Egalité et Réconciliation
https://www.egaliteetreconciliation.fr/
 

Michel Duclos : "Les États-Unis ne seront plus jamais les gendarmes du monde"

L’ancien ambassadeur en Syrie décrypte la crise qui se joue actuellement au Moyen-Orient.

 

Après l’élimination du général Soleimani, la tension peut-elle retomber entre l’Iran et les États-Unis ?
Nous sommes dans une phase que les stratèges qualifient de désescalade. En réalité, il s’agit plutôt d’une pause dans un duel irano-américain qui va se poursuivre. Avec trois enjeux : le sort de l’Irak, la forme que va prendre la suite de ce duel et les conséquences sur le programme nucléaire iranien – désormais relancé.

[...]

Peut-on imaginer un scénario dans lequel les Américains mettraient de l’eau dans leur vin ?
Paradoxalement, oui, et les éléments du pari de Macron restent toujours pertinents. En effet, les États-Unis n’ont pas de vraie réponse au risque que je viens d’évoquer d’un retour à marche forcée du programme nucléaire iranien. J’ai toujours pensé en outre que seule une grave crise – et nous n’en sommes pas loin – pourrait amener les uns et les autres à réfléchir. Pour entamer une vraie désescalade de la tension régionale et pas seulement une pause, les Iraniens de leur côté ont besoin d’une chose : un allègement des sanctions qui passerait par un rétablissement des « waivers » autorisant de nouveau une partie de leurs exportations de pétrole. Aujourd’hui, ils exportent 200.000 barils par jour. Leur point d’équilibre se situe autour de 700.000 ou plus. Ils ne peuvent pas tenir longtemps comme cela.

 

Quel impact cette crise va-t-elle avoir sur le régime iranien ?
On vit dans un monde de régimes autoritaires, marqué entre autres par une personnalisation accrue du pouvoir. De même que Trump a apporté un coefficient personnel très important dans la géopolitique, Khamenei n’est pas un individu abstrait. Il y a des féodalités. Le guide lui-même a son propre système avec les fondations religieuses et les Gardiens de la révolution en particulier. Pour lui, le général Soleimani était important non seulement au sein de la République islamique, mais aussi pour son propre système à l’intérieur du régime. On ne sait pas comment cet élément personnel va jouer. J’ajoute que Soleimani avait constitué un réseau autour de lui et il va falloir observer comment ces allégeances personnelles vont se redistribuer au sein du régime et parmi les proxys de l’Iran dans la région. Dans l’immédiat cependant, les Gardiens vont sans doute profiter de l’occasion pour consolider leur budget et leur caractère central dans l’État. Cependant la contestation spectaculaire apparue en réaction à l’avion ukrainien descendu par erreur montre que ce régime fait face désormais à un grave problème de légitimité. Les Gardiens de la révolution étaient perçus par la population comme la branche répressive du régime. Ils ont perdu cette icône relativement populaire qu’était Qassem Soleimani.

 

Est-ce que cela peut renforcer l’influence iranienne en Irak, au Liban ?
Sur le plan stratégique, les Américains ont certes regagné une certaine dissuasion avec cet épisode. Mais sur le plan politique en Irak, les conséquences pour eux sont calamiteuses : avant l’élimination de Soleimani, la rue était en train de secouer très fortement la tutelle iranienne. Aujourd’hui, les Irakiens sont tout autant remontés contre les Américains. Le premier impératif pour les États-Unis maintenant va être de renouer le lien avec l’Irak.

 

Quel scénario de crise peut-on imaginer ?
[...] Dans la poursuite du duel, on peut aussi imaginer que les Iraniens soient tentés de tester la garantie de sécurité que les Etats-Unis sont censés offrir à leurs alliés, notamment à l’Arabie saoudite. Les Iraniens vont sans doute continuer à tout faire pour dissocier les États du Golfe des États-Unis. Après les attaques contre Aramco du 14 septembre dernier, Mohammed ben Salmane était beaucoup moins enthousiaste pour soutenir la stratégie américaine de pression maximale. Aujourd’hui, il n’est pas complètement rassuré et les Iraniens vont s’employer à ce qu’il ne le soit pas…

[...]

Les Américains voteront pour la présidentielle en fin d’année. Si les démocrates l’emportent, la politique étrangère sera-t-elle très différente de celle menée par Donald Trump ?
Certains choix américains paraissent désormais irréversibles. Les États-Unis ne seront plus jamais les gendarmes du monde. Mais on peut espérer un retour à l’approche multilatéraliste sur d’autres sujets, tels le climat, le commerce ou la lutte contre le terrorisme. États-Unis et Europe pourraient aussi parler davantage à l’unisson face à la Chine, et adopter une stratégie commune en matière de 5G par exemple. L’Europe a longtemps été faible à l’égard de la Chine, pour des raisons économiques. Cela a changé récemment, hormis en Allemagne où la bienveillance persiste. Depuis quelques mois, les Européens ont adopté une ligne plus ferme, qui demande à être confirmée.

[...]

La Chine devrait annoncer ce vendredi sa plus faible croissance annuelle depuis trente ans. La contestation n’a pas réellement faibli à Hong Kong. Le régime chinois est-il affaibli ?
La Chine doit prendre conscience qu’elle n’atteindra pas l’hégémonie, notamment sur le plan technologique, et que le respect des règles internationales est finalement dans son intérêt. Ce qui serait dangereux, c’est une échappée de Pékin, à la suite de laquelle elle imposerait ses propres règles et n’aurait plus besoin de coopération internationale. Il faut donc créer un rapport de force avec Xi Jinping. Les intérêts européens ne diffèrent pas fondamentalement de ceux des Américains sur ce dossier-là. Il faut restreindre les pratiques contestables des Chinois en matière de propriété intellectuelle, de subventions, de dumping, etc. La 5G est le dossier test qui permettra de mesurer la puissance de chacun.

Lire l’entretien entier sur lesechos.fr

De nouvelles relations internationales, sur E&R :

 



Article ancien.
Les commentaires sont désactivés



Alerter

13 Commentaires

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

- Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
- Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
- Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

  • C’est ça un diplomate français...nullissime...

     

    • Quand on voit la puissance de frappe de l’armée américaine, leur avancée technologique sur le plan militaro-industriel, le budget de l’armée américaine, je ne sais pas ce que Monsieur fume, mais c’est du lourd, mais c’est sans doute plus lié sans doute à la bêtise et la nullité absolue de nos élites


    • @Berutureb,

      Oui, oui... « quand on voit quand on voit »...

      Je vois surtout que l’armée américaine ne fait plus grand-chose comme action de masse, depuis un bail.
      Beaucoup de bluff surtout.
      Le blabla gouvernemental c’est une chose, les actes en sont une autre, bien plus parlante.


  • Le système nous a vendu le devoir d’ingérence pour "protéger les peuples contre les ignobles dictateurs". Il fallait exporter la démocratie au Moyen-Orient. Ben voyons, le parlement irakien élu vient de voter l’expulsion des troupes américaines du pays. Trump ne veut pas obtempérer à cette décision démocratique. Ce fils de pute veut l’argent du pétrole irakien et un gouvernement à sa botte. Il l’a dit clairement, il est hors de question qu’il se barre tant que les irakiens ne décident pas "démocratiquement" d’obéir et de lui céder leurs richesses. Les nations (avec à sa tête l’Iran) ne l’attendent pas de cette oreille, ils sont enragés contre la criminelle Amérique soutien d’Israël et de tous les groupes terroristes qui déstabilisent la région.


  • Qui sont les gendarmes des USA ?


  • "Mais on peut espérer un retour à l’approche multilatéraliste des Etats-Uniks sur la lutte contre le terrorisme".

    Rien que cette phrase discrédite son auteur. Tu parles d’une analyse géopolitique ! Les Etats-Unis sont une imposture, la plus grande que le monde n’ait jamais connu. Les Etats-Unis sont les parrains du terrorisme international. Il faut arrêter la fable selon laquelle les USA luttent contre le terrorisme. C’est tellement grotesque ! Ils prétendent faire la guerre au terrorisme alors qu’ils ont tué l’architecte de la lutte contre le terrorisme, le général Qassem Souleimani, la terreur absolue de Daech et de tous les groupes terroristes qui font du bon boulot.

     

    • Les Etats Unis ont crée le terrorisme en recrutant des mercenaires par milliers. Ils les entrainent dans des bases notemment en Israël qui soigne les terroristes blessés. Ils sont payé, armés et drogués au captagon pour faire ce travail.
      Ben Laden est une création de la CIA. A ce sujet partout où se trouvent les USA et leurs alliés, au Moyen Orient, en Amérique du sud et en Afrique il y a étrangement une recrudescence de terrorisme et de soulèvement civils et aujourd’hui tous les pays qui subissent des attaquent sont entrain de comprendre ce procédé machiavélique.


  • Ce diplomate est conseiller spécial à l’institut Montaigne, ce qui expliquerait son analyse quelque peu curieuse sur certains aspects.


  • Les États-Unis vont vivre une future catastrophe économique. Ça va secouer. Ordo ab chao com dab.


  • Ce diplomate n’est pas très renseigné et cela induit un doute sur la sincérité de ses propos. D’autant plus que, le concept de "gendarmes du monde" ne décrit pas exactement la réalité de ce pays à la politique terroriste et bélliqueuse.

    Il devrait savoir que l’US Army est obsolète, officiellement, depuis le 1er Mars 2018 lorsque Vlad Poutine dévoile les armes nouvelles & invincibles de la Russie.

    Or, tout le monde sait, et surtout les diplomates, que le pétro-$ était basé sur son monopole dans les transactions. Dès que Saddam, Chavez ou Kadhafi ont démarré les ventes d’hydrocarbures dans d’autres monnaies, ils ont eu des problèmes militaires, illico presto et personne ne pouvait l’empêcher.

    La branlée des USA via Daesh en Syrie, celle subie au Vénézuéla et récemment avec l’Iran, démontre à l’évidence sa chute par l’inefficacité technologique de ses armes. Quant à la diplomatie, les USA n’en ont pas d’autre que les bombes.

    De plus, la Russie et la Chine, notamment, préparent une nouvelle monnaie de réserve alternative au $ dont le % des transactions baisse chaque jour. L’extra-territorialité de cette monnaie de singe n’arrange rien dans l’affaire et agit comme un accélérateur.

    On se demande qui pilote ce pays ? Israël ?


  • Et leur flotte ?
    Et leur porte avion, et leur armée, et leurs allié ?
    Hélas, Les usa sont loin d’être fini.

     

    • Ben c’est à dire que, depuis que les chinois ont mis au point leur missile "tueur de porte-avion en un coup", les porte-avions ricains font un détour. A Taïwan c’est un navire de taille modeste qu’ils ont récemment envoyé en patrouille. Pas débiles non plus.

      Or la Chine achète son pétrole à l’Iran et procède à des exercices navals dans la région avec la Russie et l’Iran. Le message semble plutôt clair. Le seul moyen qu’avaient les US pour ne pas admettre leur impuissance face à l’Iran a été de s’en prendre à un symbole du pouvoir. Le chien aboie, la caravane passe.


  • Ce type est-il mytho imbécile, ou un boomer sénile de plus, pour tenir des propos aussi déconnectés ?