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Syrie : "Boris Johnson et Theresa May ont perdu le contact avec réalité"

Dans une interview donnée peu avant la libération totale d’Alep par l’armée syrienne, l’armée russe et le Hezbollah, Peter Ford, ambassadeur du Royaume-Uni en Syrie de 2003 à 2006, dénonce le positionnement absurde de son pays dans la crise syrienne, et espère que le Royaume-Uni emboîtera le pas au rapprochement avec la Russie annoncé par Trump.

 

 

Transcription

 

BBC : Durant les dernières heures, l’évacuation d’Alep a repris sous de fortes neiges. L’ONU confirme que les bus ont recommencé à circuler, transportant les gens à l’extérieur de la partie Est d’Alep. Les forces gouvernementales syriennes sont à l’arrêt, dans l’attente d’avancer vers la dernière enclave rebelle, scellant ainsi la plus grande victoire du Président Assad à ce jour dans cette guerre. Cela signifie-t-il qu’il est temps pour le Royaume-Uni de reconsidérer son soutien continu pour la soi-disant « opposition armée modérée » au Président Assad ? Doit-il reconsidérer sa perspective selon laquelle le Président Assad ne doit jouer aucun rôle dans le futur de la Syrie ? Peter Ford fut l’ambassadeur britannique en Syrie de 2003 à 2006. Peter Ford, pensez-vous qu’il est temps de reconsidérer les choses ?

Peter Ford : Absolument, il serait grand temps. Nous nous sommes accrochés bien trop longtemps à l’illusion selon laquelle la soi-disant opposition modérée allait vaincre Assad. C’est maintenant évident avec la reconquête d’Alep par le gouvernement, il faut cesser de nous voiler la face et nous devrions regarder la réalité telle qu’elle est : Assad ne sera pas renversé par la force des armes ni à la table des négociations. Le Royaume-Uni doit à présent faire trois choses : 1/ Nous devons cesser de soutenir une opposition en déroute et divisée.
2/ Nous devons commencer à venir en aide au peuple syrien en levant les sanctions.
3/ Nous devons travailler avec les Russes sur un règlement politique de la situation qui aurait dû se produire il y a longtemps déjà.

 

Mais comme nous le savons, pour beaucoup de dirigeants occidentaux, le règlement politique de la situation ne laisse pas de place à Assad. Boris Johnson, le Secrétaire d’État des Affaires étrangères, a déclaré au mois de septembre dernier qu’il ne peut jouer aucun rôle dans le futur gouvernement de la nouvelle Syrie car tant qu’Assad sera au pouvoir à Damas, il n’y aura pas de Syrie à gouverner. Downing Street [le cabinet du Premier Ministre] a déclaré plus tôt ce mois-ci que la cruauté barbare dont ont fait preuve les forces du régime syrien démontrent que le Président Bachar al-Assad n’a aucune place dans le futur du pays.

Oui, mais c’est absurde. C’est vraiment absurde. Assad contrôle maintenant plus de 80% des zones habitées de Syrie. Il n’y a aucune raison pour que dans les mois à venir, lui et ses forces ne reprennent pas les 10, 15 voire 20% restants. Il sera alors le maître absolu du pays. Bien sûr, il y aura toujours des groupes mécontents de la situation. Mais dans toute l’histoire écrite de l’humanité, y a-t-il eu une seule guerre civile d’une telle durée après laquelle tout le monde ait été satisfait d’un dirigeant ? Il n’y a pas de [Nelson] Mandela syrien. Il n’y a aucun [autre] dirigeant. Pouvez-vous me nommer ne serait-ce qu’un chef de l’opposition qui pourrait assumer le rôle d’Assad ? C’est absurde. C’est grotesque. Boris Johnson et Theresa May ont perdu contact avec la réalité. Donald Trump va prendre la relève, et s’il fait ce qu’il a annoncé, il va normaliser les relations avec la Russie, donner la priorité à la lutte contre Daech en Syrie et cesser d’œuvrer au renversement d’Assad. Quand allons-nous nous réveiller ?

 

Vous avez dit être très préoccupé par le soutien du Royaume-Uni pour la soi-disant opposition armée modérée, et il y a effectivement aussi eu des plaintes et allégations d’abus à leur encontre. Néanmoins, si vous laissez le Président Assad en place pour la diplomatie future de la Syrie, cela ne reviendrait-il pas à fermer les yeux sur tout ce qu’il a fait jusqu’à présent ? Comme l’usage d’armes chimiques contre son propre pays ?

Écoutez, ce soir, il y a un sapin de Noël et des festivités au centre d’Alep. Je pense que si Assad était renversé et que l’opposition était au pouvoir, vous ne verriez pas de sapin de Noël à Alep. La diabolisation du régime a pris des proportions grotesques. Même pour la fin de ce conflit avec les bus [d’évacuation] verts. Il n’y avait pas de bus verts à Gaza. Il n’y avait pas de bus verts lorsque l’OTAN bombardait la Yougoslavie sans merci. Cette campagne d’Alep est menée, dans ses dernières étapes, avec une certaine humanité. Ce n’est pas à la débâcle de l’humanité qu’on assiste, contrairement à ce que prétendent certains, mais à la débâcle de la rationalité. Où se trouvent les moindres preuves des prétendues atrocités, de Guernica, des massacres, du génocide, de l’Holocauste ?

 

Eh bien, je pense que beaucoup de personnes ne seront pas d’accord avec cela car elles ont vu des personnes fuir Alep-Est, les allégations selon lesquelles des gens ont été attaqués, empêchés de quitter la ville... Vous savez, il y aura ces allégations (sic) et elles feront l’objet d’une enquête. En attendant, il y a certes des critiques contre les deux côtés, oui, mais vous vous opposez violemment à énormément de figures de premier plan dans les gouvernements du monde, selon lesquelles, et je terminerai là-dessus, qu’il n’y a pas de place pour le Président Assad dans la Syrie de demain. Concluez sur votre pensée, et nous allons terminer l’interview dans quelques secondes.

C’est vraiment être aux antipodes de la réalité. Qui mettraient-ils donc à la place d’Assad ? Persister à vouloir renverser le régime en Syrie comme nous l’avons fait ailleurs, en Irak, en Libye, ne mène qu’à plus de souffrance chez les simples citoyens.

 

Peter Ford, ambassadeur britannique en Syrie dans les années 2000, merci beaucoup.

 

Pourquoi l’empire a-t-il voulu renverser le pouvoir syrien ?
Des réponses chez Kontre Kulture :

 

La propagande atlanto-wahhabo-sioniste sur la Syrie
craque de tous côtés, voir sur E&R :

 



Article ancien.
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8 Commentaires

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  • J’aime bien ces journalistes qui, dans une question (mais est-ce que c’en est une d’ailleurs ?), émettent une idée bien arrêtée avec un point de vue massue, comme dans la dernière question à cet ancien ambassadeur plein de réalisme. Malheureusement, nous en avons, nous aussi, plein les rayons de ce genre de journaleux, de ce coté-ci du "channel".

    Je sais que j’enfonce des portes ouvertes, mais l’affirmation de la neutralité des journalistes est aussi vraie que la terre est plate.

     

    • Moi au début en comparant les longueurs de texte j’ai cru que les propos en caractère fin était ceux de celui qui interviewait et ceux en gras ceux de la personne interviewée mais en fait non c’est l’inverse. Ce petit speaker de BBC aime bien s’entendre parler visiblement.


  • Cette chère journalope demande à ce qu’on fasse une enquête en Syrie .Qu’elle fasse d’abord une enquête en Irak et en Libye,je pense qu’elle va surement y trouver quelques affaires croustillantes.

     

  • De toute façon le camp occidental voudra toujours se débarrasser de Bachar car il préfère servir les intérêts russes plutôt que les intérêts franco-britanniques. C’est pas plus compliqué que ça. La réconciliation avec Poutine est impossible, soit ils arriveront à éliminer Vladimir, soit ça se terminera en guerre réelle.

    Et je ne crois pas que Trump y changera quelque chose, c’est bien beau de dire ça serait bien qu’on s’entende avec la Russie lors de la campagne électorale. Mais encore faudrait-il que cette entente soit possible. L’enjeu n’a rien à voir la Syrie elle-même. Dans ce dossier la Russie ne peut pas être un partenaire puisque c’est l’ennemi principal. S’entendre avec la Russie signifie capituler et admettre la défaite. Ce qui de toute façon embrayerait directement sur une guerre froide, qui est déjà là en faite. Comment voulez-vous vous entendre avec un pays qui a des intérêts contraire aux vôtres, ce n’est tout simplement pas possible.

    Ça ne peut se terminer que par la victoire d’un camp ou l’autre, à long terme. L’enjeu dépasse largement même le cas syrien, c’est une guerre qui continuera au-delà de l’épisode syrien. La normalisation des rapports avec la Russie ce n’est pas pour demain.


  • Le ton de cette journaliste devient absolument menant à partir du moment où l’ancien ambassadeur demande des preuves de l’holocauste, on ne trouve pas de traces du génocide annoncé et alimenté par les médias en carton au cours de la reconquête d’Alep Est. Et pour cause car la population sous l’emprise des "rebelles" représente tout simplement les familles des terroristes.

    Le château de cartes patiemment monté par les sionistes et les anglo-américains est en train de s’effondrer, mais ce qui les emmerde le plus, c’est toutes les preuves d’ingérence illégale dans le territoire Syrien abandonnées par les djihadistes.

    Et quand Assad va demander réparation pour tout le pétrole qu’on a volé à la Syrie avec la complicité de la Turquie, ça va coûter un bras. On a pas fini de payer à la pompe. Deux euros cinquante mini grâce à flanby et son équipe de bras cassés.

    Il faudra aussi payer les réparations du pays... et les trésors d’archéologie disparus à jamais.


  • Il n’y a qu’une réalité, la destruction du monde arabo musulman, à n’importe quel prix,Il n’est pas question de laisser ressusciter la Syrie, je n’y crois pas. Un plan B sera mis en place lorsque Trump prendra ses fonctions. En attendant, on laisse la propagande ravager les cerveaux des masses occidentales, sans oublier de maintenir tout ça avec un attentat à point nommé.
    Berlin coincide avec la prise d’Alep par Bachar El Assad, en disant ça, je ne dis rien d’autre.


  • L’Irak, la Libye et la Syrie ont montré aux peuples "sous-développés" le véritable visage de l’Occident. Nous allons inéluctablement vers la libération de ces peuples, envers et contre tous et tout !