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Le lobby israélien aux États-Unis

Par Stephen Walt et John Mearsheimer (mars 2006) - Deuxième partie

[Lire la première partie]

 

Le Lobby ne veut pas de débat public, naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent. En conséquence, les organisations pro-israéliennes travaillent dur pour influencer les institutions, qui font tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.

La perspective du Lobby règne dans les médias traditionnels : « Le débat parmi les experts du Moyen-Orient, écrit le journaliste Eric Alterman, est dominé par des gens qui ne peuvent pas imaginer critiquer Israël. » Il énumère soixante et un « chroniqueurs et commentateurs sur lesquels on peut compter pour soutenir Israël par réflexe et sans qualification ». En revanche, il a trouvé seulement cinq experts qui critiquent uniformément les actions israéliennes ou approuvent les positions arabes. Les journaux publient de temps en temps des articles d’invités critiquant la politique israélienne, mais l’équilibre de l’opinion favorise clairement l’autre côté. Il est difficile d’imaginer un média traditionnel aux États-Unis publier un article comme celui-ci.

« Shamir, Sharon, Bibi – tout ce que veulent ces types me semble très bien », a un jour remarqué Robert Bartley. Il n’est pas étonnant que, son journal, le Wall Street Journal, ainsi que d’autres journaux importants comme le Chicago Sun-Times et le Washington Times, publient régulièrement des éditoriaux qui soutiennent fortement Israël. Des magazines comme le Commentary, le New Republic et le Weekly Standard défendent Israël à chaque fois.

On trouve également des éditoriaux partiaux dans des journaux comme le New York Times, qui critique de temps en temps la politique israélienne et concède parfois que les Palestiniens ont des revendications légitimes, sans pour autant être équitable. Dans ses mémoires, l’ancien directeur de la rédaction du journal, Max Frankel, reconnaît l’impact que sa propre attitude a eu sur ses décisions éditoriales :

« J’ai été bien plus profondément dévoué à Israël que je n’ai osé l’affirmer.. Enrichi par ma connaissance d’Israël et de mes amitiés là-bas, j’ai moi-même écrit la plupart de nos commentaires sur le Moyen-Orient. Comme l’ont reconnu plus de lecteurs arabes que de juifs, je les ai écrits d’une perspective pro-israélienne. »

Les nouveaux reportages sont plus équitables, en partie parce que les journalistes tâchent d’être objectifs, mais également parce qu’il est difficile de couvrir des événements dans les territoires occupés sans reconnaître les actions d’Israël sur le terrain. Pour décourager les reportages défavorables, le Lobby organise des campagnes d’écriture de lettres, des manifestations et des boycotts des nouvelles publications dont le contenu est considéré comme anti-israélien. Un directeur de CNN a dit qu’il reçoit parfois 6 000 courriels en une seule journée pour se plaindre d’une histoire. En mai 2003, le pro-israélien Committee for Accurate Middle East Reporting in America (CAMERA) a organisé des manifestations à l’extérieur des stations de National Public Radio dans trente-trois villes ; il a également essayé de persuader les donateurs de suspendre le soutien au NPR jusqu’à ce que sa couverture moyen-orientale devienne plus sympathique à Israël. La station du NPR de Boston, WBUR, aurait perdu plus d’un million de dollars de contributions suite à ces efforts. D’autres pressions sur la NPR sont venues des amis d’Israël au Congrès, qui ont demandé un audit interne de sa couverture moyen-orientale ainsi que plus de surveillance.

Le côté israélien domine également les think tanks qui jouent un rôle important dans le façonnage du débat public ainsi que dans la politique actuelle. Le Lobby a créé son propre think tank en 1985, quand Martin Indyk a aidé à créer le WINEP. Bien que le WINEP garde secret ses liens avec Israël, en affirmant qu’il fournit une perspective « équilibrée et réaliste » sur les questions du Moyen-Orient, il est financé et dirigé par des individus profondément engagés dans la progression de l’agenda d’Israël.

Cependant, l’influence du Lobby se prolonge bien au delà du WINEP. Au cours des 25 dernières années, les forces pro-israéliennes ont installé une présence dominante à l’American Enterprise Institute, au Brookings Institution, au Center for Security Policy, au Foreign Policy Research Institute, à l’Heritage Foundation, à l’Hudson Institute, à l’Institute for Foreign Policy Analysis et au Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA). Ces think tanks formulent peu de critiques du soutien américain à Israël, voire aucune.

Prenons le Brookings Institution. Pendant de nombreuses années, son principal expert sur le Moyen-Orient était William Quandt, un ancien fonctionnaire du NSC avec une réputation bien méritée d’impartialité. Aujourd’hui, la couverture de Brookings est menée par le Saban Center for Middle East Studies, qui est financé par Haim Saban, un homme d’affaires israélo-américain et sioniste ardent. Le directeur du centre est l’omniprésent Martin Indyk. Ce qui était par le passé un institut de politique indépendant fait maintenant partie du chœur pro-israélien.

Là où le Lobby a eu la plus grosse difficulté, c’est dans l’étouffement du débat sur les campus d’université. Dans les années 90, quand le processus de paix d’Oslo était en cours, il y avait seulement une légère critique d’Israël, mais elle s’est développée avec l’effondrement d’Oslo et l’accès au pouvoir de Sharon, devenant tonitruante quand Tsahal a réoccupé la Cisjordanie au printemps 2002 et qu’elle a utilisé une force énorme pour maitriser le Deuxième Intifada.

Le Lobby a agi immédiatement pour « reprendre les campus ». Des nouveaux groupes ont pris naissance, comme la Caravan for Democracy, qui a fait venir des intervenants israéliens dans les universités américaines. Des groupes établis comme le Jewish Council for Public Affairs et Hillel s’y sont joints, et un nouveau groupe, l’Israël on Campus Coalition, a été constitué pour coordonner les nombreux organismes qui cherchent maintenant à aborder le cas d’Israël. Enfin, l’AIPAC a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour surveiller les actions dans les universités et pour former de jeunes avocats, dans le but « d’augmenter énormément le nombre d’étudiants impliqués sur les campus... dans le cadre de l’effort national pro-israélien ».

Le Lobby surveille également ce que les professeurs écrivent et enseignent. En septembre 2002, Martin Kramer et Daniel Pipes, deux néo-conservateurs passionnément pro-israéliens, ont créé un site internet (Campus Watch) qui affiche des dossiers sur des universitaires suspects et encourage les étudiants à relater les remarques ou les comportements qui pourraient être considérés comme hostiles à Israël. Cette tentative transparente de mettre sur une liste noire et d’intimider les professeurs a provoqué une sévère réaction et Pipes et Kramer ont plus tard enlevé les dossiers, mais le site Internet invite toujours les étudiants à rapporter toute activité « anti-israélienne ».

Des groupes du Lobby ont fait pression sur des universitaires et des universités particuliers. Columbia a été une cible fréquente, sans aucun doute en raison de la présence du défunt Edward Said dans son corps enseignant. « On pouvait être sûr que toute déclaration publique en soutien aux Palestiniens faite par l’éminent critique littéraire Edward Said récolterait des centaines d’e-mails, de lettres et de compte-rendus journalistiques nous invitant à dénoncer Said et soit à le sanctionner soit à le renvoyer », rapportait Jonathan Cole, son ancien principal. Quand Columbia a recruté l’historien Rashid Khalidi de Chicago, la même chose s’est produite. Ce fut un problème que Princeton a également affronté quelques années plus tard quand il a envisagé de courtiser Khalidi pour qu’il parte de Columbia.

Une illustration classique de l’effort pour maintenir l’ordre dans le milieu universitaire s’est produite vers la fin 2004, quand le Projet David a produit un film alléguant que les membres du corps enseignant du programme d’études moyen-orientales de Columbia étaient antisémites et intimidaient les étudiants juifs qui se positionnaient pour Israël. Columbia a été sur des charbons ardents, mais un comité du corps enseignant qui a été assigné pour enquêter sur les accusations n’a trouvé aucune preuve d’antisémitisme et le seul incident éventuellement notable était qu’un professeur avait « répondu âprement » à la question d’un étudiant. Le comité a également découvert que les universitaires en question avaient été eux-mêmes la cible d’une campagne manifeste d’intimidation.

L’aspect peut-être le plus inquiétant dans tout cela, ce sont les efforts faits par les groupes juifs pour pousser le Congrès à établir des mécanismes pour surveiller ce que disent les professeurs. S’ils parviennent à le faire voter, des universités considérées comme ayant une tendance anti-israélienne pourraient se voir refuser un financement fédéral. Leurs efforts n’ont pas encore abouti, mais cela indique l’importance placée sur le contrôle du débat.

Un certain nombre de philanthropes juifs ont récemment créé des programmes d’études d’Israël (en plus des quelque 130 programmes d’études juifs existant déjà) afin d’augmenter le nombre d’élèves amis d’Israël sur les campus. En mai 2003, l’université de New York (NYU) a annoncé la création du Taub Center for Israël Studies ; des programmes semblables ont été créés à Berkeley, Brandeis et Emory. Les administrateurs universitaires soulignent leur valeur pédagogique, mais la vérité est qu’ils ont en grande partie pour objectif de favoriser l’image d’Israël. Fred Laffer, directeur de la Taub Foundation, indique clairement que sa fondation a financé le centre de NYU pour aider à contrer « le point de vue [sic] arabe » qu’il pense être répandu dans les programmes moyen-orientaux de NYU.

Aucune discussion sur le Lobby ne serait complète sans examen d’une de ses armes plus puissantes : l’accusation d’antisémitisme. Toute personne qui critique les actions d’Israel ou argue du fait que les groupes pro-Israéliens ont une influence significative sur la politique moyen-orientale des États-Unis – un hommage à l’influence de l’AIPAC – a une forte chance d’être traitée d’antisémite. En effet, toute personne qui affirme simplement qu’il y a un lobby israélien court le risque d’être accusée d’antisémitisme, bien que les médias israéliens fassent référence au « lobby juif » en Amérique. En d’autres termes, le Lobby se vante d’abord de son influence et attaque ensuite toute personne qui attire l’attention sur lui. C’est une stratégie très efficace : l’antisémitisme est quelque chose dont personne ne veut être accusé.

Les Européens ont été plus disposés que les Américains à critiquer la politique israélienne, ce que certains attribuent à une réapparition de l’antisémitisme en Europe. « Nous arrivons à un point, déclarait l’ambassadeur américain auprès de l’Union Européenne début 2004, qui est aussi abominable que ce qui se passait dans les années 30. » Mesurer l’antisémitisme est une chose compliquée, mais le poids des preuves montrent la direction opposée. Au printemps 2004, quand les accusations d’antisémitisme européen se sont répandues en Amérique, différents sondages d’opinion publique européenne menés par l’Anti-Defamation League basée aux États-Unis et le Pew Research Center for the People and the Press ont constaté qu’en fait il diminuait. Dans les années 30, en revanche, l’antisémitisme était non seulement répandu parmi les Européens de toutes classes, mais était considéré comme tout à fait acceptable.

Le Lobby et ses amis dépeignent souvent la France comme le pays le plus antisémite d’Europe. Mais en 2003, le chef de la communauté juive française a déclaré que « la France n’était pas plus antisémite que l’Amérique ». Selon un article récent paru dans Ha’aretz, la police française a rapporté que les incidents antisémites avaient diminué de près de 50 % en 2005 ; et cela bien que la France ait la plus grande population musulmane d’Europe. Enfin, quand un juif français a été assassiné à Paris le mois dernier par un gang musulman, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour condamner l’antisémitisme. Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont tous les deux assisté à l’office commémoratif de la victime pour montrer leur solidarité.

Personne ne nierait qu’il y a de l’antisémitisme parmi les musulmans européens, en partie provoquée par la conduite d’Israël envers les Palestiniens et une partie parce qu’il y a tout simplement du racisme. Mais c’est une question distincte de celle consistant à savoir si oui ou non l’Europe est aujourd’hui comme l’Europe des années 30. Personne ne nierait qu’il reste quelques antisémites autochtones virulents en Europe (comme il y en a aux États-Unis) mais ils ne sont pas nombreux et leurs opinions sont rejetées par la grande majorité des Européens.

Quand ils sont pressés d’aller au delà de la seule affirmation, les avocats d’Israël prétendent qu’il y a un « nouvel antisémitisme », qui équivaut à une critique d’Israël. En d’autres termes, critiquez la politique israélienne et vous êtes par définition un antisémite. Quand le synode de l’Église anglicane a récemment voté pour désinvestir de Caterpillar Inc. parce qu’il fabrique des bulldozers utilisés par les Israéliens pour démolir les maisons palestiniennes, le Grand Rabbin s’est plaint que cela « aurait des répercussions les plus défavorables sur... les relations entre les Juifs et les Chrétiens en Grande-Bretagne », tandis que le rabbin Tony Bayfield,à la tête du Mouvement de Réforme, disait : « Il y a un net problème d’attitudes antisionistes – à la limite de l’antisémitisme – émergeant de la base et même des catégories au centre de l’Église ». Mais l’Église était simplement coupable de protestation contre la politique du gouvernement israélien.

Des critiques sont également accusés de mésestimer Israël à un niveau injustifié ou de remettre en cause son droit à exister. Mais ce sont de fausses accusations aussi. Les critiques occidentaux d’Israël ne remettent presque jamais en cause son droit à exister : ils remettent en cause son comportement envers les Palestiniens, tout comme les Israéliens eux-mêmes. Israël n’est pas non plus jugé injustement. Le traitement des Palestiniens par les Israéliens attire la critique parce qu’il est contraire aux notions largement admises des droits de l’homme, au droit international et au principe de l’autodétermination nationale. Et c’est difficilement le seul État à avoir affronté de vives critiques pour ces raisons.

En automne 2001, et particulièrement au printemps 2002, l’administration Bush a tenté de réduire le sentiment anti-américain dans le monde arabe et de saper le soutien aux groupes terroristes comme Al-Qaida en stoppant la politique expansionniste d’Israël dans les territoires occupés et en préconisant la création d’un État palestinien. Bush avait à sa disposition des moyens de persuasion très significatifs. Il aurait pu menacer de réduire le soutien économique et diplomatique à Israël, et les Américains l’auraient presque certainement soutenu. Un sondage de mai 2003 indiquait que plus de 60 % des Américains étaient disposés à retenir l’aide si Israël résistait à la pression des États-Unis pour régler le conflit, et que le nombre atteignait 70 % parmi « les politiquement actifs ». En effet, 73 % ont dit que les États-Unis ne devraient pas favoriser l’une ou l’autre partie.

Pourtant, l’Administration n’a pas changé la politique israélienne, et Washington a fini par la soutenir. Avec le temps, l’Administration a également adopté les propres justifications d’Israël sur sa position, de sorte que la rhétorique des États-Unis a commencé à imiter la rhétorique israélienne. En février 2003, un titre du Washington Post résumait la situation : « Bush et Sharon presque identiques sur la politique du Moyen-Orient. » La raison principale de ce changement était le Lobby.

L’histoire commence en septembre 2001, quand Bush a commencé à inviter Sharon pour qu’il montre de la retenue dans les territoires occupés. Il l’a également pressé de permettre au ministre des Affaires étrangères israélien, Shimon Peres, de rencontrer Yasser Arafat, quoiqu’il (Bush) ait fortement critiqué le leadership d’Arafat. Bush a même dit publiquement qu’il soutenait la création d’un État palestinien. Alarmé, Sharon l’a accusé de tenter « d’apaiser les Arabes à nos frais », en avertissant qu’Israël « ne sera pas la Tchécoslovaquie ».

Bush était soi-disant furieux d’avoir été comparé à Chamberlain, et le secrétaire de presse de la Maison Blanche a qualifié les remarques de Sharon d’« inacceptables ». Sharon a présenté des excuses, mais il a rapidement réuni ses forces à celles du Lobby pour persuader l’Administration et les Américains que les États-Unis et Israël affrontaient une menace terroriste commune. Des responsables israéliens et des représentants du Lobby ont insisté sur le fait qu’il n’y avait aucune véritable différence entre Arafat et Oussama Ben Laden : les États-Unis et Israël, ont-ils dit, devraient isoler le chef élu des Palestiniens et ne rien avoir à faire avec lui.

Le Lobby est également allé travailler au Congrès. Le 16 novembre, 89 sénateurs ont envoyé une lettre à Bush en le félicitant d’avoir refusé de rencontrer Arafat, mais en demandant également que les États-Unis ne retiennent pas Israël de représailles contre les Palestiniens ; l’administration, écrivaient-ils, doit déclarer publiquement qu’elle se tient derrière Israël. Selon le New York Times, la lettre « provenait » d’une réunion qui s’était déroulée deux semaines auparavant entre les « responsables de la communauté juive américaine et les principaux sénateurs », en ajoutant que l’AIPAC avait été « particulièrement actif en fournissant des conseils au sujet de la lettre ».

Fin novembre, les relations entre Tel Aviv et Washington s’étaient considérablement améliorées. C’était grâce en partie aux efforts du Lobby, mais également grâce à la victoire initiale de l’Amérique en Afghanistan, qui a réduit le besoin détecté d’un soutien arabe dans l’affrontement avec Al-Qaida. Sharon s’est rendu à la Maison Blanche début décembre et a eu une réunion amicale avec Bush.

En avril 2002, des problèmes ont encore éclaté, après que Tsahal a lancé l’opération Bouclier Défensif et qu’il ait repris le contrôle de pratiquement tous les principaux secteurs palestiniens de Cisjordanie. Bush savait que les actions d’Israël endommageraient l’image de l’Amérique dans le monde islamique et mineraient la guerre contre le terrorisme, donc il a exigé que Sharon « cesse les incursions et commence le retrait ». Il a souligné ce message deux jours plus tard, en disant qu’il voulait qu’Israël « se retire sans tarder ». Le 7 avril, Condoleezza Rice, conseiller à la Sécurité nationale de Bush à l’époque, a déclaré aux journalistes : « “Sans tarder” signifie sans tarder. Cela signifie maintenant. » Le même jour, Colin Powell partait pour le Moyen-Orient afin de persuader toutes les parties de cesser de combattre et de commencer à négocier.

Israël et le Lobby sont entrés en action. Les membres pro-israéliens du bureau du vice-président et du Pentagone, ainsi que des experts néo-conservateurs tels que Robert Kagan et William Kristol, ont mis la pression sur Powell. Ils l’ont même accusé d’avoir « pratiquement effacé la distinction entre des terroristes et ceux qui combattent les terroriste ». Bush lui-même était pressé par des leaders juifs et des évangélistes chrétiens. Tom DeLay et Dick Armey étaient particulièrement francs sur la nécessité de soutenir Israël, et DeLay et le chef de la minorité au Sénat, Trent Lott, se sont rendus à la Maison Blanche pour avertir Bush de ne pas insister.

Le premier signe que Bush cédait est survenu le 11 avril – une semaine après qu’il ait dit à Sharon de retirer ses forces – quand le secrétaire de presse de la Maison Blanche a dit que le président pensait que Sharon était « un homme de paix ». Bush a répété cette déclaration publiquement au retour de Powell de sa mission ratée, et a indiqué aux journalistes que Sharon avait répondu d’une manière satisfaisante à son appel pour un retrait total et immédiat. Sharon n’avait jamais fait une telle chose, mais Bush ne voulait plus en faire un problème.

Pendant ce temps, le Congrès se préparait également à soutenir Sharon. Le 2 mai, il a passé outre les objections de l’Administration et a voté deux résolutions réaffirmant un soutien à Israël. (Le vote du Sénat était de 94 contre 2 ; la version de la Chambre des Représentants a été votée par 352 contre 21.) Les deux résolutions affirmaient que les États-Unis « se positionnent comme solidaires d’Israël » et que les deux pays étaient, pour citer la résolution de la Chambre, « maintenant engagés dans une lutte commune contre le terrorisme ». La version de la Chambre condamnait également « le soutien continu et la coordination du terrorisme par Yasser Arafat », qui a été dépeint comme une partie centrale du problème du terrorisme. Les deux résolutions ont été élaborées avec l’aide du Lobby. Quelques jours plus tard, la délégation bipartite du Congrès d’une mission exploratoire sur Israël a déclaré que Sharon devrait résister à la pression américaine pour négocier avec Arafat. Le 9 mai, un sous-comité de dotation de la Chambre s’est réuni pour envisager de donner à Israël 200 millions de dollars supplémentaires pour combattre le terrorisme. Powell s’y est opposé mais le Lobby a soutenu le sous-comité et Powell a perdu.

En bref, Sharon et le Lobby s’en sont pris au président des États-Unis et ont triomphé. Hemi Shalev, un journaliste du journal israélien Ma’ariv, a rapporté que les collaborateurs de Sharon « ne pouvaient pas cacher leur satisfaction en raison de l’échec de Powell. Sharon a regardé le Président Bush dans le blanc des yeux, se sont-ils vantés, et le président a baissé les yeux le premier. » Mais c’étaient les champions d’Israël aux États-Unis, non Sharon ou Israël, qui ont joué un rôle clé dans la défaite de Bush.

[Fin de la deuxième partie]

 

Source originale en anglais : lrb.co.uk

Traduction : ism-france.org

 

John Mearsheimer est professeur émérite de sciences politiques à l’université de Chicago et est l’auteur de The Tragedy of Great Power Politics.
Stephen Walt est professeur émérite des relations internationales à la Kennedy School of Government d’Harvard et est l’auteur du livre intitulé
Taming American Power : The Global Response to US Primacy.

Élargir l’analyse avec Kontre Kulture :

 



Article ancien.
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2 Commentaires

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  • #555760
    le 12/10/2013 par Salah
    Le lobby israélien aux États-Unis

    Comme par hasard, je lis leur livre en ce moment.


  • #556154
    le 13/10/2013 par dissident
    Le lobby israélien aux États-Unis

    Walt et Meirsheimer sont profs respectivement à Harvard et à l’université de Chicago ; ce qu’ils disent, beaucoup de gens le savaient, mais ce qui est intéressant c’est que ce sont des profs d’universités prestigieuses qui le disent en 2007, ce qui n’a pas du manquer d’influencer la façon de voir de l’ensemble des universitaires US et meme ceux des autres pays .