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Les mouvements de résistance de Gaza renforcent leurs liens avec Téhéran

Téhéran a donné plus de 250 millions de dollars par an au Hamas. Cela a permis au mouvement de résister aux sanctions internationales. Cependant, ce montant n’est plus la question centrale depuis que la dernière guerre a montré que Gaza ne pouvait se défendre qu’avec le matériel et les armes que l’axe de la Résistance [Iran, Syrie, Hezbollah] avait lui-même mis au point.

La relation entre le Hamas et l’Iran remonte à 1991 et s’est développée graduellement jusqu’au début de la crise syrienne. Ensuite, le Hamas a pris des positions différentes de celles de l’axe de la Résistance à plusieurs reprises. Mais aujourd’hui, le mouvement des Frères Musulmans reconnaît son erreur.

Les Frères Musulmans d’Égypte ne peuvent plus aider Gaza, et Gaza n’a pas de frontière commune avec le Qatar ni la Turquie. L’ambition de Doha et d’Ankara pour les Palestiniens est tout au plus un État palestinien dans les frontières de 1967, ce qui est la demande du Fatah, et il n’y a que l’Iran qui oser parler de la libération totale de la Palestine.

Bien que le dialogue entre le Hamas et l’Iran soit postérieur aux liens de ce pays avec le Fatah et le mouvement du Djihad Islamique, leur relation s’est développée pendant la seconde intifada et s’est encore fortifiée avec la formation du gouvernement du Hamas à Gaza et le soutien financier déterminant de la République Islamique.

La lune de miel a vite été interrompue par la crise syrienne en 2011 et le départ des leaders du Hamas de Damas. Pourtant la dernière guerre menée contre le mouvement et d’autres factions palestiniennes pendant 51 jours a alerté l’Iran qui a remis l’amélioration des relations bilatérales au centre de ses préoccupations, et le Hamas en a fait autant.

Selon des sources émanant du Hamas, certains membres du Hamas, surtout à Gaza, veulent consolider les liens avec l’Iran. Mais, pour être franc, il sera difficile de convaincre la base de cette nécessité à cause de la position sur la Syrie et le Yémen, et du sentiment grandissant que les armes fabriquées localement et les propres capacités de la résistance palestinienne sont suffisantes. Mais les récents événements au Qatar et en Turquie pourraenit changer la donne.

Selon les sources, si le Qatar et la Turquie expriment volontiers leurs sympathies envers le Hamas, ils sont par contre incapables de jouer un rôle militaire et sécuritaire, sans parler d’un rôle politique clair, dans le conflit. C’est particulièrement vrai de la Turquie, qui est « membre de l’OTAN et qui pourrait se retrouver en position gênante. » Le Hamas en a pris conscience, lorsque, il y a trois ans, Ankara a refusé d’accueillir une réunion du Conseil Général de la Shura, selon les sources.

Avec le Qatar, toujours selon les sources, il y avait un accord incluant plusieurs prises de position communes sur la crise et ses solutions. Sur cette base, « le politburo [du Hamas] était autorisé à opérer à Doha, mais la Résistance n’était pas financée. » Selon les sources, plusieurs prisonniers déportés au Qatar ont quitté le pays et on les a vus à la télévision, sur la chaîne al-Aqsa. « Cela a été synchronisé avec les démarches du Qatar pour être réintégré au sein du Conseil de Coopération du Golfe. »

Ce qui s’est passé après la guerre a amplement convaincu les dirigeants de Gaza que le seul pays en mesure de soutenir le Hamas militairement et officiellement était l’Iran. D’autres sources émanant de la direction du Hamas ont révélé que des réunions ont été organisées récemment à Beyrouth entre des officiels de l’Iran et du Hamas pour concrétiser cette alliance. Il a été décidé une série de « pas en vue d’améliorer les relations bilatérales. » Selon les sources, l’instigateur de ce rapprochement est Mahmoud al-Zahar, un membre du politburo : « Il faut développer nos moyens de résistance et réorganiser nos relations avec des états qui sont prêts à nous aider de manière désintéressée. »

Même l’aile pro-Qatar a récemment approuvé la position de Zahar. Moussa Abu Marzouk, le second représentant du politburo, a dit que l’Iran avait joué un rôle capital dans « le soutien des préparatifs de l’opération d’al-Asf al-Maakoul, au cours de laquelle la Résistance palestinienne a confronté l’occupation avec des missiles iraniens ainsi qu’un système de roquettes artisanales fabriqué sur le modèle iranien. »

« L’opinion générale du Conseil Général de la Shura et d’une partie des membres du bureau politique est que le Hamas doit améliorer ses relations avec l’Iran pour que les choses redeviennent comme avant » insistent les sources émanant du Hamas. Ce qui doit être noté, c’est l’appel à améliorer l’approche stratégique de « pays modérés » comme la Jordanie et l’Égypte, pour permettre au mouvement de sortir de la crise actuelle, considérée comme très grave.

L’officiel du Hamas, Ahmed Youssef, a parlé de « discussions internes insistant sur le besoin de restaurer les relations avec la République Islamique et le Hezbollah. » Dans un communiqué de presse, il a affirmé que le mouvement était redevable à l’Iran et qu’il était « indispensable de le prendre en compte à l’avenir ». Selon Youssef : « c’est l’Iran qui s’est comporté de la manière la plus honnête vis à vis des Palestiniens et qui a donné le plus à la région. Il a fourni aux Palestiniens des millions de dollars sans en faire tout un plat. » À propos de l’absence de l’Iran à la conférence sur la reconstruction de Gaza, Youssef a dit : « L’Iran n’a pas besoin d’y être invité pour contribuer, la contribution de l’Iran n’est pas liée à sa présence à la conférence. »

La direction du Djihad Islamique s’est rendue à Téhéran pour rencontrer le Chef Suprême de la République Islamique Ali Khamenei. Abu Imad al-Rifai, le représentant du Djihad Islamique au Liban, a dit que c’était « [une visite] décisive à un état qui revêtait une importance capitale dans le soutien à la Résistance. » La réunion portait sur des « questions tout à fait prioritaires, comme de soutenir la résilience du peuple de Gaza en temps de guerre. »

À cette réunion, étaient présents le secrétaire général du Djihad Islamique, Ramadan Abdullah Shalah, son adjoint, Ziad al-Nakhaleh, son représentant à Téhéran et d’autres personnalités. Deux questions principales ont été abordées : Jérusalem et la situation dans les Territoires occupés de Cisjordanie.

Mais Abu Imad al-Rifai ne pense pas que la visite « à ce niveau et à ce moment précis, signifie que le Jihad Islamique remplacera le Hamas par la République Islamique. Bien que la dernière bataille ait accru la force des relations, les médias vont trop loin dans leurs projections. » Concernant la relation avec l’Iran, « il est clair que personne ne remplacera personne, chacun ayant son rôle à jouer », a déclaré al-Rifai à al-Akhbar.

En ce qui concerne le soutien des Iraniens à la reconstruction de Gaza, selon des sources émanant du Djihad Islamique, « leur soutien complètera celui des autres pays donateurs. Il inclura aussi des aspects humanitaires qui ne sont pas couverts par les autres.  » Quant à la question de la manière dont sera acheminée l’aide, « la Résistance utilisera tous les moyens nécessaires. »

« L’armement de la Cisjordanie », cependant soulève la question de comment et quand ? « Après l’expérience de trois guerres [contre Gaza], nous sommes arrivés à la conclusion qu’on ne pourrait pas libérer la Palestine depuis Gaza » a expliqué Rifai. « On ne pourra y arriver qu’en armant les territoires occupés de Cisjordanie et en les impliquant dans la lutte, en se servant de leur situation stratégique pour changer l’issue de la bataille. Le fait est que l’occupation de la Cisjordanie, au travers principalement des colonies et des centres de détention, nous met en état d’alerte perpétuelle. »

Qu’en est-il de l’Iran et du Hezbollah ?

Selon Moussa al-Kanani, un expert de l’Iran, chercheur au Centre des Études Stratégiques en Iran et au Moyen-Orient, la République Islamique a une « position stable et qui ne changera pas sur le soutien aux Palestiniens. Selon la constitution, le Leader Suprême élabore les stratégies et orientations politiques générales du pays, ce qui comprend le soutien à la Palestine. » Selon Kanani, « les centres de pouvoir de l’état iranien font en sorte que le soutien politique et financier au Hamas ne s’interrompe pas. Les comptes-rendus des réunions entre les deux partis ne mentionnent pas ce genre de chose pour des raisons de sécurité. L’Iran est prête à recevoir le politburo du Hamas. »

Le Hezbollah ne dit pas autre chose. Hassan Hobballah, qui a la charge du dossier palestinien, a affirmé que les relations avec toutes les factions palestiniennes seraient renforcées « en dépit des différences d’opinions, parce que la résistance est un facteur d’unité. » Hobballah a déclaré à Al-Akhbar que le Hezbollah et le Hamas s’étaient réunis récemment et qu’il y avait « des échanges téléphoniques réguliers entre Hassan Nasrallah et Khaled Mishal. »

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2 Commentaires

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  • Faire confiance de nouveau à la branche politique du hamas,qui a trahi une première fois et qui est hebergé au Qatar,cela ne me semble guère opportun.Ils ne sont pas fiables.

    En revanche le djihad islamique est resté droit et mériterait d’occuper la place principale de la resistance mais seule une union de tout les palestiniens de Gaza à la Cisjordanie pourra faire pencher la balance mais certains états vendus(les monarchies du golfe,Jordanie,Egypte) s’y opposent.


  • Un nettoyage en profondeur de la branche politique du Hamas s’impose. Les traitres Ismaël Haniyeh et Khaled Mechaal (qui avaient lâché la Syrie au moment le plus crucial) devraient tout bonnement être exclus de cette dernière.