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Quand un colonialisme en cache un autre

Que les enfants yéménites meurent de faim par milliers, que les Palestiniens tombent sous les balles de l’occupant, que la Syrie soit un champ de ruines et la Libye plongée dans le chaos, tout cela ne nous émeut guère. On manifeste, on fait grève, on proteste ? Pas vraiment. Ni manifestations significatives, ni débats dignes de ce nom. Le crime néocolonial passe comme une lettre à la poste.

 

Et pourtant, si nous subissions ce que nos gouvernements infligent à des peuples qui ne nous ont rien fait, que dirions-nous ? Si une alliance criminelle nous condamnait à mourir de faim ou du choléra, comme au Yémen ? Si une armée d’occupation abattait notre jeunesse parce qu’elle ose protester, comme en Palestine ? Si des puissances étrangères armaient des milices pour détruire notre république, comme en Syrie ? Si une coalition étrangère avait bombardé nos villes et assassiné nos dirigeants, comme en Libye ?

La tendance des pays dits civilisés à jeter un voile pudique sur leurs propres turpitudes n’est pas nouvelle. Propre sur lui, le démocrate occidental voit plus facilement la paille dans l’œil du voisin que la poutre qui loge dans le sien. De droite, de gauche ou du centre, il vit dans un monde idéal, un univers heureux où il a toujours la conscience de son côté. Sarkozy a détruit la Libye, Hollande la Syrie, Macron le Yémen, mais il n’y aura jamais de tribunal international pour les juger. Mesurés à l’aune de notre belle démocratie, ces massacres ne sont que des broutilles. Un égarement passager, à la rigueur, mais l’intention était bonne. Comment des démocraties pourraient-elles vouloir autre chose que le bonheur de tous ? Surtout destiné à l’électeur moyen, le discours officiel des Occidentaux traduit toujours l’assurance inébranlable d’appartenir au camp du bien. « Vous souffrez de l’oppression, de la dictature, de l’obscurantisme ? Ne vous inquiétez pas, on vous envoie les bombardiers ! ».

Il arrive toutefois qu’au détour d’une phrase, dans le secret des négociations internationales, un coin de voile soit levé, subrepticement. On assiste alors à une forme d’aveu, et voilà qu’un margoulin confesse le crime en esquissant un sourire narquois. En 2013, au moment où la France intervient au Sahel, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, appelle son homologue russe pour obtenir l’appui de la Russie à l’ONU. Lavrov s’étonne alors de cette initiative française contre des djihadistes que Paris avait soutenus lors de l’intervention en Libye, en 2011 : « C’est la vie ! », lui rétorque le ministre français. Semer la terreur pour abattre un État souverain ? C’est « la vie » selon Fabius. Mais que ce criminel se rassure : aucun juge ne lui demandera des comptes. La Cour pénale internationale (CPI) est une Cour pour les indigènes : c’est réservé aux Africains. Les gens comme Fabius ont l’art de passer entre les gouttes.

Abreuvés d’un discours qui leur dit que leur pays est toujours du bon côté, les Français semblent à des années-lumière du chaos que contribuent à bâtir leurs propres dirigeants. Les problèmes du monde ne les affectent que lorsque des hordes de miséreux se pressent aux portes, et ils sont nombreux à accorder leurs suffrages – comme beaucoup d’Européens – à ceux qui prétendent leur épargner cette invasion. Bien entendu, cette défense d’un « chez soi » devrait logiquement s’accompagner du refus de l’ingérence chez les autres : que vaudrait un patriotisme qui autoriserait le fort à s’ingérer dans les affaires du faible ? Or l’expérience montre que ces « patriotes » sont rarement à la pointe du combat pour l’indépendance nationale en dehors du monde prétendument civilisé. Quels partis de droite européens, par exemple, soutiennent le droit des Palestiniens à l’autodétermination nationale ? Manifestement, ils ne se précipitent pas pour honorer leurs propres principes.

Mais ce n’est pas tout. On peut même se demander si ces prétendus patriotes le sont vraiment pour eux-mêmes : combien d’entre eux, en effet, sont-ils favorables à la sortie de leur propre pays de l’OTAN, cette machine à embrigader les nations européennes ? Comme pour la question précédente, la réponse est claire : aucun. Ces « nationalistes » font le procès de l’Union européenne pour sa politique migratoire, mais c’est le seul morceau de leur répertoire patriotique, véritable disque rayé aux accents monocordes. Ils gonflent les muscles face aux migrants, mais ils sont beaucoup moins virils face aux USA, aux banques et aux multinationales. S’ils prenaient leur souveraineté au sérieux, ils s’interrogeraient sur leur appartenance au « camp occidental » et au « monde libre ». Mais c’est sans doute beaucoup leur demander.

Dans cette incohérence généralisée, la France est un véritable cas d’école. Une certaine droite – ou extrême droite, comme on voudra – y critique volontiers les interventions à l’étranger, mais de manière sélective. Le Rassemblement national, par exemple, dénonce l’ingérence française en Syrie, mais il approuve la répression israélienne contre les Palestiniens. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes serait-il à géométrie variable ?

En fait, ce parti fait exactement l’inverse de ce que fait une prétendue gauche, qui soutient les Palestiniens – en paroles – et approuve l’intervention occidentale contre Damas, trouvant même qu’on n’en fait pas assez et qu’il faudrait bombarder ce pays plus sévèrement. Le drame, c’est que ces deux incohérences jumelles – et en miroir – aveuglent le peuple français. On mesure cet aveuglement au résultat, lorsqu’on voit des gauchistes souhaiter le renversement d’un État laïc par des mercenaires de la CIA (au nom de la démocratie et des droits de l’homme), et des nationalistes soutenir l’occupation et la répression sionistes en Palestine (au nom de la lutte contre le terrorisme et l’islamisme radical).

Il est vrai que ce chassé-croisé entre pseudo-patriotes et pseudo-progressistes a aussi une dimension historique. Il charrie à sa façon l’héritage empoisonné des temps coloniaux. Ainsi la droite nationaliste critique le néocolonialisme occidental en Syrie, mais elle trouve insupportable qu’on évoque les crimes coloniaux commis par la France dans le passé en Indochine, en Algérie ou à Madagascar. On suppose que ce n’est pas volontaire, mais la gauche universaliste contemporaine – au nom des droits de l’homme – fait exactement l’inverse : elle fait le procès du vieux colonialisme façon « Algérie française » mais elle approuve l’intervention néocoloniale en Syrie contre un État souverain qui a arraché son indépendance à l’occupant français en 1946. Bref, la droite aime follement le colonialisme au passé, la gauche l’aime passionnément au présent. La boucle est bouclée, et en définitive tout le monde est d’accord. Principale victime : la lucidité collective.

La France est l’un des rares pays où un colonialisme en cache un autre, le vieux, celui qui plonge ses racines dans l’idéologie pseudo-civilisatrice de l’homme blanc, se trouvant comme régénéré par le sang neuf du bellicisme droit-de-l’hommiste.

Ce néocolonialisme, à son tour, est un peu comme l’ancien colonialisme « mis à la portée des caniches », pour paraphraser Céline. Il veut nous faire pleurer avant de lancer les missiles. En tout cas, la connivence implicite entre les colonialistes de tous poils – les vieux et les jeunes, les archéo et les néo – est l’une des raisons de l’errance française sur la scène internationale depuis qu’elle a rompu avec une double tradition, gaulliste et communiste, qui lui a souvent permis – non sans errements – de balayer devant sa porte : la première par conviction anticolonialiste, la seconde par intelligence politique.

Un jour viendra sans doute où on dira, pour faire la synthèse, que si la France a semé le chaos en Libye, en Syrie et au Yémen, au fond, c’était pour « partager sa culture », comme l’a affirmé François Fillon à propos de la colonisation française des siècles passés. Au pays des droits de l’homme, tout est possible, et même prendre des vessies pour des lanternes.

Bruno Guigue

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  • #2081831
    Le 15 novembre à 14:20 par Mandrake
    Quand un colonialisme en cache un autre

    idem pour la France qui est devenue la colonie de ses ex colonies et les Français colonisés par ses nouveaux colons

     

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  • #2081839
    Le 15 novembre à 14:38 par Emilien Chaussure
    Quand un colonialisme en cache un autre

    Article excellentissime. Impeccable articulation des niveaux géopolitique, politique, social, psychologique...
    Merci Bruno Guigue.

     

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    • #2082204
      Le 16 novembre à 03:18 par Aymard de Chartres
      Quand un colonialisme en cache un autre

      J’en attendais désespérément pas moins de toi, camarade.

      Bruno Guigues est un homme de bon sens à la probité chevillée au corps. Il incarne de façon haute et droite et sans désemparer la balance de la Justice au sens noble et idéal du terme.

      Bruno Guigues est assurément, comme l’attestent son parcours, son esprit d’indépendance tourné dans la direction du vrai, de la juste raison et du bien commun ainsi que l’ensemble fidèle et cohérent de ses interventions publiques, un Homme de bien et de courage ne se laissant jamais corrompre par la facilité, la malice ou le vice et se tenant infailliblement droit dans ses bottes en faisant face sans sourciller ou baisser la tête à ceux dont il ne cesse de dénoncer la gravité de leurs actes et des discours enpoisonnés qu’ils portent en eux pour contaminer l’opinion publique.

      La vérité dérange ei il ne manquera pas de sots pour tenter de souiller l’honneur et l’humilité de ce grand français empli de sagesse et de vertu dont les propos ont toujours suivi les rigueurs de l’exercice et le chemin réservé aux seuls esprits habités par l’élan du cœur.

      Entier, authentiquement lui-même et sans concession dans le combat des idées, Bruno Guigue incarne la virilité de l’esprit français des anciens et la ligne droite des valeurs et gauche du travail. Le preux chevalier défenseur de la veuve et des orphelins, n’hésitant pas à descendre dans l’arène pour tailler des croupières et se dresser devant l’oppresseur.

       
  • #2081850
    Le 15 novembre à 15:10 par Julien Glaizal
    Quand un colonialisme en cache un autre

    Guigue est prisonnier de son tropisme gauchiste.

    1/ C’est la gauche libérale et franc-maçonne de la IIIème République qui a justifié la colonisation du continent africain (entre autre), par mission civilisatrice. Des loges maçonniques auxquelles n’a cessé d’appartenir un certain JL Mélenchon, soutien de l’intervention armée des forces de l’OTAN en Libye, que M. Guigue a pourtant soutenu lors des deux dernières campagnes présidentielles.

    2/ C’est la droite, gaulliste en l’occurence, qui a fait seule la décolonisation.

    3/ Le communisme, qu’il fut soviétique ou chinois, et dont M. Guigue revendique la filiation, était indubitablement un impérialisme, et à défaut d’être un colonialisme par les masses, il fut un colonialisme par les esprits.

    4/ M. Guigue, sur la question israélo-palestinienne spécifiquement, feint de méconnaitre le pouvoir exorbitant, démesuré, du Lobby judéo-sioniste sur les gouvernements occidentaux : français, britanniques et américains en particulier. Ce pouvoir, notamment de diabolisation et de contrainte sur l’exécutif, interdit une critique trop virulente à son égard et à l’égard de la politique d’Israël sous peine de mise à l’index définitive, d’excommunication, faisant barrage pour l’accès aux responsabilités. Voire le précédent fort instructif concernant JM Le Pen et le FN de la grande époque, que M. Guigue n’a jamais soutenus par le passé, et a même sûrement conspués de concert avec l’ensemble d’une intelligentsia qu’il prétend critiquer à présent, trente ans après la guerre.

    5/ M. Guigue accuse commodément les lampistes français (Sarkozy, Hollande, Macron...) des guerres d’ingérences néoconservatrices, en se gardant bien de rappeler que c’est le puissant lobby susmentionné qui a été le véritable moteur, le fer de lance, desdites guerres (BHL, Kouchner, Gluksmann en France ; Perle, Wolfowitz, Kagan, Podhoretz aux USA). Il se couche donc devant par trouille, se comportant exactement comme ceux dont il dénonce prétendument l’incohérence des positionnements.

     

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    • #2082041
      Le 15 novembre à 20:57 par Antoine Lib
      Quand un colonialisme en cache un autre

      Excellent, en plein dans le mille !

       
    • #2082206
      Le 16 novembre à 03:34 par Aymard de Chartres
      Quand un colonialisme en cache un autre

      Sarkozy, Hollande et Macron sont selon vous de simples lampistes ! Votre crédibilité est affligeante de pauvreté et témoigne d’une absence complète de raisonnement discursif. Aucune profondeur, rien qui puisse soutenir la comparaison et un catalogue de clichés alambiqués sur lequel s’appuie avec partialité une démonstration tronquée et partisane.

       
    • #2082556
      Le 16 novembre à 17:54 par Le Malicieux
      Quand un colonialisme en cache un autre

      @ Aymard de Chartres.

      Vous réagissez comme un sjw, l’ami.

      Calmez vous,il y a du vrai dans ce qui est dit, tout le monde a ses tropismes, vous savez.

      Cela n’enlève rien au mérite des individus. Simplement, il est avisé de savoir d’ou les intervenants parlent. C’est aussi cela, la réconciliation.

      Pour préciser : qu’un type comme moi, qui est quand meme "un peu" a droite, apprécie et frequente assidûment E&R... voilà l’exploit de monsieur Soral. Par dela nos differences, nous constatons les mêmes choses. C’est pourquoi le pouvoir n’aime pas.

      Il est bon de s’en rappeler. Cela vaut pour tous.

       
  • #2081863
    Le 15 novembre à 15:36 par FREDERIQUETLSE
    Quand un colonialisme en cache un autre

    Quel excellent article, dans lequel il n’y a pas même une virgule à changer !

    Une analyse, lucide autant que pertinente, des manipulateurs de la politique et de l’info - quel que soit leur bord - , comme de tous ces tenants d’une justice à orientation variable - quelles que soient leurs idées politiques - destinée à cacher leur lâcheté intellectuelle.

    Du bel ouvrage, merci !

     

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  • #2081893
    Le 15 novembre à 17:28 par matate
    Quand un colonialisme en cache un autre

    C’est clair ils feraient mieux de s’offusquer du génocide du peuple Français par la propagande idėologique, l’avortement et l’invasion de plus de 20 millions d’extra Europėens.
    Chacun ses priorités .

     

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  • #2081936
    Le 15 novembre à 18:38 par Nabu
    Quand un colonialisme en cache un autre

    Superbe texte d’une fraîcheur tellement rare de nos jours ! Merci Bruno !

     

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  • #2082100
    Le 15 novembre à 22:11 par Casteret
    Quand un colonialisme en cache un autre

    Je suis scandalisé par les propos de M. Gigue.
    Encore et toujours la culpabilisation et l’amalgame !
    Comment peut il comparer l’oeuvre française des anciennes colonies et les actes barbares auxquels se sont livrés, directement ou indirectement nos dirigeants depuis quelques décennies.
    D’abord, qu’ est ce que le colonialisme ?
    Il faut savoir que ce terme péjoratif fut porté par les communistes et la gauche en général ainsi que les Américains pour porter atteinte dans un but non avoué à l’intégrité de la France, la réduire à la métropole, c’est à dire à la séparer de ses possessions d’outre mer, et la couper ainsi de toute indépendance énergétique.
    Ce fut la gauche maçonnique de la 3ème république , comme l’écrit un de vos correspondants, qui installa définitivement les Français d’Algérie , melting pot de cultures et d’horizons divers qui donna cet extraordinaire petit peuple d’à peine 1 million d’habitants qui fit de l’Algérie un vrai pays de Cocagne.
    Alors qu’est l’oeuvre civilisatrice de la France ? S’est elle acharnée à détruire et à parquer comme aux USA ou en Israël , les autochtones ?
    Votre ignorance crasse me laisse pantoise, M. Gigue.
    Savez vous qu’en 62, lors de l’indépendance de l’Algérie, des milliers de fellas, ouvriers agricoles, employés, petits propriétaires terriens furent victimes, n’ayant plus de quoi faire vivre leur famille, d’un exode massif et vinrent crever de faim et de misère aux abords des grandes villes ? Mais la liberté n’a pas de prix, n’est ce pas ?
    Malheureusement pour eux, la France civilisatrice n’était plus là pour leur apporter du travail, un confort matériel, entretenir les dispensaires et les éduquer à l’hygiène et à la santé, leur ouvrir les écoles , amener adduction d’eau et d’électricité dans les douars, réaliser les infrastructures, patrimoine architectural, ouvrages d’art dont ces indigènes bénéficièrent aussi.
    Faut il parler des liens très fort qui finissaient Pieds Noirs et population maghŕébine faits de 130 ans de présence commune, de combats pour la mère Patrie que la plupart n’avaient jamais vue de leur vie mais qu’ils allèrent défendre lors des deux guerres mondiales !
    Où sont les traîtres si ce ne sont vos amis communistes et ce sinistre De Gaulle qui plantèrent un couteau dans le dos des Pieds Noirs et permirent les massacres des Harquis ? "Laissez faire, ne bougez pas" disait il....
    Alors, oui, je défendrai jusqu’au bout la civilisation française, contrairement à vous, M. Guigue.

     

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    • #2082263
      Le 16 novembre à 09:36 par seb59
      Quand un colonialisme en cache un autre

      D ailleurs les harquis ont toujours voté FN , qui est au FN le sait. Ils se font insulter copieusement , encore aujourd hui par ceux qui voulaient l indépendance de l Algérie et qui ne l ont pas assumé.

       
    • #2082450
      Le 16 novembre à 14:49 par Aymard de Chartres
      Quand un colonialisme en cache un autre

      Les nationaux français attachés à la grande histoire de France que fut celle notamment de la royauté capétienne, à la souveraineté nationale et au concept d’état-nation ont eu aussi leurs harkis (ceux qui travaillent en faveur de l’ennemi contre leur propre camp). Les derniers en date, et non des moindres sont des hommes publics vénérés par la république et les médias du CaCarente.

      On a le sentiment que vous encensez la trahison à l’image d’une vertu dés lors qu’elle fut étrangère et qu’elle eût profité aux tenants de l’empire coloniale français.

      Le terme harki désigne un homme issu de l’indigénat (autochtone) servant de supplétif aux troupes militaires coloniales, mais signifie en résonance dans l’esprit des nationaux d’Algérie celui qui a trahi en passant à l’ennemi et le servant contre les siens.

       
    • #2082453
      Le 16 novembre à 14:57 par Aymard de Chartres
      Quand un colonialisme en cache un autre

      @ seb

      Les harkis honorés par la république ne votent certainement pas FN ou RN. Ils sont plutôt et en majorité du côté LR. L’exemple de Jeannette Bougrab vous parle peut-être. S’il y a des harkis qui militent au RN, ils sont très peu nombreux.

       
    • #2082530
      Le 16 novembre à 16:59 par Emilien Chaussure
      Quand un colonialisme en cache un autre

      @Casteret
      Tu nous fais l’habituelle défense du colonialisme du Pied-noir typique. Mon père est Pied-noir : je connais ce discours par cœur (« une main devant, une main derrière », « la peste, le typhus et le choléra », etc).
      La vérité est que le rapport des Français avec les « indigènes » a toujours été, à de rares exceptions prêt, marqué par le mépris et la condescendance. On a traité les « Arabes » comme de la merde et on se scandalise d’être à notre tour pris pour de la merde. Action, réaction. Si nous avions été plus intelligents, plus longanimes (j’ose le dire : plus chrétiens !), les choses se seraient peut-être déroulées autrement.
      « La France civilisatrice » dis-tu ? quelle blague ! Es-tu à ce point naïf (naïve ?) pour croire encore à ces calembredaines ? « Civilisation » hier, « droits de l’homme » aujourd’hui ne sont que les masques d’appétits plus… substantiels.
      René Guénon, dès 1927, écrivait à ce propos :

      « […] c’est au nom de leur « supériorité » que ces « égalitaires » veulent imposer leur civilisation au reste du monde, et qu’ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien ; et, comme cette « supériorité » n’existe qu’au point de vue matériel, il est tout naturel qu’elle s’impose par les moyens les plus brutaux. Qu’on ne s’y méprenne pas d’ailleurs : si le grand public admet de bonne foi ces prétextes de « civilisation », il en est certains pour qui ce n’est qu’une simple hypocrisie « moraliste », un masque de l’esprit de conquête et des intérêts économiques ; mais quelle singulière époque que celle où tant d’hommes se laissent persuader qu’on fait le bonheur d’un peuple en l’asservissant, en lui enlevant ce qu’il a de plus précieux, c’est-à-dire sa propre civilisation, en l’obligeant à adopter des mœurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l’astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! »

      Assumer l’histoire de la France ne signifie pas abdiquer son esprit critique et les principes qu’on trouve normal d’invoquer pour nous mais commode de refuser aux autres : l’autodétermination, la conscience nationale, etc.
      Défends-tu aussi toutes les saloperies actuelles au prétexte qu’elles sont signées "France" ?
      Pour moi, la France est bien plus grande que ceux qui s’en réclament et ne sont que des margoulins.

       
    • #2082924
      Le 17 novembre à 13:23 par reymans
      Quand un colonialisme en cache un autre

      Sauf erreur de ma part, harki signifie traitre litteralement. De fait utiliser un tel terme est au mieux péjoratif, au pire méprisant. Quant a dire que les "harkis", a qui on a pas forcement demandé l’avis avant de les incorporer (un comble en soit), votent fn, je suis tout admiratif d’enfin trouver la personne qui les connait tous, ca m’en bouche un coin.
      Pour ce qui est d’une colonisation civilisatrice ca tiendrait debout si les colons allaient civiliser des endroits du monde sans aucune ressource particuliere ni interet strategique quelconque, sans quoi c’est une vaste blague.

       
  • #2082516
    Le 16 novembre à 16:30 par Rwora
    Quand un colonialisme en cache un autre

    Excellent !

    "Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes serait-il à géométrie variable ?", bonne question, et, à ce propos, je rebondirai sur le mot "peuple". Avez-vous observé que, tout récemment, en "Nouvelle Calédonie", un referendum dit d’"autodétermination" a été organisé, lequel ne mentionnait nulle part le peuple "autochtone" de l’archipel ? La France de Macron, reprenant, il est vrai, un héritage ancien, que l’on doit notamment à la Gauche (Michel Rocard premier ministre), a réussi l’exploit de "zapper" le peuple kanak, rendu minoritaire sur son propre sol par l’activisme colonialiste d’un Pierre Messmer. Imaginons, une seconde, Bismarck organisant un referendum d’"autodétermination" en Alsace-Lorraine, après y avoir infiltré suffisamment de familles allemandes pour rendre Alsaciens et Lorrains minoritaires sur leur propre sol... Bismarck en a rêvé, Macron l’a fait ! Vous allez voir que, bientôt, Benjamin Mileikovsky (son vrai patronyme) organisera le même type de referendum d’"autodétermination" en Palestine, une fois que les colons en âge de voter y seront plus nombreux que les palestiniens. Elle n’est pas belle, la "démocratie" ?

     

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  • #2082690
    Le 16 novembre à 22:21 par Antoine
    Quand un colonialisme en cache un autre

    Excellent Bruno Guigue, comme d’habitude.

    Un petit bémol toutefois concernant la colonisation ancienne, celle-ci n’est pas l’œuvre de la droite de l’échiquier politique mais de la gauche.
    Jules Ferry et son devoir de civiliser les races inférieures était bien étiqueté à gauche.
    Hollandouille le raciste lui a d’ailleurs rendu hommage en inaugurant son quinquennat.

    Maintenant les notions de droite et de gauche ont-elles encore un sens ?

     

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    • #2082728
      Le 17 novembre à 00:23 par Casteret
      Quand un colonialisme en cache un autre

      A Emilien
      Je vois que la propagande anti français d’Algérie continue à faire son oeuvre... Avez vous vécu là bas pour être aussi affirmatif sur le comportement des Pieds Noirs et aussi méprisant ? Moi, oui. Contrairement à vous, j’ai vécu les événements. Je ne me suis pas contentée d’avaler la propagande cinématographique, journalistique ou littéraire qui a contaminé le monde intellectuel français et traité de façon manichéenne ce sujet. Et c’est toute la différence.
      Si les Algériens étaient aussi malheureux que ça du temps de la France, pourquoi se sont ils précipités chez le méchant colonisateur à la fin de la guerre et pourquoi réclament ils tous des visas pour venir en France ? La vérité, Soral l’a dit, c’est que l’Algérie est devenu une poubelle et qu’il y sévit maintenant le choléra ! La vérité c’est que l’indigence règne et que les hôpitaux manquent de tout. Que la nomenclatura au pouvoir a détourné les biens de la nation, que l’agriculture s’est effondrée, que les diplômés viennent exercer en France,etc, etc.... On saigne ce pays ! Maintenant, on dit "Il faudrait les aider chez eux" ! Alors quoi ? On voudrait nous refaire le coup de l’aide au pays sous développé ? Quelle hypocrisie ! Moi , je dis : pauvres Algériens qu’on a abandonnés et qu’on déracine maintenant. Ils disposaient d’un pays magnifique et riche (les hydrocarbures) mais leurs gouvernants n’ont pas su préserver et faire fructifier cette manne.
      Ca suffit de culpabiliser les Français d’Algérie et honneur aux Harquis et à tous les Algériens qui ne demandaient qu’à vivre heureux chez eux !

       
    • #2082806
      Le 17 novembre à 09:52 par Emilien Chaussure
      Quand un colonialisme en cache un autre

      @Casteret

      Non, je n’y ai pas vécu : je suis né en 1970… Mais le fait d’y avoir vécu ne te donne aucune légitimité en l’espèce car si tu as pu vivre de près, personnellement, certaines choses, la proximité et l’implication t’ont aussi empêché de comprendre d’autres choses qu’on ne peut "voir" de près. A ton expérience, répondent d’autres expériences. Et il n’y a qu’à entendre parler, encore aujourd’hui, la plupart des Pieds-noirs pour y déceler sans mal un mépris que dissimule mal les déclarations faussement empathiques (pauvres algériens !... on leur a tout donné !).

      Quant à l’incurie des gouvernants algériens qui se succèdent depuis l’indépendance, je suis on ne peut plus d’accord avec toi. Et je suis bien conscient que les résistants algériens (les « fells » comme on disait) ont commis aussi des atrocités, y compris entre algériens ; mais ça ne minimise en aucun cas les atrocités faites à l’ombre du drapeau de la République (car pour moi, le drapeau français n’est pas bleu-blanc-rouge ; c’est l’oriflamme des rois chrétiens ou bien la bannière à fleur de lys... vaste débat !).

      En l’occurrence, je parle de principes. Les oreilles et les yeux ne sont d’aucune utilité à cet égard. Le colonialisme, sous toutes ses formes, est globalement une erreur qui ne peut, à moyen ou long terme ne déboucher que sur la violence, la destruction, la haine.
      Il faut savoir reconnaître ses erreurs. Si les Français ne doivent pas être tenus comptables des erreurs de leurs gouvernants, si même la France (qui ne se réduit pas à ses gouvernants) ne doit pas être accusée dans son essence (ce que certains nomment maladroitement "la France éternelle"), c’est néanmoins en son nom et avec l’accord au moins passif de la majorité des Français que cette calamiteuse politique de colonisation fut entreprise.

       
  • #2082788
    Le 17 novembre à 08:46 par Decee
    Quand un colonialisme en cache un autre

    @ Casteret, Aymard de Chartres, Emilien Chaussure :
    "La colonisation a charrié de l’or et de la boue, pourquoi ne retenir que la boue ?"
    L. Sedar Senghor. Toujours à méditer.
    En phase toutefois avec la citation de René Guénon, se pourrait-il que la décrépitude algérienne actuelle soit due profondément à la rupture avec leur berceau originel, rupture qui les a plongés dans un mode civilisationnel qui n’était pas et ne pouvait être le leur. En leur faisant miroiter les paillettes du nôtre, leur équilibre anthropologique a perdu ses repères, les rendant étrangers dans les 2 mondes, tout comme c’est le cas des populations indiennes aux Etats Unis frappées par l’alcoolisme, l’obésité,le chômage ...

     

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    • #2082812
      Le 17 novembre à 10:02 par Emilien Chaussure
      Quand un colonialisme en cache un autre

      D’accord avec toi.
      Le dieu romain Mercure était le patron des commerçants et des voleurs, ainsi que le messager des dieux. C’était le dieu des échanges sous toutes ses modalités, y compris criminelles. Tout ça pour dire que les choses ne sont jamais univoques, unidimensionnelles et que de bonnes choses peuvent sortir de mauvais procédés.
      De plus, si les sociétés maghrébines n’ont pas su résister à l’invasion française, c’est très certainement qu’elles étaient dans un état de dégénérescence permettant cette intrusion. Tout comme notre société dégénérée se laisse détruire par le capitalisme, l’invasion migratoire, la démoralisation générale.

       
    • #2085266
      Le 21 novembre à 03:53 par Aymard de Chartres
      Quand un colonialisme en cache un autre

      @ decee

      Tout simplement parce que la boue pour les indigènes et l’or pour les colons.

       
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