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Vers un nouveau Bretton Woods ?

La "révolution silencieuse" du cours de l’or

Pour pouvoir nous rendre compte de la puissance de l’or et de son attrait depuis toujours, il faut remarquer que les civilisations ont toujours considéré l’or comme richesse suprême. Cette relique barbare d’après John Maynard Keynes, qui fait fantasmer les hommes et les femmes…

 

Cependant, indépendamment de la richesse potentielle d’un pays, de ce qu’il extrait, de ce qu’il thésaurise, l’or fait l’objet de manipulations spéculatives et on s’aperçoit globalement que les États ont perdu confiance dans l’or papier constitué depuis Bretton Woods par le dollar. À telle enseigne que beaucoup de pays et non des moindres essaient de chercher des alternatives au dollar, c’est soit le troc soit de nouvelles monnaies telles que le renminbi (RMB) monnaie chinoise, « monnaie du peuple » ou encore l’or qui semble être la planche de salut, voire la monnaie refuge par ces temps plus que jamais incertains. Souvenons-nous que le lynchage d’El Gueddafi avait comme prémices sa volonté de créer le dinar or qui remettait en cause et le franc CFA et le dollar.

 

L’histoire de l’or

Depuis 1792 les cours de l’or ont été remarquablement stables jusqu’en 1971 date à laquelle les États-Unis qui menaçaient banqueroute pour avoir fait marcher la planche à billets pour faire la guerre au Vietnam, décident de la non-convertibilité. Ce sera ensuite l’envolée des cours passant de 35 $ l’once jusqu’à 2000 pour se stabiliser autour de 1265 $ en avril 2016. On le voit, la manipulation des cours des matières premières est une constante des pays occidentaux. L’AIE a avant tout été créée pour casser les prix du pétrole en obligeant ses membres à détenir des stocks de pétrole pour 90 jours de telle façon qu’en cas de conflit, même si le prix du pétrole s’envole rapidement, par un déstockage programmé, les pays d l’AIE créent une abondance artificielle qui déprime rapidement les cours du pétrole.

« L’or a tout d’abord été directement utilisé, écrit Jean Louis dell’Oro, comme moyen de paiement, en complément de l’argent qui l’a précédé dans cette fonction : à partir de 1870, l’or devient peu à peu l’unique étalon dans les principales économies du monde. Le principe de convertibilité. L’or sera ensuite mis à mal durant les différentes guerres mondiales, les crises économiques. En 1944, les accords de Bretton Woods limitent ce principe de convertibilité or : seul le dollar US sera directement indexé sur l’or à 35 dollars par once, les autres monnaies seront, elles, indexées sur le dollar. En 1971, le déséquilibre entre les réserves or et la masse de dollars en circulation pousse les États-Unis à abandonner la convertibilité or du dollar ».

« En 1976, les Accords de la Jamaïque officialisent l’abandon du rôle d’étalon international de l’or. À partir de cette période, les cours ne seront plus fixés par les États, mais libres en fonction de l’offre et de la demande. (…) Pendant la crise, les Européens et les Américains ont acheté beaucoup d’or. Un retour de balancier s’opère de l’Occident vers l’Asie. La Chine et l’Inde sont depuis longtemps (et de loin), les premiers consommateurs mondiaux. À eux deux, ils représentent la moitié de la demande mondiale. Et ils continuent d’augmenter leurs achats de métal jaune (+50 % environ sur un an pour la joaillerie, +110 % en Inde et + 150 % en Chine pour les lingots et les pièces d’or). Autre enseignement de cet été (2013), la zone des 1 200-1 300 dollars semble être un nouveau plancher pour le cours de l’once d’or ».

 

Les réserves d’or des pays occidentaux : quelle est la réalité des stocks d’or ?

Quelles seraient les réserves américaines ? Y a-t-il une évaluation objective des réserves ?

« On estime qu’ensemble, le Fonds monétaire international (FMI) de même que les gouvernements et les banques centrales des États-Unis, du Royaume-Uni, du Japon, de la Suisse et de la zone euro détiennent une quantité impressionnante de 23.349 tonnes d’or dans leurs réserves respectives, soit une somme équivalant à 1,3 billion de dollars au prix actuel de l’or. Il y a une douzaine d’années, très peu de gens se souciaient de la façon dont les banques centrales utilisaient leurs lingots d’or. À l’époque, l’or avait été aux prises avec un cycle baissier pendant 20 ans et, à 255 $ l’once. Les temps ont changé parce que les pays en question sont tous excessivement endettés et impriment de l’argent en toute insouciance. Il serait rassurant de savoir qu’elles détiennent toujours cette "relique barbare" (…) »

« Bien que le marché haussier de l’or ait continué de progresser pendant les années 2000, les banques centrales ne sont pas devenues des acheteuses nettes d’or physique avant 2009, ce qui a coïncidé avec le moment où l’or a dépassé la marque des 1000 $ US l’once. (…)  »

 

Pourquoi Russie et Chine achètent de l’or à la tonne ?

On comprend que dans ces conditions de sauve-qui-peut, ceux qui peuvent acheter de l’or par tous les moyens pour F. William Engdahl :

« L’or est de tous les métaux rares l’un des plus fascinants. (…) Depuis 1971, les dollars fiduciaires en circulation dans le monde se sont multipliés sans limite, sans qu’ils n’aient d’autre soutien qu’une fiction soigneusement entretenue, selon laquelle la Fed a encore dans ses profondes chambres fortes la plus grande réserve d’or du monde, alléguée dépasser 8000 tonnes par la FED. C’est la cause de la grande inflation de l’économie mondiale subie ces quarante-cinq dernières années, les dollars en circulation s’étant multipliés de façon exponentielle, d’environ 2500 % depuis 1970 »

« Après le choc pétrolier d’octobre 1973, le secrétaire d’État Henry Kissinger parla de "pétrodollar". La valeur du dollar n’étant plus adossée à l’or, mais au pétrole, au pétrole de tout le monde. Le prix du pétrole avait été manipulé par Kissinger et d’autres en 1973. Du fait de son envolée de 400 % en quelques mois, l’Allemagne, la France, l’Amérique latine et une grande partie du monde, durent acheter des dollars. En 1975, quand l’Allemagne, le Japon et d’autres pays essayèrent de payer le pétrole de l’Opep avec leurs propres monnaies nationales, Washington fit aussi en sorte que les pays de l’Opep et l’Arabie saoudite n’acceptent que du dollar en échange de leur or noir ».

« Le prix du pétrole en dollar s’est effondré depuis septembre 2014 dans le monde. Passant de 103 dollars le baril à près de 30 dollars aujourd’hui. Soit une baisse de 70 % de la demande de dollars pour la plus importante matière première mondiale. Dans ce contexte politique et financier, les banques centrales russe et chinoise achètent de l’or pour leurs réserves à un rythme enfiévré. En plus de cela, la Banque populaire de Chine a annoncé dernièrement qu’elle abandonnait l’arrimage (peg) au dollar US, et se diversifiait dans un panier de devises portées par l’euro.Or, les mesures prises à l’égard de l’or par les banques centrales de Russie et de Chine, sont bien plus stratégiques ».

« Au cours de l’année écoulée, poursuit F. Engdahl, pendant que tous les yeux étaient braqués sur le prix du pétrole et du rouble par rapport au dollar, la Banque centrale de Russie achetait discrètement d’énormes volumes d’or. En janvier 2016, d’après les dernières données disponibles, la Banque centrale de Russie a de nouveau acheté 22 tonnes d’or, pour environ 800 millions de dollars au cours actuel. C’était le onzième mois d’affilée que la Russie achetait de grandes quantités d’or. En 2015, la Russie a ajouté un record de 208 tonnes d’or à ses réserves, par rapport aux 172 tonnes de 2014. Selon le World Gold Council de Londres, avec maintenant 1437 tonnes d’or dans ses réserves, la Russie en est la sixième nation plus grande détentrice. Seules les banques centrales des États-Unis, d’Allemagne, d’Italie, de France et de Chine possèdent un plus grand tonnage d’or dans leurs réserves. Il est à noter aussi qu’en vendant son portefeuille de dettes du Trésor US pour acheter de l’or, la banque centrale russe se dédollarise de facto. D’après les données de la Banque populaire de Chine révélées en juillet 2015, depuis 2009, l’or de ses réserves bancaires s’est apprécié de 57 % ».

 

La manipulation des cours de l’Or

Il semble que les Américains ont été les premiers à manipuler les cours de l’or du fait que la monnaie de référence, le dollar, est en principe garantie par son équivalent en or au cours du jour, or qui devrait être disponible à la requête des pays qui en font la demande. Il semblerait que l’ancien directeur du FMI Dominique Strauss Kahn se serait aperçu que les réserves d’or américaines n’avaient pas le volume annoncé. Cela lui aurait valu d’être arrêté, entre autre, pour un autre délit…. On apprend également qu’à ce sport les banques européennes jouent aussi à manipuler les cours de l’or.

Il s’est avéré, écrit F. Engdahl que :

« La Deutsche Bank allemande et d’autres institutions financières occidentales ont été impliquées jusqu’au cou dans la manipulation des prix de l’or et de l’argent, pendant des années. Les experts estiment qu’à cause de cela, la bourse de l’or de Shanghaï, en Chine, prendra un intérêt particulier aux yeux des investisseurs. La Deutsche Bank, la Banque de Nouvelle-Écosse, la Barclays Bank, la HSBC, la Société Générale, UBS et d’autres banques occidentales réputées, ont récemment été accusées de manipuler les prix de l’or et de l’argent, les marchés à terme, les options et autres dérivés, pendant des années. Remarquablement, le 14 Avril, la Deutsche Bank a admis avoir été impliquée dans une conspiration avec d’autres membres d’un cartel et a accepté d’en donner les noms à la Cour fédérale des États-Unis ».

« Ce n’est pas la première fois que les banquiers de Wall Street et d’autres institutions financières internationales ont été repérés à trafiquer le prix des métaux précieux, notamment le prix de l’or », souligne Engdahl. « La première fois que je suis tombé sur la preuve que certaines grandes banques internationales et Wall Street, en coopération avec la Réserve fédérale, ont délibérément manipulé le prix de l’or mondial, était à la suite de l’effondrement des marchés boursiers internationaux d’Octobre 1987, quand l’indice boursier Dow Jones a perdu 23 % en une seule journée », raconte le consultant.

« En effet, le 19 octobre 1987, les États-Unis ont connu un grave accident financier : en un jour, ce fameux lundi noir, le Dow Jones a rapidement perdu 508 points. Le crash a provoqué de profondes inquiétudes concernant l’inefficacité apparente du système monétaire étasunien ».

« John Crudele, un exceptionnel journaliste financier du New York Post et John Williams, un économiste exceptionnel du Shadow Government Statistics, m’ont informé des rapports sur la manipulation de l’or au moment où ils apparaissaient, poursuit Engdahl. La raison de cette manipulation, visiblement orchestrée par Alan Greenspan [le patron de la Fed à l’époque, NdT], était d’empêcher une ruée des investisseurs paniqués, vendant leurs actions et leurs obligations à risque pour acheter de l’or. Si l’or avait profité de la panique boursière, il aurait bien pu signifier la fin précoce du système dollar. Il a donc tout fait pour empêcher une hausse de l’or », souligne Engdahl.

C’est à se demander à quel saint se vouer devant pareil comportement immoral !

 

L’Allemagne anticiperait-elle un éclatement prochain de la zone euro ?

On dit aussi que l’Allemagne veut rapatrier son or des banques des États-Unis (Fed) mais aussi du Royaume-Uni et de France.

Lire la suite de l’article sur mondialisation.ca

En lien, sur E&R :

 



Article ancien.
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4 Commentaires

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  • #1456909
    le 02/05/2016 par Grandet
    Vers un nouveau Bretton Woods ?

    Les 8 000 tonnes d’or de Fort Knox représentent 280 milliards d’euros, c’est à dire la capitalisation boursière de General Electric, et pratiquement deux fois moins que celle d’Apple, N°1 mondial . Le PIB des USA est de 18 000 milliards de dollars, c’est à dire 60 fois plus que ses réserves en or... Fort Knox c’est donc environ 2% du pib annuel des USA : une broutille . L’or valait 400 fois plus au Moyen-Age .

     

    • #1457247
      le 02/05/2016 par mirza
      Vers un nouveau Bretton Woods ?

      Si l’or est sous-coté, attendons de voir lorsque la perte de confiance sera générale. Des châteaux de cartes vont s’effondrer et l’or va regagner peut-être une grande partie de sa vraie valeur.


  • #1456942
    le 02/05/2016 par pimprenelle
    Vers un nouveau Bretton Woods ?

    Pour revenir à l’étalon or il faudrait que le métal jaune vaille 400 fois plus qu’aujourd’hui, qu’il retrouve sa valeur du Moyen-Age : impossible, ça mettrait la moindre chaînette hors de prix .


  • #1457361
    le 03/05/2016 par peg
    Vers un nouveau Bretton Woods ?

    Ce n’est pas par hasard non plus que Pierre Jovanovic recommande d’épargner (non pas investir) dans l’or/l’argent physique. Un jour ou l’autre il sera à son cours réel.

    Certes pas évident, un napoléon aujourd’hui est de l’ordre de 210 euro, pas donné...mais en valeur réelle estimé à 10 fois plus...ca vaut des efforts.
    Pas évident non plus de se dire que pendant un temps, une partie de l’épargne est immobilisée en métaux, c’est devoir faire un choix moitié moitié quand meme en cas de coup dur immédiat de garder de la liquidité "conventionnelle" sur son compte (si on peut).

    Cependant, en fin de compte, on peut toujours fantasmer le cours du change réel non manipulé, un nouveau bretton woods qui mettrait les pendules à l’heure, ça nous ferait envisager de mener nos gourmettes chez le bijoutier pour les faire fondre...néanmoins le dilemme reste toujours le même,.
    Même si l’on débat du cours, il faut pouvoir épargner pour acheter... :D et c’est malheureusement pas accessible pour un smicard à 1100 euros au mois, cela reste encore du rêve.