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Quand Le Monde se lâche contre la Chine – Une critique de Bruno Guigue

Voici l’éditorial du Monde sur le XXe congrès du Parti communiste chinois (15 octobre 2022).

« Xi Jinping : le danger de la toute-puissance »

 

« Nul ne sait combien de temps le président chinois, qui devrait obtenir un troisième mandat et renforcer encore son pouvoir lors du 20ᵉ congrès du PCC, compte rester à la tête du pays. Une incertitude profondément malsaine alors que la Chine doit faire face à des défis majeurs. »

Étrange. En quoi l’« incertitude » sur la longévité politique de Xi Jinping est-elle « malsaine » ? Qu’on critique cette longévité, soit, mais on n’a pas le souvenir que Le Monde ait été aussi sévère pour Angela Merkel, au pouvoir pendant 17 ans. Xi Jinping, lui, y est depuis dix ans.

« En 1956, le 20e congrès du Parti communiste de l’Union soviétique fut celui de la déstalinisation et marqua, selon la lecture qu’en font les Chinois, le début de la fin de l’URSS. À l’heure où s’ouvre le 20e congrès du Parti communiste chinois (PCC), dimanche 16 octobre à Pékin, Xi Jinping peut être rassuré. Dix ans après avoir pris, en novembre 2012, les rênes d’un parti en plein désarroi qui craignait de subir le même sort que son grand frère soviétique, le secrétaire général du PCC peut se vanter d’avoir mené à bien sa première mission. Il a remis de l’ordre dans le parti, tout en parvenant à rendre la Chine deux fois plus riche en 2021 qu’elle ne l’était en 2010. »

Oui, la Chine a accompli des progrès considérables depuis dix ans. Mais outre le doublement du PIB, il fallait citer l’éradication de la grande pauvreté. C’est le fait sociologique majeur du début du XXIe siècle : selon les statistiques de la Banque mondiale, la Chine représente 70 % de la réduction de la pauvreté dans le monde depuis vingt ans, soit 700 millions de personnes. Il fallait aussi mentionner la généralisation de la protection sociale : aujourd’hui 95 % des Chinois en bénéficient, alors que 50 % de la population mondiale n’en a pas. Il fallait également citer l’allongement de l’espérance de vie des Chinois : elle a dépassé celle des Américains et elle atteint aujourd’hui 78,2 ans. Mais les conquêtes sociales qui affectent un cinquième de l’humanité ne sont pas la priorité du quotidien Le Monde.

« Fort de ce bilan, Xi Jinping devrait profiter de ce congrès pour renforcer encore davantage son pouvoir en s’entourant quasi exclusivement de fidèles. D’ailleurs, comme sa "pensée" va très vraisemblablement faire son entrée dans la Constitution du PCC, ses éventuels critiques ne seront plus seulement des rivaux politiques mais de véritables traîtres. »

Affirmation ridicule. Dans tous les appareils dirigeants, qu’ils soient partisans ou gouvernementaux, la ligne politique s’impose aux cadres et aux membres de ces appareils. Un parti comme le PCC n’est pas un grand corps mou et sans colonne vertébrale. Il a une organisation interne, des règles draconiennes et une ligne de conduite. Inutile, par conséquent, d’employer un langage déplacé : manifestement, le terme de « traîtres » est une invention journalistique dont l’intention est limpide.

« Tout cela n’augure rien de bon. Déjà, ces dix dernières années, sous la férule de Xi Jinping, la tête du parti est passée d’une direction collégiale à un leader tout-puissant et d’un pouvoir à durée limitée à une présidence à vie. »

Faux. Le 11 mars 2018, l’Assemblée nationale populaire, principal organe législatif de la République populaire de Chine, a aboli la limitation des mandats présidentiels, offrant la possibilité à Xi Jinping de se maintenir à la tête de l’État après le terme prévu de 2023. Suite à cette révision constitutionnelle, Xi Jinping pourra donc accomplir un troisième mandat de cinq ans, alors que la règle qui prévalait antérieurement limitait l’exercice des plus hautes responsabilités à deux mandats. Mais cette mesure exceptionnelle a été accordée au président Xi Jinping par l’Assemblée populaire nationale, en vertu d’une décision collégiale, et elle peut être révisée. Elle ne signifie pas qu’il est président à vie, ni qu’il va exercer un pouvoir personnel. Au vu des résultats obtenus, les députés ont décidé de lui accorder la possibilité de prolonger l’exercice de ses attributions. Point final.

« Sans être nationalisé, le secteur privé à la base du dynamisme économique est désormais soumis peu ou prou aux mêmes règles que le secteur public. »

À moitié-faux, et très amusant. Le Monde a l’air de considérer comme une anomalie ce qui constitue l’une des originalités du « socialisme aux caractéristiques chinoises de la nouvelle ère » : la coexistence d’un vaste secteur privé et d’un puissant secteur public. Du point de vue de la souveraineté nationale, ce système mixte est pourtant particulièrement efficace : les industries-clés sont sous contrôle de l’État et mises à l’abri des spéculateurs de tous poils. L’industrie de l’armement, par exemple, appartient intégralement au secteur public. Les grandes entreprises privées, de leur côté, sont libres de réaliser des profits à condition d’inscrire leurs activités dans le cadre prévu par le plan et de respecter les normes sociales et environnementales fixées par la puissance publique. La tutelle étatique qui pèse sur les grands groupes chinois semble déplaire au Monde. En revanche, elle semble convenir au Parti communiste et au peuple chinois. C’est quand même l’essentiel.

« Après trois ans de Covid-19, l’ouverture de la Chine sur le monde laisse place à un pays refermé sur lui-même pour des raisons qui paraissent aussi idéologiques que sanitaires. »

Faux. Il est cocasse de voir un journal français proche du pouvoir faire la leçon à l’un des pays qui a le mieux géré la crise sanitaire à l’échelle mondiale. Depuis l’irruption de la pandémie du Covid-19, les États-Unis déplorent un million de morts, la France 152 000, la Chine 5 226. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : efficacité du système sanitaire chinois, faillite du système occidental. Que cette réussite ait eu un coût économique, les Chinois l’admettent volontiers, mais ils ont estimé que sauver des vies était plus important qu’un ou deux points de croissance. Bien sûr, ils ont hâte de passer à l’étape suivante. Que Le Monde se rassure : c’est pour bientôt.

« Enfin, la coopération qui prévalait jusqu’alors avec les États-Unis – au point que certains s’inquiétaient de l’émergence d’un G2 – s’est transformée en quasi-guerre froide, la Chine optant, de facto, pour une alliance anti-occidentale avec la Russie ».

Pathétique. Depuis le discours de Mike Pompeo dans lequel il qualifiait « le Parti communiste chinois » de « pire ennemi du peuple américain », Washington n’a eu de cesse d’entretenir un climat de guerre froide avec la Chine : accusation de « génocide » au Xinjiang, ingérence à Hong Kong, guerre tarifaire, guerre technologique, provocations à propos de Taïwan, pour ne citer que les moments les plus marquants de cette hostilité déclarée. Fidèle relais de la doxa atlantiste, Le Monde inverse la cause et l’effet : il attribue à la Chine une montée des tensions dont l’initiative incombe manifestement aux États-Unis.

« Tout cela sans véritable débat en Chine, y compris au sein d’un Parti communiste dont les dirigeants, paniqués à l’idée de faire les frais de la campagne anticorruption de Xi Jinping, ont avalé toutes les couleuvres sans mot dire. Y compris, en 2018, la fin de la limite des deux mandats de cinq ans imposée au président de la République. Xi Jinping est parfois qualifié de "président de tout". De fait, cet adepte du micromanagement semble avoir un avis sur tous les sujets, sauf un : l’organisation de sa succession. Cet homme de 69 ans compte-t-il rester encore cinq ans au pouvoir, dix, quinze ? Nul ne le sait ».

Ridicule. Visiblement écrit à la va-vite sur un comptoir de bistrot, ce passage de l’éditorial reprend des griefs déjà réfutés plus haut.

« Si cette incertitude permet à Xi Jinping de neutraliser ses challengeurs, elle est profondément malsaine. La Chine doit faire face à des défis majeurs – démographique, économique, écologique notamment – qu’une poignée de mâles sexagénaires, voire septuagénaires n’est sans doute pas à même de relever. Surtout, l’orientation anti-occidentale de la politique étrangère chinoise mériterait, elle aussi, d’être débattue. En privé, certains responsables chinois ne cachent pas leur crainte face à la montée du nationalisme ambiant, elle aussi imposée par le président. »

D’accord sur un point : la Chine doit relever des défis gigantesques. Quant au laïus sur les mâles d’un certain âge, on espère que Joe Biden ne lira pas cet éditorial.

« S’ils estiment que l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche valide a contrario le modèle chinois de sélection des élites, la rivalité avec Washington et la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme à Pékin inquiètent nombre de Chinois. Dix ans après son accession au pouvoir, la toute-puissance de Xi Jinping est devenue un risque pour la Chine mais aussi pour le reste du monde. »

Comme on pouvait s’y attendre, on revient à Xi Jinping pour le délire final. Malheureusement, les 153 pays signataires d’un accord avec la Chine dans le cadre de « La ceinture et la route » ignorent le terrible danger que nous révèlent les grands penseurs du Monde.

Bruno Guigue

 

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