Egalité et Réconciliation
https://www.egaliteetreconciliation.fr/
 
A A A
imprimer

Une guerre hybride pour balkaniser… les Balkans ?

L’empire, les oléoducs et la Russie

Dans l’esprit de la Nouvelle Guerre Froide et à la suite de leur élimination réussie du projet South Stream, les États-Unis ont donné la priorité à l’obstruction du projet russe d’oléoduc Balkan Stream, et jusqu’à présent, il y ont malheureusement réussi.

Le premier défi aura été la tentative de révolution de couleur en Macédoine, en mai 2015, qui heureusement a été contrée par les citoyens de ce pays. L’étape suivante sur le calendrier était la tourmente politique qui a failli faire chavirer la Grèce, à la suite du référendum anti-austérité, l’idée étant que si Tsipras était viré, alors le Balkan Stream aurait été remplacé par un projet plus favorable aux Américains, le projet Eastring. Une fois encore, les Balkans ont montré qu’ils résistaient et les combines américaines ont été repoussées, mais c’est à la troisième tentative, plus directe, que le projet a été tué dans l’œuf et mis indéfiniment en sommeil.

 

À la une, à la deux… à la trois !

L’apogée a été atteinte le 24 novembre, quand la Turquie a abattu un bombardier tactique russe opérant au-dessus du territoire syrien contre les terroristes, et que le projet a été touché de plein fouet, dans une prévisible réaction en chaîne qui a gelé les relations entre la Russie et la Turquie. Comme il était évident que la coopération dans le domaine énergétique entre les deux pays serait rendue impossible par ces tensions, on imagine que les États-Unis ont délibérément poussé la Turquie à faire tomber les dominos en file, sabordant ainsi le projet Balkan Stream. Si les choses se sont passées ainsi (et cela paraît très vraisemblable), cela ne veut pas dire que le projet est annulé, il serait plus judicieux de dire qu’il a été mis temporairement sous cocon [1]. La Russie ne va sans doute pas aller dans le sens d’un adversaire qui se montre aussi ouvertement agressif avec elle, mais je pense que cela n’est vrai que pour le gouvernement actuel, dans le contexte d’aujourd’hui. On peut imaginer qu’un retournement de la position turque (même si c’est peu probable dans les mois qui viennent) pourrait amener à ressortir le projet des cartons. Le scénario le plus probable étant que les nombreux mécontents et / ou les militaires inquiets ne renversent le gouvernement.

 

Un retournement turc ?

Ces deux possibilités ne sont pas si improbables quand on voit le mécontentement croissant contre le pouvoir autocrate d’Erdogan et les positions risquées dans lesquelles il met son armée. On connaît bien le mécontentement d’un nombre croissant de Turcs (dans le contexte de la montée irrépressible de l’insurrection kurde), mais ce dont on a moins parlé, c’est de la situation délicate que doivent affronter les forces armées turques aujourd’hui. Comme l’auteur l’a écrit en octobre, l’armée turque doit disperser ses forces, dans ses opérations contre les Kurdes dans un large sud-est du territoire, pour sécuriser le territoire turc face à l’État islamique et aux attaques terroristes d’extrême gauche, intervenir ponctuellement dans le nord de l’Iraq, et rester en alerte le long de la frontière syrienne. C’est un fardeau que n’importe quelle armée aurait du mal à assumer, et l’une des dernières choses dont les responsables auraient besoin, serait d’y ajouter une menace, largement imaginaire et complètement inutile, de la part de la Russie, concoctée par Erdogan lui-même. Cette pression pourrait bien se révéler trop forte pour eux, et, considérant les intérêts supérieurs de la sécurité nationale, comme leur rôle constitutionnel de sauvegarder l’intégrité territoriale de l’État, ils pourraient s’organiser pour renverser Erdogan, malgré toutes les mesures d’intimidation qu’il a prises durant la dernière décennie pour se prémunir de ce risque.

 

Quel va être le coup suivant ?

Il y a une véritable chance que le projet Balkan Stream ne soit pas gelé et qu’il soit relancé bientôt, car il est trop important, stratégiquement, à la fois pour la Russie et pour la Turquie, pour le laisser dans les tiroirs indéfiniment. Il est tout à fait possible qu’un changement politique intervienne en Turquie, il est peut-être déjà dans les projets des décideurs actuels et plus probablement encore après un nouveau coup d’État, bien qu’il soit trop tôt pour dire de quel côté, vers la Russie ou vers les États-Unis, le nouveau pouvoir pencherait dans ce dossier. Et donc, chaque grande puissance avance ses pions avec pour stratégie l’idée d’une assurance géopolitique, et tous regardent vers la Route de la Soie Balkanique de la Chine.

Vu de Washington, les États-Unis doivent poursuivre sans relâche la déstabilisation des Balkans, jusqu’à ce que le projet russe soit définitivement arrêté, ensuite il faudra faire de même avec le projet chinois. Aussi longtemps que la Route de la Soie Balkanique continuera de se construire, la Russie gardera une force d’attraction multipolaire via son partenaire, grâce à laquelle elle pourra développer l’influence qu’elle a cultivée si longtemps. Si le projet Balkan Stream se poursuit, la Russie peut prendre le train en marche, si elle n’y était pas déjà, et joindre ses forces stratégiques avec celles de son allié chinois, comme initialement prévu : voilà le cauchemar des États-Unis, aussi est-ce pour cela qu’ils relancent une guerre hybride dans une tentative désespérée d’enterrer ce projet de Route de la Soie Balkanique.

 

JPEG - 72.1 ko
L’importance de la Grèce dans les projets d’oléoducs

 

Lire la suite de l’article sur lesakerfrancophone.net

Notes

[1] Mise sous cocon : « Ensemble des opérations de protection effectuées pendant une période d’arrêt sur des équipements et des installations, dans la perspective de leur remise en service ultérieure. » Source : legifrance.gouv.fr (NDLR)

Voir aussi, sur E&R :

 



Article ancien.
Les commentaires sont désactivés



Alerter

3 Commentaires

AVERTISSEMENT !

Eu égard au climat délétère actuel, nous ne validerons plus aucun commentaire ne respectant pas de manière stricte la charte E&R :

- Aucun message à caractère raciste ou contrevenant à la loi
- Aucun appel à la violence ou à la haine, ni d'insultes
- Commentaire rédigé en bon français et sans fautes d'orthographe

Quoi qu'il advienne, les modérateurs n'auront en aucune manière à justifier leurs décisions.

Tous les commentaires appartiennent à leurs auteurs respectifs et ne sauraient engager la responsabilité de l'association Egalité & Réconciliation ou ses représentants.

  • La Russie doit trouver d’autres débouchés pour ses produits et laisser crever de froid les pays qui veulent bien de ses richesses minières à bas prix , mais acceptent que les terroristes de l’OTAN installent sur leurs sols des armes de destructions massives pour encercler la Russie en attendant de déclencher des "révolutions" de couleur sang avant l’assaut final !!!

     

    • Vous avez raison dans l’absolu, mais en géopolitique, l’ennemi est souvent précisément le voisin et l’ami le voisin du voisin. La Russie a un besoin vital d’exporter ses hydrocarbures, et l’Europe de l’Ouest est pour elle un marché indispensable (en attendant que la croissance de l’Asie soit suffisante pour lui permettre de s’en passer).
      Or, entre la Russie et l’Europe de l’Ouest, il y a l’Europe de l’est, une bande de pays contiguë de l’Estonie à la Bulgarie qui ne porte pas la Russie dans leur coeur, et les Russes doivent composer avec !


    • Poutine avait dit il y a quelques jours :
      "Nous avons de très nombreux amis sincères Turcs en Turquie.
      Je tiens à ce qu’ils sachent que nous ne les assimilons absolument pas avec leur gouvernement complice des terroristes."