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Syrie, Daech, attentats de Paris : une lecture monétaire et géostratégique des événements

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Article initialement publié dans l'atelier E&R

Le dollar : force et faiblesse des États-Unis

Le dollar, depuis la fin de sa convertibilité en or décidée unilatéralement par le président Nixon en 1971, ne repose plus sur aucune valeur intrinsèque. Les bons du Trésor américains, qui représentent l’architecture du dollar, ne sont plus qu’une gigantesque arnaque pyramidale de type cavalerie : l’argent récoltée à chaque émission de nouveaux titres sert à rembourser les détenteurs de titres arrivés à échéance. Cette capacité d’émettre toujours plus de dette sans se préoccuper des conséquences n’est possible que parce que le dollar est la monnaie d’échange internationale et une réserve de valeur pour l’ensemble des banques centrales de la planète. C’est ce qui permet au États-Unis de financer leur budget de défense avoisinant les 500 milliards de dollars annuels, de maintenir de très nombreuses bases militaires à travers le monde et surtout d’exercer une influence considérable en régissant l’économie de beaucoup de pays via ses deux bras armés que sont le FMI et la Banque mondiale. Via le crédit en dollar, les États-Unis asservissent par la dette les pays du globe et plus particulièrement les pays du tiers monde.

Cependant, depuis la crise de 2008, beaucoup de pays et investisseurs commencent à douter de la capacité de l’économie américaine à soutenir un tel niveau d’endettement et s’en détournent [1], obligeant la banque centrale américaine, la Fed, à se substituer aux acheteurs traditionnels en rachetant elle-même les titres du Trésor sur les marchés via sa fameuse politique de quantitative easing (assouplissement quantitatif). Cette monétisation de la dette a pour conséquence d’accélérer la dilution du pouvoir d’achat du dollar et donc la confiance qu’il inspire auprès des investisseurs. Le dollar n’étant plus une réserve de valeur il ne conserve plus qu’une valeur d’échange, restant encore le passage obligé pour se procurer des matières premières. Ainsi, la seule raison poussant encore un pays à garder des réserves de dollars est le règlement de ses factures énergétiques sur les marchés internationaux.

Par ailleurs, les excédents en dollars des pays exportateurs de pétrole représentent une rente importante pour les places de Wall Street et de la City de Londres [2], alimentant en liquidités les bulles spéculatives des marchés, seul véritable revenu d’une industrie financière totalement déconnectée de l’économie réelle.

Ainsi, le dollar, grâce à son statut de monnaie de réserve, constitue la clef de voûte de l’empire américain et même de l’ensemble de l’architecture monétaire et financière de l’Occident. Si demain ce statut devait être remis en cause par l’avènement d’une autre devise, telle que le yuan, pour le règlement des matières premières, la domination américaine sur le monde serait très sérieusement remise en question.

 

Le dollar de plus en plus concurrencé par le yuan

En effet, avec l’émergence économique de la Chine sur le plan mondial, les États-Unis craignent que le yuan supplante le dollar. La Chine est devenue ces dernières années le deuxième consommateur mondial de pétrole [3], devenant par exemple un des tous premiers clients de l’Arabie Saoudite. Rien ne l’empêche demain d’exiger de payer sa facture pétrolière dans sa propre monnaie. Forte d’une industrie puissante, elle commerce avec l’ensemble des autres pays du globe qui, lui achètent toutes sortes de biens manufacturés ; sa balance commerciale est fortement excédentaire et elle a accumulé pas loin de 3000 milliards de dollars de réserve. Consciente de la faiblesse intrinsèque du dollar, elle a un intérêt évident à imposer le yuan comme monnaie d’échange mondiale et ainsi à ne plus être prise en otage par la politique monétaire laxiste de la Fed, qui rogne ses réserves.

Ce scénario représente une menace directe pour l’hégémonie du dollar. Les Chinois et les Russes l’ont bien compris, c’est pourquoi ils œuvrent depuis quelques années à la création d’organismes internationaux en dehors de la tutelle américaine, tels que l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) ou le fonds monétaire des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ces nouvelles instances internationales visent à donner un cadre crédible à l’émergence d’un nouvel ordre monétaire et financier mondial appelé à supplanter le FMI et la Banque mondiale [4].

 

 

Le Moyen-Orient, un carrefour stratégique, riche en hydrocarbures et essentiel pour l’équilibre du dollar

Le Moyen-Orient, qui concentre les plus grosses ressources d’hydrocarbures de la planète, constitue un enjeu majeur pour les États-Unis. Le contrôle américain des pays du Golfe doit permettre d’assurer l’utilisation du dollar pour toute vente d’hydrocarbures. D’où le soutien sans faille de Washington à des régimes comme l’Arabie Saoudite et le Qatar qui, tout en prônant un islam radical loin des standards démocratiques occidentaux, restent des alliés indéfectibles des États-Unis. Par ailleurs le Moyen-Orient, avec le golfe d’Aden et le canal de Suez, est un point de passage central pour le commerce mondial. Ainsi les interventions américaines dans la région ont-elles avant tout pour but de protéger le statut du dollar. Saddam Hussein a été renversé à la suite de ses propos sur son intention d’abandonner le dollar au profit de l’euro pour vendre le pétrole irakien [5]. Idem pour Kadhafi en 2011. Ces mêmes motivations poussent à la diabolisation de l’Iran et de la Syrie, les deux derniers dominos du printemps arabes, deux régimes encore non inféodés à l’empire américain.

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  • On se rend compte de la brutalité d’intervention dans ces pays
    du pétrole par les USA qui ne veulent pas lâcher ce morceau juteux
    aucuns de ces pays n’ont été autorisés à prendre leur
    indépendance monétaire et commerciale , leur main mise
    sur ces pays est totale et absolue , ils sont prêt à tout ,
    même les pires crimes que l’humanité puisse connaître !

    Donc pour ce faire tous les dirigeants de ces pays sont
    traités de dictateurs , voilà la réalité de ce qui se passe
    dans ce si bas monde , manipulation et mensonges par
    les mêmes et associés !


  • Un système bi-polaire c’est ce que Poutine veut , et non la
    main mise des seuls USA & associés , ce n’est pas étonnant que
    Poutine est traité de dictateur , lui aussi dérange....

     

  • Excellente analyse, merci.


  • Bonne synthèse, mais si l’on espère encore que l’on puisse voir une bonne gestion du capitalisme, on peut affirmer au long de ces 50 années de crise, que ce n’est pas gagné, c’est du "lourd".
    La chine intègre les SDR à hauteur de 10% ou DTS (« or papier ») FMI.
    Le $ hégémonique repose principalement sur la force militaire des US qui pèse de tout son poids dans tous les accords économiques et repose également sur le chaos permanent, d’une multitude de conflits, il en était d’ailleurs de même pour la démocratie Athénienne.
    Mais tout cela ne va pas au coeur du problème du système en lui même.
    Quand nous observons ce qui se passe en chine, on peut relever qu’avant la crise de 2008 l’économie chinoise enregistrait des taux de croissance qui représentaient 12% de son PIB pour une par majoritaire d’export d’objets manufacturés.
    Il n’en va plus de même après la crise de 2008.
    La crise de 2008 ayant entraînée une baisse de la demande aux US & UE la chine essaya a développer son marché intérieur, investissant massivement jusqu’à hauteur de 11% de PIB, dans les infrastructures, des kms de routes, des villes fantômes ont été bâties, ne trouvant pas preneurs, ayant pour conséquences la formation d’une bulle, les réseaux bancaires marginaux qui avant 2008 n’étaient que pour peu dans l’économie chinoise, sont devenus de plus en plus important, pour atteindre un volume de 4.000 milliards d’euros soit près de 39% du PIB.
    La chine comme bien des pays émergents n’a pas su développer la demande interne, l’endettement chinois à bondit depuis 2008 et atteint actuellement 282%, la majorité est à mettre au compte du secteur privé.
    Si elle possède des réserves en $ colossales, celles-ci n’ont de valeur tant que la chine n’inonde pas le marché et tant que la chine n’y puise pas, car cela entraînerait une dépréciation.
    On voit donc que malgré tous les efforts, la chine comme tous les pays arrivants à maturité du capitalisme, est obligée de monter d’un cran en allant vers les marchés fictifs et le crédit.
    On peut donc comprendre que la problématique de la valeur est un missile qui se situe au coeur du système capitaliste.
    Si le système permet aux ultra-riches d’accumuler encore plus de richesse à la marge et pour les citoyens lambada, ce système devient chaotique destructeur et augmente la paupérisation de l’immense majorité des individus.

     

    • Ce que l’on appelle la nouvelle économie, "économie cognitive" faussement qualifiée par T. Negri, de travail abstrait, n’est en définitive productrice que très marginalement de valeur au sens capitaliste.
      Le "Self working" est une illusion de libération du processus d’accumulation.
      Simplement dans le processus de circulation de la valeur, il y a les bénéficiaires de la reproduction de la valeur en système aliénatoire.
      La valeur se matérialise de deux manières à la foi concrète fabrication et abstraite dans son auto reproduction aliénée, et dans la médiation des rapport sociaux, le côté immatériel où abstrait n’est qu’un substrat de valorisation nécessaire, de temps de muscles de nerfs de cerveau, servant à son auto-reproduction cristallisé sous sa forme argent, peu importe la destinée et de l’usage de ce qui est produit, le but final n’est que l’accumulation de valeur.
      Le capitalisme ne produit pas pour combler des besoins nécessaires à la reproduction sociale, qui était la forme antérieure des sociétés.
      Certes l’exploitation existait dans les sociétés anciennes, mais n’avait pas cette dimension fétichiste de la valeur.
      L’exode des campagnes a rendu l’homme moderne totalement dépendant d’un système, qui menace de ne plus pouvoir subvenir aux besoins fondamentaux de l’espèce.
      En réalité la crise mondiale du capitalise (accumulation de valeur) que nous subissons provient à partir de ce qu’il n’y a plus aucun aucun modèle nouveau d’accumulation, mais seulement une simulation de profits par le biais de la financiarisation.


  • Dématérialiser de l’argent qui n’est plus adossé à rien c’est plus malin pour l’empêcher se s’écrouler que de le faire circuler sur les tapis roulant des grand aéroports à Singapour ou ailleurs. Et puis question transport et vitesse de déplacement on fait pas mieux que des 1 et des O.
    Z’ont tout compris ces salauds.

     

    • L’argent ne peut pas être adossé à rien, il est adossé à une fiction de profit futur, qui du reste ne viendra jamais, quand tout ceci se délitera, l’effet en sera d’autant plus dévastateur parce que d’autant démultiplié.
      Mais si je te suis c’est vrai que tout ceci n’a pas de réelles valeurs concrètes, sauf quand elles le matérialise par l’achat de biens nationaux, achetés avec du vent.
      Mais cela est très insuffisant pour sauver le système.
      On peut observer qu’un malaise traverse les banques centrales, et que le coup du quantitative aura de moins en moins d’effet, du fait que plus de crédit est déversé dans le système et plus celui-ci s’adonne à la spéculation pour éponger les actifs véreux et augmente encore d’autant une dette globale déjà fortement colossale, à noter que les banques centrales n’impriment pas toute la quantité de vraie monnaies, mais simplement cela se règle pour la grande part par le biais informatique.
      Quand à l’effort de dématérialisation de la monnaie fiduciaire celle qu’on utilise quotidiennement, ceci est une rouerie d’un système profondément fragilisé, qui cherche désespérément à matérialiser une partie du fictif, en créant diverses stratégies de capture des avoirs.


    • Des crédits injectés dans le système pour financer des projets souvent obscurs comme de la rénovation de bâtiments publics ou autre, dont l’intérêt réside sans doute d’abord dans le retour à l’envoyeur augmenté des intérêts bien comptés.