Egalité et Réconciliation
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5 juillet 1830 : prise d’Alger
5 juillet 1962 : indépendance de l’Algérie

 

 

 

 

Soixante ans après l’indépendance de l’Algérie, la délicate
transmission de la mémoire dans les familles

 

Ceux qui ont vécu la guerre d’Algérie puis la décolonisation n’ont pas toujours raconté cette période à leurs descendants français. Ce que savent les jeunes est parfois passé par des anecdotes, des pratiques culturelles ou des silences.

 

« Tu as tué des gens ? » Lucien avait une dizaine d’années lorsqu’il a posé cette question à son grand-père, un ancien appelé du contingent français durant la guerre d’Algérie. Il était intrigué par un pistolet exposé dans son bureau. La réponse fut aussi brève que sèche. « Non, mais j’ai vu des gens mourir », rétorqua son aïeul. « J’ai compris à son ton grave qu’il valait mieux ne pas creuser », se remémore l’étudiant de 20 ans. « C’est un moment qui m’a marqué. Je n’ai plus osé le réinterroger pendant longtemps après. »

Comme Lucien, des milliers de descendants de femmes et d’hommes ayant vécu la guerre d’Algérie font face à la mémoire douloureuse et souvent silencieuse de cette histoire dans leur famille. Selon une étude citée dans l’ouvrage Les jeunes et la guerre d’Algérie de Paul Max Morin, 39 % des jeunes Français aujourd’hui âgés de 18 à 25 ans ont dans leur famille au moins un membre qui a été concerné par cette guerre dont le nom a longtemps été tu.

Petits-enfants d’appelés, de harkis, de pieds-noirs, d’indépendantistes... Ils ont moins hérité de cette mémoire par le biais de dates et de récits précis que par des non-dits, des anecdotes, des plats ou des moments partagés. À l’occasion des soixante ans de l’indépendance de l’Algérie, six d’entre eux se sont confiés à franceinfo.

 

La nostalgie d’un « endroit paradisiaque »

Plus que la mémoire de la guerre d’Algérie, c’est celle de l’Algérie tout court qui est transmise dans les familles. Depuis qu’elle est petite, Louisa en entend parler par son père. « Il m’a toujours décrit “Tizi” comme d’un endroit paradisiaque », se souvient cette petite-fille de combattants du Front de libération nationale (FLN). Tizi Maghlaz, un village de Kabylie niché au sommet d’une montagne donnant sur la vallée de la Soummam. Dans les souvenirs de son père, il y avait des figuiers, des oliviers et une petite rivière où il allait jouer. « Pour lui, le village est associé à la nature, mais aussi à la résistance. Un premier congrès du FLN s’était tenu dans la vallée », développe la journaliste de 26 ans.

Dans la famille de Meryl, 33 ans, la mémoire de l’Algérie est teintée de nostalgie, de regret. Lorsque sa grand-mère paternelle, pied-noir d’origine espagnole, l’évoquait, c’était pour parler de « chez elle », de la vie paisible qu’elle avait quittée contre son gré. De ces paysages ensoleillés, de la mer, et des glaces qu’on pouvait y manger.

« Ma grand-mère racontait l’entraide qu’il y avait dans son quartier populaire d’Oran. Quand elle travaillait, elle laissait les enfants aux voisines qui les faisaient manger. »
Meryl, petite-fille de pieds-noirs

Après leur arrivée en France en 1962, dans le Var, Meryl a le souvenir qu’à chaque mariage, il y avait toujours quelqu’un qui trinquait à « l’Algérie française ». « Pas parce qu’ils se voyaient comme des colons, c’étaient des ouvriers, mais parce que l’Algérie était leur pays », explique-t-elle.

 

La transmission par la culture

Sans en avoir conscience, Meryl grandit « dans une culture pied-noir ». Lors des repas de famille, la nourriture occupe une place centrale : « Ma grand-mère préparait du couscous, de la paella, du gaspacho oranais. Pour Noël, il y avait des mantecaos, des petits gâteaux sablés ».

Chez Anahi, 25 ans, petite-fille d’Algériens nés dans les années 1920 près de Sétif, le « peu de choses » qui lui restent du pays de ses grands-parents passe aussi par l’assiette. Lors des retrouvailles avec ses oncles et tantes, « on parle très peu de l’Algérie, mais on cuisine ensemble ». Les femmes partagent des recettes, apprennent aux plus jeunes des techniques de cuisson : « On cuisine le couscous, la chorba – une soupe à base de pâtes –, des makrouts... C’est un moment de transmission ».

« Je ne parle pas l’arabe. Avec ma famille en Algérie, on communique par la cuisine. »
Anahi, petite-fille d’Algériens

L’Algérie survit aussi par la musique. Meryl a grandi en entendant Le Mendiant de l’amour et Les Filles de mon pays d’Enrico Macias lors des fêtes de famille. « C’est légèrement cliché, je sais, mais j’en ai gardé une culture de la fête », s’amuse-t-elle.

 

« On m’a traitée de “sale harki” à l’école »

L’histoire avec un grand « H » surgit quand personne ne s’y attend. Soraya était en 6e quand la guerre d’Algérie a fait irruption dans sa vie. « Quelqu’un m’a craché dessus à l’école et m’a traitée de “sale harki de merde” », raconte cette petite-fille de supplétifs engagés dans l’armée française. C’est la première fois qu’elle entend le mot « harki » utilisé comme une insulte. Dans sa famille, on ne lui en a jamais expliqué le sens. Soraya sait juste que ses grands-parents ont été rapatriés en France en 1962 et placés dans des conditions misérables dans les camps de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) puis du Logis d’Anne (Bouches-du-Rhône). Qu’ils vivaient dans des baraquements insalubres et qu’il fallait marcher des kilomètres pour emmener les enfants à l’école.

« Quand les gens parlaient de harkis, je percevais le mot “traître”, alors que pour moi, c’était synonyme d’’expatrié’. »
Soraya, petite-fille de harkis

Lucien se souvient des silences de son grand-père, officier français dans le 65e bataillon du génie dans le Nord-Constantinois. Mais aussi de ces épisodes son déploiement en Algérie, évoqués avec gravité au détour de scènes du quotidien. Comme cette fois où, petit, Lucien « jouait à la guerre » avec un pistolet. « Mon grand-père m’a raconté les embuscades, des choses horribles qu’il avait vues sur le front. J’ai compris que la vraie guerre n’était pas un jeu », confie l’étudiant.

« Il m’a raconté ce qu’ils appelaient les “corvées de bois” dans l’armée : ils prenaient des prisonniers algériens et les abattaient. Il a vu des exactions, dont il a encore beaucoup de mal à parler. »
Lucien, petit-fils d’appelé français

Lire l’article entier sur francetvinfo.fr

La colonisation de l’Algérie

Les juifs en Algérie

L’Algérie d’aujourd’hui, sur E&R :

 






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  • #2988018
    Le 6 juillet à 20:43 par je suis François
    5 juillet 1830 : prise d’Alger 5 juillet 1962 : indépendance de (...)

    L’Algerie est un etat homophobe, antisémite, contre le feminisme, patriarcal, pro russes et pro iran. tres porté sur la religion et contre la modernité. Ce pays est un dinosaure.
    Dommage, si on était resté, on en aurait fait un pays presentable

     

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  • #2988048

    À propos des razzias, un classique de Balzac apparu très très longtemps avant la génération immigrée post 1980, décrit comment le baron Hulot d’Ervy, courant à sa ruine et à celle de ses proches pour voler les voluptueuses maîtresses du bourgeois parfumeur, y avait recours pour financer son vice et ses projets, par la contrainte et l’entremise d’un honnête paysan vosgien envoyé razzier en Algérie.

    – Qui me les livrera ?...
    – Les razzias, l’achour, les khalifas. Il y a dans
    l’Algérie (pays encore peu connu, quoique nous y
    soyons depuis huit ans) énormément de grains et
    de fourrages. Or, quand ces denrées appartiennent
    aux Arabes, nous les leur prenons sous une foule
    de prétextes ; puis, quand elles sont à nous, les
    Arabes s’efforcent de les reprendre. On combat
    beaucoup pour le grain

    Non, ils ne vont pas en croire leurs yeux ! du grain en Algérie ! Balzac est un menteur !!

     

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  • #2988051

    Et Guy de Maupassant avec Au Soleil, et Bel Ami pour les affaires tunisienne et marocaine, et dans le journal "Le Gaulois" Maupassant avait écrit :
    « C’est nous les barbares... ».

    Préface de Bel Ami :

    Car la Troisième République française en est, de son histoire, à cette période où, en accord et en rivalité avec les autres puissances d’une Europe en voie d’industrialisation capitaliste donc en quête de nouvelles sources de matières premières et de nouveaux clients, elle traverse une crise de boulimie colonialiste. Inscrites à son menu : l’indochine et l’Afique du Nord. Maupassant connaît fort bien la question du Maghreb : il a voyagé en Algérie, il a publié dans la presse de nombreux articles sur ce voyage. (...) La preuve : la « chronique » qu’il a fait paraître dans Le Gaulois et où il éclaire d’un jour très cru les dessous de l’aventure colonialiste. Agiotage et carambouillage sont les deux mamelles du patriotisme civilisateur.

    C’est alors qu’éclatèrent, sur les confins algéro-tunisiens, « les exactions kroumires ». Plus ou moins provoquées ? En tout cas fort bienvenues. La presse, grâce à une campagne très scrogneugneu toute en jolis mouvement de menton, entretient dans l’opinion française la terreur du Kroumir - la haine du bougnoule, cela va de soi. Une seule solution : l’intervention militaire. Ce que Maupassant appelle « la balançoire guerrière ». Le bey capitule. La France occupe. Elle garantie (toute l’astuce est là) la dette tunisienne. Qui, du coup fait un bond spectaculaire en Bourse. (...) Et flotte petit drapeau ! Ah ! les braves gens : les Erlanger du Crédit Mobilier, les Lévy-Crémieu de la banque Franco-Égyptienne, (...) Comme il est patriotique, le bruit des millions qui cascadent dans le tiroir-caisse !

     

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  • #2988060

    Soit ils n’ont pas lu Le Bourgeois de Werner Sombart (1863 - 1941), soit ils refoulent Le Flibustier, de la page 107 à la page 120.

    À propos des Barbaresques, de la piraterie en mer Méditerranée, qu’est-ce qu’on peut lire comme conneries. Beaucoup préfèrent la réconfortante culture des cafés du commerce, l’auto-mystification raciste et suprémaciste, à un grand de la Royale (la marine française) : Roger Coindreau (1981 - 1964).

     

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  • Le gouvernement algérien ressasse la colonisation et ses "horreurs" comme nous on ressasse l’Occupation ! Pour les algériens, la période coloniale cest leur zeurléplusombre, le FLN c’est leur Résistance et le colonialisme c’est l’Occupation, le français c’est le "boche" !
    Ils ont bien appris les leçons transmises par la France !

     

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  • Un haut cadre aux affaires étrangères, m’apprend que depus1988 à 2019 il y aurait eu près de 20 millions de demandes de nationalités française auprès du consulat général de France à Alger et auprès de certains tribunaux en France ???
    Et que plus de 90% des demandes aurait été refusées
    Pourquoi vouloir devenir francais après avoir gagner l’indépendance ??? ....
    Quelqu’un peut-il m’apporter une réponse à cette énigme....

     

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  • Pour essayer de mettre tout le monde d’accord, plus rien d’autre ne pourra réunir algériens et français que Poutine à mon avis.
    Quand la France sera vaporisée, on verra si ils rendent la pareil aux français en les accueillant chez eux.
    Perso j’ai pris les devants, j’ai confié ma génétique de survie à une algeriennne, même si elle je sais déjà qu’elle ne m’invitera pas chez les siens, au moins ma descendance aura une chance d’être sauvée du feu nucléaire... Kari K si tu passes par là, au plaisir de lire la haine de ton mari, la tienne.

     

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  • J’ai rien dit, j’ai confiance comme mon homonyme qu’un jour algeriens et français seront réconciliés, pour la survie de leur propre humanité de toute les façons ils n’auront pas le choix donc il faudra bien qu’une fois que tout le pue sera sorti et coterisé grâce au feu de l’Armageddon, ils acceptent d’être sur le même bateau pour leur propre survie, comme quand on se regarde dans un miroir, si on aime pas celui qu’il y a en face alors qu’il fait tout exactement comme soi même, il mange il chie il veut jouir avant tout de son auto admiration, pas plus pas moins que soi même.
    Personne n’est indépendant, on est tous dépendants de la connerie des autres, même si on la déteste bien plus que la nôtre, on est obligé de faire avec au mieux. Pas forcément pour nous, mais pour l’exemple de merde qu’on donne à nos gamins. La France le grand frère de la petite sœur Algerienne qui se prend pour son maître ou L’Algérie qui se prend pour la sœur bafouée par la fille aînée de l’Église dont elle a elle même rejeté le lien de parentée tout en continuant de vivre sous le même toit, peu importe la façon de voir cette folie, faudra faire avec, car y’a ce qu’il reste pour notre desendance mixée en jeu, vous voulez montrer que vos traditions sont les meilleurs, montrez l’exemple : commencez à accueillir des français chez vous, ça montrera que vous leur avez pardonné pas seulement en vivant communautairement chez eux. On est plein à avoir essayer d’intégrer sincèrement vos communautés, et on est plein à en avoir été totalement bannis. Vous êtes pas si mal que ça en France, sinon vous seriez déjà rentrés chez vous, comme beaucoup l’ont déjà fait avec les enfants de françaises... Donc accueillez y leurs familles, ou au moins invitez les a connaître leur descendance sur vos terres d’amour et de sauvetage de l’humanité maghrébine.

     

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  • #2988283

    Évoquer le 5 juillet 1962 sans parler de l’effroyable massacre d’Oran, une chasse aux pieds noirs qui dura toute la journée et fut une véritable tuerie, 700 victimes dont on retrouva certaines suspendues à des crocs de boucher, c’est un peu léger, non ? Et l’armée française ne bougea pas le petit doigt sur ordre explicitement exprimé de de Gaulle... Sans parler des milliers de disparus et des femmes envoyées dans les bordels... A l’époque même les journaux mainstream en parlaient...

     

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  • #2988306

    Dès la mise à disposition de l’article, j’ai indiqué que 60 ans après l’indépendance de l’Algérie, il serait sans doute plus que temps de penser à faire la réconciliation des peuples français et algériens, vu qu’il y a des gens biens des deux côtés, et même d’assez nombreuses famille mixtes.
    Je m’efforce modestement d’y travailler tous les jours, et j’ai même épousé une femme d’origine algérienne.
    Pour de mystérieuses raisons, mon commentaire n’a pas été validé.
    Soit il s’est agit d’un problème technique, soit il y avait ce jour là, à la modération, un esprit chagrin, ou étroit.
    Je persiste, travaillons à la réconciliation c’est urgent, car nos adversaires savent profiter des divisions et les entretenir.

     

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