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Législatives autrichiennes : le spectre d’un bloc européen “populiste” revient hanter Bruxelles

Les dirigeants européens pensaient avoir échappé à la « montée des populismes » de 2017, mais les Autrichiens en ont décidé autrement. Un rapprochement de Vienne avec les pays du groupe de Visegrad, opposé à l’accueil des réfugiés, est probable.

 

C’est bien une nouvelle ère politique qui s’ouvre en Autriche avec le revers des sociaux-démocrates du SPO, le parti du chancelier autrichien sortant Christian Kern, lors des élections législatives autrichiennes le 15 octobre 2017.

Avec seulement 26,9% des voix lors du scrutin des législatives, le SPO arrive tout juste devant le Parti de la liberté (FPO), souverainiste et anti-immigration (26%). Arbitre de la situation, le Parti du peuple autrichien (OVP), de droite conservatrice, arrivé en tête avec 31,7% des suffrages, qui ne peut gouverner que dans le cadre d’une coalition, pourrait bien s’allier avec le FPO, l’une des bêtes noires populistes de l’Union européenne (UE). D’autant que Sebastian Kurz a largement amendé la ligne de l’OVP, dont il a pris le contrôle en mai 2017, pour adopter un discours plus ferme à l’encontre de l’immigration.

 

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Kurz

 

Dans les prochains jours, le très jeune leader de l’OVP (31 ans) sera ainsi chargé par le président Alexander Van der Bellen de former un nouveau gouvernement dont il prendra la tête comme chancelier. Une victoire qui a un goût de revanche : d’une certaine façon, l’Autriche a ouvert et clos la séquence électorale européenne de 2016-2017, lors de laquelle analystes médiatisés ou responsables d’ONG humanitaires s’inquiétaient de la « montée des populismes ». En mai 2016, Norbert Hofer, candidat du parti de la liberté (FPO) manque de peu l’élection à la présidentielle autrichienne, battu sur le fil par l’écologiste libéral Alexander van der Bellen.

L’année à venir apparaissait alors comme l’année de tous les dangers pour les tenants de l’Union européenne, en raison de la forte présence de mouvements et partis anti-immigration et souverainistes dans les États membres de l’Union. Élections législatives aux Pays-Bas, élection présidentielle en France, élections fédérales en Allemagne... autant de rendez-vous risqués pour les pro-UE sur fond de Brexit, après le séisme du référendum britannique de juin 2016.

 

La crise migratoire, ligne de fracture persistante de l’UE

Un an après, les législatives autrichiennes mettent donc un terme à la séquence. Avec un bilan mitigé, tant pour les souverainistes que pour les européistes. Malgré la percée historique du parti souverainiste et anti-immigration allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD), la chancelière allemande Angela Merkel, en dépit d’une campagne difficile, a ainsi été reconduite pour un quatrième mandat. En France, Marine Le Pen, qui surfait pourtant sur la vague souverainiste, s’est heurtée après son accession au second tour de l’élection présidentielle au barrage anti-Front national. Aux Pays-Bas enfin, Geert Wilders, dont le parti Parti pour la liberté (PVV) anti-immigration et eurosceptique bénéficiait de sondages très favorables, a réalisé un score décevant, ne parvenant pas non plus à s’imposer lors des législatives en mars 2017.

Mais, pour autant, le bilan n’est pas tout rose pour les défenseurs de l’intégration européenne. Les législatives allemandes laissent une chancelière allemande affaiblie. Aussi, Emmanuel Macron, élu avec un socle électoral bien mince, et une légitimité déjà contestée pendant l’entre-deux-tours, se retrouve quelque peu isolé aux commandes du tandem franco-allemand. Or, les législatives autrichiennes pourraient encore faire bouger les lignes au sein de l’Union européenne et bouleverser les rapports de force. Le fossé se creuse en effet entre les pays de l’est et ceux de l’ouest sur la question migratoire. En témoigne les frictions qu’Emmanuel Macron a pu susciter lors de sa tournée en Europe orientale en août dernier, ainsi que l’échange d’amabilités entre la présidente polonaise du Conseil des ministres Beata Szydlo et Emmanuel Macron au sujet de la directive européenne dite des « travailleurs détachés ».

 

Montée en puissance du groupe de Visegrad ?

L’Union européenne semble se fractionner toujours plus en deux groupes distincts selon que certains prônent l’accueil de migrants ou non. Et c’est là que le succès de la droite conservatrice autrichienne et des populistes du FPO, en mesure de constituer un gouvernement de coalition, peuvent faire basculer la situation.

D’après Barbara Kolm, présidente de l’Institut Friedrich Von Hayek de Vienne, la question migratoire a largement dominé la campagne des législatives autrichiennes. Selon la chercheuse, l’afflux massif de réfugiés en 2015 et en 2016 a non seulement lourdement pesé sur l’économie autrichienne, mais aussi sur le système de protection sociale et même sur la société tout court. « Ceux-là même qui contribuent à l’économie, qui paient des impôts et qui travaillent dur sont en réalité les perdants [de la crise migratoire] », a-t-elle fait valoir, interrogée par RT. « Le paysage politique autrichien a basculé à droite », analyse pour sa part Christian Ebner, responsable de la Chambre de commerce de Vienne, expliquant que c’est précisément en 2015 que les Autrichiens ont pris conscience, selon lui, de l’échec d’une politique qui consiste à accueillir autant de réfugiés sans papiers d’identité.

Aussi, l’Autriche pourrait se souvenir de son appartenance historique, culturelle et politique à l’Europe centrale. Pays charnière, son approche de la crise migratoire européenne est, depuis 2015, plus proche de celle des pays du groupe de Visegrad. Mis en place en 1991, ironiquement pour accélérer le processus d’intégration de la Tchécoslovaquie, la Pologne et la Hongrie, ce groupe informel est devenu aujourd’hui une plateforme privilégiant le bras de fer avec Bruxelles sur la politique migratoire d’accueil des réfugiés, ainsi que sur la redistribution des demandeurs d’asile selon un système de quotas par pays.

Le basculement par les urnes de Vienne vers un modèle proche de celui de la Hongrie de Viktor Orban pourrait donc donner du fil à retordre aux dirigeants européens, à peine remis des sueurs froides des échéances électorales européennes de 2017. Sans oublier les négociations du Brexit, toujours en cours, et la crise en Catalogne.

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