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Six projets contradictoires d’ordre mondial

Les six principales puissances mondiales abordent la réorganisation des relations internationales en fonction de leurs expériences et de leurs rêves. Prudemment, elles entendent d’abord défendre leurs intérêts avant de promouvoir leur vision du monde. Thierry Meyssan décrit leurs positions respectives avant que la lutte ne commence.

 

 

Le retrait US de Syrie, même si celui-ci a été immédiatement corrigé, indique avec certitude que Washington n’entend plus être le gendarme du monde, l’« Empire nécessaire ». Il a déstabilisé sans attendre toutes les règles des relations internationales. Nous sommes entrés dans une période de transition au cours de laquelle chaque grande puissance poursuit un nouvel agenda. En voici les principaux.

 

Les trois « grands »

 

Les États-Unis d’Amérique

 

 

L’effondrement de l’Union soviétique aurait pu provoquer celui des USA dans la mesure où les deux Empires étaient adossés l’un à l’autre. Il n’en fut rien. Le président George Bush Sr s’assura avec l’opération « Tempête du désert » que Washington devienne le leader incontesté de toutes les nations, puis il démobilisa 1 million de soldats et proclama la recherche de la prospérité.

Les sociétés transnationales scellèrent alors un pacte avec Deng Xiaoping pour faire fabriquer leurs produits par des ouvriers chinois, vingt fois moins payés que leurs homologues états-uniens. Il s’en suivit un développement considérable des transports internationaux de marchandises, puis la disparition progressive des emplois et des classes moyennes aux USA. Le capitalisme industriel était supplanté par un capitalisme financier.

À la fin des années 90, Igor Panarine, professeur à l’Académie diplomatique russe, analyse l’effondrement économique et psychologique de la société états-unienne. Il émit l’hypothèse de l’éclatement de ce pays sur le modèle de ce qui était advenu de l’Union soviétique avec l’apparition de nouveaux États. Pour repousser l’effondrement, Bill Clinton affranchit son pays du droit international avec l’agression de la Yougoslavie par l’OTAN. Cet effort s’avérant insuffisant, des personnalités US imaginent d’adapter leur pays au capitalisme financier et d’organiser, par la force, les échanges internationaux pour que la période à venir soit un « nouveau siècle américain ». Avec George Bush Jr., les États-Unis abandonnèrent leur position de nation leader et tentèrent de se transformer en un pouvoir unipolaire absolu. Ils lancèrent la « guerre sans fin » ou « guerre au terrorisme » pour détruire une à une toutes les structures étatiques du « Moyen-Orient élargi ». Barack Obama poursuivit cette quête en y associant une kyrielle d’alliés.

Cette politique porta ses fruits, mais seul un très petit nombre en profita, les « super-riches ». Les États-uniens réagirent en élisant Donald Trump à la présidence de l’État fédéral. Celui-ci rompit avec ses prédécesseurs et, comme Mikhaïl Gorbatchev en URSS, tenta de sauver les USA en les allégeant de leurs engagements les plus coûteux. Il relança son économie en encourageant les industries nationales contre celles qui avaient délocalisé leurs emplois. Il subventionna l’extraction de pétrole de schiste et parvint à prendre le contrôle du marché mondial des hydrocarbures malgré le cartel formé par l’OPEP et la Russie. Conscient que son armée est d’abord une énorme bureaucratie, gaspillant un budget colossal pour des résultats insignifiants, il cessa le soutien à Daech et au PKK, négociant avec la Russie une voie pour en terminer avec la « guerre sans fin » en y perdant le moins possible.

- Dans la période à venir, les États-Unis seront prioritairement mués par la nécessité d’économiser sur toutes leurs actions à l’étranger, jusqu’à les abandonner si nécessaire. La fin de l’impérialisme n’est pas un choix, mais une question existentielle, un réflexe de survie.

 

La République populaire de Chine

 

 

Après la tentative de coup d’État de Zhao Ziyang et le soulèvement de Tienanmen, Deng Xioping entreprit son « voyage vers le Sud ». Il annonça que la Chine continuerait sa libéralisation économique en nouant des contrats avec les multinationales US.

Jiang Zemin poursuivit sur cette voie. La côte se transforma en « atelier du monde », provoquant un gigantesque développement économique. Progressivement il nettoya le Parti communiste de ses caciques et veilla à ce que les emplois bien rémunérés s’étendent à l’intérieur des terres. Hu Jintao, soucieux d’une « société harmonieuse », abroge les impôts que payaient les paysans dans les régions intérieures toujours pas touchées par le développement économique. Mais il ne parvint pas à maîtriser les pouvoirs régionaux et sombra dans une affaire de corruption.

Xi Jinping se proposa d’ouvrir de nouveaux marchés en construisant un projet titanesque de voies commerciales internationales, les « routes de la soie ». Cependant ce projet arriva trop tard car, à la différence de l’antiquité, la Chine ne propose plus de produits originaux, mais ce que vendent les sociétés transnationales en moins chers. Ce projet fut accueilli comme une bénédiction par les pays pauvres, mais redouté par les riches qui se préparent à le saboter. Xi Jinping reprend position dans tous les îlots que son pays avait abandonnés en mer de Chine, lors de l’effondrement de l’Empire Qing et de l’occupation par les huit armées étrangères. Conscient de la puissance de destruction des Occidentaux, il fait alliance avec la Russie et s’interdit toute initiative politique internationale.

- Dans la période à venir, la Chine devrait affirmer ses positions dans les instances internationales en conservant à l’esprit ce que les Empires coloniaux lui infligèrent au XIXème siècle. Mais elle devrait s’interdire d’intervenir militairement et rester une puissance strictement économique.

 

La Fédération de Russie

 

 

Lors de l’effondrement de l’URSS, les Russes ont cru qu’ils allaient se sauver en adhérant au modèle occidental. En fait, l’équipe de Boris Eltsine, formée par la CIA, organisa le pillage des biens collectifs par quelques individus. En deux ans, une centaine d’entre eux, à 97 % issus de la minorité juive, s’accaparèrent tout ce qui était disponible et devinrent milliardaires. Ces nouveaux oligarques se livrèrent une bataille sans merci à coup de mitraillettes et d’attentats en plein Moscou, tandis que le président Eltsine faisait bombarder le parlement. Sans réel gouvernement, la Russie n’était plus qu’une épave. Des chefs de guerre et des jihadistes armés par la CIA organisèrent la sécession de la Tchétchénie. Le niveau de vie et l’espérance de vie s’effondrèrent.

En 1999, le directeur du FSB, Vladimir Poutine sauva le président Eltsine d’une enquête pour corruption. En échange, il fut nommé président du Conseil des ministres ; poste qu’il utilisa pour contraindre le président à la démission et se faire élire sa place. Il mit en place une vaste politique de restauration de l’État : il mit fin à la guerre civile en Tchétchénie et abattit méthodiquement tous les oligarques qui refusèrent de se plier devant l’État. Le retour de l’ordre fut aussi la fin du fantasme occidental des Russes. Le niveau de vie et l’espérance de vie se redressèrent.

Ayant rétablit l’état de droit, Vladimir Poutine ne se représenta pas à l’issue de deux mandats consécutifs. Il soutint un pâle professeur de droit, adulé par les États-Unis, Dmitry Medvedev, pour lui succéder. Mais n’ayant pas l’intention de laisser le pouvoir dans des mains faibles, il se fit nommer Premier ministre jusqu’à sa réélection comme président, en 2012. Croyant à tort que la Russie allait s’effondrer à nouveau, la Géorgie attaqua l’Ossétie du Sud, mais trouva instantanément le Premier ministre Poutine sur son passage. Celui constata alors l’état pitoyable de l’armée rouge, mais parvint à vaincre grâce à l’effet de surprise. Réélu à la présidence, il s’attacha à réformer la Défense. Il mit à la retraite des centaines de milliers d’officiers, souvent désabusés et parfois ivrognes, et plaça le général tuvan (turcophone de Sibérie) Sergueï Choïgou au ministère de la Défense.

Reprenant un mode de gestion russe traditionnel, Vladimir Poutine sépara le budget civil d’une partie du budget militaire. Le premier est voté par la Douma, le second est secret. Il restaura la recherche militaire, tandis que les États-Unis imaginaient ne plus avoir à investir dans ce domaine. Il testa quantité d’armes nouvelles – dont des armes hypersoniques qui bouleversèrent la stratégie – avant de déployer la nouvelle armée rouge au secours de la Syrie. Il expérimenta ses nouvelles armes en situation de combat et décida celles qui seraient produites et celles qui seraient abandonnées. Il organisa une permutation trimestrielle de ses troupes afin que toutes, les unes après les autres, s’aguerrissent. La Fédération de Russie qui, en 1991, n’était plus rien est devenue en dix-huit ans la première puissance militaire mondiale.

Simultanément, il utilisa le coup d’État nazi en Ukraine pour récupérer la Crimée, un territoire russe administrativement rattaché à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev. Il affronta alors une campagne de sanctions agricoles de l’Union européenne qu’il utilisa pour créer une production intérieure autosuffisante.

Il noua une alliance avec la Chine et lui imposa de modifier son projet de routes de la soie en intégrant les besoins de communication du territoire russe pour fonder un « Partenariat de l’Eurasie élargie ».

- Durant les années à venir, la Russie va tenter de réorganiser les relations internationales sur deux bases : séparer les pouvoirs politiques et religieux ; restaurer le droit international sur les bases formulées par le Tsar Nicolas II.

 

Les Européens de l’Ouest

 

Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord

 

 

Lors de la chute de l’URSS, le Royaume-Uni souscrivit avec des réserves au Traité de Maastricht. Le Premier ministre conservateur John Major entendait profiter de l’État supranational en construction tout en tenant sa monnaie à l’écart. Il se réjouit donc lorsque George Soros attaqua la Livre et la contraignit à sortir du SME (« serpent monétaire »). Son successeur, le travailliste Tony Blair redonna sa pleine indépendance à la Banque d’Angleterre et envisagea de quitter l’UE pour rejoindre l’ALENA. Il transforma la défense des intérêts de son pays en substituant des références aux Droits de l’homme au respect du Droit international. Il se fit le promoteur des politiques US de Bill Clinton, puis de George Bush Jr, encourageant et justifiant l’élargissement de l’Union européenne, la « guerre humanitaire » contre le Kosovo, puis le renversement du président iraquien Saddam Hussein. En 2006, il élabora le plan du « printemps arabe » et le soumit aux USA.

Gordon Brown hésita à poursuivre cette politique et tenta de retrouver une marge de manœuvre, mais son énergie fut happée par la crise financière de 2008, qu’il parvint pourtant à traverser. David Cameron mit en œuvre, avec Barack Obama, le plan Blair-Bush de « printemps arabe », notamment la guerre contre la Libye, mais à terme il ne parvint que partiellement à placer les Frères musulmans au pouvoir au Moyen-Orient élargi. En définitive, il démissionna après le vote par les électeurs du Brexit alors que le projet de rejoindre l’ALENA n’était plus à l’ordre du jour.

Theresa May se proposa d’appliquer le Brexit en ce qui concerne la sortie de l’État supranational du Traité de Maastricht, mais pas en ce qui concerne la sortie du marché commun antérieur à Maastricht. Elle échoua et fut remplacée par le biographe de Winston Churchill, Boris Johnson. Celui-ci décida de sortir totalement de l’Union européenne et de réactiver la politique étrangère traditionnelle du royaume : la lutte contre tout État concurrent sur le continent européen.

- Si Boris Johnson reste au pouvoir, le Royaume-Uni devrait dans les prochaines années tenter de dresser l’Union européenne et la Fédération de Russie l’une contre l’autre.

 

La République française

 

 

François Mitterrand n’a pas compris la dislocation de l’URSS, allant jusqu’à soutenir le putsch des généraux contre son homologue russe, Mikhaïl Gorbatchev. Quoi qu’il en soit, il y a vu une opportunité pour construire un État supranational européen, suffisamment grand pour rivaliser avec les USA et la Chine dans la continuité de la tentative napoléonienne. Aussi a-t-il promu, avec le chancelier Helmut Kohl, l’unification allemande et le Traité de Maastricht. Inquiet de ce projet d’États-Unis d’Europe, le président Bush Sr, convaincu de la « doctrine Wolfowitz » de prévenir le surgissement d’un nouveau challenger du leadership US, le contraignit à accepter la protection de l’UE par l’OTAN et son élargissement aux ex-membres du Pacte de Varsovie. François Mitterrand utilisa la cohabitation et le ministre gaulliste de l’Intérieur, Charles Pasqua, pour combattre les Frères musulmans que la CIA lui avait fait accepter en France et que le MI6 utilisait pour évincer la France d’Algérie.

Jacques Chirac développa la dissuasion française en terminant les essais nucléaires aériens dans le Pacifique avant de passer aux simulations et de signer le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE). Simultanément, il adapta les armées aux besoins de l’OTAN en mettant fin au service militaire obligatoire et en intégrant le comité militaire (planification) de l’Alliance. Il soutint l’initiative de l’Otan contre la Yougoslavie (guerre du Kosovo), mais – après avoir lu et étudié L’Effroyable imposture – prit la tête de l’opposition mondiale à l’agression contre l’Iraq. Cet épisode lui permit de se lier avec le chancelier Helmut Kohl et de faire avancer l’État supranational européen qu’il concevait toujours comme un outil d’indépendance autour du couple franco-allemand. Déstabilisé par l’assassinat de son partenaire en affaires, Rafic Hariri, il se retourna contre la Syrie que les États-Unis désignaient comme le commanditaire du meurtre.

Préconisant une politique radicalement différente, Nicolas Sarkozy plaça l’armée française sous commandement US via le Commandement intégré de l’OTAN. Il tenta d’élargir la zone d’influence française en organisant l’Union pour la Méditerranée, mais ce projet ne fonctionna pas. Il fit ses preuves en renversant Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et, bien qu’il ait été dépassé par les printemps arabes en Tunisie et en Égypte, il prit la tête de l’opération de l’OTAN contre la Libye et contre la Syrie. Cependant par réalisme, il constata la résistance syrienne et se retira du théâtre d’opération. Il poursuivit la construction des États-Unis d’Europe en faisant adopter le Traité de Lisbonne par le Parlement alors que les électeurs avaient rejeté le même texte sous le nom de « Constitution européenne ». En réalité, la modification des institutions, censées devenir plus efficaces avec 27 États-membres, transforme en profondeur l’État supranational qui peut désormais imposer sa volonté aux États-membres.

Arrivé au pouvoir sans y être préparé, François Hollande s’inscrit de manière un peu rigide dans les pas de Nicolas Sarkozy l’obligeant à en adopter l’idéologie. Il signe tous les traités que son prédécesseur avait négociés – y compris le Pacte budgétaire européen permettant de sanctionner la Grèce – en y ajoutant chaque fois, comme pour s’excuser de son revirement, une déclaration reprenant son propre point de vue, mais sans valeur contraignante. Ainsi autorise-t-il l’installation de bases militaires de l’OTAN sur le sol français, mettant un terme définitif à la doctrine gaulliste d’indépendance nationale. Ou encore poursuit-il la politique d’agression contre la Syrie, se livrant à une surenchère verbale avant de ne rien faire sur ordre la Maison-Blanche. Il assigne à l’armée de Terre française une mission au Sahel, en faisant la supplétive au sol de l’AfriCom. Enfin, il justifie la Bourse d’échange des droits d’émission de CO₂‎ par l’Accord de Paris sur le climat.

Élu grâce au fonds de placement états-unien KKR, Emmanuel Macron est d’abord un défenseur de la globalisation selon Bill Clinton, George Bush Jr et Barack Obama. Cependant, il adopte rapidement la vision de François Mitterrand et de Jacques Chirac selon laquelle seul un État supranational européen permettra à la France de continuer à jouer un rôle international conséquent, mais dans sa version Sarkozy-Hollande : l’Union permet la contrainte. Ces deux lignes le conduisent parfois à des contradictions, notamment face à la Russie. Cependant elles se rejoignent dans une condamnation du nationalisme des États membres de l’Union européenne, un Brexit court, ou encore une volonté de rétablir le commerce avec l’Iran.

- Dans les années à venir, la France devrait mesurer ses décisions en regard de leur impact sur l’édification de l’Union européenne. Elle cherchera en priorité à s’allier toute puissance œuvrant en ce sens.

 

République fédérale d’Allemagne

 

 

Le chancelier Helmut Kohl perçoit la dislocation de l’Empire soviétique comme une opportunité pour réunir les deux Allemagnes. Il obtient le feu vert de la France en échange du soutien allemand au projet de monnaie unique de l’Union européenne, l’euro. Il obtient aussi l’accord des États-Unis qui y voient un moyen détourné de faire entrer l’armée est-allemande dans l’OTAN malgré la promesse faite à la Russie de ne pas y faire adhérer la République démocratique allemande.

Une fois la réunification allemande réalisée, le chancelier Gerhard Schröder pose la question du rôle international de son pays, toujours sous le coup de sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale. Si l’Allemagne n’est plus militairement occupée par les quatre grandes puissances, elle n’en héberge pas moins d’énormes garnisons US et les sièges de l’EuCom et bientôt de l’AfriCom. Gerhard Schröder utilise la guerre « humanitaire » contre le Kosovo pour déployer légalement, pour la première fois depuis 1945, les troupes allemandes hors du pays. Mais il refuse de reconnaître ce territoire conquis par l’OTAN comme un État. De même, il s’engage très fortement aux côtés du président Chirac contre la guerre états-uno-britannique en Iraq soulignant que rien ne prouve l’implication du président Saddam Hussein dans les attentats du 11 Septembre. Il tente d’influer sur la construction européenne de manière pacifique. Aussi renforce-t-il les liens énergétiques avec la Russie et propose-t-il une Europe fédérale (incluant à terme la Russie) sur le modèle allemand, mais il rencontre l’opposition de la France très attachée au projet d’État supranational.

La chancelière Angela Merkel revient à la politique de son mentor Helmut Kohl qui l’a fait passer en une nuit de ses responsabilités aux Jeunesses communistes d’Allemagne démocratique au gouvernement d’Allemagne fédérale. Surveillée étroitement par la CIA qui ne sait trop comment la définir, elle renforce les liens de l’Allemagne avec Israël et le Brésil. En 2013, sur proposition d’Hillary Clinton, elle demande à Volker Perthes d’étudier la possibilité de développer l’armée allemande pour jouer un rôle central au CentCom si les États-Unis déplacent leurs troupes vers l’Extrême-Orient. Elle commande alors des études sur la manière dont les officiers allemands pourraient encadrer les armées d’Europe centrale et orientale et demande à Volker Perthes de rédiger un plan pour la capitulation de la Syrie. Très attachée aux structures atlantistes et européennes, elle prend ses distances avec la Russie et soutient le coup d’État nazi en Ukraine. Par souci d’efficacité, elle exige que l’Union européenne puisse imposer sa volonté aux petits États-membres (Traité de Lisbonne). Elle se montre très dure lors de la crise financière grecque et place patiemment ses pions dans la bureaucratie européenne jusqu’à l’élection d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne. Lorsque les États-Unis se retirent du Nord de la Syrie, elle réagit immédiatement en proposant à l’OTAN d’envoyer l’armée allemande la remplacer conformément au plan de 2013.

- Dans les années à venir, l’Allemagne devrait privilégier les possibilités d’intervention militaire dans le cadre de l’OTAN, particulièrement au Moyen-Orient, et se méfier du projet d’État supranational européen centralisé.

 

Faisabilité

 

Il est très étrange d’entendre parler aujourd’hui de « multilatéralisme » et d’« isolationnisme » ou d’« universalisme » et de « nationalisme ». Ces questions ne se posent pas dans la mesure où chacun sait depuis la conférence de La Haye (1899) que le progrès des techniques rend toutes les nations solidaires. Cette logorrhée cache mal notre incapacité à admettre les nouveaux rapports de force et à envisager un ordre du monde le moins injuste possible.

Seules les trois Grandes puissances peuvent espérer avoir les moyens de leur politique. Elles ne peuvent parvenir à leurs fins sans guerre qu’en suivant la ligne russe fondée sur le droit international. Toutefois, le danger d’une instabilité politique intérieure aux USA fait planer plus que jamais un risque d’affrontement généralisé.

En quittant l’Union, les Britanniques se sont mis dans l’obligation de rejoindre les États-Unis (ce que Donald Trump refuse) ou de disparaître politiquement. Tandis que l’Allemagne et la France, en perte de vitesse, n’ont pas d’autres choix que de construire l’Union européenne. Or pour le moment, ils évaluent très différemment le temps disponible et l’envisagent de deux manières incompatibles ce qui pourrait les amener eux-mêmes à disloquer l’Union européenne.

Thierry Meyssan

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44 Commentaires

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  • #2325343
    Le 19 novembre à 18:21 par escudero
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Meyssan semble produire des analyses avec des matériaux exclusivement "Mainstream". Seule la globalisation existe et le tout ne serait qu’une affaire de jeux d’influence au niveau géopolitique, de commerce et de gros sous. La destruction des valeurs morales, philosophiques, esthétiques et religieuses de nos sociétés, qui accompagne la lente désintégration des nations, ne semble pas constituer pour lui un sujet digne d’analyse et de réflexion. La dimension spirituelle du monde semble lui échapper.

     

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    • #2325451
      Le 19 novembre à 20:05 par Royaliste
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      @ escudero

      " La dimension spirituelle du monde semble lui échapper." Ne soyez pas surpris, c’est une constante chez les "droits-de-l’hommistes".

       
    • #2325872
      Le 20 novembre à 10:30 par goyband
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      Je ne suis pas un exégète de Meyssan, mais la dialectique de l’impérialisme marchand explique pas mal de choses, dont celle des droits de l’homme et globalement le virage sociétal en remplacement de la lutte des classes.

      L’effondrement des valeurs morales catholiques post monarchique s’explique également au travers du prisme de la suprématie de la société marchande du modèle Anglo-saxon.

      Bonaparte fut le plus grand défenseur de la République en évitant la prolongation temporelle du chaos post 1785.
      Pire, par ses victoires contres les premières coalitions entre 1798-1802, il a contribué à empêché une restauration de la monarchie et instiguée par l’Empire Britannique afin d’empêcher que la France ne prenne trop d’ampleur marchande et à son détriment.
      Par la suite, lorsque Bonaparte imagine être l’artisan d’une Europe unie et forte, ce fut des guerres Européennes pour l’en empêcher dès 1805 (Trafalgar, Austerlitz, Iéna, Friedland, Eckmühl, Wagram, Leipzig) avant le désastre de Waterloo et précédent la seconde restauration.

      Beaucoup de royalistes Français critiquent Napoléon I pour son tropisme pro Républicain, mais en vérité, il s’est battu pour empêcher l’installation d’une monarchie sponsorisée par la perfide Albion et retarder la soumission de la France à la logique marchande anglo-saxonne.

      Post 1815, la France est supplantée par la City et toutes les guerres sont celles de la City jusqu’à WWI.
      Et WWII et une guerre d’impérialismes marchand qui profitera surtout à Wall Street et aux sionistes, ces derniers avaient déjà avancés leurs pions post affaire Dreyfus (Gauche Européenne philosémite et antiraciste), plus tard Trotskysme sponsorisé par les US (Mai 68).

       
  • #2325405
    Le 19 novembre à 19:12 par Jacques
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Analyse plus ou moins correcte mais la vraie puissance est la Russie, reconstruite sur le nationalisme. La France n’est plus qu’une province anglo-saxonne depuis 1789, occupée physiquement depuis 1940.
    Quant à l’UE ou l’OTAN, c’est de l’humour je pense. Ce sont des instruments d’asservissement du pentagone.

     

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  • #2325406
    Le 19 novembre à 19:13 par Royaliste
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Curieux que pour les USA et la Russie, il n’ait pas été fait mention de leurs régimes, alors que cela a été fait pour les autres.

    - Les États-Unis d’Amérique ->république fédérale
    - La République populaire de Chine
    - La Fédération de Russie -> république fédérale
    - Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord
    - La République française
    - La République fédérale d’Allemagne

    Et pour les complotistes :)
    - Israël -> république parlementaire

    On est pas loin de la république universelle chère à certains et de son gouvernement mondial. Heureusement que les Britanniques résistent, quoi qu’il y aurait peut-être éventuellement des choses à dire sur la Couronne ...

     

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    • #2326066
      Le 20 novembre à 14:30 par Rire
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      "Heureusement que les Britanniques résistent"
      Hahaha, j’aime beaucoup votre humour, la fameuse monarchie de la Magna Carta et du Bill of rights de 1689, qui est ni plus ni plus responsable des révolutions qui ont créés les républiques que vous citez, à commencer par la notre.

       
    • #2326576
      Le 21 novembre à 02:36 par Adelaïde
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      Les Britaniques, ces colonisateurs qui ont essaimé en Amérique du Nord.....On voit ce que ça a donné..C’est clair qu’ils sont résistants...enfin ce serait plutôt les autres qui résistent à leurs assauts. Le coeur satanique serait même peut être en Angleterre.

       
  • #2325426
    Le 19 novembre à 19:37 par DidierM
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Je suis surpris de certains commentaires : cet article porte sur les ambitions actuelles des grandes puissances. Pas sur le rôle de puissances régionales comme Israël, la Turquie et l’Iran.
    Pour ce qui est du "point d’aveuglement" de Meyssan, vous n’avez probablement pas vu le film de cinéma qu’il a fait pour Ahmadinejad et qui représentait l’Iran au Festival de Cannes (mais personne n’en a parlé). Il y montrait une vidéo de Netanyahu le 11 septembre s’exprimant sur les attentats avant que Bush ne le fasse. L’Israélien savait déjà mieux que le Yankee ce qui se passait.

     

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  • #2325458
    Le 19 novembre à 20:10 par Jacques
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    A Didier M : c’est votre commentaire qui est surprenant ! Israël, une puissance "régionale" ??? Leur rôle est mondial ! Ils influencent la politique des deux Amériques en totalité, la partie la plus riche de l’Asie, le proche et Moyen- Orient et jusqu’à l’Afrique du sud. Et l’UE est son esclave, pas mal pour cette enclave minuscule des EU !
    Quant à la Turquie, elle est beaucoup plus libre que l’Angleterre vis à vis du pentagone.

     

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    • #2325672
      Le 19 novembre à 23:42 par Adeon
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      En effet, mais cela il ne faut pas trop en parler. C’est un sujet qui peu gêner certaines personnes, heurter certaines sensibilités qui n’ont été que trop malmenées par le passé.

       
  • #2325515
    Le 19 novembre à 20:47 par Kroutoy
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Gorbatchev a tenté de sauver l’URSS ....
    T’es sérieux Thierry ???
    La perestroika (reconstruction) doit etre comprise de facon inversée (dans le style maçonnique). C’est une de-stroika (deconstruction/destruction).
    La perestroika est le plan de démolition controlée de l’URSS.

     

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  • #2325605
    Le 19 novembre à 22:37 par J.I.
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Doit-on comprendre que l’histoire du monde est de passer par une gouvernance mondiale plus juste donc respectueuse ? rien n’est moins vrai.

    N’est-ce pas là 6 mondialismes similaires, limités à des valeurs technologiques, marchandes et militaires ? Alors que M. Meyssan juge certains concepts dépassés, son mondialisme n’est-il pas aussi creux que le mot " système ". Le mondialisme est un empire et il importe de lui donner un nom et un visage : celui d’une ploutocratie nomade satanique. Si les empires passé étaient colonisateurs et terriens, celui-ci est volatil et destructeur. Le mondialisme des échanges a bien eu un impact sur la mondialité des cultures. En uniformisant arbitrairement le développement des peuples par la dictature marchande appelé démocratie, il a nié et falsifié leur histoire. C’est parce que le mondialisme a voulu s’imposer pour se substituer aux civilisations, qu’il fait semblant de limiter les effondrements qu’il a créé en s’implantant et non l’inverse.

    Thierry Meyssan semble nier les dérèglements anthropologiques causés par le mondialisme. Les déstabilisations culturelles et religieuses ne sont pas des diversions pour cacher la réalité du système financier mafieux, comme on nous l’a rabâché. Ce sont des guerres qui s’en prennent à l’espèce, faisant de l’être humain une marchandise que l’on peut transformer, engrosser et éventrer. Une seule communauté farouchement théocratique, nationaliste et sanguinaire entend préserver ce qu’elle nous dénie et reproche. C’est celle de M. Meyssan, qui nous enjoint d’abandonner notre nationalisme, notre histoire, notre religion et par là même notre identité, notre avenir. Il est temps de prendre conscience des véritables enjeux, qui sont bien plus profonds que l’effervescence de la bourse et les préoccupations des états-majors.

     

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    • #2325760
      Le 20 novembre à 04:40 par paramesh
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      Meyssian ne parle que de droit international . un droit internationnal que l’on devrait respecter sous peine l’ostracisme (économique, politique et social). si tous les états respectaient ce droit international
      Un droit qui condamnerait toute guerre offensive toute ingérence étrangère et proclamerait le droit des peuples à disposer d’eux même, cela serait un bon pas en avant dans l’histoire de l’humanité.

       
    • #2326571
      Le 21 novembre à 02:20 par alderic-dit-le-microbe
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      Le droit est une illusion quand il est sur papier.

      Le droit se prend, s’impose, par la puissance.

      Vous n’avez plus la puissance requise pour imposer quoi que ce soit. Vous avez trop divisé et vous vous êtes laissé distancer.

      Votre sort est de disparaître pour laisser la place à plus fort, pour le bien commun de l’humanité.

       
  • #2326013
    Le 20 novembre à 13:34 par Renée Cagnat
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Des spécialistes en Russie, autour de Mr Deviatov, aujourd’hui envisagent cette question de la manière suivante.

    La globalisation était fondée sur les rôles de consommateur, producteur de matières premières, producteur industriel, émetteur de la monnaie mondiale :
    - un centre de production de matière premières, la Russie et l’Afrique ;
    - un centre de production industrielle avec la Chine,
    - un centre de consommation et d’émission de la monnaie mondiale, les USA.

    Elle est enrayée par entre autres l’accession au pouvoir de Trump, qui compte faire des USA, un centre de production industrielle et de matières premières. Les autres grands blocs, la Russie et la Chine, tentant de se doter des deux éléments du trépied qui leur manquent :
    - la Russie en transformant son économie pour qu’elle redevienne une puissance industrielle, avec peut-être l’adhésion avec la Chine à une nouvelle organisation d’un système financier international chinois fondé entre autres choses sur la re-monétisation de l’or. Ces deux puissances devant aussi développer leur marché intérieur de consommation.

    La stratégie des trois grands acteurs de ce monde de la déglobalisation étant d’empêcher les deux autres de se doter des deux pattes du trépied qui leur manquent. Le rôle des USA étant dans ce contexte de rechercher la rupture du pacte de non agression sino-russe et d’empêcher la Chine et la Russie de parler à huis clos.

    Comme pour le cas de l’Allemagne après 1886 avec la non reconduction du pacte de non agression Germano-Russe à l’avènement de Guillaume II qui pour ce faire, limogea le chancelier Bismarck, et si l’on accepte la validité de la théorie géopolitique de Mackinder et Haushofer du Heartland, au centre du continent eurasiatique et dont le contrôle ouvre sur le contrôle du monde, un scénario miroir pourrait avoir lieu, avec le retournement de l’alliance sino-russe actuelle, où la Chine, mue davantage par les intérêts "atlantistes" de ceux qui ont financé sa croissance économique, ne laisserait alors à la Russie que l’Inde ou le Califat comme alliés possibles...

     

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  • #2326679
    Le 21 novembre à 09:58 par culturovore
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    Bon article de Meyssan et commentaires de qualité sur ce site. Mais ni Meyssan ni les commentaires ne soulignent que la géopolitique mondiale est adossée a la haute finance et a son élite qui en tire les ficelles. Pourtant c est l’état des lieux qui nous est fait par de nombreux lanceurs d’alertes : Michael Wolf, Myron Fagan, Assange, Sutton…
    Pour reprendre les mots de Wolf : « le système a été avec soin dessiné pour servir les intérêts d’une élite sur la base d’un endettement croissant ». Fagan explique bien que la haute finance occulte a mis ses pions en place pour installer une gouvernance mondiale qui servira leurs intérêts. Poutine a déclaré dans la presse en venant en Syrie « attention les satanistes, j’arrive ! », Trump s’appuie sur les révélations d’Assange pour combattre l’état profond (CFR, Bilderberg) dirigé par la haute finance. Dans les échanges révélés par Assange des dizaines de documents de l’agence Stratfor qui est une grande agence d’information pour les agences de renseignements CIA et NSA parlent de la main mise sur la grands évènements mondiaux de la haute finance mondiale à travers ses réseaux lucifériens et maçonniques. Wikileaks, et Fagan soixante ans avant parlent de la Maison Rothschild qui sont des hofjuden lucifériens (ayant donc sciemment abandonné la religion juive) et de leur vision du monde qu’ils tentent d’imposer par le financement des guerres et des révolutions par leurs banquiers vassaux (JP Morgan, Rockefeller, Goldman Sachs). Aujourd’hui chacun tente de se sortir de cette ornière. Trump en tentant de restaurer la démocratie dans son pays et le souverainisme et en mettant la Fed au pas. Poutine quia crée une classe moyenne basée sur une économie du gaz. Ces deux la combattent conjointement le Nouvel Ordre Mondial de la haute finance et tentent d’instaurer un gouvernement mondial qui sera multipolaires et non financier. Macron financé par la haute finance, Merkel dont l’époux donne des cours au Pentagone, sont des agents du Nouvel Ordre Mondial et de la haute finance et construisent l’entité politique supranationale qui s’appelle l’UE comme un carcan de réduction en esclavage des peuples.

     

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    • #2327308
      Le 22 novembre à 09:51 par Oupa
      Six projets contradictoires d’ordre mondial

      Ça s’arrêtera quand ils auront tout (on dirait qu’on en est pas loin !?) les biens matériels.
      Ainsi, on pourra revenir à l’essence-ciel.
      Alors se fera naturellement le trie entre le bon grain et l’ivraie... ou pas ?

       
  • #2326680
    Le 21 novembre à 09:59 par culturovore
    Six projets contradictoires d’ordre mondial

    SUITE

    La seule manière de redonner une présence mondiale a la France serait de sortir de l’UE et du commandement intégré de l’OTAN qui ont été bâti pour servir les intérêts de la haute finance et mettre en place leur gouvernement mondial. La France en définitive ne pourra pas facilement se sortir de cette prison, l’élection démocratique étant un leurre, son gouvernement sera toujours composé d’agents du NOM. Poutine l’interdit et Trump est en train de faire place nette. La France ne retrouvera son rang qu’en réaffirmant sa souveraineté militaire grâce a sa force nucléaire dissuasive et économiquement en abandonnant l’euro mark. Enfin, Meyssan voit juste quand il parle de l’Angleterre qui se rallie aux USA.

     

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