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Trump et les missions confiées au futur roi de la Saoudie salmanienne

Les réalités et l’équilibre des forces sur le terrain suggèrent que l’alliance américano-saoudo-israélienne n’est pas prête à se lancer dans la folie d’une guerre majeure au Moyen Orient, mais n’excluent pas qu’elle tente d’arriver à ses fins par une guerre de moindre intensité sur un front judicieusement choisi, afin de rééquilibrer la situation actuellement favorable aux forces de la Résistance et à leur allié russe.

 

Une équation complexe que l’alliance a dernièrement tenté de résoudre en soutenant les séparatistes kurdes, en empêchant la reprise d’Al-Boukamal des mains de Daech par l’Armée syrienne, en envisageant une guerre limitée au sud de la Syrie et au sud du Liban. Mais tous ces plans se sont révélés être des raccourcis vers la confrontation globale.

En effet, le soutien du projet des séparatistes kurdes en Irak risquait de rapidement mener à une guerre ouverte avec, au minimum, l’Iran, l’Irak et la Turquie ; l’insistance des États-Unis à empêcher la convergence des armées syrienne et irakienne et des forces de la Résistance à Al-Boukamal, en déclarant que la frontière syro-irakienne était une ligne rouge, signifiait l’entrée en guerre avec la Syrie, l’Iran, le Hezbollah et le Hachd al-Chaabi irakien, avec la Russie en renfort ; tandis qu’une guerre contre le sud de la Syrie ou le sud du Liban mettrait Israël sous le feu de milliers de missiles lancés à partir du Liban, de la Syrie et de l’Iran.

Mais les guerres ne sont pas affaire d’amateurs surtout quand il s’agit d’aventuriers tels ceux qui ont planifié une guerre perdue d’avance, comme au Yémen. Les erreurs pouvant être fatales, le président américain Donald Trump, le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu jouent leur propre partition, mais dans les limites autorisées par les décideurs de l’armée et du renseignement des États-Unis.

Or, les États-Unis, la Russie, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite, l’Israël et les pays alliés aux uns ou aux autres manœuvrent dans une zone géographique allant de la Russie au pays du Golfe, et de l’Iran à la mer Méditerranée.

Une zone comprise au sein d’un espace géographique traditionnellement défini comme le « Moyen-Orient », les États-Unis ayant tenté de l’élargir au « Grand Moyen-Orient », considéré comme leur espace vital et leur zone d’influence exclusive. C’était sans compter avec l’irruption inattendue de la Russie devenue l’acteur principal dans la région, notamment parce qu’après le démantèlement de l’Union soviétique, les États-Unis se sont révélés incapables de régler à eux seuls les conflits entre les nations.

Une région immensément riche correspondant, plus précisément à celle définie par la vision stratégique des « cinq mers » développée dès 2004 par le Président Bachar al-Assad. En effet, c’est effectivement au sein de cette région précise que se déroulent les luttes et les guerres directes ou indirectes qui semblent devoir aboutir à un nouvel ordre régional et, en conséquence, à un nouvel ordre mondial.

 

Cinq mers et donc « cinq espaces vitaux » où les États-Unis ne sont plus des acteurs décisifs :

Mer Caspienne : où le conflit s’est soldé en faveur de deux joueurs majeurs, l’Iran et la Russie ; le Kazakhstan ayant accueilli en sa capitale, Astana, les réunions sur la Syrie sous direction de la Russie, alors qu’il accueillait les avions israéliens destinés à frapper l’Iran et se préparait à concurrencer le pétrole russe en Europe via un pipeline en direction de la Turquie ; et l’Azerbaïdjan ayant récemment signé, à Téhéran, un accord trilatéral de coopération stratégique avec l’Iran et la Russie, alors qu’il était dans le giron de la Turquie.

Mer Noire : où la guerre sur la Syrie et la sécurité nationale ont poussé la Turquie à revoir ses alliances et à réévaluer ses intérêts, de telle sorte qu’elle est désormais impliquée, en partie, dans le dispositif russo-iranien en dépit de son appartenance à l’OTAN et malgré son conflit ancestral avec la Russie.

Golfe persique : où une guerre serait catastrophique pour tous, l’Iran et les États-Unis étant face à face via la flotte de guerre américaine.

Mer Méditerranée : où une guerre serait encore plus catastrophique, cet espace étant devenu un lac international avec la présence des Américains, des Français, des Britanniques, des Italiens, des Espagnols, des Russes, des Turcs, des Syriens, des Israéliens…

Mer Rouge : finalement, le seul espace où il est encore possible de modifier l’équilibre des forces, a priori sans risquer une confrontation globale, et donc le dernier espace qui permettrait aux États-Unis de mener la guerre par procuration dont ils ont besoin.

Or sont présents autour de la mer Rouge : la Chine à Djibouti ; l’Iran en Érythrée, comme l’affirment les Américains, les Saoudiens et les Israéliens ; l’Arabie Saoudite ; l’Égypte ; l’Israël et le Yémen.

 

I. MISSION AU YEMEN : arracher le port d’Al-Hodeida aux mains d’Ansarallah

Mais seuls l’Égypte et le Yémen tiennent les deux bouts nord et sud de la mer Rouge. Par conséquent la maîtrise de cette mer par les États-Unis implique la présence saoudienne sur la côte yéménite, notamment à Al-Hodeida, et du même coup réduit le rôle de l’Égypte à la neutralité.

La « guerre d’Al-Hodeida » est donc cette guerre limitée, choisie pour éviter une guerre majeure dans laquelle les États-Unis et les Israéliens savent ne pas pouvoir s’impliquer. Si le Saoudien l’emporte, ce sera un bénéfice pour ladite Coalition internationale. S’il est défait, il sera le seul à en subir les conséquences, d’autant plus qu’il a déjà été largement indemnisé par la couverture de sa campagne contre ses cousins, dépouillés de leurs fortunes par une nuit sans lune.

 

II. MISSION EN SYRIE : dissimuler les envahisseurs de Raqqa sous une identité arabe

Fin octobre, le ministre saoudien Thamer Al-Sabhan est apparu à Raqqa en compagnie du général américain Brett McGurk nommé par Trump pour diriger ladite coalition internationale. Son rôle consistait à convaincre les habitants de la région, majoritairement arabes, d’accepter l’occupation de la ville par lesdites Forces Démocratiques Syriennes [FDS] essentiellement kurdes. En d’autres termes, le Saoudien était chargé de légitimer les séparatistes kurdes, lesquels couvrent la présence illégitime des soldats de la coalition en territoire syrien.

 

III. MISSION AU LIBAN : écarter le Hezbollah pour satisfaire Israël

Au Liban, l’équation est la suivante : reconnaissance par l’Arabie Saoudite des victoires du Hezbollah en Syrie, contre la reconnaissance par l’Iran des victoires de l’Arabie saoudite au Yémen après la prise d’Al-Hodeida.

Ce qui fait que la démission du Premier ministre libanais Saad Hariri, dictée par l’Arabie Saoudite, vise deux objectifs. D’une part, pousser le gouvernement libanais à lever la légitimité politique du Hezbollah à moins qu’il ne se retire de Syrie, comme l’exige Israël. D’autre part, dissuader l’Iran d’intervenir dans la guerre d’Al-Hodeida, dissuasion préventive concomitante avec la fermeture des eaux territoriales yéménites et les accusations portées contre l’Iran quant à sa prétendue contribution aux frappes de missiles yéménites sur le territoire saoudien.

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Pour dénouer la complexité de la géopolitique du Proche-Orient,
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Salmane entre Trump et Poutine, voir sur E&R :