettant de régler la cadence de tir sur la rotation de l’hélice et de révolutionner ainsi l’art du combat aérien, il fut également prié de ne pas faire perdre leur temps aux gens de métier avec ses chimères. Nul n’est prophète en son pays. Affecté à la MS26, il retourna au front. Début avril 1915, son dispositif de tir adapté sur un Morane-Saulnier type L « Parasol » lui permit d’obtenir trois victoires consécutives, qui ont la singularité d’être remportées par un homme seul aux commandes d’un monoplace. Malgrè cet exploit, les autorités militaires françaises continuèrent à ignorer l’efficacité de cette technique.

 

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Roland Garros

 

Hélas, touché au cours de son dernier affrontement, Roland Garros fut contraint de se poser en territoire ennemi. Son dangereux appareil fut aussitôt soumis à l’étude. Et Fokker – encore lui – ne tarda pas à mettre à profit son invention. Il en équipa tous ses avions. Les nôtres tombèrent comme des mouches. Malheureusement, Roland Garros n’était plus là pour réparer les dégâts, corriger le tir… Il demeura prisonnier jusqu’à l’heure de son évasion : en février 1918. Ce n’est qu’au moment où un Albatros (chasseur allemand) fut touché et se posa sur nos lignes, qu’on put reprendre l’avantage, en copiant son système de tir… Il n’est jamais trop tard pour bien faire…

Toute une génération de pilotes put alors bénéficier de cette découverte et se battre à armes égales. Dans cette apocalypse couleur de plomb, l’antique chevalerie – celle que l’on croyait morte et enterrée à Waterloo – est montée au ciel. Des deux bords des tranchées, on tend l’oreille pour apercevoir ces gladiateurs, on suit avec fébrilité l’actualité des combats aériens. Quand un pilote tombe dans le no man’s land, toute une armée de compatriotes est en deuil, abattue ; au contraire quand l’un de ces demi-dieux revendique une victoire de plus, qu’il arbore sur son fuselage un nouveau trophée à son palmarès, on se sent pousser des ailes… On est prêt à enfoncer les rangs, à rompre les lignes ennemies.

Il n’est pas interdit de penser que si la France fut victorieuse ce n’est pas seulement grâce au soutien des forces américaines, ni même grâce à ces lourdes machines que sont les chars et dont on nous a tant vanté les mérites, mais également parce que des héros authentiques relevèrent les couleurs du drapeau et avec elles le moral des troupes pour les hisser dans la lumière du soleil.

 

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René Fonck

 

Mais hélas l’histoire officielle est aussi partielle qu’ingrate. Qui se souvient aujourd’hui de René Fonck ? Porte-drapeau de l’aviation française lors des solennités du 14 juillet 1919, René Fonck meurt le 18 juin 1953 dans la plus grande indifférence. Une poignée de fidèles seulement est présente à son enterrement. Au lendemain de son décès, Le Figaro lui consacre un entrefilet, tandis que la une fait l’honneur à un alpiniste américain. Il est vrai que la modeste figure de René Fonck ne semblait pas faite pour inspirer les trompettes de la renommée. Ce Vosgien venait de la base. Il monta lentement les degrés, avec la patience et la persévérance d’un alpiniste accompli. Après avoir perdu son père de bonne heure, René entra en 1907 comme apprenti dans l’usine de tissage Geliot Gillotin. Il alla ensuite apprendre la serrurerie chez l’un de ses oncles, maréchal-ferrant. C’est à époque que l’adolescent – il a quinze ans – se prit de passion pour la mécanique. Il revint dans son village et trouva un emploi d’apprenti mécanicien. Il se forma par lui-même, après le travail à l’usine. Il aimait le calcul, l’arithmétique, la géométrie.

Appelé sous les drapeaux le 22 août 1914, il fut versé au 11e régiment du génie d’Épinal, où il fit ses classes, avant de rejoindre l’aviation en 1915, à l’école Caudron du Crotoy. Il entame ensuite sa carrière dans l’aéronautique en tant que pilote d’une escadrille d’observation, la C 47, basée à Corcieux. La suite est une continuelle progression vers les sommets.

Si en bas l’état-major – comme nous le disions – gaspille les forces, sacrifie les rangs, si l’on s’enterre vivant sous un déluge d’obus, tout au contraire, Fonck dans les airs fait preuve d’une précision diabolique. Il économise le temps et les munitions avec un sang-froid qui forge sa réputation. Il choisit ses proies. Il les sent depuis la terre ferme. Là-haut, il les guette avec l’œil de l’aigle. Il avance avec le soleil dans le dos et fond sur l’ennemi sans que celui-ci ne puisse le voir venir. Quelques balles suffisent. Il ne vise pas la machine, que le pilote.

« En une heure, sur son Spad, Fonck trouva le moyen de remporter une sextuple victoire : il abattit deux monoplaces et quatre biplaces ! Il a résumé en un jour les principes de la tactique aérienne qu’il a si bien pratiquée : instantanéité, souplesse et coup d’œil, voilà les trois qualités primordiales qui distinguent le vrai chasseur. L’instantanéité qui lui permet d’exécuter à une vitesse vertigineuse la manœuvre exacte au moment voulu. La souplesse qui lui facilite l’exécution de cette manœuvre. Le coup d’œil qui lui donne les corrections de visée. De ces corrections, la vitesse de l’avion qui poursuit et celle de l’appareil pourchassé sont les facteurs. La chasse aérienne est un sport très dur. Obligeant à voler très haut, elle fatigue beaucoup les organes et force celui qui s’y livre à suivre un régime très sévère. II faut proscrire les boissons alcooliques, ne boire que modérément du vin, ne faire aucun excès, se maintenir toujours dans une forme parfaite, les poumons doivent être en bon état, les muscles solides, les nerfs bien équilibrés. Il faut, en un mot, avoir une complète santé morale et physique.

Faisons notre profit de ces conseils, et gardons pieusement dans notre mémoire les noms de ces jeunes hommes qui les ont mis en pratique d’une façon si belle, de ces rois de l’air qui ont tant fait pour notre France et pour sa gloire aérienne. »

Georges Guynemer
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Manfred von Richthofen

 

On considère à tort que l’as des as était allemand, qu’il se nommait Manfred von Richthofen, dit le Baron rouge. Ce pilote d’exception en effet comptabilisa 80 victoires homologuées à son actif, avant de périr dans des circonstances mystérieuses. Loin de chercher à diminuer le mérite d’un tel aviateur – considéré d’ailleurs avec le plus grand respect par ses adversaires –, nous devons rendre la place qui lui est due à la Cigogne blanche. On estime aujourd’hui que René Fonck abattit à lui seul entre 125 et 145 appareils ennemis. Chose plus incroyable encore, il sortit de la guerre sans une égratignure. Aucun des avions qu’il pilota ne fut jamais touché par la moindre balle. Il tirait le premier, faisait mouche et disparaissait dans les nuages. Pourquoi un tel mépris ? Pourquoi une telle indifférence ? Aucun monument, aucune rue, aucune place ne porte son nom… René Fonck n’eut qu’un tort : il demeura fidèle à celui qui fut le seul, au sein de l’état-major, à miser en 1914 sur l’avenir de l’aviation. Cet homme se nommait Philippe Pétain.

En vérité, René Fonck ne cessa jamais d’incarner la probité, l’intégrité, la grandeur française. Les résistants de la dernière heure lui en tirent rigueur. Accusé de collaboration, il fut arrêté en septembre 1944, interné à la Santé et – sur l’intervention d’Edgar Pisani – libéré seulement à la fin de l’année, sans charge à son encontre. Son « certificat de participation » à la Résistance, qu’il se verra décerner le 28 septembre 1948 par le commandant Sautereau, chef du réseau Rafale, porte la mention : « Monsieur Fonck, René, membre sans uniforme des forces françaises combattantes, a participé en territoire occupé par l’ennemi, aux glorieux combats pour la libération de la patrie. »

« Ne croyez point ceux qui vous diront que la jeunesse est faite pour le plaisir, elle est faite pour l’héroïsme. Ne croyez point que vous serez diminué, vous serez au contraire, merveilleusement augmenté. C’est par la vertu que l’on est un homme. »

Paul Claudel
 
 



Article ancien.
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62 Commentaires

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  • #1239820
    le 01/08/2015 par Ezio
    L’As des as était français

    Très bel article, très instructif et utile pour les plus jeunes ! Bravo


  • #1239833
    le 01/08/2015 par Combats_Célestes
    L’As des as était français

    Ces Chevaliers sont tombés dans l’oubli des hommes, tout comme leurs Frères paysans des tranchées. Ces jeunes de 20 ans précipités les uns contres les autres, on ne sait trop pourquoi ?

    Je vous conseille la lecture de “L’Équipage” de Joseph Kessel paru en 1923, un chef d’œuvre de littérature Française, une page d’Histoire noble et tragique.

    Gloire à eux, enlevés à leurs familles.


  • #1239870
    le 01/08/2015 par spirit
    L’As des as était français

    Merci pour cet article !
    C’était l’authentique avant-garde de la France combattante,la pointe de la modernité technique allié à une noblesse de cœur et d’esprit...des Hommes (avec un grand H) qui ont fait de l’aviation militaire française,la première en 1918... !!

    Fonck,Guynemer,Nungesser,Garros...les 4 mousquetaires qui n’ont pas vu que leurs amis de l’état-major (sauf Pétain) étaient plus redoutable que leurs ennemis de l’escadrille Richthofen !

    Rien de très nouveau,d’ailleurs !


  • #1239891
    le 01/08/2015 par benjamin
    L’As des as était français

    Article très intéressant. Beau travail de l’équipe E&R.


  • #1239898
    le 01/08/2015 par Monsieur_Haut_de_Forme
    L’As des as était français

    Magnifique papier !
    Voilà ce que l’on devrait apprendre à nos enfants à l’école !
    Ça éviterait le développement de la haine de soi et peut-être même les pousser à arborer fièrement notre drapeau.


  • #1239904
    le 01/08/2015 par DUMAS
    L’As des as était français

    Bel article,étant passionné d’aviation , j’aime surtout ce qui se rapporte à l’aviation militaire des 2 guerres WW1 et WW2 et l’aviation Francaise d’Indochine et d’Algérie. Je connaissais les exploits de René FONCK par des monographies d’appareils de chasse , sa tentative de traverser l’atlantique et une vidéo des Racines et des Ailes mais j’ignorais son incarcération par les salauds de l’épuration et je dois reconnaître que je ne me suis jamais posé de questions sur l’absence de marques de reconnaissance de la France à son égard.Rien d’étonnant dans cette France de la bien-pensance qui n’a aucune compassion pour ses vrais héros.


  • #1239923
    le 01/08/2015 par karel
    L’As des as était français

    La mort du baron rouge est souvent imputée aux armes anti aériennes Australiennes.

    René fonck, lui, ne s’est jamais fait voir par un seul de ses enemis. La vraie différence c’est que le baron rouge faisait ce qu’on appelle du dogfight, rené fonck, lui, apercevait ses cibles de très loin, leur tirait une rafale tres precise, et il n’y avait pas de combat, il se contentait de "chasser" l’allemand.

    A préciser cependant : l’as des as de la première guerre mondiale sans doute, mais le plus grand As de tous les temps, par contre, est un Allemand dont j’ai oublié le nom, qui pendant la seconde guerre mondiale a descendu un très grand nombre d’avions enemis sur le front Est, mais aussi le front Ouest (Même si on doit la "victoire" de la seconde guerre mondiale à l’union soviétique, il faut reconnaître que les spitfires et les P51 mustangs ne faisaient pas trop rire, comparés aux avions russes) et qui est passé au goulag après avoir refusé de quitter sa compagnie, alors qu’on lui avait donné une chance, à la chute du Reich, d’aller du coté des britanniques.

     

    • #1240011
      le 01/08/2015 par Η δε τεxνη μακρα
      L’As des as était français

      Erich Hartmamn, 352 victoires, dont 7 contre des avions de l’U.S.A.A.F. (les redoutables P-51) qui attaquèrent les champs pétroliers de Plœtsi, en Roumanie, en 1944.N°2 : Gerhard Barkhorn, 301 victoires à l’Est ; etc...

      Contre les Occidentaux : Hans-Joachim Marseille, 158 victoires. Puis Heinz Bär, 125, dont une vingtaine sur avion à réaction Messerschmitt 262 (+95 sur le front est, total de 220), etc...

      Hartmann et Marseille obtinrent toutes leurs victoires à bord de Messerschmitt 109.

      Au-dessus de 100 victoires, que des pilotes allemands de 39-45.

      Meilleurs non-allemands : un Finlandais (94 victoires), un Japonais (87)...

      Meilleurs alliés : Ivan Kojédoub (62 victoires) pour l’U.R.S.S. ; Richard Bong (40 victoires, toutes contre les Japonais) pour les États-Unis ; Thomas Saint-John-Pattle (40 victoires environ, total exact inconnu, essentiellement contre les Italiens) pour l’empire britannique (il était sud-africain, d’origine anglaise) ; meilleur français : Pierre Clostermann, 33 victoires (23 selon les critères anglo-saxons).


    • #1240014
      le 01/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      Il s’agit d’Erich Hartmann qui totalise plus de 300 victoires. Mais l’as des as allemands en termes de victoires exclusivement obtenues sur le front Ouest fut Hans Joachim Marseille, surnommé "l’étoile de l’Afrique".


    • #1240083
      le 01/08/2015 par Imanol
      L’As des as était français

      Egalement Walter NOVOTNY sur Me 109 et 262, ainsi que H KNOCKE sur 109G a plus de 100 Victoires


    • #1240113
      le 02/08/2015 par Big Ben
      L’As des as était français

      Erich Hartmann est l’as des as toutes nations confondues. Si les pilotes allemands ont obtenu de tels scores, c’est qu’ils "ne dételaient jamais" comme l’a dit Clostermann dans le magnifique documentaire de Daniel Costelle "Histoire de l’aviation" dans les années 70. Clostermann ajoutait que du côté allié, ils faisaient 100-110 missions, et ils étaient envoyés au repos ... Tandis que du côté allemand, certains pilotes se battaient depuis la guerre d’Espagne !


    • #1240128
      le 02/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Imanol,

      Si on fait la liste de tous les pilotes allemands qui ont obtenu plus de 100 victoires, on n’en finit pas.

      Big Ben,

      Les pilotes de l’Axe, comme ceux de certains Alliés, faisaient tant de missions à cause de l’intensité des combats, et, pour l’Axe spécifiquement, de leur infériorité numérique.

      Dans un documentaire, c’est à la valeur de ses ennemis que Clostermann attribue leurs victoires. Toujours est-il que leurs palmarès sont les plus impressionnants.


    • #1240229
      le 02/08/2015 par Geki
      L’As des as était français

      Désolé mais vous êtes tous à coté de la plaque.

      Si les as allemands de la WWII avaient beaucoup plus de victoires, c’est tout simplement en raison de différences entre les tactiques d’engagement des belligérants.
      Pour vulgariser, on va dire que les allemands avaient des tactiques individualistes et solitaires (quand ils ne mettaient pas volontairement en avant les "as des as" dans un but de propagande) tandis que les alliés/soviets misaient plutôt sur le collectif et les attaques en grand nombre.

      On peut faire une analogie avec le foot. Entre un joueur (qu’on appellera Hartmann, au hasard) qui joue perso et marque 10 buts, et un joueur qui fait 20 passes décisives donnant chacune lieu à des buts mais qui n’en marque lui même qu’un ou deux, c’est le premier qui sera en tête de tous les classements de buteurs et considéré comme un demi-dieu, tandis que le deuxième restera dans le quasi-anonymat mais permettra à son équipe de l’emporter.

      D’ou le très faible intérêt de ces classements. Un classement par escadrille serait bien plus intéressant.


    • #1240268
      le 02/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Geki,

      C’est toi qui es à côté de la plaque.

      Les Français, lorsqu’une victoire était à partager, par exemple entre dix pilotes, attribuaient une victoire complète à chacun.

      Les Allemands l’attribuaient à celui qui avait joué le rôle le plus important, et les Anglo-Saxons la répartissaient alors en fractions : 0,5 entre deux, 0,1 entre dix, etc. Statistiquement, ces deux systèmes-là sont équivalents. Comptées selon ce système, les 33 victoires de notre plus grand as de la R.A.F., Clostermann, deviennent 23 ; Jacques André, notre meilleur au sein de la V.V.S. soviétique, en a ainsi 18 ; les 16 de notre plus grand as de 1939-1940, Edmond Marin-La Meslée, deviennent 7,1 victoires.

      Les Soviétiques comptaient à part les victoires partagées ; même en les comptant, leur plus grand as, Kojédoub, arrive à environ 80, bien loin des 352 d’Hartmann (dont 345 contre la V.V.S. soviétique) ou de tant d’autres Allemands. Compare le palmarès de la Jagdeschwader 52 d’Hartmann à celui de l’unité de Kojédoub. En fait, même le Finlandais Illmari Juutilainen (94 victoires sur Messerschmitt 109) a eu plus de victoires que Kojédoub, et les Finlandais faisaient les comptes comme les Soviétiques. Le vieil argument du prétendu individualisme de la Luftwaffe allemande n’a jamais reposé sur rien de concret.


    • #1240273
      le 02/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      @ Geki

      Désolée mais venir en traitant - à peu près - les gens d’idiots, pour après développer comme vous faites, en "vulgarisant" autour de la comparaison footballistique, ce n’est pas sérieux.

      Vous auriez pu développer ces fameuses "tactiques d’engagement". Les résumer à des tactiques individualistes et solitaires est un peu court. D’autant que ces tactiques variaient d’une escadre à l’autre, voire en fonction des chefs de groupe.

      Quand on prend la JG27, escadre dans laquelle a servi Hans Joachim Marseille, et qui était commandée par le major Neumann (un ancien de la Légion Condor), on voit tout le contraire de ce que vous dites. "Hajo" Marseille était un individualiste, une sorte de "sale gosse", qui a mis du temps avant de progresser dans son unité. Il avait développé des tactiques périlleuses et solitaires, sortait régulièrement de sa formation lors des engagements, et ce n’était pas du tout apprécié par Neumann qui l’a recadré à plusieurs reprises. Peu de temps avant sa mort, il a fini par prendre la tête d’un groupe (car il était génial), mais cela ne constitue pas la règle.
      Ce qu’on observe c’est que les unités de la Luftwaffe étaient conçues sur une organisation aristocratique où c’était le chef d’une formation (voire d’une escadrille) qui avait le "droit" de faire feu. Mais le collectif compte assurément ! Seulement, ils mettaient en avant les personnalités talentueuses, et de fins tacticiens, pour commander. Marseille constitue davantage une exception, et il était d’ailleurs trop individualiste pour commander. La règle c’était plutôt des Walter Oesau, des Walter Nowotny, des Hans Philipp, enfin bref, la liste est trop longue ! Et Hartmann, justement, était tout sauf un individualiste. C’était en revanche un remarquable leader.

      Alors si on s’en tient à la comparaison footballistique, on peut dire que ces hommes étaient des numéros 10, des Platini.

      Mais ce n’est pas faire injure aux vainqueurs que de dire que les schémas tactiques des Allemands (four finger formation, par exemple, mise au point par l’as Werner Mölders) ont été adoptés par les Anglais, les Américains et les Russes.

      Ce qui a surtout fait la différence, dans le rapport de forces, c’est que les Alliés pratiquaient un roulement des pilotes, qui après une centaine de missions, rentraient en former d’autres. Ils ont donc pu miser sur le nombre. Les Allemands, en infériorité numérique, n’avaient pas d’autre choix que de miser sur la qualité. C’était aussi dans leur esprit.


    • #1240301
      le 02/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      Juste un rectificatif sur mon précédent commentaire.

      Je disais que les unités de la Luftwaffe étaient conçues sur une organisation aristocratique où c’était souvent le chef d’une formation (voire d’une escadrille) qui avait le "droit" de faire feu. C’était le cas dans la JG27, d’ailleurs. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’une règle stricte, et ce "droit" était accordé au subordonné ou à l’ailier, ou lui revenait de fait, en fonction de sa position et de l’opportunité, cela va de soi.

      On ne peut pas nier qu’un tel système repose en partie sur l’individu, qui était encouragé à se dépasser dès lors que les victoires lui étaient attribuées (et non partagées comme l’explique très bien @3888 dont le commentaire est très instructif, merci ! :) ).
      Ce qui a fait la force de la Luftwaffe à ses débuts est précisément l’autonomie tactique dont bénéficiaient ses officiers. Les meilleurs se démarquaient assez rapidement et obtenaient un commandement en conséquence. D’ailleurs, à la fin de l’année 40, Goëring a fait progresser d’un coup beaucoup de petits jeunes qui avaient fait leurs preuves, et recasé une bonne partie des aînés (anciens de la Légion Condor) ailleurs.

      Mais on ne peut pas - je pense - dire qu’il s’agissait de "tactiques individualistes". Quand on connaît un peu la mentalité allemande et leur organisation sociale, on observe qu’ils savent au contraire conjuguer le meilleur de l’individu avec le collectif. Chez les Allemands, sans le groupe, l’individu n’est rien (et on observe encore cela dans le foot aujourd’hui - remarque pour @Geki). C’est un fait de culture que les nazis n’ont pu ni inventer ni détruire. La seule chose, c’est qu’à l’époque, la composition des cadres de l’armée allemande était encore très aristocratique. La Luftwaffe, même si elle avait été reformée dans les années 30 en violation du traité de Versailles, n’échappait pas à la règle, dès lors qu’un nombre non négligeable de ses premiers officiers venaient de l’infanterie ou de la cavalerie...


  • #1239959
    le 01/08/2015 par fadge
    L’As des as était français

    Merci pour cet article très intéressant.
    Maintenant je saurais que l’as des as n’est pas Belmondo mais bien René Fonck.


  • #1239968
    le 01/08/2015 par Peter
    L’As des as était français

    Des membres de la famille Ben Laden seraient morts dans le crash d’un jet privé en Angleterre

    Source

    http://www.lemonde.fr/europe/articl...


  • #1239996
    le 01/08/2015 par Loup blanc
    L’As des as était français

    Il y a une rue René Fonck à Pau.

     

  • #1240033
    le 01/08/2015 par Titus
    L’As des as était français

    Très bel hommage à ce héros français dont j’ignorais l’existence.


  • #1240075
    le 01/08/2015 par fr
    L’As des as était français

    L’as des as était français oui, mais il fut également député laïc et libéral. Il a protégé glorieusement la France de sa menace extérieure, mais a soutenu explicitement sa menace intérieure...


  • #1240138
    le 02/08/2015 par kabouli
    L’As des as était français

    Quel personnage extraordinaire....Résistant aussi ....La municipalité de Paris a créé une avenue René-Fonck dès 1956. Mais "l’ambiguïté du personnage" durant l’occupation et son indéfectible attachement au maréchal Pétain font que c’est une petite avenue à l’écart des grands axes de la capitale......Wikipédia
    https://www.google.com/maps/place/A...

     

    • #1240288
      le 02/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      Fonck était un mythe vivant, et dans le domaine de l’aviation particulièrement (en tout cas à l’époque), qui repose sur un certain individualisme protégeant de l’esprit d’embrigadement, le respect entre adversaires, qui relève d’une éthique aristocratique, est fort.

      Il se trouve que Fonck avait noué puis gardé des liens avec certains as allemands de la première guerre, Goëring et surtout Ernst Udet (qui avait été, avec Détroyat, son compétiteur en voltige dans l’entre-deux-guerres, et qui était devenu un des patrons de la Luftwaffe).

      A un moment de l’année 41 où les rapports entre le gouvernement français et le gouvernement du Reich étaient de fait rompus, Fonck fut donc mis à contribution par Vichy pour rétablir le contact, ce qui a débouché sur une entrevue entre Pétain et Goëring.

      Il est vrai qu’aujourd’hui il est difficile de comprendre cela. Mais dans les circonstances, c’était un peu différent. Fonck a agi dans le simple but de rendre service à sa patrie, pour alléger ses souffrances.

      En tout cas, merci à E&R pour ce très beau récit, sur un mythe de l’aviation assez méconnu aujourd’hui, ce qui est bien dommage.


    • #1241819
      le 05/08/2015 par Energeia
      L’As des as était français

      Pour compléter le message-réponse d’Andrée, on trouve dans les mémoires d’Adry de Carbuccia, épouse d’Horace de Carbuccia et belle-fille de Jean Chiappe, Du Tango à Lily Marlène, quantité d’informations intéressantes et de témoignages de première main : parmi ceux-ci, sur Fonck, qu’elle a connu avant-guerre : Goering et lui effectivement se connaissait. Fonck était intervenu pour Goering, sur la demande de celui-ci, pour lui procurer un emploi après la guerre de 14-18, dans une compagnie aérienne. Invité auprès de lui alors que celui-ci était déjà devenu un important personnage du Reich, avant la seconde guerre mondiale, Goering lui aurait alors clairement montré et appris comment l’Allemagne se préparait, et l’aurait averti, et lui aurait clairement dit "Qu’est-ce que vous attendez pour vous préparer ?"

      Signalons aussi la fin d’un autre aviateur, Jean Mermoz, mort dans l’Atlantique à 35 ans, ancien héros de l’Aéropostale, qui était devenu l’adjoint du colonel de la Rocque dans le Mouvement social français et qui témoigna aussi, auprès d’ailleurs de Joseph Kessel, d’Adry et Horace de Carbuccia, des persécutions qu’il subissait de la part de la République, et d’une possible tentative de sabotage sur son hydravion.


    • #1242069
      le 06/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      @Energeia

      C’est intéressant, ce que vous dites. Je n’y avais jamais pensé, mais les mémoires d’Adry de Carbuccia doivent être effectivement une mine d’informations (celles d’Horace aussi, je crois...). Pour être honnête, j’ai lu cette information sur Fonck/Goëring dans les mémoires posthumes de J. Benoist-Méchin (A l’épreuve du temps, tome II, passionnant !).

      Ce personnel radsoc de la IIIe République finissante était quand même un beau ramassis de pourritures. Leur haine à l’égard du préfet Chiappe, justement, est assez éloquente. C’est drôle de voir comment cette "République", hypostase de leur turpitudes, est constante dans sa détestation de ceux qui ont vraiment servi la France et dans l’instrumentalisation systématique de leurs opposants pour renforcer leur propre pouvoir. Pas étonnant que Mandel, dans la lignée de Fouché, soit la référence de Sarkozy et Valls. Plus globalement, je considère que l’on trouve dans le récit de la IIIe République finissante celui de la nôtre... Voyons maintenant comment tout ceci va se terminer !

      Ça ne m’étonne pas du tout que la "République" ait fait des misères à Jean Mermoz. Les funérailles nationales qui lui ont été rendues, très hypocrites, sont une signature, comme l’hommage du vice à la vertu.
      Mais pour Mermoz, j’ai un grand regret. Mon arrière-grand-père avait travaillé et volé avec lui, dans l’Aéropostale, puis l’avait perdu de vue après la liquidation de celle-ci. Il est mort quand mon père était enfant et je ne sais que très peu de choses de sa vie (hormis ce fait, et qu’il fut résistant et fait officier de la LH par De Gaulle - puis que par fidélité à ce dernier, il avait désavoué son gendre, mon grand-père, officier de l’OAS, qui l’a frappé ensuite d’une damnatio memoriae). Or il parlait souvent de Mermoz. Mes grands-parents étant décédés avant que je ne m’intéresse à toutes ces questions, je ne saurai donc quasiment rien, ni de lui, ni de ses rapports avec Mermoz...
      Ça me fait dire que les histoires de familles peuvent être parfois bien stupides, quand celles-ci anéantissent leur mémoire de cette manière, pour de la politique qu’on finit par oublier cinquante ans après !


    • #1242288
      le 06/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Energeia,

      Votre commentaire est fort intéressant, mais Göring disant à Mermoz que "l’Allemagne se préparait" et lui demandant ce que la France attendait pour en faire autant, voilà bien le genre d’anecdote qui me ferait douter de la fiabilité d’un mémorialiste. Avez-vous une date pour ce que je tiens pour extravagant ?


  • #1240196
    le 02/08/2015 par N°13
    L’As des as était français

    J’apporte une rectification à cet excellent article galvanisant, il y a des rues René Fonck à Paris, Nancy, Amiens, Lunéville...
    Mais peut-être pas autant qu’il en faudrait, c’est sûr.

    Et surtout, ces noms, on ne me les a jamais appris en cours d’histoire. C’est aussi à ça que devrait servir les cours d’histoire dans notre pays : à mettre à l’honneur tous ces hommes et femmes, connus et moins connus, qui sont source d’inspiration et modèles de courage et qui ont tant fait pour la France.


  • #1240206
    le 02/08/2015 par Yéti_déporté_au_Benêtland
    L’As des as était français

    Un bouquin qui éclaire plus les aspects stratégiques de l’aviation en 45 est "les premiers et les derniers" de celui qui devint général de la chasse du IIIe Reich, un descendant huguenot français, Galland.

    Des considérations sur Speer, Goering, le Schwalbe de Messerschmitt, Adolf obsédé par le bombardement stratégique, qui dit aussi : "je ne décore que des petits bruns à moustaches, Himmler me fait marrer avec ses grands blonds aux yeux bleus" etc...

    Mais bon, ces histoires c’est bien avant Benêtland.

    ’’La liberté du benêt est celle du cochon devant son auge."

     

    • #1240307
      le 02/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Il convient de se méfier des sources !

      Speer prétend que le célèbre char allemand » Panther « était handicapé face au Sherman états-unien sur les champs de bataille accidentés d’Italie, or les chars allemands étaient tous plus à l’aise en montagne que le Sherman, et le » Panther « était justement celui qui excellait en terrain accidenté.

      Dans Jusqu’au bout sur nos Messerschmitt, Galland prétend que Göring, en visite au sein de son escadre, demanda à chaque pilote ce qu’il souhaitait pour gagner la bataille d’Angleterre. Galland aurait répondu : « Des Spitfire. » Donc le chasseur britannique ! Göring en aurait été vexé pour le Messerschmitt 109 allemand. Galland explique que la raison de cette préférence serait l’autonomie supérieure du Spitfire. Or la version qui en était alors utilisée (Spitfire Mark Ⅰ) avait une autonomie de 630 km contre 660 km pour le Messerschmitt 109 E que pilotaient les Allemands (780 pour le Messerschmitt 109 F entrant en service à la fin de cette bataille).

      Une version déformée de cette anecdote affirme que les pilotes allemands auraient unanimement demandé des Spitfire, ensemble, sans s’être concertés, et que Göring serait parti en hurlant qu’il les enverrait tous sur le front russe... qui n’existait pas encore.

      Galland toujours affirme qu’en 1944 Hitler aurait fait perdre six mois à la mise en service du Messerschmitt 262 A Schwalbe (hirondelle), avion à réaction susceptible de faire gagner la guerre à l’Allemagne, en demandant qu’il pût emporter des bombes, ce qui revient à lui reprocher la défaite allemande. Or, tout avion de guerre peut emporter des charges, et l’étude de points d’attache pour le Me 262 ne retarda pas son développement. La vraie cause de ce retard fut la difficulté à mettre au point un alliage, avec les matières premières accessibles à l’Allemagne, supportant les pressions énormes d’un turboréacteur.

      Non seulement Speer et Galland ne disent pas toujours la vérité, mais ils choisissent des mensonges qu’ils savent impropres à tromper, sinon les plus ignorants.

      On pourrait croire que leur plume n’était pas libre après la défaite...

      Pour qui veut un point de vue différent, par exemple sur Hitler, les livres d’Otto Skorzeny sont précieux. Chacun, ensuite, se servira de son esprit critique (s’il le souhaite... ).


    • #1240340
      le 02/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      @3888

      Je suis surprise par ce que vous dites. Il faut noter toutefois que Jusqu’au bout sur nos Messerschmitts est une version tronquée et déformée du livre de Galland (Die Ersten und die Letzten). Mais je dois me procurer la version correcte, des années 80, Les premiers et les derniers, un peu dure à trouver, donc je me ferai un avis après.
      L’anecdote sur le Spitfire est connue mais n’a-t-elle pas été détournée précisément par les "Alliés" après la guerre ?
      Sur les Messerschmitt 262, je pensais que le différend opposait surtout Galland à Goering. Ce dernier voulait en faire des bombardiers à tout prix, alors que Galland préconisait de les utiliser pour la défense du Reich. Hitler a fini par le lui accorder, d’ où la mise en place de la JG Nowotny...
      Mais bon, je me ferai un avis en lisant le livre, ainsi que celui dont vous parlez.
      Merci pour vos commentaires très instructifs.


    • #1240360
      le 02/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Andrée,

      Ce que vous dites ne me semble pas contredire ce que je dis.

      L’anecdote sur le Spitfire est douteuse ! Quelle qu’en soit l’origine, elle a été manifestement utile, comme l’histoire du Me 262. André Castelot avait lancé, lors d’une discussion sur une autre période : « M. Tulard, qui n’aime pas les anecdotes... » Et M. Jean Tulard de répondre : « Si ! Lorsqu’elles sont authentiques ! »

      Serions nous-même en désaccord, ce qui ne me semble guère être ici le cas, que l’estime que m’imposent votre honnêteté et votre érudition n’en serait aucunement affectée !

      Ceux de vos messages que j’ai lus sont brillants, et instructifs !


    • #1240396
      le 02/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      Cher @3888

      Pardonnez-moi, je n’entendais pas du tout exprimer un désaccord. Bien au contraire, tout ce que vous dites - bien que très technique pour moi - concorde plutôt bien avec ce que je sais de toutes les questions traitées ici.

      J’étais surtout intriguée par ce que vous disiez de Galland, personnage pour lequel, je dois l’avouer, j’ai une certaine estime. Et comme cela fait déjà un certain temps que je dois me procurer l’ouvrage original, je tenais à vous informer des soupçons qui pèsent sur le fameux Jusqu’au bout sur nos Messerschmitt, qui comporte de nombreuses erreurs (par exemple, on y parle d’un "siège éjectable" dans un Messerschmitt Bf 109 début 41). Galland n’aurait jamais pu commettre de telles erreurs... Celles que vous releviez peuvent donc être imputables à la même cause. C’est ce que je sous-entendais. Mais tout comme vous, c’est l’authenticité qui compte à mes yeux. Pour le reste, je vais continuer à m’instruire !

      Merci pour vos compliments qui me touchent beaucoup et je ne peux qu’exprimer des sentiments réciproques à votre égard.
      Bien à vous.


  • #1240219
    le 02/08/2015 par Alix
    L’As des as était français

    Messieurs, je vous invite à jeter un oeil à Hans-Ulrich Rudel.

     

    • #1240318
      le 02/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Il fut le plus grand as de l’aviation.

      À bord de bombardiers légers Junkers 87 » Stuka «  (pour Sturzkampfflugzeug, « chose-de-vol-de-combat-de-chute », en bon français « bombardier en piqué »), et à la fin de la guerre de chasseurs-bombardiers Focke-Wulf 190 D 9, il détruisit 509 chars (guère plus de 200 pour ses rivaux dans cette spécialité), un cuirassé, un croiseur... un palmarès incomparable, qui comprend même quelques avions, bien que ce ne fût pas le gibier normal d’un pilote d’attaque au sol.

      Parmi les tankistes, le meilleur États-Unien, Lafayette Pool, détruisit 13 chars allemands à bord de Sherman M4A1 (à canon de 75, puis de 76 mm) ; le meilleur occidental, le Canadien Sydney Radley-Walters, en détruisit 18 à bord de Sherman Firefly (à canon de 17 livres) ; le meilleur allié, le Soviétique Dmitri Lavrinenko, en détruisit 51 (en 1941, à bord de T-34) ; on se fatiguerait à faire la liste des Allemands ayant dépassé 100 victoires. Certains sont supposés avoir commandé des canons-automoteurs (analogues à des chars mais dépourvus de tourelle) Sturmgeschütze Ⅲ, mais il s’agit en fait de palmarès comptant des blindés légers, et seul deux commandants de » Panther « et surtout de nombreux commandants de chars lourds » Tiger « franchirent la barre des 100 victoires contre de vrais chars. À noter que, contrairement à ce qu’on lit d’ordinaire, Hans Knispel ne fut pas le plus titré : de ses 168 victoires, 126 furent remportées en tant que canonnier, ce qui n’implique nullement les mêmes responsabilités, son palmarès final étant donc de 42 victoires. En une journée, en avril 1945, à bord d’un » Tiger B « (poids : 70 tonnes !), Karl Körner aurait détruit 39 chars soviétiques près de Berlin, pour un total de 102 victoires en quelques semaines.


    • #1240438
      le 02/08/2015 par karel
      L’As des as était français

      Oui, enfin les victoires sur char sont assez peu dépendantes des tankistes, comparées aux victoires en aviation.

      Certes, il y a quelques difficultés, par rapport à ou viser, surtout a longue distance. Beaucoup de connaissance de l’engin enemi, ses points faibles, pas mal de vision dans l’espace pour gérer la flèche, ou tirer en avant pour toucher un enemi en mouvement...

      Mais pour peu qu’on t’envoie dans le mauvais coin, que tu fasses face aux mauvais tanks, avec le mauvais type de canon, un blindage trop dur à percer en face, etc - tu pourrais mal finir rien qu’à cause du commandement ou du matériel, vraiment.
      Par exemple, sur quel T34 etait ce russe ? Il y en a eu des bien différents en termes de performances et de blindage. Et surtout, qu’est ce qu’il a détruit ? Parce qu’il y a un monde entre un king tiger et un panzer 35 par exemple !

      En plus, on parle de tanks, mais quid du support de l’infanterie ? Dans quelles batailles est ce qu’ils ont pris part, est ce qu’ils ont fait du combat urbain, l’enfer des tankistes ? Combien de cibles d’infanterie et véhicules légers ou positions statiques détruites ? Ca compte beaucoup, ça aussi...


    • #1240484
      le 02/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Karel,

      Au contraire, les victoires des tankistes dépandent grandement des qualités individuelles (sens tactique... ) et la part du hasard n’a pas à être sous-estimée, certes, comme pour les palmarès aériens. Rappelons que la qualité la plus utile à un pilote de chasse était l’acuité visuelle.


    • #1240515
      le 03/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Le coin où l’on est envoyé et le type de combats compte tout autant pour l’aviation. Du hasard dépendent bien des choses !

      Lavrinenko commandait un T-34-76, évidement, en 1941, contre les chars allemands d’alors, donc rien de pire qu’un Panzer-Kampfwagen Ⅳ Ausführung F1 (pour les amateurs).

      Körner obtint nombre de ses victoires en terrain rural boisé. Son Tiger Ausführung B fut des 6 qui combattirent à Berlin. Il détruisit des T-34 et des IS-2 (11 IS-2 le jour de ses 39 victoires).


    • #1240775
      le 03/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Toujours à propos de Körner : ses 39 victoires (à Böllingen, je crois) furent obtenues lors du soutien qu’il apporta, avec deux autres » Tiger B « qui couvraient ses flancs, en soutien d’une contre-offensive d’infanterie (des Panzer-Grenadieren). Son unité fut appelée au secours de Berlin. Décoré le 29 avril par Hitler, qui se suiciderait le 30, Körner livra des combats défensifs dans les rues de la capitale du Reich (la photo d’un des Iossif-Staline 2 détruits, très impressionnante, est parfois présentée comme celle de l’une de ses victimes). Il avait aussi détruit 26 pièces anti-char.

      Dans les combats aériens le matériel compte grandement ! Le pilote d’un chasseur a un avantage immense sur celui du bombardier qu’il poursuit ; idem entre chasseurs : un Messerschmitt 109 poursuivant un I-16 en 1941, un Corsair contre un Zero, ce sont des combats bien inégaux. Le rapport de force : quelles chances avaient les pilotes allemands des Me 109 et Fw 190, en 1945, contre les innombrables chasseurs alliés, dont les performances étaient comparables, mais que leurs effectifs rendaient impossibles à affronter ? L’apparition du Me 262 aurait pu, à quelques mois près, renverser le cours de la guerre : dans le ciel au moins autant, sinon plus qu’au sol, la qualité des armes est souvent la différence essentielle.


    • #1240913
      le 03/08/2015 par Robin
      L’As des as était français

      D’autant plus que nombre des pilotes de Königstigers étaient de jeunes soldats peu expérimentés, faisant que malgré les atouts incroyables de ce char, beaucouo furent détruits par des T-34/85 voire plus faibles. Et oui, même si la distance entre celle où un Tigre pouvait détruire le T-34 et celle où ce dernier pouvait détruire le Tigre dépasse 1 kilomètres, le chars oviétique en a détruit pas mal. Il y a d’autres facteurs à prendre en compte comme la topographie du terrain, l’artillerie et surtout le nombre de chars engagés de chaque côté, et, comme déjà dit, la qualité des pilotes. Il faudrait essayer d’en conduire un pour voir ce qu’ils devaient faire, en ajoutant le stress et la peur de mourir. Les pilotes de chasse avaient un dur métier, mais être au sol n’était pas une sinécure non plus. Il n’y a pas de parachute dans un char.


    • #1241228
      le 04/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Robin,

      Il existe un film célèbre (Battle Of The Bulge, en français La Bataille des Ardennes, 1965 ; tourné... en Espagne, loin des Ardennes enneigées de décembre 1944 !) qui montre ce que vous dites (scénario simplifiant la réalité, sans la trahir vraiment). Un officier visite le 501e escadron de chars lourds qui prendra la tête de l’offensive et se trouve face à des adolescents (acteurs trop joufflus si l’on en juge les photos des peu épais combattants allemands de la fin de la guerre). Il les toise, glacial. L’un d’eux, suivi de tous presque aussitôt, entonne alors l’hymne des blindés : l’enthousiasme, devant compenser l’inexpérience, impressionne l’officier. Cette séquence fameuse figure dans des vidéos sur le Königstiger, sur YouTube.

      Les Allemands essayaient de mettre des hommes un peu expérimentés au poste essentiel de chef de char. Ainsi Körner avait été fantassin d’accompagnement des chars (Panzer-Grenadier) . Gravement blessé, il ne fut sur pied qu’en 1944, et fut formé pour prendre le commandement d’un char lourd d’une unité en reformation. Ces chars, les légendaires » Tiger B « , étaient incroyablement puissants mais pas invulnérables. Les tirs de flanc sont en général effectués sous des angles défavorables, mais de plein fouet plus aucun blindage latéral ne pouvait encaisser l’obus d’un nouveau char moyen (pièce de 17 livres pour les Britanniques, de 76 mm pour les États-Uniens, de 85 mm pour les Soviétiques).

      L’appellation officielle était Tiger Ausführung B ; le nom Königstiger signifie tigre royal, et désigne la variété de ce félin qu’on appelle en français tigre du Bengale. L’expression anglaise king tiger a le même sens. Le blindage frontal était d’une robustesse étonnante. Brömann, collègue de Körner, après 66 victoires vit son Tiger B détruit par un T-34-85 qui était arrivé sur son côté. Les obus perforants des Anglo-Saxons n’avaient en général pas d’explosif, ceux des Allemands (18g pour les 75mm, 59g pour les 88 mm) et des Soviétiques (155g pour un 76 mm ; 48g pour un 85 mm ; 159g pour un 122mm), si : les mains fortement brûlées, il fut hors de combat jusqu’à la fin de la guerre.

      L’avantage qu’on pouvait avoir à bord d’un char, fût-il un Tiger B, ne compensait pas une grande infériorité numérique. Les Allemands avaient 4 900 chars et engins assimilables sur le front est en janvier 1945 ; 16 000 chars et engins assimilables de l’Armée rouge leur faisaient face.

      En 1945, un Me 262 donnait plus de chances de survie qu’un » Tiger B « 


    • #1241252
      le 04/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      L’exemple de Fonck montre aussi à quel point la qualté des armes est essentielle dans les airs.

      La voltige n’est pas le meilleur moyen de gagner, c’est pourquoi, avant que les missiles fussent tenus pour fiables, donc jusque vers 1976-1980, la vitesse était l’atout essentiel. D’abord un chasseur rapide a plus de chances de rejoindre un bombardier qui, plus lourd, ne pourra guère esquiver les tirs. Ensuite, entre chasseurs, le plus maniable pourra se mettre en position de tir ou éviter les tirs, mais au prix d’acrobaties dont l’apprentissage est long, tandis qu’accélérer pour semer un ennemi plus lent ne demande qu’une formation réduite. Pour les mêmes raisons la vitesse ascensionnelle est ce qui compte en second. La maniabilité n’est aucunement négligeable mais ne vient qu’ensuite.

      L’exemple de Fonck est parlant : les Spad à bord desquels il temporta la plupart de ses victoires étaient remarquablement rapides et leur vitesse ascensionnelle était exceptionnelle. En piqué ils étaient les champions, mais plonger fait perdre l’avantage de l’altitude, c’est donc une solution aux cas désespérés seulement.

      À bord d’un Spad XⅢ, Fonck grimpait vers sa cible depuis un angle qui empêchait celle-ci de voir le danger. Son exceptionnelle acuité visuelle lui permettait de voir avant d’être vu, la vitesse du Spad XⅢ lui permettait de rejoindre sa proie. Il s’approchait et tirait peu de cartouches : tireur d’élite grâce à sa vue, il atteignait non seulement l’avion (8 mètres de long et 6 m d’envergure à peine pour un chasseur de 1918), mais surtout le pilote, vers la tête ou le cœur. Une précision incroyable due à sa vue et à son sang-froid hors du commun.

      Les Allemands manquaient d’essence (« La victoire de 1918 fut obtenue sur des flots de pétrole » disait Lord Curzon, ministre britannique des Affaires étrangères ; l’aviation et surtout les chars avaient donné cette victoire). Le Fokker D Ⅶ allemand compensait son manque de vitesse par une maniabilité redoutable, qui exigeait des pilotes aguerris. Il grimpait moins vite que le Spad XⅢ mais son aile épaisse lui permettait de le faire très cabré, sous un angle où aucun rival ne pouvait le suivre.

      Durant la Seconde Guerre mondiale, le Messerschmitt 109, avion le plus titré de l’histoire, reprendra les points forts de notre Spad XⅢ de 1917-1918 : fort rapide en palier, exceptionnel par sa vitesse ascensionnelle, surclassé en maniabilité par ses rivaux.


    • #1241350
      le 04/08/2015 par Robin
      L’As des as était français

      En effet, j’ai aussi vu ce film, et il me semble d’ailleurs que les chars utilisés sont des Pattons Mquelque chose. Bref tout ça pour dire que pilote de char requerrait également un certain don. D’ailleurs aujourd’hui, je pense même qu’être pilote de chasse est moins compliqué, à part pour supporter les G et la vitesse, parce qu’avec les missiles et les radars ayant des portées de plus de 100 km, c’est plutôt à qui verra le point sur l’écran radar en premier. Bien qu’il y ait les leurres et autres.


  • #1240442
    le 02/08/2015 par Eric
    L’As des as était français

    René Fonck figure tout de même sur le Larousse des noms propres : "75 victoires homologuées". Il n’est donc pas tombé dans les oubliettes de l’histoire.

     

    • #1240736
      le 03/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Oui, c’est vrai.

      Si le Larousse lui donne sa place légitime, nos institutions le boudent. À ma connaissance, notre armée de l’Air n’a jamais honoré de son nom nulle promotion, ni nulle caserne.

      Nos autres as (2e : Georges Guynemer, 53 victoires ; 3e : Charles Nungesser, 45 victoires ; 4e : Georges Madon, 41 victoires... ) sont bien mieux traités.

      On peut penser que la République veut oublier ses outrages à un héros, mais Wikipédia, ici, me semble avoir raison : « Certains lui reprochent également d’avoir signé la préface d’un livre de 1941 intitulé Le Sabotage de notre aviation, cause principale de notre défaite, dans lequel André Maroselli dénonce les atermoiements politiques et choix critiquables qui, selon lui, ont conduit à la défaite. Fonck déclare dans sa préface, saluant la mémoire des aviateurs français tués dans la bataille de France : "Ce qui fait défaut à la France, ce ne sont pas les aviateurs intrépides et valeureux, mais le matériel moderne dont nos aviateurs avaient besoin pour lutter et pour vaincre." »

      Il est exact que notre Ⅲe République dépensa énormément pour nos armées, notre aviation notamment, et nous laissa pourtant démunis. C’est particulièrement scandaleux pour notre aviation, où nos gouvernements ont dilapidé des sommes considérables sans discernement. Cette suicidaire politique des civils, cette criminelle incompétence des élites de la Ⅲe République est ce qu’on ne nous rappelle jamais.


  • #1240698
    le 03/08/2015 par BillyBob
    L’As des as était français

    Alors je suis impressionné du niveau de connaissances de certains sur les as et l’aviation en général.

    Le débat sur l’As des As peut durer en effet des journées entières et se révèle passionnant. Je me permettrais d’ajouter (je n’ai pas assez de connaissances sur la théorie militaire pour vraiment argumenter) qu’il est bien possible qu’une des raisons de la suprématie des pilotes allemands est en effet aussi a chercher du coté de l’individualisme laissé aux hommes par leurs supérieurs et surtout leur capacité d’initiative et ceci est quelque chose de tout a fait prussien. Est ce que ce sont les prussiens qui ont inventé et popularisé ceci ? Je le pense. Ainsi cela se retrouvait aussi dans l’aviation.

    En tout cas en dehors des biographies, mémoires, récits je conseille aux profanes de regarder sur ioutube les entretiens de Clostermann (et de lire ses bouquins). Les passages ou ils parlent des aviateurs allemands sont très intéressants. Il est interessant de voir comment Clostermann avait ete credité de plus de 30 victoires pendant la guerre et par la suite (peut etre parce qu’il etait trop pote avec Rudel, Galland et Sakai,) ceci fut contesté. Je pense qu’il est le Fonck de la deuxième GM. 

    Petite remarque sur Rudel, on peut le mettre dans la catégorie d’As parce qu’il a effectivement descendu 7 avions je crois, mais pas vraiment dans l’As des As. Il appartient a la catégorie des "extra-terrestres"... on parlait de 100 missions de combat en moyenne pour les forces Alliees ... il en avait 2500 ... et ce sur un Stuka, completement périmé a l’époque. Je précise, qu’il avait perdu une partie de sa jambre droite en 43 ou 44. Il a egalement atterri plusieurs fois derrières les lignes ennemies afin de sauver des equipages abattus...
    Si vous voulez vous marrer, lisez cet article humoristique sur Rudel (en Anglais). C’est très bien vu.
    http://www.badassoftheweek.com/rudel.html

    Mais tout ceci apporte de la lumière sur la propagande. Richthofen fut connu puisqu’il ecrivit son ouvrage avant la fin de la guerre. Edmund Hillary juste après la Bataille d’Angleterre. Marseille, mon préféré, était constamment la tête d’affiche de Der Adler (apres que Molders se soit tué).

    Autres bouquins que je conseille :
    - Samourai de Saburo Sakai. As de l’aeronavale Japonaise.
    - I was a Kamikaze du francophile Nagatsuka.
    - I flew for the F__rer, Heinz Knoke (il a inventé le bombardement de bombardiers).

     

    • #1240746
      le 03/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      BillyBoy,

      Les réponses d’Andrée à Geki me semblent faire le tour de la question sur ce prétendu individualisme prussien (ou germanique, teutonique... ).

      Ne me tenez pas rigueur de mépriser l’ humour de la basse-presse anglo-saxonne, laquelle sait être méprisable. Je m’abstiens de la consulter. Hans-Ulrich Rudel ne fut pas un as de l’aviation de chasse, mais un as de l’aviation de bombardement. Son palmarès fut le plus prodigieux de l’histoire, sans rival aucun. Être abattu n’est pas une honte : Guynemer et Marseille (celui-ci deux fois, par un même pilote, le français James Denis, à bord d’un banal Hurricane Mark Ⅰ) le furent aussi, pas qu’une seule fois, et pourtant pilotaient des chasseurs, non un bombardier, comme Rudel. Amputé, ce qui eût pu l’anéantir, Rudel se montra impavide et exigea de retourner au combat. Nous qui sommes désemparés par des riens devons regarder un tel héroïsme avec un respect sans bornes.

      Clostermann pilotait au sein de la R.A.F. mais était un pilote français. On lui compta 33 victoires selon les normes de notre armée de l’Air en 39-45. Lors de la première guerre contre l’Irak (1991), Clostermann, élu gaulliste de renom, s’opposa à l’intervention. Il fut alors attaqué par la presse de caniveau des pays anglo-saxons, celle dont l’humour vous réjouit. On mit en cause son palmarès : comptées selon la R.A.F., ses 33 victoires devenaient 23 (voir ma réponse à Geki pour l’explication). Il ne s’agissait que de chicaneries de bellicistes de salles de rédac’.


    • #1241684
      le 05/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      @ BillyBob

      On ne peut déjà pas dire que l’individualisme soit un trait dominant de l’esprit allemand. Mais de l’esprit prussien, encore moins !
      Sans me livrer à des généralités, je rappelle que le modèle militaire prussien (infanterie surtout) repose d’abord sur la discipline et qu’au XVIIIe siècle on faisait respecter celle-ci à coups de plat de sabre (ce n’est pas une invention de Stanley Kubrick ;)). Or ce qui pouvait nous choquer, car contraire à l’honneur français, était considéré par les Prussiens comme naturel pour le fonctionnement du groupe : l’acceptation de la contrainte, en évitant de s’exposer à la sanction, garantit la cohésion à tous les étages. La contrepartie qui en résulte, dans un modèle aristocratique, c’est la confiance que pose la base dans son chef, qui doit avoir certaines qualités. En temps normal, un tel système - très hiérarchisé et où le souci de l’organisation confine à l’obsession - s’avère déjà d’une efficacité redoutable. Si le chef est exceptionnel (comme Rommel), eh bien le résultat est à la hauteur et quasiment rien ne l’arrête, surtout si les soldats sont portés par cette conviction.

      Dans son Histoire de l’armée allemande Jacques Benoist-Méchin explique comment celle-ci, constituée autour du noyau prussien, a su s’adapter en parvenant à assimiler des apports extérieurs - notamment français - dans le respect de son équilibre et de sa culture propres. Napoléon fut donc un modèle. Je ne sais plus au cours de quel affrontement celui-ci, voyant manœuvrer les bataillons prussiens, s’était exclamé : « Les bougres, ils ont tout appris de moi, et plus vite que je ne le pensais ! ». Il est du reste intéressant de voir à quel point Napoléon était demeuré l’objet d’une grande admiration de la part de beaucoup d’Allemands (de Hitler à Rommel et jusqu’à l’officier lambda), presque équivalent à Frédéric le Grand qui était lui-même, en son temps, venu à bout d’une coalition austro-franco-russe (tout seul, car on ne peut pas dire que les Anglais, piètres fantassins pour le coup, lui aient été d’une grande utilité).

      Si le modèle prussien s’est imposé naturellement par ses qualités et du fait de l’unification allemande autour de la Prusse, sa domination se reflétait surtout dans la composition des grands cadres de l’armée qui était un pilier de l’État allemand. Hitler a donc hérité d’un haut appareil militaire très prussien et aristocratique (Brauchitsch, Rundstedt, Guderian, Manstein etc., généraux de père en fils). [1/2]


    • #1241685
      le 05/08/2015 par Andrée
      L’As des as était français

      [suite@Billy]

      Ce facteur historique et systémique était garant du maintien d’une culture militaire d’élite. Mais je ne pense pas que l’on puisse tout attribuer à ce fait. Dans tout système, la valeur réside toujours, d’abord, dans les hommes. Il se trouve que parmi eux, il y avait des Rommel, Guderian, Manstein (ou un Wolfram von Richthofen pour la Luftwaffe, neveu du Baron rouge et plus jeune maréchal de l’histoire militaire allemande) qui n’avaient pas oublié les vertus de l’offensive appuyée sur la surprise, la concentration des efforts, la rapidité d’exploitation, etc. La chaîne de commandement fonctionnant d’autant mieux que ces chefs étaient sur le terrain H24, leur valeur se répercutait sur tous leurs hommes, des officiers supérieurs et subalternes à la base, en exaltant leurs capacités.

      Aussi la propagande ne fait-elle qu’exploiter une situation. Elle ne la crée pas. La soif de revanche qui animait la jeunesse du Reich s’explique autant par la phase de dépression dont elle était issue (en étant l’expression d’une vitalité) que par une culture particulière où la conscience de la valeur de l’individu n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle sert le groupe. Ces deux facteurs (individuel-collectif) sont si étroitement liés dans la mentalité allemande qu’on ne sait lequel des deux prime en fait. La propagande joua conjointement sur les deux pour illustrer à travers eux l’esprit du peuple. D’où d’un côté l’exaltation, par Der Adler, d’un Werner Mölders, tacticien de génie et chef respecté, et de l’autre celle d’un Hans-Joachim Marseille dont les exploits sensationnels ne pouvaient que faire rêver la jeunesse. Il fallait bien susciter des vocations, à ce moment (1942) où l’Allemagne se retrouvait à affronter un ennemi supérieur en nombre !

      Pour autant (et même si j’aime aussi beaucoup Marseille) je maintiens que son côté "chien fou" ne correspondait pas aux standards de son arme. D’ailleurs je m’étais trompée l’autre fois, ayant écrit de mémoire. Il est certes devenu le plus jeune capitaine de la Luftwaffe juste avant sa mort, mais sa fonction était Staffelkapitän (commandant une escadrille donc, non un groupe). Avec le même type de palmarès (contre des avions RAF et USAAF), un Egon Mayer, qui a servi toute la guerre dans la JG2 "Richthofen" dont il est devenu le premier as et le Kommodore, correspond davantage à ces standards : tacticien chevronné et patient (contre les P-47 et les B-17, où il détient un record) et grand meneur d’hommes.


  • #1240700
    le 03/08/2015 par Tatal
    L’As des as était français

    Quelles sont les sources ?

     

    • #1245138
      le 11/08/2015 par E.Gautier
      L’As des as était français

      Bonjour,
      j’ai lu et détiens toujours le livre suivant :
      http://www.amazon.fr/Ren%C3%A9-Fonc...
      A présent épuisé, c’est une mine de renseignements sur l’homme et son éviction d’une célébrité qu’il méritait au plus haut point !
      Cet article a toute sa place sur E&R pour les raisons que l’on sait...


  • #1240706
    le 03/08/2015 par Curtis Newton
    L’As des as était français

    Bonjour, Rêne Fonck, l as des as, un oublie parmi tant d autres juste par convictions patriotique et de son glorieux passe. Pour info, rendez-vous rue du cirque (célèbre rue à côté de l élysée) Fonck y avait un bel appartement, une plaque commémorative y est apposée.
    Je tiens egalement a signaler a E&R qu il serait temps de faire un reportage sur les nombreux vols de plaques de bronze des monuments de la grande guerre en Meuse, Lorraine,.... Personne n’en parle, c est désolant. Ce sont des profanations, comme pour les cimetières,...ou autres lieux ou les Hommes ont souffert. Parmi ces lieux, celui des Eparges, le Bois le prêtre, la Voie Sacrée tant de lieux pillés par des nuisibles avides de bronze et de cuivre.Merci E&R si possible.

     

  • #1240723
    le 03/08/2015 par Heureux qui, comme Ulysse...
    L’As des as était français

    Mais tous n’ont pas oublié, les Fonck, Guynemer et quelques autres étaient de cette véritable aristocratie qui ont fait l’excellence française... mais la "république" aura choisi de glorifier Saint Ex’, curieux non ? Ou pas...


  • #1240780
    le 03/08/2015 par stef
    L’As des as était français

    Dans cette apocalypse couleur de plomb, l’antique chevalerie – celle que l’on croyait morte et enterrée à Waterloo

    Azincourt plutot non ?


  • #1240813
    le 03/08/2015 par tonio ferdine
    L’As des as était français

    et pendant ce temps là flamby va se recueillir sur la tombe de ferry qui considérais que les noirs et rebeus étaient une race inférieure : ces mêmes renois et rebeus qui, en masse, votent pour le Ps a chaque élection : ont finirais par croire que ferry avais raison vu le manque total de connaissance de l’histoire (gauche collabo, collonialiste algérie etc)...


  • #1240847
    le 03/08/2015 par Webuhlan
    L’As des as était français

    Achtung !
    Manfred Von Richthofen est et reste bien l’as des as de la Première Guerre mondiale car il a 80 victoires homologuées, René Fonck n’en a que 75.
    L’aviation allemande, comme le reste des autres formations militaires de la "Grande Guerre" (sauf la Belgique) refusait catégoriquement de répertorier les victoires non-homologuées (= c’est-à-dire un avion que le pilote réclamait comme abattu mais sans pouvoir y apporter la moindre preuve ni le moindre témoignage). Si on commence à additionner les VH (victoires homologuées) et les VnH, on se met à ouvrir une course à la spéculation et donc ... au n’importe-quoi !

     

    • #1241194
      le 04/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      Vous avez entièrement raison.

      Remarquons qu’en 1918 (von Richtofen fut abattu, si ma mémoire est bonne, le 21 avril 1918) la supériorité numérique alliée faisait que la plupart des combats se déroulaient au-dessus des positions allemandes ou de leurs lignes de communication, de sorte que les avions abattus tombaient le plus souvent en territoire tenu par l’armée allemande, donc prouver une victoire était bien plus facile aux pilotes allemands qu’aux pilotes alliés.

      On pourrait aussi se fier à la parole de Fonck, et en comptant aussi les victoires non prouvées von Richtofen en avait en tout 83 et Fonck 127.

      Et pourtant, je le répète, c’est votre conclusion que je tiens pour la bonne : si on compte les victoires revendiquées mais non prouvées, on arrive à des résultats pas toujours mais souvent aberrants.


  • #1240949
    le 04/08/2015 par folix
    L’As des as était français

    Les cocardes du dessin sont les cocardes anglaises... mais peut-être que lors de la Grande Guerre les deux modèles (bleu-blanc-rouge et rouge-blanc-bleu) n’étaient pas encore clairement répartis entre nous et les Anglais ?

     

    • #1241186
      le 04/08/2015 par 3888
      L’As des as était français

      L’avion au premier plan est un Spad XⅢ français, avec le camouflage français de 1918, et, vous avez raison, il porte les cocardes anglaises, avec le bleu autour et le rouge au milieu, à l’inverse des cocardes françaises.

      Son code d’identification aussi est anglais. La France vendit des avions, y compris des Spad XⅢ, au Royaume-Uni. Cette décoration correspond à un avion qui exista bel et bien.

      La France et le Royaume-Uni avaient déjà en 1914 fixé la forme précise de leurs cocardes.

      C’est à bord de chasseurs Spad (Spad Ⅶ, un temps Spad Ⅻ, Spad XⅢ et Spad XⅦ) que Fonck remporta la plupart de ses victoires. L’excellent Spad XⅢ fut celui qui lui apporta ses plus grands succès, celui à bord duquel il obtint ses deux sextuples en mai puis en septembre 1918 (six avions en une journée ). Il se distinguait alors du dessin d’illustration par ses marques de nationalité, d’escadrille et d’identification personnelle. Trois de mes messages comportant des liens ayant été refusés sur cette page, je me contenterai de vous inciter à demander "Fonck Spad 13" à votre moteur de recherches pour avoir une image exacte de cet avion, ou de vous conseiller les photos choisies par É&R.


  • #1244092
    le 10/08/2015 par Hebe
    L’As des as était français

    « Ausun monument... ne porte son nom »
    Ah si, il y a une avenue René Fonk aux Lilas. Ailleurs je sais pas, mais là j’affirme !


  • #1244400
    le 10/08/2015 par bourdieusien
    L’As des as était français

    Super papier, bravo ! (Bien plus interressant que la vie du PAF)

    Et bravo au comentateurs : leurs connaissance de cette séquence est impressionnante...

    Et pour finir une interrogation .... René Fonck aurait il inspiré le Fonk ?? (facile je sais)


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