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8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

Combien d’Allemandes violées par les Alliés à la Libération ?

Note de la rédaction

Article initialement publié le 8 mai 2015.

Comme les soldats de l’Armée rouge, les Occidentaux se sont aussi rendu coupables de viols de masse après la défaite allemande.

Un million ? Deux millions ? Il a toujours été très difficile de donner des chiffres exacts sur le nombre de viols en Allemagne après la défaite de 1945. « À l’époque, l’administration était incapable de relever ce genre de données », explique Miriam Gebhard, auteur d’un livre [1] remarquable sur le sujet paru au début du mois de mars, à l’approche des 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Avec ce best-seller, l’historienne a réussi à tordre le cou à une légende : celle du violeur russe. « C’est une image véhiculée pendant la guerre froide par la propagande occidentale contre l’Union soviétique », dit-elle. Or, selon elle, sur les 860 000 viols perpétrés par les « libérateurs », 500 000 ont été commis par les soldats de l’Armée rouge mais aussi 190 000 par les Américains, 50 000 par les Français et 30 000 par les Britanniques. « J’ai été surprise par l’ampleur des viols commis par les Occidentaux », lâche-t-elle.

 

Archives paroissiales

Faute de données officielles, Miriam Gebhard est allée puiser ses informations dans les archives des paroisses. Les curés des petits villages notaient minutieusement tous les événements de leur commune après la défaite. À Mossburg an der Isar (nord de Munich), par exemple, le curé Alois Schiml décrit des « viols systématiques » de la part des Américains. Les GI entraient dans les maisons et forçaient les hommes à quitter le logement. « Prises de panique, des femmes sautaient par les fenêtres », écrit-il dans son journal. « Dix-sept jeunes filles, abusées une ou plusieurs fois par des Noirs, ont été emmenées à l’hôpital », poursuit-il.

Les Afro-Américains n’étaient pas les seuls violeurs de l’armée américaine, insiste Miriam Gebhard. « Le racisme était encore très présent dans la société américaine. Les états-majors condamnaient donc surtout des Noirs », explique-t-elle. « Il était officiellement défendu de violer les Allemandes. Du côté russe, il y a même eu des exécutions », ajoute-t-elle.

 

Français logés chez l’habitant

Pour les soldats français, la situation était différente. « Ils logeaient chez l’habitant. On avait donc du mal à parler de viol parce que certains y voyaient des relations consenties », explique l’historienne. L’administration française n’ignorait pourtant pas le problème puisque ses fonctionnaires venaient en Allemagne pour annoncer que la France, qui avait besoin de main-d’œuvre, était prête à accueillir tous les enfants nés de ces viols.

L’historienne a également découvert que les Russes et les Américains avaient violé dans toute l’Europe pendant les campagnes de libération, les premiers en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie, les autres en France.

 

Abusée pendant un mois

Pourquoi toutes ces années de silence ? « Après la guerre, il était difficile de parler des victimes allemandes. On risquait de passer pour quelqu’un qui cherchait à relativiser l’Holocauste. Par ailleurs, le viol n’avait pas encore clairement le caractère d’un crime dans notre société. Enfin, les victimes avaient honte », explique Miriam Gebhard. Pour en finir avec ce lourd silence, elle est allée écouter celles qui ont accepté de parler 70 ans après les faits.

Elfriede Seltenheim, par exemple, était âgée de 14 ans à la fin de la guerre lorsque les soldats soviétiques sont entrés dans son village à l’est de Berlin. Elle a été abusée pendant un mois par les Russes. Aujourd’hui, à 84 ans, elle veut que les jeunes générations sachent ce que cela signifie. « J’ai d’abord désappris à rire. Longtemps après, j’ai désappris à pleurer. Mais c’était impossible car si on peut vivre sans rire, on ne peut pas vivre sans pleurer. »

 

Dernier tabou

En Allemagne, aucune personnalité politique n’a encore osé parler du sujet. Il n’y a eu aucune indemnisation, le viol des femmes est ignoré dans les musées consacrés à la guerre et aucun représentant de l’Etat n’a encore évoqué dans un discours la douleur de ces victimes oubliées par l’Histoire. A l’occasion des 70 ans de la défaite allemande, Miriam Gebhard tente de briser avec ce livre l’un des derniers tabous de la Seconde Guerre mondiale.

Notes

[1] « Als die Soldaten kamen » (Quand les soldats sont arrivés).

Pourquoi la Seconde Guerre mondiale est-elle encore si présente ?
Des réponses, chez Kontre Kulture :

Voir aussi, sur E&R :

 



Article ancien.
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48 Commentaires

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  • #1180423
    le 08/05/2015 par Ravenor
    8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

    Le lot de toutes les guerres depuis toujours.

     

    • #1180455
      le 08/05/2015 par borussia1871
      8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

      Pas tout à fait. Car contrairement aux autres guerres, ces "violeurs" se définissaient comme des Saints défenseurs de la liberté, de la morale, de la justice dans une croisade contre la barbarie. Il me semble qu’à l’époque, c’était un cas unique d’hypocrisie entre ce qui étaient dit dans les médias et ce qui étaient fait aux populations.


    • #1180708
      le 08/05/2015 par bofpwr
      8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

      Pas vraiment borussia1871 - à l’époque, pour les anglo-américains, il s’agissait avant tout de botter le cul d’Hitler et faire barrage aux Soviets. La version dramatique enseignée par le catéchisme contemporain a été élaborée à postériori.


  • #1180454
    le 08/05/2015 par fred89
    8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

    Ah bon ! Les héros de la libération ne se contentaient pas, après les combats, de traverser villes et villages une fleur entre les dents, pour distribuer des tablettes de chocolat ?
    Oh que je suis déçue !


  • #1180478
    le 08/05/2015 par Paul Dupont
    8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

    "L’un des derniers tabous", j’en connais un autre moi ! Qui n’est pas près d’être brisé celui-ci !


  • #1180481

    Bon à savoir :
    « Les soldats Français :
    Cette affaire est montée en épingle là où on passe sous silence la mort de millions d’hommes programmée ( : j’attise la guerre pour vendre des armes. C’est à présent le plus gros budget des États qui font poids dans le monde, au détriment de l’Éducation, de la culture de la Paix). Plus on en parle, (de cette affaire des soldats Français) plus on salit l’Armée Française. C’est voulu. Et le gouvernement français est incapable de défendre son Armée. Il l’utilise à des fins stratégiques, sans but clair et concerté, sans même avoir reçu l’aval des Généraux. Nous sommes dans une dictature des plus totalitaires et personne ne dit rien ! L’escalade ne peut conduire qu’à la guerre totale programmée et voulue. » Clefsdufutur-Actualités-03.05.2015-


  • #1180507

    Le "pire" sous la triste egide de la non moins triste Republique dite Francaise, ce furent les exactions des troupes coloniales en Foret Noire. Lire l’excellent travail en cinq volumes de Heinz Roth paru en 1975 qui est factuel et d’une nettetee qui ne laisse rien a desirer sur le sujet et les annexes. Serait a traduire et a ajouter a la liste de KK.

     

    • #1180665
      le 08/05/2015 par VORONINE.
      8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

      Mon père a participé aux combats de la TUNISIE à l’AUTRICHE , en passant par l’ITALIE, la CORSE, la PROVENCE , avec un groupement de tabors .....Ce qu’il m’a raconté dépasse l’imagination , tant dans le domaine du courage , de la fidélité au chef,que des dérapages . Au combat, parmi ces goumiers, il y en avait toujours un qui portait un casque rempli de braises pour qu’au moment souhaité , le chef ait son quart de jus chaud . C’étaient des pillards : ils volaient les montres, qu’ils portaient le long du bras , lorsque l’une s’arrêtait , ils la jetaient .Ils volaient les robinets, les ampoules électriques , et tout un tas de trucs inutilisables mais qui leur plaisaient , ils entassaient le tout dans des landaus de gosse , et régulièrement il fallait pousser un coup de gueule et tout leur faire abandonner .Dans certaine ville allemande , bombardée, en feu , il les a vus balancer un piano à queue du troisième étage dans la rue, pour voir le bruit que pouvait produire cet engin En ALLEMAGNE et en AUTRICHE , le logement chez l’habitant posait des problèmes et dès l’installation de la section dans un village , le burgmestre, le curé , parfois quelqu’un parlant français , s’empressaient de venir présenter leurs respects au chef de detachement , s’assurant qu’il était catholique , et venaient l’inviter à la messe ou sa place était réservée , dans le chœur , avec les autorités locales . Dans les unités bien tenues, il y avait peu de problèmes graves .


  • #1180580
    le 08/05/2015 par Leïla
    8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

    Ces soldats me dégoûtent. Certains doivent être en enfer en ce moment. Les autres, qu’ils patientent leur tout viendra.


  • #1180581

    Ma propre mère a failli se faire embarquer par des GI’s à la "Libération", mais comme elle était bilingue, elles les a engueulé dans leur langue, ce qui les a déconcerté et ils l’ont laissé partir...

     

    • #1180668
      le 08/05/2015 par VORONINE.
      8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

      Les problèmes avec les américains ne se sont pas limités à la "liberation "....ils se sont poursuivis jusqu’à ce que de GAULLE les vire de FRANCE .


    • #1182174
      le 10/05/2015 par Kenzan
      8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

      @VORONINE



      Les problèmes avec les américains ne se sont pas limités à la "liberation "....ils se sont poursuivis jusqu’à ce que de GAULLE les vire de FRANCE .



      Les GI n’ont pas attendus la libération pour commencer leur exactions : Déjà bien avant, en Angleterre ! (beaucoup de viols sur des Anglaises notamment. Comme par exemple la femme du futur écrivain Anthony Burgess... Et c’est ce sordide incident qui lui inspira son Orange Mécanique...)


  • #1180652
    le 08/05/2015 par Pierre Ghi
    8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

    8 Mai 1945 : libéralistes et esclavagistes.


  • #1180735
    le 08/05/2015 par Anonyme
    8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

    Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse... La barbarie des gens soi disant "civilises"...


  • #1180834
    le 09/05/2015 par bonno
    8 mai 1945 : libérateurs et violeurs

    Pourquoi "aussi" ?