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La "croissance verte" : une mystification absolue

Entretien avec Philippe Bihouix

Auteur de L’âge des Low Tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, l’ingénieur Philippe Bihouix alerte sur l’épuisement croissant des ressources de métaux. Et souligne que, en raison de leur besoin de métaux rares, les énergies nouvelles ne sont pas la panacée : une énergie illimitée et propre est un mythe, il faut... économiser, recycler, relocaliser. Un entretien énergisant.

 

Reporterre - Cinq ans après la sortie de votre livre Quel futur pour les métaux ?, votre diagnostic reste-t-il d’actualité ?

Philippe Bihouix - Mon diagnostic concernant la raréfaction des métaux reste vrai. Il ne peut pas changer, parce que la partie accessible et exploitable des ressources minérales et métalliques est limitée. Ces ressources peuvent être très importantes mais elles sont finies, comme peuvent l’être les ressources d’énergie fossile – pétrole, charbon, gaz – non renouvelables, ou les ressources forestières, halieutiques, et autres, si on les exploite à une vitesse excédant leur taux de renouvellement. Avec une quantité de ressources finie, un pic de production, suivi d’une baisse, est incontournable. C’est mathématique. Comme il y a un pic pétrolier, il y aura un pic énergétique puis, comme production d’énergie et exploitation des ressources sont liées, il y aura au final un pic de tout.

Cela semble inadmissible pour certains, qui s’accrochent au fait que l’énergie solaire incidente est plusieurs milliers de fois supérieure aux besoins énergétiques de l’humanité. Il n’y aurait donc qu’à développer les panneaux photovoltaïques, les centrales solaires à concentration, l’éolien et d’autres énergies renouvelables. Ce ne serait qu’une question de volonté politique, de moyens financiers à mobiliser, de lobbies pétroliers et nucléaires à combattre. Idem pour les métaux. Les géologues nous expliquent que les ressources métalliques sont abondantes, et s’ils reconnaissent que leur qualité et leur accessibilité est en baisse, c’est pour mieux proposer de nouvelles solutions techniques pour les exploiter. On a donc l’impression qu’il n’y a aucun problème.

Or, il y a interaction entre la production énergétique et l’exploitation des ressources. Il faut toujours plus d’énergie pour exploiter des métaux de plus en plus difficiles à extraire : la teneur en métal des minerais tend à diminuer et les mines qui ouvrent aujourd’hui sont moins concentrées que celles qui ferment après épuisement... Il faut aussi toujours plus de métaux pour produire de l’énergie : il faut multiplier les puits pour exploiter le gaz de schiste, par exemple. [...]

 

Que pensez-vous des énergies renouvelables et des technologies dites « vertes » ?

Je ne suis pas contre les énergies renouvelables dans l’absolu. En revanche, je suis contre le mythe d’une énergie qui serait illimitée et propre. Les « technologies vertes » sont, elles aussi, consommatrices de ressources, font appel à des métaux plus rares, et sont en général moins bien recyclables. Dans les énergies renouvelables, on peut trouver le meilleur comme le pire. Les panneaux photovoltaïques au silicium – un métal qui compose 27 % de la croûte terrestre – sont a priori plus vertueux que les panneaux multicouches à haut rendement. Mais même un panneau au silicium contient d’autres métaux, comme du cuivre ou de l’argent pour les contacteurs, par exemple. Idem pour les éoliennes, dont le contenu métallique dépend de la conception, de la puissance, etc. Une solution consisterait à orienter la recherche scientifique en prenant en compte les ressources, plutôt que le seul rendement, physique ou économique.

Mais le problème est plus profond. En France, par exemple, on développe un programme éolien offshore d’un côté, mais de l’autre on multiplie les panneaux publicitaires et les écrans plats énergivores, et on se réjouit du développement des big data et des centres de données ! En réalité, le développement des énergies renouvelables ne permet pas, et ne permettra pas, de maintenir notre niveau effarant de dépense énergétique et d’absorber la croissance continue de notre consommation matérielle.

Il est insensé de croire que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. De ce point de vue, la « croissance verte », qui élude la question de nos modes de vie, est une mystification absolue. Les chiffres le montrent aisément.

Lire l’intégralité de l’article sur reporterre.net

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10 Commentaires

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  • #1210209

    Malgré tout ce que l’on pense de Gandhi, il aura eu indéniablement raison.

    Il faut quitter la modernité, revenir à la pauvreté, au village, et accepter de subir ce que la nature nous impose comme limites (ce qui n’enlève rien au savoir-faire humain). Tout autre issue est vaine : qu’on le veuille ou non, c’est le sort qui nous attend, et ce n’est pas forcément le pire.

    L’homme qui n’est pas accordé à la nature est un monstre. La nature, c’est la vie, c’est Dieu.

     

  • #1210212

    Les énergies renouvelables, éoliennes et panneaux photos-voltaïque, ont un grand avenir - tant que le public ne se rendra pas compte que ce ne sont que de gigantesques escroqueries .


  • #1210262

    La "croissance verte" a un grand avenir, mais pas celui que l’on croit : ce sera la croissance de nouvelles escroqueries du style des éoliennes ou de la taxe carbone, dont les contribuables feront toujours les frais .

     

    • #1211260

      Bonjour
      Pour avoir répondu précédemment à l’article sur l’éolien "maison",je peux apporter les éléments supplémentaires :
      Revente pour à peine 500 euros à l’année.( 7 panneaux pour 3KWH max)
      Alors que le commercial nous avait sorti sa carte d’ensoleillement sur l’année en Bretagne avec son rendu énergétique pour justifier l’aspect "auto financement".(maintenant,j’en rigole...).
      l’Etat prend ses 20% au passage(évidemment !) pour une installation qui coûte 260 euros mensuels sur 12 ans(la moyenne étant autour de 18 000 euros)...les banques qui ont fait "crédit" pour ces travaux et étant déjà des filiales de groupes existant n’en n’ont rien à foutre que ces travaux aient abouti ou non,considérant qu’elles n’étaient pas responsables du fait que ces "professionnels" assurent ou pas leur part.
      Ce qui comptait dans l’histoire,c’est la signature d’engagement au crédit au moment de la fin des travaux.
      J’ai eu hier un type "de l’agence nationale de mon c..",très sérieux,au téléphone .Je l’ai évidemment vu arriver:même approche qu’il y a 5 ans.Je les laissé parler,puis il m’a écouté (il m’ a fallu réprimer une forte envie de l’insulter)et a convenu qu’il ne pourrait pas me convaincre
      EDF n’a aucun contrat de partenariat et même en Guadeloupe les panneaux ne "crachent "pas comme on vous les vend !
      J’ai souvenir d’un article type interview d’un ingénieur dans une revue sur les cheminées :"l’avenir du chauffage,c’est pas de chauffage".Je réitère donc mon avis:le paquet dans l’isolation...pour moins consommer sur le long terme.
      Salutations !


  • " Croissance verte" ? Autant parler de la croissance de la lampe à huile et de la marine à voile...


  • #1210531

    Croissance en terme matériel est une aberration puisque nous vivons dans un écosystème fini aux ressources par définition limitées.
    Il n’y a pas d’autres alternatives que de retourner vers un système sobre où le pétrole sera remplacé par la traction animale. Nos ancêtres avaient déjà tout inventé pour vivre en harmonie avec notre environnement, ils ne nous reste plus qu’à redécouvrir ces anciens savoirs et technologies, de les systématiser et si nécessaire les améliorer. C’est le rôle de la permaculture.
    Il faudra relocaliser la production agricole afin qu’il n’y ait plus de gaspillage d’énergie dans le transport des denrées. Tout produit frais de faible durée de conservation sera exporté dans un rayon de 25 km maximum...les excédents de produits de conservation moyenne à longue pourront être exportés en fonction des besoins sur de beaucoup plus grandes distances en utilisant notamment les canaux, les fleuves et la voie maritime qui permettent de transporter de grandes quantités de marchandises pour un faible coût énergétique...
    Certains rétorquerons que nous sommes trop nombreux dorénavant...peut être mais ce dont nous pouvons être assurés c’est qu’il possible de faire vivre décemment au moins la moitié de la population actuelle sans pétrole. Comment le sait-on ? Il suffit de regarder la démographie de différents pays avant la généralisation de l’usage pétrole dans l’agriculture, c’est à dire entre le milieu du XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle. En gros des pays comme la Chine et la France étaient capables de supporter la moitié de la population actuelle sans pétrole...de toute manière quelle que soit l’option choisie par l’humanité pour gérer la problématique des ressources limitées en dernières instances cela se réglera ! La question est de savoir si on sera capable de le faire de manière intelligente sans effusion de sang...ou si nous passeront par une période infernale de chaos...au regard de ce qui se passe aujourd’hui le règlement par la case "chaos pour tous" semble être l’option vers laquelle se dirige l’humanité...


  • #1210593
    le 19/06/2015 par mort à Neaux
    La "croissance verte" : une mystification absolue

    Je pense surtout à toutes les inventions et découvertes qui ont été mises sous cloche du fait de la puissance des lobbys soit pétroliers soit nucléaires. L’armée contribue aussi à cette chape de plomb en réquisitionnant tout brevet qui l’intéresse.

    Pourtant il serait très intéressant de recibler correctement l’utilisation des énergies suivant leur efficience. Par exemple, chauffer à l’électricité est une aberration sachant que d’un potentiel global de chauffe, on arrive péniblement à 60% au bout du convecteur. Il y a quand même 40% de transformations diverses d’énergie qui se perdent sous forme de chaleur. Les pertes sont donc un problème majeur à reconsidérer.

    Ceci dit, comme il est dit dans l’article, notre mode de vie à l’américaine est basée sur la consommation et tout est fait pour vous y pousser. A-t-on besoin de toutes ces lumières la nuit quand tout le monde dort ? A-t-on besoin de vivre à 24° l’hiver alors que 18° devraient suffire.

     

    • Va vivre toi même à 18° en hiver.
      Va dire ça aux Savoyards.
      Dans le Nord de la France tout le monde claque des dents en hiver. Même les restaus sont mal chauffés. Enfin, pour ceux qui ont encore des dents.
      Ce n’était pas le cas dans les années 70’. Pourquoi ?

      40 ans après Pompidou on vit plus mal alors que les progrès techniques et la hausse de la productivité ont été exponentiels.

      On devrait vivre comme des nababs avec la semaine de 25 heures...


  • #1212112

    La croissance verte, n’est en rien une mystification.
    Ce sont les présupposés, idées préconçues, qui sont mystiques.

    Nos sociétés dites modernes, n’existent guère que de plus que quelques siècles. La "Nature", verte par définition à plusieurs milliers d’années d’existence.

    Nous, le peuple, les sans dents, nous ne sommes pas informes par les dînosaures
    psychopathes gouvernants, de ce qu’ils trament, et surtout, de toutes les découvertes qu’ils font passer a la trappe.

    Les éoliennes géantes, polluantes par leurs existences et leur inefficacité, de même que les cellules photovoltaïques, suppriment un espace cultivable important, ce genre d’allusion est ringard et obsolète.

    Durant ce dernier siècle, la bombe atomique a été développé en 4-5 ans, la maîtrise de la gravité a été évalué en 1954, à être une question de l’ordre de 5 ans. Ou en est-on sur ce dernier sujet ?

    Zip. Nil. Nada.
    400 000 tonnes de ferrailles, vaporisées 9/11, 11septembre 2001, et Mr Bihouix vient nous radoter un credo antédiluvien ? Sur la question de l’énergie ?

    Sans vouloir donner des conseils à un ingénieur, Mr., ferait bien de se documenter sur la physique "moderne" et d’actualité, et non pas sur des credo surannés et absolument dépasses.