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Quand Sergio Leone racontait son ami Ennio Morricone

Alors que la Cinémathèque, à Paris, propose une rétrospective Sergio Leone, nous vous proposons de réécouter le père du western spaghetti nous parler de sa collaboration avec le grand compositeur Ennio Morricone. C’était en 1989 sur France Culture.

 

Il était très conscient que ses films devaient en grande partie leur succès à la musique d’Ennio Morricone. Alors que la Cinémathèque française, à Paris, inaugure ce 10 octobre une rétrospective dédiée à Sergio Leone, et que Moriconne s’apprête à donner son concert d’adieu à Paris (le 23 novembre), nous vous proposons de réécouter le réalisateur de Le Bon, la Brute et le Truand évoquer son compagnonnage artistique avec le grand compositeur. C’était sur France Culture en 1989, année de sa disparition.

 

« Morricone est l’un de mes meilleurs scénaristes »

« C’est plus qu’un couple, c’est comme une sorte de mariage involontaire », confiait Sergio Leone à Noël Simsolo au sujet de son duo avec Ennio Morricone. C’était le 24 février 1989, dans l’émission Euphonia... deux mois avant sa disparition :

« On se connaît depuis longtemps. Je n’aime pas du tout me répéter et expliquer les choses plusieurs fois, et avec Ennio, c’est très facile, en un regard, nous nous comprenons tout de suite. Il y a le succès que nous avons eu ensemble, l’estime que nous avons l’un pour l’autre… Il est capable de réécrire un morceau de musique quatre ou cinq fois si je ne l’aime pas du tout. [...] C’est plus qu’un compositeur pour moi. Je n’aime pas du tout les mots dans les films, j’espère toujours faire un film muet, et la musique se substitue aux mots, alors on peut dire que Morricone est l’un de mes meilleurs scénaristes. »

Sergio Leone évoquait l’irréductibilité de leur duo, la mettant sur le compte d’une camaraderie vieille de cinquante ans : « Nous étions à l’école ensemble en 4e élémentaire, j’avais 9 ans et lui 10. » Et ce, même s’il avouait ne pas se souvenir de cette époque... Lors de leur première collaboration (Pour une poignée de dollars, 1964), Morricone signait encore sa musique du pseudonyme de « Don Savio ».

[...]

Sergio Leone se plaisait encore à rapporter cette anecdote, preuve de l’interdépendance des deux artistes.

« Quand Kubrick m’a demandé de prendre Ennio pour "Orange mécanique", il m’a fait une déclaration qui m’a beaucoup touché. Il m’a dit : “J’ai en face de moi toute la musique d’Ennio Morricone... Pourquoi est-ce que j’aime seulement tous les morceaux qu’il a faits avec vous ?" Je lui ai répondu : “Moi je déteste Strauss, alors pourquoi est-ce que j’aime beaucoup Strauss dans "2001" ? Parce qu’il est lié à une visualisation tellement précise… c’est un mariage parfait avec la musique, je me fiche de la qualité de l’instrumentalisation. Avec Ennio il faut travailler comme ça. Si vous avez le temps la patience de lui expliquer le film, de beaucoup parler avec lui, il vous donnera sûrement des morceaux fabuleux. »

Les secrets de composition de la légendaire musique d’Il était une fois dans l’Ouest

Dans cette émission, Sergio Leone se rappelait la manière dont il s’était creusé la tête pour le thème musical censé correspondre au personnage du Cheyenne joué par Jason Robarbs dans le film Il était une fois dans l’Ouest (1968), avouant que la question l’avait angoissé pendant presque un an :

[...]

« Ennio avait fait cinq thèmes. Pour le sixième, il m’a dit : “Ecoute Serge, maintenant, je te la joue au piano, peut-être ne peux-tu pas comprendre ce que j’ai dans la tête avec l’arrangement… Fais-moi confiance, laisse-moi faire, tu verras que quand elle sera terminée, la musique sera parfaite. On arrive au jour de l’enregistrement, avec soixante-dix musiciens d’orchestre, et Morricone commence à mettre en place ce morceau… Et il voit derrière la vitre mon visage qui n’était pas content du coup. Il me dit : “Ça ne marche pas…” Je lui dis : “Non. C’est vrai que tu as ajouté l’instrumentation, mais ce n’est pas ce que je voulais.” Il me dit : “Je ne sais plus ce que je dois faire, j’ai composé six thèmes que je pensais avoir arrangés à la perfection. Dis-moi, explique-moi encore ce qu’est ton personnage.” Avec Ennio, il faut parler avec des adjectifs, et des comparaisons… Je lui demande : "Tu as vu le film de Walt Disney, ’La Belle et le clochard’ ? Bien, pour moi, Cheyenne c’est le clochard. C’est un voleur, un romantique, un malin, pas fiable, mais en même temps, il sait ce qu’est l’amour." Et pendant que je m’exprimais ainsi, il se souvenait du petit chien qu’il avait vu à l’époque, et il a commencé à chantonner le thème... »

[...]

« Quand j’ai placé les bruits, sans musique, la goutte, les moulins à vent, le vent, la mouche, le train qui arrivait... il y avait toute une ambiance fantastique qui était déjà un grand morceau de musique. Et quand j’ai terminé avec mon mixeur les deux bobines, j’ai dit que je n’allais pas placer la musique, mais laisser comme ça, car je trouvais ça tellement plus enthousiasmant, ces bruits... »

Dans cette scène, l’air d’harmonica joué par le personnage de Bronson est quand même repris plus tard dans la bande originale du film, sous une forme symphonique.

Lire l’article entier et écouter l’émission sur franceculture.fr

Prolonger l’émission avec Kontre Kulture Musique :

 

À écouter ou réécouter, sur E&R :

 



Article ancien.
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20 Commentaires

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  • Trois films m’ont vraiment marqué dans ma vie :
    - Psychose d’Alfred Hitchcock (mes parents ne voulaient pas que je regarde, il y avait le rectangle blanc à l’époque, j’ai insisté mais j’ai eu très peur, c’était en 1967 ou 1968..)
    - Alexandre Nevski de Serguei Eisenstein (j’étais au collège en 5ème et il y avait une grève des profs, alors on nous a diffusé ce film dans la salle de classe, j’étais dans un collège "expérimental" à l époque, avec support audiovisuel avec télés dans les salles de cours, c’était en 1967)
    - Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone (j’étais en 3ème dans le même collège que précédemment et un camarade de classe l’avait vu au cinéma, il disait que c’était le plus grand western qu’il avait jamais vu, je ne l’ai vu moi-même en entier que bien après, dans les années 80)

     

    • Ce que je retiens de votre commentaire, c’est qu’en 67 les profs faisaient déjà grève :)
      Je crois que l’un des films qui m’a le plus marqué est Voyage au bout de l’Enfer.


  • #2060891

    Quand les hommes etaient encore... des hommes !!!
    Au cinéma parce que en réalité ils le sont encore et beaucoup plus que ne le voudrait le systeme...

    Pour celles et ceux qui n’ont pas vu le film, une des replique culte dite par C Bronson :

    "- J’ai vu trois de ces caches poussières toute à l’heure, ils attendaient un train. Il y avait trois hommes à l’intérieur des cache poussière...
    - Alors ?
    - À l’intérieur des hommes, il y avait trois balles. "

     

  • Il etait une fois dans l’ouest, la plus belle métaphore de l’homme libre au cœur de lion blessé et vengeur fasse à l’ennemi sioniste fourbe et mauvais calculateur.

    Grandiose... Sublime.

    https://youtu.be/-oSjtNMB9uI


  • #2060997

    C’est un peu la même osmose qu’entre Hitchcock et Bernard Herrmann, Ozu et Kojun Saitô, Fellini et Nino Rota. Ces compositeurs de talent sont subsumés jusqu’au génie par leur metteur en scène.


  • #2061021

    Ce qui m’a toujours dérangé dans cette scène (et ce n’est pas la seule), est que le son de l’harmonica semble sortir d’un hygiaphone placé au dessus des rails.


  • #2061051

    Et c’est dans ce même chef d’oeuvre de violence et de brutalité que Leone filme la minute la plus romantique de l’histoire, n’en déplaise aux fans de guimauve et de fausse romance à la sauce Meg Ryan ou Hugh Grant : Claudia Cardinale ésperant fébrilement que Charles Bronson remporte son duel à mort avec Fonda, pour ensuite comprendre, les larmes aux yeux, qu’il va s’en aller comme il est venu, le tout rythmé par quelques cordes pincées par Mister Ennio, inoubliable !


  • #2061074

    Sergio Leone, ce réalisateur qui était incapable de faire un mauvais film..


  • #2061110

    Si vous voulez télécharcher le mp3 de l’émission :
    https://s3-eu-west-1.amazonaws.com/...

     

  • #2061168
    le 13/10/2018 par Je suis pas Charlie
    Quand Sergio Leone racontait son ami Ennio Morricone

    Le western dit spaghetti est une forme de mépris hollywoodien pour les ritals coupables d’avoir montré l’authenticité historique du Far West et sa sauvagerie. On est loin du beau cow boy à la Gary Cooper parfumé, rasé de près comme une tafiole avec ses grands principes et ses bonnes manières.

     

    • Cela a aussi un rapport - volontaire ou non - avec les "années de plomb". Tout le cinéma italien, de la fin des années 60 jusqu’au début des années 80 (tant les grands auteurs que le cinéma bis - western, giallo, film policier urbain et comédie sexy), évoque cette période trouble.


  • Rien n’est à jeter dans ce film, c’est la perfection, autant avec les acteurs qu’avec la musique, le scénario .Tout y est . Sergio Leone et Ennio Morricone étaient des génies .

     

  • #2061223

    Au début de Farewell to Cheyenne qui est en La mineur, Morricone nous fait le coup de la sixte majeure là où pourrait attendre une sixte mineure. Il place un Fa dièse au lieu d’ un Fa sur un enchainement II V au lieu du classique VI II . J’arrête là ma pédanterie et salue ce type qui nous fait rêver.

     

  • Toutes les semaines, je prends une dose de Morricone pendant 1h...
    C’est pas ma faute, c’est une prescription de mon médecin !
    https://www.youtube.com/watch?v=Jjq...
    Un homme qui apprécie ce genre de musiques ne peut pas être tout à fait mauvais...


  • #2061354
    le 13/10/2018 par James Fortitude
    Quand Sergio Leone racontait son ami Ennio Morricone

    Exposition : IL ÉTAIT UNE FOIS SERGIO LEONE
    DU 10 OCTOBRE 2018 AU 27 JANVIER 2019
    http://www.cinematheque.fr/cycle/ex...


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