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La Guerre au français

Tout naît de la lettre "e"

Dans les années 70, on méditait, dans les cours de faculté des lettres, sur la variation du genre des mots dans les différentes langues. On notait, pour l’allemand, la féminité du soleil : « die Sonne » en regard de la masculinité apollinienne du français. On s’interrogeait sur le genre neutre de la jeune fille « das Mädchen ». Nos rêveries étaient sinon scientifiques du moins poétiques. Et ce n’était pas rien. Depuis quelques années, l’émerveillement devant les mystères linguistiques a fait place à la contestation. Un vent de gender venu des Amériques a balayé la vieille Europe. La guerre des sexes a trouvé son avatar dans la guerre des genres. Ou plutôt du genre. Les féministes, tous sexes confondus, sont aux créneaux. La folie genrée, ajoutée à la frénésie sexuée, fait rage dans tous les domaines, dans un contexte de guerre totale.

 

Aucune raison, dans ce monde déjanté, de tenir la langue à l’écart de la révolution en marche. Car, c’est bien connu, la langue, produit genré par excellence du mâle dominant, est sexiste, avec son masculin, son féminin et son absence de neutre. Ah ! Si nous avions un neutre comme cette Allemagne si performante (même si le vent semble y tourner) pour désigner la vie : « das Leben », le cours de nos destinées en serait changé !

Tout part, comme toujours, d’une bonne intention : faire la part belle « aux personnes du sexe », comme on disait naguère, ou « sexe faible », maltraité et discriminé, dans notre société. Peu importe que les concours publics soient ouverts aux femmes, que les femmes soient gendarmes et polytechniciennes et qu’il y ait pléthore de journalistes féminines dans l’espace télévisuel. Peu importe que, dans la langue, il n’y ait pas équivalence entre le genre naturel et le genre grammatical – ou si accessoirement que ça en fait pitié : l’essentiel est de neutraliser le sexe tout en l’exacerbant et de regenrer un mot, trop sexué, en le dégenrant. D’accorder les mots avec le vif des sujets.

Tout naît de la lettre « e ». Les « auteures » et les « écrivaines » sans parler des « docteures » ont envahi les quatrièmes de couverture. Un homme politique se gardera d’utiliser le pronom machiste « ceux » pour s’adresser à son auditoire mais fera la distinction galante, avec ordre obligé de préséance, des pronoms : « celles et ceux ». La vulgate, imposée au prédicateur, en chaire ou ce qu’il en reste, de s’adresser aux « sœurs et frères » doit être bien pénible au « clergé affectataire » selon le qualificatif heureux d’une dame ministre de la Culture, venue honorer, le 23 mars 2013, de sa présence et d’un discours, la première sonnerie du nouvel ensemble campanaire de Notre-Dame. Et motus sur ce frère qui porte un e et cette sœur qui en est privée. Ô insondables mystères de la langue, des mœurs, de la politique et de la religion ! Brigitte F. est « sculpteure ». Bernadette L. est « recteure ». Paul R. a beau être philosophe, le Landerneau de nos esprits est bouleversé : car, enfin, pourquoi pas sculptrice et rectrice ? Et pourquoi philosophe ? Les modérés feront remarquer l’usage concurrent et consensuel de « poétesse » et de poète pour désigner une race, peu nombreuse, il est vrai, mais en progression constante, d’un genre particulier d’écrivaines. […]

Les camps s’opposent. Progressistes et réactionnaires se sont face. Une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes est née. Enfin du dur à se mettre sous la dent ! Avec la caution, a-t-on dit dans les médias, il y a déjà une trentaine d’années, de hautes autorités. L’Académie française a eu beau battre le rappel des règles lexicales et grammaticales et invoquer, comme Jeannot Lapin dans la fable, « la coutume et l’usage ». En vain : la vieille dame a fait son temps. Le Dictionnaire ? Une antiquité ! L’usage ? L’arme des passéistes. Un nouvel édit de Villers-Cotterêts est né. C’est décidé : la lettre « e » va nous sauver. Elle envahit les mots de son appendice éloquemment genré. Enfin, l’égalité pour tous dans la langue. Partout, la lettre « e » devient l’arme de féminisation massive avec les « auteures », les « recteures », les « procureures » et les cheffes(ses). En attendant les « sapeuses-pompières » pour éteindre le feu.

Voir aussi, sur E&R :

Comprendre la société « progressiste » avec Kontre Kulture :

 






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37 Commentaires

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  • #2028241
    Le 22 août 2018 à 06:26 par Gilles
    La Guerre au français

    Et bientôt, dans un autre style, mais avec toujours la même finalité pour certains de bousiller quelque chose de traditionnel, les sapeuses-pompières...

     

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  • #2028249
    Le 22 août 2018 à 07:14 par Tatiebaba
    La Guerre au français

    Après "la disparition" de Perec , "les revenentes" du même...Ce qui est un jeu intellectuel amusant en pure littérature devient tautolement (jeu de mots) artificiel dans la langue vernaculaire. Et tout ce qui est artificiel ne résiste pas au temps et à l’usage....Seule consolation.
    Tout de même je me permets un cri du coeur "ah les cons !" voilà ça va mieux.
    Il y a des jours où une phrase de Jean YANNE me taraude plus que d’autres jours...Mais les jours avec deviennent de plus en plus fréquents. Et sa phrase est : "plus j viillis et plus j’aim chir" (lipogramme en e)
    Oui je sais c’est cru, mais que ceux qui comprennent comprendront et les autres ma foi...Si tu as compris cela ne sert à rien que je t’explique et si tu n’as pas compris cela ne sert à rien que je t’explique....Bonne journée :) avec ou sans e

     

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  • #2028250
    Le 22 août 2018 à 07:18 par espritos
    La Guerre au français

    Il faut bien comprendre que sexisme et autre soit disant phobie n’est qu’une manière de réduire l’idée-même de de penser sur un sujet qui a du sens . En matière d’économie c’est le même schéma puisque l’on retrouve les mêmes personnes.
    La fameuse phobie dont les médiats vous rabâche le mou depuis 2012 n’est que du novlangue , très peu de personnes sont au courant de ce fait , il faut comprendre qu’au moment où le "psy" qui appartient a un communauté a crée ce mot de novlangue en France il y avait toute une campagne sur le thème de la phobies destiné à une génération prisonnière des médiats qui 20 ans plus tard qui serait prêtent a accepter ces novlangues .
    La technophobie a été crée par les mêmes personnes , là aussi c’est du novlangue dont le but est de réduire et de détruire toutes pensées dites négatives sur le transhumanisme .
    Estain en lisant ce commentaire peuvent se demander où ce trouve cette dictature qui ne dit pas son nom ?
    Dans la façon que done les ordres :
    les + ancien dictateurs : tu ne doit pas
    les dictateurs du 20 ième siècle : tu doit
    les dictateurs actuels : tu es . Ce qui explique pourquoi dans les années 90 et actuel les médiats nous mettent en avant des spécialistes pour nous faire avaler ces novlangues .
    Donc sexisme et phobie ne sont là que pour engendrer la peur au sein des peuples .

     

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  • #2028270
    Le 22 août 2018 à 08:17 par dixi
    La Guerre au français

    Je ne comprends pas cette bataille d’égaux qui est complètement stupide .Une femme restera toujours une femme quoi qu’elle fasse, et quand elle est féminine c’est tellement plus beau, et pour un homme c’est la même chose, avec l’élégance, le charisme et la courtoisie .Pour le reste, c’est du vent , de la fiotte .Chacun à sa place .Ce n’est pas en changeant les règles de grammaire que les hommes se mettront à enfanter, là rien y changera, la nature est ce qu’elle est, car elle ne changera jamais. Alors les féministes si tout cela peut vous amuser,le ridicule n’a jamais tué personne . bonne chance .

     

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  • #2028298
    Le 22 août 2018 à 10:39 par zézé
    La Guerre au français

    Jusqu’à présent toutes les tentatives pour tripoter le français ont échoué . Il n’y a pas si longtemps on voulait simplifier l’orthographe, écrire "tifon" à la place de "typhon", faisant fi des milliers d’écrivains et de poëtes qui au cours des siècles ont peaufiné chacun de nos vocables . Ca a foiré lamentablement comme de juste . Il serait curieux que ces détraquées de féministes (des femmes frigides et des gouines) parviennent, elles, à dénaturer notre langue . Cela dit "chefesse de gare" ne serait pas pour me déplaire, après tout érotiser les voies ferrées ne ferait de mal à personne... Quand au "professeure" ses élèves doivent avoir envie de lui tendre un quart de beurre, comme dans "le dernier tango à Paris" .

     

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  • #2028344
    Le 22 août 2018 à 13:39 par fdsdsffdsfds
    La Guerre au français

    J’ai eu un cours à l’université sur la féminisation des mots. Personne n’est vraiment d’accord et le féminin de mots qui n’en ont pas dépend d’un choix arbitraire, pas toujours très cohérent.

     

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  • #2028684
    Le 22 août 2018 à 22:08 par Auri
    La Guerre au français

    Le "e" c’est déjà moins débile que l’écriture inclusive qui est une condamnation à mort de celui qui l’emploi car c’est trop pénible à lire et surtout à écouter...

     

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  • #2028767
    Le 22 août 2018 à 23:44 par Anthony Bautta
    La Guerre au français

    C’est encore le triomphe de l’ignorance et de la baisse du niveau général.
    A tout ceux dont la question se poserait, permettez moi de vous donner comme argument à vos détracteurs la règle de français suivante : le genre neutre est déjà prévu par la langue française, et les accord sont similaires au genre masculin. Par conséquent il est tout à fait correct de dire : "Madame la Présidente" ou "Madame le médecin". L’expression concernant la langue française : "le masculin l’emporte sur le féminin" est par conséquent tout à fait faux. C’est un raccourci intellectuel désastreux. D’une certaine manière le masculin s’affadit au profit de la "particularité" et de ’l’exceptionnalité" féminine, ce qui n’est pas sans rappeler une certaine galanterie tout à fait appropriée et délicate...

     

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  • #2029043
    Le 23 août 2018 à 13:34 par Ifuckcharlie
    La Guerre au français

    Le mot "pute " est éminemment féminin , même quand tu traites un homme de pute le mot reste féminin " t’ es qu’ une pute " jamais " t’ es qu’ un pute " ; alors que salope , enculée , connasse ont leur masculin . Mais d’ ou vient cette indissociable caractéristique infamante de la nature féminine , en est-elle l’ essence qui se manifesterait dans son auto-promotion , l’ effort d’ emballage ou un vrai déballage , promesses d’ ivresse et de langueurs que le temps empêche de tenir mais qui finissent par se payer cher . Cette illusion est une toile d’ araignée , la femme est l’ araignée et l’ homme la mouche vidé de sa substance , dans sa détresse et sa souffrance il tente d’ appeler au-secours , hélas personne ne lui vient en aide et il meurt aussi ignorant que lorsqu’ il est venu au monde et toujours pas rassasié .

     

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  • #2029129
    Le 23 août 2018 à 15:51 par L
    La Guerre au français

    Juste à titre anecdotique : La Disparition, livre de Georges Perec (qui a finit fou), dont le challenge est de ne jamais employer de mots contenant la lettre E, la plus répandue du dictionnaire français.

     

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