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De tout cœur dans la mêlée : retour sur le parcours de Georges Bernanos

De Maurras à de Gaulle, des Camelots du roi à la France Libre, de la militance de terrain à la solitude prophétique, la trajectoire politique de Bernanos est une des plus fortes du XXème siècle.

 

 

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17 Commentaires

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  • Georges Bernanos a "résisté" au Brésil de 1938 à 1945 . Pourtant dans une lettre à Paraz de 1948 Céline déplore sa disparition quand il apprend son décès .

     

    • Bernanos devait nourrir 5 enfants, sans beaucoup d´argent, et avec une santé fragile. Il était effectivement anti Pétain et pro de Gaulle, ce qui le rend républicano-compatible, et le système peut le refourguer sur France Culture. Pour un peu, le système serait capable d´en faire une égérie du national-sionisme.
      Son évolution politique est étonnante.

      Bernanos est un génie de la langue et de la pensée que plus personne ne lit. Il y a 40 ans, on lisait Le Journal d´un curé de campagne au lycée, maintenant c´est Annie Ernault et autres conneries contemporaines. Kontre-Kulture serait bien avisé de le coller dans ses classiques. Un hônnète homme doit connaître Bernanos.

      La grande question sans réponse est de savoir comment ce génie de la réaction a pu enjendrer un arrière-petit-fils comme Antonin Bernanos, gauchiste antifa de première.


  • "La Chrétienté a fait l’Europe, la Chrétienté est morte, l’Europe va crever."
    Georges Bernanos

    Ceci pour ceux qui font des gorges chaudes sur les non-chrétiennes racines de l’Europe et qui déblatèrent à longueur de commentaires que non, ce sont les Juifs qui l’ont construite ; ou peut-être les musulmans, ou encore les normands, les rois du Mali peut-être ?

    A vingt et un ans j’avais presque tout lu de Bernanos et ça m’a évité de tomber dans le gauchisme et le boboïsme. Mais lisez "La France contre les robots", c’est absolument prophétique tout comme Céline, un autre grand esprit celui-là, dans un autre genre tout aussi intéressant.

    Viktor Von Berg


  • Sur France culture ?!?


  • Les arrière-petit-fils Antonin et Angel ont trahi Georges.
    L’une des raisons en est (j’imagine) qu’ils ne sont qu’en partie français de sang, mal dans leur précieuse petite peau.
    Un de leurs acolytes de bonne famille, le "sociologue et philosophe" Geoffroy de Lagasnerie (un jeune morveux aussi) se tweet-offusqua quand Antonin ne fut pas traité selon le rang dû à un "fils de".
    "la police a choisi d’agir avec une précipitation absurde, avec brutalité, en venant avec une quinzaine d’hommes, à 6h du matin,en défonçant au bélier la porte de chez sa mère..."
    Vapeurs, syncopes.
    N’oublions pas qu’Antonin, dont le slip dépassait du pantalon, et qui fut soutenu par toute la valetaille, a tapé sur un policier avec une barre de fer alors qu’un autre incendiait le véhicule de ce policier.
    Il a le prénom d’un écrivain devenu fou après prise de psychotropes : Artaud, sans doute plus lu par ses parents que Georges.
    Après les manifs incendiaires de bon ton, les frères de bonne famille regagnaient le confortable logis de maman dans le quartier Montparnasse, anciennement peupl" d’écrivains.
    Dans n’importe quel pays il aurait eu combien ?
    Georges en aurait fait un roman pessimiste.

     

    • #2022658

      1/2
      Bernanos comme écrivain fut immense, difficile à classer, mais il est indéniable qu’il avait une part un peu gauchiste, plus anar de gauche que de droite, c’est-à-dire plus épris de liberté que d’esprit de corps.
      exemple avec ses « grands cimetières sous la lune », dans lequel il prend le contre-pied de « son » camp, dans un grand souci de faire donner sa voix, sa voix personnelle. Lui qui comparait l’église militante à l’armée (dans un curée de campagne) n’est pas un homme de combat (sauf quand il engage sa jeunesse et sa sentimentalité, dirigée de bas en haut : peuple contre chef… encore un penchant « gauchiste »). Il peut raconter toutes les exactions des milices franquistes dans le petit coin de Majorque, qui cela peut surprendre ? Les excès de la guerre, initiée par les rouges rappelons-le, n’arracheront un cri de sa part que pour attaquer sa « famille » (clergé, armée…). Une guerre civile ! que peut-on attendre d’autre que de l’arbitraire, de la vendetta, de la confusion ? Est-ce que le clergé a été si détestable, je veux dire : plus détestable que jamais ? comment se sont formées les nations, les églises, à l’origine ? sur du consentement mutuel et pacifique permanent ? Ne sommes-nous pas revenus à ces temps originels, chaotiques, où tout se (re)bâtit dans la violence, dans les grands mouvements, les grandes invasions (avec une puissance de destruction plus grande, bien entendu, c’est là le problème).
      Sa plume ne naît que dans l’opposition à ce qui est proche de lui (le milieu catholique). Son souci est de rester isolé, de témoigner en homme libre. Sous Philippe le Bel, il aurait critiqué le procès des Templiers et la pusillanimité du pape, sans vision à long terme, simplement scandalisé par ce qui écorcherait sa conscience, ici et maintenant. C’est un homme de gauche tout à fait moderne, soucieux d’étaler ses divergences. Il est de notre temps, celui des combats des derniers siècles, des combats de masse où les esprits forts cherchent à tout prix à faire île, pour ne pas être écrasés dans l’anonymat des massacres. C’est pour cela que la gauche triomphe, elle est la réponse la plus désirable qu’un individu sophistiqué, excité de concepts, puisse trouver pour avoir encore l’impression de garder sa dignité, son unicité, et échapper aux courants forts. Je témoigne en homme libre, je suis inclassable.. au risque de finir sur franc culture.


    • #2022660

      2/2
      L’histoire fasciste n’aura finalement pas été bien longue.. l’histoire gauchiste, elle, n’en finit pas. Je ne pense pas que Bernanos ait été très visionnaire sur ce coup. D’ailleurs il n’a pas cherché à l’être, mais à réagir à un climat ambiant qui le révulsait.
      Et Aujourd’hui, que ferait-il ? difficile à dire… il a tellement semblé tourner le dos à la tradition, il a tellement honni ce milieu qu’on peut penser qu’il aurait tourné de plus en plus catho de gauche avec le temps, gardant pour seul rempart sa sentimentalité espagnole, monarchiste (mais monarchiste en rêve, tellement loin des hommes que la monarchie a créés, trop épris de liberté, trop porté à remuer en lui les couleurs et le panache du témoin libre en milieu démocratique, plutôt qu’à conserver une foi granitique et disciplinée sous le fouet et les semonces de l’ordre… plus impressionniste que classique quoi..). Oui peut-être écrirait-il en faveur des migrants, contre les milieux catho réacs. La couardise du clergé actuel, ne mettant pas concrètement les mains dans le sang, lui semblerait moins odieuse… enfin personne ne peut le dire, mais pour ma part, je ne m’étonne pas de la créature Antonin. Elle est le penchant tragique de notre temps, auquel nous cédons tous, au moins un peu. Et la colère d’un Bernanos peut bien rejaillir sous ces traits-là, après plusieurs décennies de radicalisation, de mésintelligence, de morosité et d’impuissance.


    • Nvy, et talon dans les gencives, je me coucherai moins sot ce soir, grâce à vos raccords, qui semblent limpides.
      J´avais pas fait le rapprochement avec Antonin Artaud dont on rabat les oreilles sur le génie. D´une facon générale c´est tous les timbrés, drogués, homo revendiqués que la faculté met en avant, Malraux, Sartre, Artaud, Genet... bon ou mauvais ils sont récupérés comme égérie ; type Kerouac qui n´a jamais voulu que son expérience soit un mode de vie, écrivain patriote qui crachait à la gueule des beatniks qui venait le visiter à la fin de son alcoolisme.
      Même Hugo farouche opposant au sytème est repris par le républicanisme pour son opposition au terrible tyran Napoléon III, et ses tables tournantes, son retour sous la IIIè République...

      Georges mort jeune n´aurait pas craché sur ses admirateurs s´il avait eu une solide santé. Il recoit Zweig à Rio avant que celui-ci, autre gauchiste, ne se suicide. Étrange d´écrire des chefs d´oeuvres de la désolation moderne comme Le Journal d´un curé de campagne ou Monsieur Ouine, et de terminer à Rio, puis Neuilly. Il y a du génie, une cohérence interne, qui donne 3 générations plus tard des zombies comme Antonin, dont le papa est un pur gaucho de l´Éduc Nat.
      Là on est au bout avec Antonin. Qu´est-ce-que cela pourra donner la génération suivante ?

      On peut donc passer Bernanos sur France Culture, pas plus, il regrette quand même la France catholique. C´est la ruse ultime du système, bourrer le crane aux ouvriers avec Hanouna, et France Culture pourles cadres.


  • "@Nvy, @talon dans les gencives, @Gilles

    La miséricorde, la compassion, l’empathie ne sont pas plus de gauche que de droite. Lire ici que Bernanos était gauchiste, ça c’est le ponpon !
    Dans "La grande peur des bien-pensants" Bernanos fait l’éloge à longueur de page de Drumont, l’antisémite notoire.
    Dans "Français si vous saviez." il avertit des périls de la modernité, du manque de spiritualité profonde des êtres qui naissent, de la manipulation des masses par les élites, du règne de la quantité...
    Il était pour un christianisme compatissant, solaire, viril et non pas hypocrite, qui n’avait pas peur de mettre les mains dans la pâte humaine.
    "Sous le soleil de Satan" est un des romans les plus réacs de son temps, si bien que celui qui a osé en faire un film, Maurice Pialat, a reçu son prix sous la huée des journalistes bien-pensants et pour le coup gauchistes...
    Bernanos n’aimait pas les hypocrites et bien que n’aimant pas les juifs financiers et francs-macs de son temps, il recevait Zweig parce que celui-ci était une bonne personne.
    De plus on n’est pas responsable de ses descendants. Chacun exprime le monde comme il le ressent et l’homme est complètement libre devant Dieu plus que devant les hommes. Vous aurez peut-être des descendants qui seront comme vous, comme le contraire. Il ne s’agit pas de singer ses ancêtres mais d’être soi, même si c’est être un gauchiste, un sombre imbécile, un génie inadapté socialement, Antonin appartenant aux deux premières catégories. On peut toujours évoluer parce que dans la vie on peut recevoir des grâces...
    Je vois donc que les pharisiens sont désormais dans tous les camps mais à la fin des fins, c’est à Dieu que nous rendrons des comptes et nos "ressentis littéraires" ne pèseront pas lourd dans la balance à ce moment...
    Cordialement.

    Viktor Von Berg un catho dit "tradi".

     

    • Bernanos gauchiste c´est un peu reducteur, mais il y a une filiation.

      Quand on crie haro sur Franco et vive la révolution bolchévique planqué à Majorque c´est louche de manichéisme. Moins délirant que L´Espoir de Malraux, mais on recommendera Hommage à la Catalogne de Orwell qui lui l´a faite la guerre d´Espagne et décrit bien le merdier du camp du bien, et l´indifférence de la bourgeoisie des villes face aux braves gens qui vont se faire trouer la peau.

      Sous le soleil de Satan a été subventionné et palmé. On attend Le Voyage ou un film sur l´esclavage des africains. Les faits sont têtus.
      " il recevait Zweig parce que celui-ci était une bonne personne." Bonne pour qui ? Zweig faisait parti de l´intelligentsia viennoise du XIXè, apparu suite à la prise de pouvoir des financiers cosmopolites. Zweig était un militant israélien carabiné qui a écrit des trucs que j´adorais jeune, avec le temps... assez quelconque.
      Wiki dit : " En 1932, sa collaboration au Figaro, racheté par le parfumeur François Coty, entraîne une violente polémique avec l’Action française et sa rupture publique définitive avec Charles Maurras." Ca pique.
      Faire l´éloge de Drumont, mais défendre la révolution communiste en Espagne, le système siono-financier est assez immoral pour retomber sur ses pates et faire avancer le plan d´asservissement généralisé. Laisons-le soutenir Drumont mort depuis 20 ans, mais la guerre et ses raisons, pas touche.

      Je reste un admirateur du Journal d´un curé de campagne, mais en analysant sèchement passer de l´Action Francaise à défenseur de de Gaulle en 40, anti-pétainiste, pro coco en Espagne, il y a clairement du gauchisme dans l´air, un personnage qui a évolué. Et qui finit sa vie à se bronzer à Rio.

      Le type n´est pas un drogué dégénéré type Sartre ou Malraux attendant la Libération au Flore, mais il y a une évolution de la radicalité d´avant-guerre, au monde du bien de l´après quand même un petit peu.

      Ce qui est frappant c´est de lire les écrivains qui auraient été à la mode si le camp du mal l´avait emporté, de l´écriture hônnète comme Bardèche ou Brasillach, que le gauchisme universitaire a progressivement laissé dans l´oubli au dépens des écrits de femmes, d´Élie Wiesel, Primo Levy ; ou des penseurs de l´extrême comme Foucault... Bernanos fait un peu le pont, c´est encore tolérable par le système.


    • #2023175

      1/3
      je ne dis pas qu’il était gauchiste ("inclassable") mais qu’il avait un penchant que l’on pourrait appeler aujourd’hui "de gauche" (les concepts s’étant rigidifiés). Ou pour dire autrement, je pense que ledit Antonin saurait trouver dans l’œuvre de son aïeul de quoi se réclamer.
      Je ne juge pas Bernanos, j’essaie au contraire de montrer à quel point un homme n’est pas isolable de son époque. Bernanos a été tel qu’il a été pas seulement par tempérament, mais en réaction avec son époque. Il a vécu la guerre et les grands massacres, broyant tous les hommes ensemble, humiliés par la machine. Et nous, nous le regardons depuis les décennies qui lui ont succédé, dont il n’est pas personnellement responsable, mais qui apportent un éclairage autre. Antonin aussi arrive après ces décennies, et il n’est pas question de chercher une hérédité scientifique dans tout cela, simplement de créer des ponts, et de dire en quoi cette "filiation" n’est pas si absurde qu’elle puisse paraître (un "grand écrivain catholique" accouchant d’un antifaciste abruti).
      Et c’est aussi avec mes yeux d’homme enlisé dans mon époque que je suis obligé de le recevoir avec des réserves, tout en comprenant l’homme.
      Par exemple, prenons son personnage de mouchette, qui semble lui tenir à cœur : jeune + fille. aujourd’hui ça donnerait jeunisme+féminisme, pile dans la gauche. Bien sûr Bernanos arrive avant ces -ismes, et ne prétend pas à en faire un système (quoique, il met souvent en avant la jeunesse en tant que jeunesse). Mais nous, d’où nous parlons, après des décennies de gavage (jeunesses manipulées, fausse-innocence féminine…), on ne peut s’empêcher d’être un peu agacé. Ce fut peut-être une trouvaille à l’époque, aujourd’hui c’est un lieu commun qui le rend très compatible avec la bienpensance contemporaine (qui n’est pas exactement celle de son époque, bien sûr).


    • #2023176

      Donc mouchette (sous le soleil de satan) : une pauvre petite pleine d’ardeur victime de l’ordre bourgeois mâle (hypocrisie, faiblesse..). Bon.. il y a bien d’autres lumières dans cette œuvre, mais certains (dont un Antonin) pourraient choisir de retenir cet angle, sans trahir complètement l’auteur. Un Bloy, lorsqu’il veut construire une héroïne, il la fait catholique avant tout. C’est cela qui la rend admirable selon lui. Un Bernanos la veut avant tout jeune, pleine de vivacité, de révolte...je suis désolé, cette image (ce totem) m’est un peu « gauchiste ». J’aurais du mal à n’y mettre que de la sympathie, alors que je suis certain que Bernanos voulait que ce personnage attire l’empathie. D’ailleurs, entre nous et lui, il y a Pialat effectivement, et perso je trouve Sandrine Bonnaire assez insupportable dans son rôle (arrogante, pimbèche..). Ce n’est sans doute pas comme ça que l’imaginait Bernanos, mais n’empêche que Pialat, à mi-chemin d’Antonin, a choisi de faire incarner Mouchette de cette façon, prouvant qu’il y a une réception de l’œuvre de Bernanos qui, avec le temps, se gauchise, sans qu’il faille en rendre l’auteur totalement responsable, mais sans non plus rejeter toutes les raisons qui rendent possible cette « mésalliance » à distance.


    • #2023177

      3/3
      Je terminerai en précisant que Bernanos est sans doute un chrétien qui croit réellement que le christianisme est mort (en ce sens il est bien plus pessimiste qu’un Bloy). Aussi ne s’adresse-t-il plus à une famille en laquelle il ne croit plus, et qu’il méprise car elle a échoué. Il s’adresse à ce qu’il croit être encore une petite flamme (le cœur d’une mouchette), chrétienne ou non peu importe, en essayant de la lire et de l’aimer en chrétien. Faisant un pas vers la masse, vers le petit peuple (et non vers l’élite), il espère le toucher, lui dire : « je te comprends bien toi la jeunesse intrépide que la lâcheté et la tiédeur bourgeoise n’a fait que trahir. Je te comprends bien… même quand tu deviens communiste ». Il n’a pas choisi le camp communiste contre le camp franquiste (il s’est d’abord montré enthousiaste pour la réaction franquiste, son fils s’enrôlant même dans la phalange), il s’est simplement ému davantage pour les exactions commises par les détenteurs de l’autorité nationale légitime, plutôt que de celles commises par les « terroristes » internationalistes…Pour la même raison qu’un cerveau (plus simpliste que le sien) s’émeut davantage aujourd’hui pour une bavure policière que pour une bavure de malfrat. Voilà le lien Georges-Antonin à mon avis (toutes proportions gardées…)


    • Passionnant. Le plus dur est de contextualiser une époque.
      Sur Bloy par exemple, j´avais écouté une émission de Bardèche sur lui, une présentation de son livre. Bloy était un cintré, illuminé, qui après des tentatives anars, rencontre un jour Barbey La référence, sur les quais de Seine, et vire sur ses conseils, catholique intégriste.

      Dommage que Bernanos soit mort jeune, 60 ans, 1948. Comment aurait-il vécu Mai 1968 ? Aurait-il évolué, vers du Bardèche, Nuremberg ou la terre promise , ou aurait-il continué les conneries de l´existentialisme, prélude élitiste à la " révolution " sexuelle ?

      Je ne sais pas qui est dans le vrai, de Bloy, Bernanos ou un autre, et ce n´est pas le problème. Il y a Céline au-dessus qui est dans le vrai, pour le reste difficile de se positionner. Une fois qu´il n´y a plus de spirituel, que la société de consommation se met inéluctablement en route, comment se positionner ?


  • @Gilles @talon dans les gencives

    Malgré vos démonstrations, je récuse l’épithète de "gauchiste" pour Bernanos. Si avoir de la compassion pour les déshérités, les victimes innocentes, alors il était un peu de gauche comme je le suis peut-être moi-même.
    Bernanos semble de gauche parce qu’il reste un catholique fidèle au message du Christ alors que Céline n’est pas encombré par le christianisme puisqu’il est complètement athée, ce qui lui donne un côté plus "trash" droite féroce.
    On est toujours le gauchiste de quelqu’un et n’oubliez pas la devise de E&R "A droite des valeurs, à gauche du travail." ce qui vous (nous) fait passer pour des gauchistes pour les thuriféraires des sites nazillons comme Démocratie Participative et autres pseudo-natio...
    Je sais qu’à vingt ans Bernanos tout comme Céline dans un autre genre m’ont amené à être méfiant vis à vis de toute structure politique et à échapper justement au gauchisme de mai 68 que j’ai vécu quand vous, peut-être, commenciez juste à téter vos mamans.
    J’ai lu et je relis encore Bernanos et Céline et plus je vieillis plus je me rends compte que ces types à leur façon avaient bien vu ce qui allait se passer avec les français, peuple de veaux s’il en est. Je ne mettrai donc pas l’un au-dessus de l’autre car pour moi, celui qui est très au-dessus, c’est le Christ Roi. Un gauchiste, peut-être, lui aussi ?...
    Cordialement.

    Viktor Von Berg

     

    • #2023720

      Il y a une différence entre avoir de la compassion, s’unir en prière (acte strictement chrétien), et rédiger un pamphlet à visée politique. Bernanos a fait un choix à l’époque, il aurait pu en faire un autre, tout en gardant de la compassion pour ses ennemis.
      Il y a différente manière de vivre et d’agir tout en étant membre de l’Eglise du Christ, nous ne sommes pas une secte.

      Plutôt que d’enregistrer nos "démonstrations", vous pourriez peut-être nous expliquer quelle attitude, quel combat a-t-il livré qui le placerait très à droite selon votre vision ? Tout en sachant que ce sont des marqueurs qui peuvent avoir un sens différent aujourd’hui par rapport à son époque. Pour ma part j’ai essayé de distinguer entre liberté (soucis d’indépendance, au risque de diviser) et esprit de corps (garder pour soi ses divergences, ses réserves, et défendre l’institution), l’un me semblant tirer à gauche (figure de l’intellectuel..), l’autre plus à droite (clergé, armée...).
      Je classerais Bernanos en écrivain catholique, mais pas spécialement de droite (s’il faut aller vers ce genre de classement forcément peu subtils). Je crois qu’il n’est resté fidèle à une certaine posture dite de droite (monarchiste) que par fidélité d’abord à son enfance (éducation héritée de son père) et son adolescence (militantisme, figure de son "maître" Drumont). Une sorte de loyauté sentimentale envers sa jeunesse (capitale pour lui), qui le poussait d’abord à toucher la sensibilité de son auditoire ("j’ai juré de vous émouvoir"), mais toutes ses évolutions d’homme l’en ont éloigné à mon avis, de par ses voyages, son expérience de la grande guerre, ses déceptions politiques... en gros il faudrait mettre de côté l’os (doctrine monarchiste, antidémocratisme) et la chair qui a fleuri dessus, de par sa vie, sa vie en propre, non tributaire des témoignages du passé, et tournée vers les désirs de son temps. Il ne faut pas nécessairement le voir comme un écrivain de la gauche de son époque, mais savoir discerner cette évolution qui, si l’on suit ce commencement de virage (arrêté à sa mort, en 1948), et si on le prolonge en pointillé jusqu’à nos jours, semble devoir aboutir plus à gauche qu’à droite (en pure théorie, sans savoir si la deuxième partie du siècle ne l’aurait pas justement forcé à revenir plus à droite, corrigé certaines positions, etc.... Mais une seule vie peut-elle supporter l’énormité d’un tel siècle...).


  • Une configuration d’échange de posts agréables et sympathiques ; j’en redemande et invite, si ce n’est déjà fait, à lire Le successeur de Pierre de Jean Michel Truong dans un esprit plus ou moins similaire à Kaputt de Curzio Malaparte pour une retrouvaille de lucidité première...
    Merci papa, merci maman...
    Bon, passons, et bonne continuation.