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Vieil-Homme-Coyote : une légende indienne sur le sens de la vie

Extrait du recueil Contes, fables et légendes, publié aux éditions Kontre Kulture

Dans cet extrait du livre Contes, fables et légendes, d’Anne Lucken et Maria Comak, publié aux éditions Kontre Kulture, le sage Vieil-Homme-Coyote offre une précieuse leçon de vie à de jeunes aigles impétueux. Un aperçu de la profondeur des textes proposés dans cet ouvrage, à offrir sans modération aux jeunes parents !

 

 

Vieil-Homme-Coyote

 

Légende de la tribu des Indiens Wintus

 

Vieil-Homme-Coyote alla jusqu’à eux, s’assit et, sans rien dire, se mit à les regarder travailler. Au bout d’un long moment, il s’adressa à eux :

– Cessez un instant de travailler, et venez bavarder avec moi.

Les Aigles étaient bien ennuyés, car ils voulaient terminer leur ouvrage qui était presque achevé. Mais ils ne voulaient pas non plus froisser leur visiteur : c’est la coutume, lorsque quelqu’un vient vous voir, de s’asseoir un moment avec lui et de parler ensemble. Ils s’arrêtèrent donc de travailler et s’assirent en face de lui :

– Qui êtes-vous Grand-Père ? Et d’où venez-vous ?

– Je suis Vieil-Homme-Coyote et je vis non loin d’ici. Je vous ai entendus faire du bruit à remuer des cailloux et creuser la terre. Je me demandais donc ce que vous pouviez bien faire, et c’est pour le savoir que je suis venu.

– Nous pouvons vous le dire, puisque vous le verrez bientôt. Grand-Esprit veut que nous creusions un trou dans la terre et que nous construisions un escalier de pierre qui ira jusqu’aux nuages. Par ce trou, il fera sortir une nouvelle race, la race des Hommes. Et par cet escalier, ces Hommes pourront aller boire à la source de jouvence qui leur redonnera leur jeunesse lorsqu’ils l’auront perdue. Ainsi ne mourront-ils jamais.

– Et vous le croyez ! rétorqua Vieil- Homme-Coyote. Moi je ne crois jamais Grand-Esprit ; il ne dit que des sottises.

– Ne parlez pas mal de Grand- Esprit ! se récria l’aîné des Aigles, fâché. Oui, je crois ce que dit Grand-Esprit. Il est celui qui crée toute chose et par qui toute vie arrive. Écoutez plutôt quel projet est le sien.

– J’écoute, car je veux savoir ce qu’il a bien pu inventer encore ! Et puis, peut- être qu’ensuite je pourrai vous dire des choses qui vous seront utiles.

– Eh bien ! voilà : Grand-Esprit veut créer cette nouvelle race, la race des Hommes, qui grâce à l’eau de la source ne mourront jamais. Les hommes et les femmes vivront séparément. Ils vivront comme frères et sœurs et ne feront pas d’enfants puisqu’ils ne mourront jamais et qu’ils auront tous été créés dès le premier jour par Grand-Esprit. Dès qu’ils sentiront leurs forces décliner, ils iront par cet escalier que nous construisons boire à la fontaine l’eau qui redonne la jeunesse, et en redescendront à nouveau vaillants et pleins de force. Que penses-tu de cela ? N’est-ce pas une œuvre de sagesse et non des sottises comme tu le dis ?

– Ce sont des sottises ! Pensez-vous vraiment que de vivre seul rende heureux ? Que de ne pas connaître l’amour d’une femme et ne pas aider son enfant à grandir soit un destin enviable pour un homme ? Que de ne pas connaître l’amour d’un mari ni la joie d’enfanter soit un destin enviable pour une femme ? Et ceci pour l’éternité ? Non, effectivement, je ne pense pas que ce soit là une œuvre de sagesse, répondit Vieil-Homme-Coyote.

– Attendez ! nous n’avons pas fini de vous raconter, continua le cadet des Aigles. Dans sa grande mansuétude, Grand-Esprit a prévu de libérer les Hommes du travail. Ils n’auront pas à labourer, à semer, à chasser ou pêcher. Les fruits pousseront tout seuls et ils n’auront qu’à lever leur main pour qu’ils tombent dedans. Les poissons viendront s’échouer sur la rive attendant qu’on vienne les ramasser. Tout le monde aura tout ce dont il aura besoin, sans rien faire, et il n’y aura donc ni jalousie ni domination des uns sur les autres. Alors, n’est-ce pas là l’œuvre d’un sage ?

– Ah non ! Sottises encore ! Réfléchissez : qu’est-ce qu’une vie dans laquelle on n’a rien à faire ? Qu’est-ce qu’une vie dans laquelle on ne peut goûter au bonheur du travail accompli, du dépassement de soi, de sa peur par le courage, de ses faiblesses par la volonté ? Quelle raison trouve-t-on à vivre ainsi, sans rien faire, sans rien créer, dans un long et éternel ennui ? Et quel intérêt de retrouver sa jeunesse pour ne toujours rien en faire ? Non, décidément Grand-Esprit ne dit que des bêtises... Je vais vous dire, moi, comment devraient vivre ces Hommes, et vous verrez que mes paroles sont bien plus sages.

– Nous vous écoutons, dirent en chœur les Aigles.

– Les hommes et les femmes doivent vivre ensemble ; les hommes iront chasser et pêcher et seront heureux et fiers de rentrer à la maison avec un panier plein de gibier ou de poisson. Ils iront en groupe pour être plus forts et partageront leurs prises entre tous ; ça les rendra solidaires et renforcera leurs liens. Ils iront ensemble chercher des fruits et des noix. Les plus agiles grimperont aux arbres, tandis que les femmes attendront en bas qu’ils leur lancent ce qu’ils auront cueilli. Et elles applaudiront de les voir si habiles à grimper ; et ils crieront « bravo ! » de les voir si rapides à attraper. Et tous, ils riront et chanteront le soir en rentrant. Alors les femmes aimeront les hommes et les hommes aimeront les femmes. Et ils feront des enfants. Ils regarderont leurs bébés et seront tellement émerveillés de ce qu’ils ont pu faire ensemble qu’ils s’aimeront encore plus. Et ensemble encore ils les regarderont grandir. Le père apprendra à ses fils à grimper dans les arbres et à chasser les bisons. La mère apprendra à ses filles à attraper les noix et à coudre les peaux. Parce qu’ils seront heureux d’exister les uns pour les autres, le père aura de l’entrain à aller chasser pour nourrir sa famille, et la mère aura à cœur de cuisiner de bons plats à son retour. Et doucement, ils vieilliront. Leurs enfants à leur tour se marieront et feront des bébés. Leur sang neuf sera bénéfique pour toute la tribu, apportant de nouvelles idées et de nouveaux projets. Les vieilles personnes leur raconteront des histoires du temps où ils n’étaient pas encore nés. Bien sûr, ces vieilles personnes finiront par mourir un jour, mais tous les pleureront, car elles étaient aimées. Et de savoir qu’elles seront pleurées, parce qu’elles étaient aimées, les aidera à accepter de mourir. Leur souvenir ne quittera pas la tribu, et leurs enfants, devenus vieux à leur tour, parleront d’elles à leurs petits-enfants. Les années passeront ainsi, la vie sans cesse renouvelée, le travail sans cesse recommencé, et la vie sera belle car le travail amènera la joie, la joie amènera l’amour et l’amour amènera le bonheur.

Lorsque Vieil-Homme-Coyote se tut, les deux Aigles restèrent un instant sans parler.

– Alors, les interrogea-t-il, n’est-ce pas là des paroles justes ?

L’aîné des deux frères hocha la tête :

– Tu as raison, tes paroles me semblent vraies. Seule la mort donne un sens à la vie ; et à quoi sert-il de vivre si la vie n’a pas de sens ?

 

 

Présentation du livre Contes, fables et légendes,
d’Anne Lucken et Maria Comak

 

Du Tibet au Caucase, de l’Afrique à l’Irlande, la sagesse est partout, et les peuples, depuis la nuit des temps, l’ont incarnée dans des contes.

Pour réchauffer les cœurs lors des longues soirées d’hiver ou pour réunir, à l’ombre d’un palmier, toutes les générations d’un village, ils ont inventé, brodé, raconté des histoires. Pour expliquer le monde, donner aux enfants le sens du juste, du bien, du vrai, elles sont devenues fables et légendes ; tristes parfois, fantastiques souvent, pleines de bon sens toujours. Les hommes y ont mis ce qu’il y a de plus universel et que quelques siècles de modernité n’ont pu totalement balayer : amour filial, fidélité, respect de la parole donnée, courage et honneur. Ils y ont mis aussi les grands questionnements : le sens de la vie, le chemin du bonheur et la responsabilité d’être ce que l’on est.

En traversant les âges, les contes sont restés vivants. On les retrouve ici ou là, semblables sans être tout à fait les mêmes, transformés, acclimatés à un lieu, à une nature, à un mode de vie.

Choisis parmi les plus beaux, nous les avons à notre tour réécrits, adaptés, débarrassés de quelques oripeaux, pour qu’ils puissent rendre de la manière la plus simple et la plus pure cette sagesse intemporelle que les peuples y ont déposée.

 

En pages intérieures, magnifiques illustrations en noir et blanc assorties à chaque conte.

Dimensions (en cm) : 29,7 x 21 x 0,5

Nouvelle édition : impression noir et blanc sur papier couché mat épais avec couverture cartonnée rembordée et reliure cousue.

 

JPEG - 100.2 ko
Judith Reisman à Paris le 30 novembre 2016

Se procurer l’ouvrage chez Kontre Kulture :

 

Pour en savoir plus, écouter l’émission L’Heure la plus sombre consacrée au livre Contes, fables et légendes :

 

Contes, fables et légendes est inclus dans le coffret de Noël
« Tradition catholique », à découvrir chez Kontre Kulture :

Défendre les enfants avec Judith Reisman et Kontre Kulture :

 



Article ancien.
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14 Commentaires

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  • C’est là qu’on se rend compte à quel point on s’est habitué aux diarrhées droit-de-l’hommistes féministo-progressistes.

    Je n’imaginais plus ce genre d’histoire possible. Que des valeurs traditionnelles soient racontées aux enfants de cette manière, pour leur enseigner tout simplement la beauté de la vie et de la complémentarité masculin-féminin ne faisait plus partie de mon univers. C’était à désespérer.

    Merci infiniment à Kontre Kulture de remettre un peu de sens dans nos vies, et surtout dans celles de nos enfants.


  • Les contes et les fables offrent de la beauté, du sens, de l’apaisement...tout ce dont ont besoin les gens en tous temps, en plus ils sont universels et c’est pourquoi ils devraient être si précieux dans nos existences .


  • C’est sympa mais, ça ne reste que "théorique"... Je m’explique.
    Dans le meilleur des mondes, c’est ainsi que cela doit se passer. Cependant, nombreux dans notre monde sont les prêcheurs de la bonne parole, mais qui au fond nous amadoue pour mieux nous manipuler... Alors certes, cela est bien entendu l’idéal vers lequel tendre, mais il y a une chose que ne dit pas l’histoire : c’est qu’aussi longtemps que l’Homme existera, il devra se battre pour préserver cette réalité et donc valeur... se dépatouiller des manipulateurs qui se prennent pour des dieux à la place de Dieu etc.


  • Cette histoire me rappelle la merveilleuse collection des "Mythes et Légendes" éditée quand j’étais enfant. Ha ! Si quelqu’un pouvait la rééditer aujourd’hui.


  • Enfin le Grand Esprit miséricordieux prometteur de lait et de miel se prend une beigne chez ER , c’est un bon début, continuez , il y a plein de littérature à rééditer .

     

  • Attention c’est un conte réactionnaire et homophobe !
    l"... les hommes aimeront les femmes et les femmes aimeront les hommes ...." ... c’est de l’homophobie pure et dure ... Mme Fourest va débouler sur BFM TV et vous allez voir ce que vous allez voir bande de fachistomophobes !
    humour bien évidement !



  • "Seule la mort donne un sens à la vie ; et à quoi sert-il de vivre si la vie n’a pas de sens ?"



    Oula ! Le vieil homme coyote n’est absolument pas un sage ! Voilà une des ruses du malin pour écarter les humains de la Vie éternelle.
    Mais bon ! A chacun son truc !
    Dans ce conte, est répandue, encore une fois, une vision étriquée de la Vie éternelle, vision d’où est absente toute sagesse.

    Que celui qui a des oreilles entende !

    Toutatis

     

    • Et allez, encore un qui croit que seuls les occidentaux connaissent ou ont connus la sagesse.
      Les chinois, les indiens, les hindous, les arabes, l’afrique noire, non ?
      Pour le coup, c’est vous qui paraissez étriqué.
      L’influence hindous chez les néo-platonnicien, non ?
      La description des sphères célestes par Dante qui ressemble étrangement à celle des musulmans, non plus ?


  • Est-ce qu’il y a le conte du pantalon à une jambe aussi ? Une vraie leçon de vie.

     

    • Y a aussi le conte à re-bourre à ne pas confondre avec le compte à Montebourg.

      Mais vu que l’homme, en général, est sale et sanglant... pour les histoires à dormir debout, une 3é jambe pour trépied ça stabilise l’assise de l’écoute.


  • #1621588

    La sagesse des anciens … Le retour au bon sens et aux racines de l’Homme.


  • je recherche un conte arabe qui m’avait frappe. je ne me rappelle plus trop de l’histoire mais c’est sur le rapport qu’entretiennent certains parents avec leur garcon. de ce que je me souviens c’etait un pere et une mere qui avait un fils unique qu’ils idolatraient. au debut du conte,le garcon fait differentes choses banales voir mauvaises et a chaque fois ses parents se pament devant lui. Apres il me semble qu’il arrive une tuile au garcon. si quelqu’un pouvait me donner des references ou des pistes ce serait sympa.


  • J’en ai commandé deux l’année dernière à la même période. Très satisfait, je commanderai très probablement le prochain bouquin KK à l’attention de nos enfants.


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