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L’élite échange Lagarde contre DSK au FMI

Un échange de politesse des plus émouvants est en train de s’effectuer sous nos yeux. En 2007, Nicolas Sarkozy avait parrainé avec enthousiasme la nomination de Dominique Strauss-Kahn au poste de directeur du Fonds Monétaire Internationale (FMI). Aujourd’hui, les hiérarques du PS cautionnent la candidature de Christine Lagarde pour lui succéder d’ici quelques semaines.

Martine Aubry, François Hollande et Bertrand Delanoë y sont allés de leur appui plus ou moins voilé à la ministre de l’Economie, en évoquant à peine quelques réserves. La première secrétaire du PS a même déclaré, sur France 2 : « Si l’Europe peut avoir ce poste et si une Française peut l’obtenir, je crois que cela serait une très bonne chose pour notre pays et pour l’Europe ». Seul Benoît Hamon a semblé se rappeler que le PS, d’ordinaire, clouait la « Française » en question au pilori.

Mais comment peut-on critiquer une ministre et trouver souhaitable qu’elle aille occuper un poste capital en ces temps de crise ? Voilà qui en dit long sur la collusion de fait entre gens apparemment opposés au quotidien.

Passons sur le fait que Christine Lagarde est sous la menace d’une épée de Damoclès politico-judiciaire dans l’affaire du Crédit Lyonnais qui a permis à Bernard Tapie de toucher le jackpot. Oublions que ce sont les parlementaires socialistes qui ont lancé la procédure en cours et qu’ils peuvent une fois de plus manger leur chapeau. Constatons à nouveau que les élites de droite et de gauche savent laisser les couteaux au vestiaire dès lors qu’il s’agit d’occuper des postes stratégiques pour les institutions internationales.

Cela sonne comme un aveu. Justifier que l’on puisse passer sans coup férir de DSK à Christine Lagarde, c’est un peu comme si les dirigeants socialistes se réjouissaient de l’entrée imminente au gouvernement de Jean-Marc Ayrault, président de leur groupe parlementaire, au sein du gouvernement Fillon.

On dira que le FMI n’est pas le gouvernement du monde. Certes, mais nul n’ignore le rôle que joue une telle institution dans le désordre mondial, aux côtés de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), dirigée par l’ineffable Pascal Lamy, lui aussi membre du PS.

Il faut beaucoup d’imagination, et une dose avérée de mauvaise foi, pour repeindre en rose le rôle joué par DSK à la tête de cet organisme. Sans aller jusqu’à mettre des pays à genoux, comme dans le passé, force est de constater que le FMI, secondé par l’Union Européenne, applique en Grèce et ailleurs des programmes d’une rare orthodoxie néolibérale, conditionnant l’octroi de prêts à une austérité à sens unique et à des programmes de privatisations sans équivalent depuis l’ère Thatcher.

Jusqu’ici, DSK était à la manoeuvre pour convaincre de la validité de ces plans qui sont à l’économie ce que les docteurs Diafoirus de Molière sont à la santé. Demain, au nom du changement dans la continuité, Christine Lagarde prendra peut-être le relais. D’ailleurs, la ministre a d’ores et déjà fait savoir à la Grèce que sans accélération de son programme de privatisation, il n’était pas question de lui accorder une éventuelle aide supplémentaire.

Au nom des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker est même allé plus loin en sommant Athènes de mettre en place une structure chargée de surveiller le programme de privatisation indépendante du gouvernement. Cette nouvelle police économique, selon lui, devrait être composée pour l’essentiel d’ « experts » internationaux. Et pourquoi pas dissoudre les institutions grecques pour les remplacer par des technocrates du FMI ?

Reste que de tels choix sont avalisés aussi bien par le PS que par l’UMP. C’est ce qui a fait le succès de la candidature DSK au sein d’une élite aveuglée par la connivence idéologique et la consanguinité sociale. Dans ce petit monde médiatico-politique, chacun rêvait d’une confrontation DSK/Sarkozy qui se serait réduit à un match entre le champion de la rigueur austère et celui de l’austérité rigoureuse. Comme le dit avec une certaine naïveté l’économiste Daniel Cohen dans Le Monde, « Les gens attendaient le choc de deux géants, DSK et Sarkzoy ». Les « gens » ou les clercs du « Cercle de la raison » – ceux-là même qui avaient décrété avec la même suffisance intellectuelle que le « Oui » devait l’emporter en 2005 lors du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen ?

On comprend mieux pourquoi le peuple, instinctivement, ne se retrouve pas plus dans ce genre de match que les jeunes espagnols ne se retrouvent dans leurs propres élites.

 



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