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Une crise financière mondiale

Il y a désormais de plus en plus de preuves que la crise du crédit et des liquidités dans les marchés financiers internationaux a retouvé les sommets atteints en août et est dans la plupart de ses dimensions pire encore que cet été.

Les marchés financiers sont virtuellement en mode panique, si l’on en croit un professionnel interrogé par le Financial Times.

Cette aggravation prend place malgré les centaines de millliards d’euros qui ont été injectés par la Fed, la BCE et les banques centrales, qui ont échoué à juguler la crise.

Pour preuve, l’écart du cout du crédit interbanque par rapport aux taux bons du trésor [1], sur plusieurs maturités.

La crise du crédit n’est pas seulement une crise d’illiquidité, mais de solvabilité. Les interventions des banques centrales ne suffiront pas à redresser la situation, et le système va vivre un « instant de Minsky » [2].


Le désarroi du marché reflète une incertitude profonde quand à la valeur réelle des actifs plutôt qu’une simple difficulté à évaluer le risque. Les pertes entrainées par cet infarctus du crédit et des marchés seront massives. Il s’agit de la première crise de la mondialisation financière et de la titrisation [3].

Il est de plus en vraisemblable que nous assistions à un effondrement généralisé du crédit, une récession américaine, et sa propagation au reste du monde.

L’aggravation de la crise du crédit et des liquidités depuis l’été se manifeste par de nombreux signes. Les surprimes (spreads) du Libor se sont accrues de façon marquée. Les marchés dérivés connaissent une forte réduction de liquidités, comme les marchés monétaires.

Le risque s’accroit pour les émetteurs d’obligations à court terme, comme les SIV et les conduits, de ne pouvoir les rembourser. Le marché des obligations sécurisées est devenu si illiquide que les banques européennes ont décidé de le suspendre. Les banques sont exposées à des retraits massifs de leurs clients.

Depuis l’été les problèmes de liquidité et de crédit ont empiré, et les pertes sur les emprunts hypothécaires et les titres associés se chiffrerons en centaines de milliards de dollars (300 à 500 milliards). Ces montants ne prennent pas en compte celles de l’immobilier d’entreprise où la titrisation est elle aussi arrêtée. Ils ne prennent pas non plus en compte les défaillance sur les crédits à la consommation et les crédits autos, pas plus que celles des agences gouvernementales Fannie et Freddie [4] qui connaissent maintenant des difficultés sérieuses.

La baisse de la notation accordée aux assureurs obligataires, les monolines, entrainerait 200 milliards de pertes.

Sur le marché des CPDO Constant Proportion Debt Obligation, que l’on croyait sûr, les pertes peuvent atteindre 90%.

Les pertes apparaissent un peu partout dans le monde et touchent même des villages norvégiens.

Il y a désormais des signes d’extrême illiquidité, d’aversion au risque et de fuite vers la sécurité [achat de bon du trésor] aux USA et en Europe. Le rendement des bons du trésor baisse aux USA, en Europe, et même en Asie [5].

La crise du crédit et des liquidités a gagné chaque recoin du système financier ; emprunts subprime, emprunts de qualité intermédiaire (Alt-A),prime, immobilier d’entreprise, crédit à la consommation, titres, marchés des produits dérivés, LBO (Leverage Buy Out), SIV, conduits (structures de portage des crédits immobilier crées par les banques), marché interbancaire, CDO (titres adossés aux crédits), CPDO, même les IPO (introductions en bourse).

Les actions des banques centrales sont impuissantes à enrayer la crise. La baisse des taux de la Fed n’empêchera pas des millions de familles d’être en défaut de paiement de leur crédit, et la valeur des maisons de baisser de 20%. Elle n’empêchera pas des dizaines d’entreprises du batiment et du secteur du crédit immobilier de faire faillite.

Les investisseurs sont incapables de déterminer l’ampleur des pertes ou leur localisation. Ce manque de confiance ne disparaîtra pas.

Pour le moment les marchés boursiers sont indemnes, mais lorsque que l’évidence d’un ralentissement sévère sera reconnue par les investisseurs, les bourses vont baisser fortement. Une récession US entraine typiquement une baisse moyenne de 28% sur leurs valeurs.

André Alphus


[1] Le taux de rémunération des prêts interbanque, Libor, est de 1,8% supérieur à celui des bons, et révèle la défiance des établissements les uns pour les autres, et leur volonté de conserver leurs liquidités pour faire face à leurs engagements.

[2] Hyman Minsky est un économiste qui a formalisé les mécanismes à l’oeuvre dans les différentes étapes d’une bulle spéculative. L’instant Minsky est celui où les spéculateurs comprennent que leurs actifs sont quasiment sans valeur et se jettent dans une vente a perte effrennée qui conclut la fin du cycle...et les ruine.

[3] titrisation - mécanisme par lequel les banques ont rétrocédé sur un marché secondaire les revenus associés aux prêts qu’elles avaient concédé. Les banques améliorent de la sorte le résultat de leurs ratios de rentabilité et et transforment ces prêts long terme en liquidités.

[4] Fannie et Freddie sont deux entreprises crées à l’origine par le gouvernement pour racheter aux banques les crédits immobiliers qu’elles accordaient aux particulier. A elle deux, elles détiennent 45% de l’en cours du crédit immobilier au USA.

[5] Les investisseurs cherchant tous les placements sécurisés des emprunts d’états, le prix de ces bons augmente, donc leur rendement relatif décroit.