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Patrick Buisson : "Macron ne peut pas être en même temps Jeanne d’Arc et Steve Jobs"

Est-il possible d’analyser le système Macron en profondeur, sérieusement, sans a priori excessif, systématiquement pro ou anti ? Puis d’élargir l’analyse à la nouvelle situation politique de la France ? C’est ce que Patrick Buisson fait ici dans cet important entretien pour le Figaro magazine, réalisé par Alexandre Devecchio.

 

Depuis son entrée en fonction, Emmanuel Macron a fait preuve d’une gravité et d’une verticalité inattendues. Vous a-t-il surpris positivement ?

La fonction présidentielle est en crise depuis que ses derniers titulaires ont refusé d’incarner la place du sacré dans la société française. Sarkozy, au nom de la modernité, et Hollande, au nom de la « normalité », n’ont eu de cesse de vouloir dépouiller la fonction de son armature symbolique, protocolaire et rituelle. Emmanuel Macron a parfaitement analysé le vide émotionnel et imaginaire que la disparition de la figure du roi a creusé dans l’inconscient politique des Français. En France, pays de tradition chrétienne, le pouvoir ne s’exerce pas par délégation mais par incarnation. C’est, selon la formule de Marcel Gauchet, « un concentré de religion à visage politique ».

L’élection constate l’émergence d’une autorité mais celle-ci ne peut s’imposer dans la durée qu’à condition de donner corps à la transcendance du pouvoir et de conférer une épaisseur charnelle à une institution immatérielle. Il faut savoir gré à Macron de l’avoir compris jusqu’à faire in vivo la démonstration que la République ne peut se survivre qu’en cherchant à reproduire la monarchie et en lui concédant au bout du compte une sorte de supériorité existentielle. Voilà qui est pour le moins paradoxal pour le leader d’un mouvement qui s’appelle La République en marche.

 

De la cérémonie d’intronisation à la réception de Poutine à Versailles, les médias ne tarissent pas d’éloges au sujet de ses premières apparitions publiques...

Oui, même quand le nouveau président leur tourne ostensiblement le dos et n’hésite pas à remettre en cause les fondements de la démocratie médiatique : la tyrannie de l’instant, la connexion permanente, l’accélération comme valeur optimale. Le soin qu’il apporte à la mise en scène de sa parole, de sa gestuelle, de ses déplacements montre à quel point il a intégré la mystique du double corps du roi, qui fait coïncider à travers la même personne un corps sacré et un corps profane, un corps politique et un corps physique. Accomplir des gestes et des rites qui ne vous appartiennent pas, qui viennent de plus loin que soi, c’est s’inscrire dans une continuité historique, affirmer une permanence qui transcende sa propre personne. À ce propos, le spectacle du nouveau président réglant son pas sur la Marche de la garde consulaire et faisant s’impatienter le petit homme rondouillard qui l’attendait au bout du tapis rouge aura offert à des millions de Français le plaisir de se revancher de l’humiliation que fut la présidence Hollande, combinaison inédite jusque-là de bassesse et de médiocrité. Quel beau congédiement !

 

Mais n’est-ce pas simplement, de la part d’un homme de culture, une opération de communication bien maîtrisée ?

Toute la question est de savoir si, avec la présidence Macron, on sera en présence, pour le dire avec les mots de son maître Paul Ricœur, d’une « identité narrative » ou d’une « identité substantielle ». Reconstituer le corps politique du chef de l’État, lui redonner la faculté d’incarner la communauté exige que s’opère à travers sa personne la symbiose entre la nation et la fonction. Emmanuel Macron récuse le postmodernisme et veut réhabiliter les « grands récits ». Fort bien. Mais de quels « grands récits » parle-t-il ? Le roman national ou les success-stories à l’américaine ? Jeanne d’Arc ou Steve Jobs ? Honoré d’Estienne d’Orves ou Bill Gates ? Les vertus communautaires et sacrificielles ou le démiurgisme technologique de la Silicon Valley ?

C’est là où l’artifice dialectique du « en même temps » cher à Macron touche ses limites. Il y a des « valeurs » qui sont inconciliables tant elles renvoient à des visions diamétralement opposées de l’homme et du monde. Les peuples qui ont l’initiative du mouvement historique sont portés par des mythes puissants et le sentiment d’une destinée commune fondée sur un système de croyances et un patrimoine collectif. Pour recréer le lien communautaire à travers sa personne, le président Macron doit répudier le candidat Macron : mobiliser l’histoire non comme une culpabilité ou une nostalgie mais comme une ressource productrice de sens.

Lire la suite de l’article sur lafautearousseau.hautetfort.com

Comprendre l’ère Macron avec Kontre Kulture :

Patrick Buisson, sur E&R :

 



Article ancien.
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11 Commentaires

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  • Nous sommes de ceux qui n ’ aiment pas macron a priori ; mais peut être Macron nous fera t il l ’ aimer un peu ou beaucoup , ce qui serait une bonne surprise et validerait un choix inconsciemment " clairvoyant " de la part de ses électeurs .Il est tôt pour se prononcer . Mais la fonction présidentielle (exception française , gaulienne et royale comme l ’ explique Buisson ) peut réserver ce genre de bonne surprise .

     

    • oui bien sur, c’est beau de rever...
      j avais dit la meme chose a propos de sarkozy...
      quelle deception...

      pour avoir une bonne prediction sur un nouvel elu, il faut voir les lobbies qu il y a derriere, et le bilan acccompli...et c’est pour le moins inquietant avec macron...

      il y a une propagande massive autour de lui, et le controle des masses semble prendre...certes il est plus telegenique que normal premier...mais ce culte de la personnalité du systeme tout entier, avec des reflexions aussi suspectes (et volontairement manipulatrices) que celle de sarko qui dit "etre bluffé"... kmn...


    • Macron va peut-être prendre son rôle au sérieux et se la jouer Thomas Beckett, renier les racailles sionistes qui l’ont propulsé au pouvoir, les mettre à genoux peut-être, nous libérer de cette engeance nuisible... On peut rêver .


    • on va le savoir au mois de juillet avec la ceremonie incontournable du veldhiv...
      cela donnera le "la"...


  • La piété enjoint à la foi, à la charité, à l’espérance et à la prière... Si Macron veut être autre chose qu’un pantin servile et méprisable, il a comme tout un chacun un choix décisif à faire : s’il veut que la postérité lui reconnaisse de la grandeur (ce qui n’est pas exclu) il n’a pas 36 options.

    La difficulté est de parier sur la noblesse des êtres plutôt que sur leur vilenie, c’est toute la difficulté (quotidienne) de sortir du cercle vicieux du mépris pour entrer dans le cercle vertueux de la reconnaissance mutuelle...


  • Fort bien, mais les gens ont voté pour Macron parce qu’il était inculte, vide, incohérent, jeune et beau, à leur image en somme ; alors, adopter une posture de monarque dans l’optique de séduire n’a aucun sens puisque la culture du Français moyen tend de nos jours à se limiter à la Seconde Guerre mondiale et aux valeurs de la République - il peut à la limite essayer de tromper une certaine catégorie de la population plus cultivée mais bon plus futée aussi peut-être, donc...


  • Par rapport aux clowns grotesques qui l’ont précédé, on doit lui concéder qu’il sait, pour l’image, se tenir à sa place de Premier Français (pour l’instant). Ce jeune homme peut, s’il le veut, devenir le sauveur de la France, reléguer un Trump à peu de chose, dépasser un De Gaulle. Etre le Président aimé et chéri de la France pour très longtemps.
    Enfin, il le pourrait. Mais, Bon, je n’y crois pas trop.


  • Macron a fait du théâtre, il a le sens de la mise en scène . La famille Bonaparte aussi était passionnée de théâtre, "commediante, tragediante"... (Pie VII, 1813) .


  • Conseil d’un citoyen :
    Monsieur le Président,
    Parlez désormais directement aux Français, hors la présence de la clique journalistique même triée sur le volet.
    En vous priant d’agréer l’expression de ma très haute considération,
    Philippe D.


  • Macron n’est ni l’une, ni l’autre. C’est un pantin qui récite sagement les mots qu’on lui ordonne de dire.
    C’est un peu comme la marionnette Tatayet, sauf qu’on ne voit pas le type qui parle et qui lui colle une main dans le corps.
    Et puis, la chorégraphie n’est rien si elle n’est accompagnée d’une politique virile. Un roi efféminé, c’est de l’humour noir. C’est aussi crédible qu’un flamant rose qui ferait du ski de bosses à Courchevel.
    Le Roy de France est un guerrier, pas un comptable.


  • La notion de Bloc Conservateur de Buisson ( FN plus " manif pour tous " ) me plaît moins que le Bloc Souverainiste de Sapir ( alliance FN Insoumis ) ou que le Bloc Patriote de Philipot ( patriote de droite et de gauche donc FN et melenchonistes . . . ) ou que le Bloc de Soral (droite des valeurs et gauche sociale ) . Tout simplement , le bloc imaginé par Buisson a une base électorale insuffisante pour triompher et que les trois autres sont la stratégie gagnante : unir tous les adversaires du bloc bourgeois ou bloc libéral libertaire ou bloc oligarchique , anti national , cosmopolito-financier . . .)