Egalité et Réconciliation
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Un « opposant patriote » est-il un terroriste en gestation ?

Le dernier livre d’Alain Bauer et François-Bernard Huyghe Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire est sorti des Presses Universitaires de France en janvier 2010. Le titre est simpliste mais il s’applique aussi à ses auteurs qui demandent : « Hier, un lecteur attentif aurait sans doute pu prévoir quelles idées déboucheraient sur quelles violences. Regretterons-nous demain de ne pas l’avoir fait maintenant ? »

Forcés de reconnaître qu’ils avaient falsifié les rapports de leurs services secrets pour accuser Saddam Hussein de fabriquer des armes de destruction massive, des crapules d’état sortirent alors de leur chapeau le concept de « guerre préventive« . Celle-ci n’a de fondement dans le droit international pas plus qu’en droit français. Dans un climat serein de paix civile, le public sait d’instinct que ce concept est arbitraire et dangereux. Il en va autrement de gens traumatisé par un terrorisme importé ou inventé, comme l’a montré Naomi Klein à propos des attentats du 11/9 et d’autres évènements (1).

Bauer et Huyghe développent dans leur livre l’application politicarde de ce concept ; voici comment ça marche. Ces experts en criminalité proposent de neutraliser le terroriste qui s’ignore, en criminalisant son milieu. Mais comment cerne-t-on le milieu d’un terroriste qui n’en est pas encore un ? Il faut ratisser large, pour n’en rater aucun ; la « guerre préventive » définira donc le « milieu terroriste » comme celui de l’opposition… Oh pas l’opposition de scène de la fausse gauche libérale, qui regarde ailleurs ou invente une dispute au sommet ou une élection interne quand son silence gêne ses militants. Les gens qui sont visés – les opposants patriotes comme Alain Soral (2) – s’opposent à la dissolution de la souveraineté française dans l’Europe régionale ultralibérale, au retour servile de la France dans l’OTAN, au soutien français à l’impérialisme de l’Oncle Sam, à la politique étrangère pro-israélienne de Sarkozy et sa soumission au CRIF, à la génération de tensions intercommunautaires et la diabolisation islamophobe et cætera. Tout républicains qu’ils soient, ces ennemis du libéralisme atlantiste réclament presque un changement de régime – ajoutez la sortie de l’Union Européenne – puisque notre République a été détournée par le libéralisme de la fausse gauche et celui de la droite molle (3) de sa fin première – liberté, égalité et fraternité. L’accusation « préventive » de « terrorisme potentiel » viendra d’elle-même, quand les fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur auront affublé les opposants patriotes du bonnet de la sédition, à la sortie du cours de « répression préventive » dispensé par Alain Bauer…

Ce dernier est le pédagogue sécuritaire que Nicolas Sarkozy parachuta à la tête de la chaire de criminologie du CNAM, pour lui confier la déformation des forces de l’ordre. Il publie depuis 1999 des livres critiqués par les sociologues qui lui reprochent sa vision catastrophiste de la criminalité, ses statistiques douteuses et son discours politiquement biaisé sur l’insécurité et le terrorisme. Quand il était Grand Maître du Grand Orient, il écrivit avec Michel Barat, Grand Maître de la Grande Loge de France, un article intitulé « Immigration, une chance pour la France » dans le Figaro du 18/10/2002 (4) avant d’analyser en 2010 les confidences anticipées du terroriste en gestation. C’est ainsi que Bauer, spécialiste prolixe de la franc-maçonnerie, applique la dialectique maçonne : tension, conflit, solution. Cette dernière profite à qui impose les conditions de la paix après avoir semé la zizanie : Bauer fait entrer les immigrés le matin et instruit la police et les gendarmes au cours du soir, sur la délinquance et la menace terroriste. Lit-il aussi à ses élèves ses vieilles piges au Figaro et le bilan annuel d’AB-Associates, la société de conseil en sécurité et gestion des crises, dont il est le président-directeur général ?

(1) « La stratégie du choc », Actes Sud, 2008 – « Naomi Klein dénonce (.) l’existence d’opérations concertées clans le but d’assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d’un ultralibéralisme tout-puissant. Ce dernier met sciemment à contribution crises et désastres pour substituer aux valeurs démocratiques (.) la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation » (présentation de l’éditeur)

(2) Alain Soral est le Président d’Egalité & Réconciliation

(3) Jean-Claude Michéa, « La double pensée : Retour sur la question libérale », Flammarion, 2008 – « Le libéralisme est, fondamentalement, une pensée double : apologie de l’économie de marché, d’un côté, de l’Etat de droit et de la « libération des mours » de l’autre. Mais, depuis George Orwell, la double pressée désigne aussi ce mode de fonctionnement psychologique singulier, fondé sur le mensonge à soi-même, qui permet à l’intellectuel totalitaire de soutenir simultanément deux thèses incompatibles. Un tel concept s’applique à merveille au régime mental de la nouvelle intelligentsia de gauche. Son ralliement au libéralisme politique et culturel la soumet, en effet, à un double bina affolant. Pour sauver l’illusion d’une fidélité aux luttes de l’ancienne gauche, elle doit forger un mythe délirant : l’idéologie naturelle de la société du spectacle serait le « néoconservatisme », soit un mélange d’austérité religieuse, de contrôle éducatif impitoyable, et de renforcement incessant des institutions patriarcales, racistes et militaires. Ce n’est qu’à cette condition que la nouvelle gauche peut continuer à vivre son appel à transgresser toutes les frontières morales et culturelles comme un combat « anticapitaliste ». La double pensée offre la clé de cette étrange contradiction. Et donc aussi celle de la bonne conscience inoxydable de l’intellectuel de gauche moderne » (présentation de l’éditeur)

(4) Le public n’a pas accès, dans le site électronique du Figaro, à cet article dont j’ai l’original. Pourquoi, Monsieur Serges Dassault ? Parce que Bauer et Barat promurent dans votre torchon partisan « le nécessaire renouvellement des populations » – les Français plus bons à rien vous remercient – « permettant de préserver les équilibres sociaux » (noms d’oiseaux ; censuré) et affirmèrent que « l’immigration peut devenir un plus pour la France »… Un plus pour quelle « France » ? Celle du roi Fric qui veut à court terme faire baisser les salaires et celle des néoconservateurs qui veulent provoquer en France le « choc des civilisations » à long terme – déjà demain ? Pour bientôt, à en juger par la culture liberticide de répression préventive à prétexte sécuritaire, dont Bauer et Huyghe font l’apologie.