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14 juin 1845 : naissance d’Antonio Maceo, figure de l’insoumission cubaine

"Je ne veux pas la liberté de Cuba au prix du déshonneur"

Le « Titan de bronze », figure emblématique de la Guerre d’indépendance de Cuba, est un symbole de la résistance à l’oppression et de l’aspiration du peuple cubain à la liberté.

 

Né le 14 juin 1845 à Majaguabo, près de Santiago de Cuba, de l’union de Mariana Grajales Coello, d’origine dominicaine, et de Marcos Maceo, originaire du Venezuela, Antonio de la Caridad Maceo Grajales, « fils de lion et de lionne » selon José Martí, est l’ainé d’une famille de 13 enfants.

En raison de son ascendance africaine, le jeune Antonio n’est pas autorisé à suivre des études, que le système colonial et ségrégationniste réserve aux blancs disposant d’un certificat de pureté de sang. Ses parents, petits propriétaires terriens, s’occupent de son éducation en l’inscrivant à des cours privés, après les journées de travail agricole dans la propriété de Las Delicias. Ils lui inculquent les valeurs morales et patriotiques qui l’accompagneront toute sa vie. Antonio apprend également le maniement des armes. Son parrain, Ascensio de Asencio, homme blanc et fortuné, l’aide à intégrer certains milieux sociaux, notamment la Loge Oriente, alors réservés aux gens de bien.

En 1866, Maceo épouse María Magdalena Cabrales Fernández, laquelle se dévouera corps et âme pour la cause défendue par son mari. Elle vouera une grande admiration à celui qui saura se montrer « aussi courageux dans la bataille que généreux dans la victoire avec l’ennemi battu ». En dépit des longues périodes de séparation dues à son engagement patriotique, Maceo portera un amour indéfectible à sa femme.

Le 10 octobre 1868 éclate la Première guerre d’indépendance de Cuba suite à l’Appel de Yara lancé par Carlos Manuel de Céspedes, Père de la Patrie. Toute la famille Maceo adhère au mouvement libérateur et fait le serment de lier son destin à celui de Cuba. Mariana Grajales, mère d’Antonio, crucifix en main, prononce des paroles qui marqueront l’histoire de Cuba : « À genoux, parents et enfants, devant le Christ qui fut le premier homme libéral à venir au monde, jurons de libérer la Patrie ou mourir ». Dénoncés aux autorités espagnoles pour leur engagement patriotique, les Maceo, qui paieront un lourd tribut dans la lutte pour l’indépendance, sont contraints de se réfugier dans la campagne aux côtés des révolutionnaires.

Antonio Maceo, alors âgé de 23 ans, se lance dans l’épopée émancipatrice. Sous les ordres du capitaine Juan Bautista Rondón, il réalise son premier combat le 12 octobre à Tí Arriba, soit deux jours après le déclenchement de la guerre d’indépendance. Le courage dont il fait preuve sur le champ de bataille lui vaut ses premiers galons de sergent. Son leadership naturel et son enthousiasme lui permettent de gravir rapidement les échelons. Ainsi, il est nommé lieutenant dès le 20 octobre 1868, à peine une semaine après son premier affrontement avec l’ennemi, et capitaine, le mois suivant. Il participe à de nombreux combats contre les soldats espagnols à El Cobre, El Cristo, Jiguaní, Cupeyales, Arroyo Blanco et Palmarito. Face à la supériorité militaire de l’armée coloniale, dotée des meilleurs canons et fusils, les mambises compensent leurs limites matérielles par une combativité hors normes, illustrée par les charges à la machette sous le feu de l’ennemi, qui deviendront rapidement la hantise des troupes espagnoles.

Maceo, humaniste et partisan des mêmes droits pour tous, libère les esclaves et les fédère autour du projet émancipateur d’une patrie souveraine et indépendante. Il s’en expliquera dans un courrier au Général espagnol Camilo García de Polavieja en juin 1881 : « J’aime toutes les choses et tous les hommes […]. C’est pourquoi l’intérêt de l’Humanité sera pour moi toujours supérieur à l’intérêt de race, quelle qu’elle soit, et c’est, en un mot, tout le bien que je souhaite à ma chère patrie. La conformité de l’œuvre avec la pensée : voilà la base de ma conduite, la norme de la pensée et l’accomplissement de mon devoir ».

Trois mois après son incorporation dans l’Armée rebelle, Antonio Maceo est nommé Commandant puis Lieutenant-colonel en janvier 1869 pour sa résistance tenace dans la défense de la ville de Bayamo, assiégée par les troupes du Capitaine général Valmaseda. Quelques mois plus tard, il affronte la douloureuse épreuve du deuil avec le décès de son père, alors sergent de l’armée de Libération, tombé au combat à San Agustín de Aguarás.

En 1870, le Major Général Máximo Gómez, chef des forces insurrectionnelles, qui deviendra le père spirituel de Maceo, décide de lui confier le commandement du Bataillon n°4. Connu pour son mépris du danger et de la mort, Maceo est blessé à plusieurs reprises au cours des combats de Majaguabo, Santa Rita et Nuevo Mundo.

En 1871, Antonio Maceo prépare l’invasion de Guantanamo avec Máximo Gómez. La même année, le Major Général le nomme chef des opérations de cette ville.

En 1872, Carlos Manuel de Céspedes, premier Président de la République en armes, promeut Maceo au grade de colonel, lequel occupe provisoirement le commandement de la Division Cuba, en remplacement de Máximo Gómez. Dans un courrier à son épouse du 23 juin 1872, Céspedes ne tarit pas d’éloges à son sujet : « Gómez m’a présenté le colonel José Antonio Maceo. C’est un jeune mulâtre, de grande taille, solide, à l’air affable et d’un grand courage personnel ».

En 1873, en raison de ses multiples mérites obtenus lors des combats, notamment à El Zarzal, Maceo est nommé Général de Brigade par Céspedes et passe sous les ordres de Major Général Calixto García. En mars 1874, Maceo participe à la bataille de Las Guásimas sous le commandement de Máximo Gómez qui se scelle par un triomphe historique pour les indépendantistes. L’armée espagnole compte 1037 victimes parmi ses rangs. Il s’agit du plus lourd tribut payé par les forces armées ibériques dans toute l’Histoire des guerres d’indépendance. Du côté cubain, les pertes s’élèvent à 174 hommes.

En 1874, Maceo est nommé responsable des forces insurgées dans la zone de Villa Clara, suite au décès du Président Carlos Manuel de Céspedes lors de la bataille de San Lorenzo. Néanmoins, face à l’opposition de certains éléments révolutionnaires locaux qui refusent l’autorité d’un leader mulâtre et, de surcroît, issu d’autres contrées, il est contraint de retourner dans la région orientale pour prendre le commandement de la 2ème Division Cuba qui inclut les zones de Santiago de Cuba et Guantánamo, en remplacement du Général Calixto García, capturé par les Espagnols.

Quelque temps plus tard, en 1875, Maceo prend la tête de la 1ère Division Cuba. Néanmoins, cette fulgurante ascension militaire n’est pas du goût de certains leaders révolutionnaires, imprégnés de la culture raciste et colonialiste en vigueur dans un pays qui n’abolira l’esclavage qu’en 1886. Ces derniers questionnent la nouvelle responsabilité du « mulâtre » et certains accusent même Maceo de favoriser les hommes de couleur au sein de sa troupe, au détriment des hommes blancs. Le but de ces campagnes de discrédit est de semer la zizanie et la division et ternir son prestige conquis sur le champ de bataille.

Malgré les calomnies et les coups bas, Maceo obtient en 1877 le grade suprême de Major Général. Son nouveau titre ne l’empêche pas de montrer l’exemple au combat. Ainsi, en août 1877, il manque de perdre la vie dans la bataille de Mangos de Mejías où il est touché par six balles. Il mettra plusieurs semaines à retrouver ses pleines capacités avant de reprendre le chemin de la lutte armée.

La même année, Maceo s’oppose à la tentative de sédition de Santa Rita et réaffirme l’importance de présenter un front uni et discipliné face à l’ennemi, seule attitude capable de mener vers le triomphe du peuple et la victoire de l’indépendance. Dans un courrier au factieux Vicente García de juin 1877, Maceo rejette la proposition de ce dernier, le conjure de respecter l’autorité présidentielle et l’exhorte à prendre en compte les intérêts de la Patrie.

Lire la suite de l’article sur mondialisation.ca

Sur l’histoire de Cuba :

Un autre insoumis, chez Kontre Kulture

 



Article ancien.
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4 Commentaires

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  • Intéressant quoique je suis en désaccord avec son affirmation que : " l’intérêt de l’Humanité sera pour moi toujours supérieur à l’intérêt de race", c’est du droit-de-l’homisme naïf qui sert d’argument philosophique pour justement détruire les peuples et les nations nations..

     

    • Vous n’avez manifestement rien compris au message de l’homme, je vais donc vous reprendre pour que les éventuels futurs lecteurs n’en viennent pas à croire que l’audience d’E&R se compose exclusivement de simplets.

      Dans le cas de Cuba, puisque le peuple cubain a acquis historiquement son identité à travers le métissage racial (Européens, Africains, autochtones), favoriser l’intérêt de race reviendrait justement à détruire l’identité nationale, commune à chaque race, et à faire émerger à la place des dizaines de communautés tribales, allant du blanc pâle au noir charbon. Brillant projet de société...

      Donc un peu de jugeote, y a rien de gauchiste dans ce discours, et c’est même en substance le discours d’E&R.


    • "faire émerger à la place des dizaines de communautés tribales, allant du blanc pâle au noir charbon"
      C’est le lot du Brésil et l’avenir des sociétés "multiculturelles" que vous décrivez.


    • @Renan : Ô divinité terrestre, source de lumière divine illuminant les "esprits simplets", j’attends maintenant votre analyse de la société française de 2017, celle qui "accueille un mélange multiculturel harmonieux" du Bataclan aux promenades de Nice.