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Bassam Tahhan : "Les États-Unis sont doublement gagnants avec les attaques en Arabie saoudite"

L’attaque d’installations pétrolières saoudiennes par des drones lancés par les rebelles houthis du Yémen ont fait tanguer le marché mondial du pétrole et ravivé les tensions entre Téhéran, soutien des Houthis, et Washington. Le politologue et spécialiste de la région Bassam Tahhan analyse la situation pour Sputnik.

 

C’était une offensive d’envergure aux conséquences fracassantes. Le 14 septembre, les rebelles houthis ont assuré avoir attaqué deux installations pétrolières en Arabie saoudite, pays qui se bat contre ces mêmes rebelles depuis des mois dans une guerre dévastatrice au Yémen.

Un événement qui a entraîné la chute de la moitié de la production de pétrole saoudienne. 5,7 millions de barils par jour sont concernés, cela représente environ 6 % de l’approvisionnement mondial de pétrole. Et d’après S&P Platts, spécialiste des marchés pétroliers, quelque trois millions de ces barils devraient rester en dehors du circuit durant un mois.

 

 

Le 16 septembre a vu la plus forte hausse sur le Brent depuis la création du contrat en 1988 (+14,6 %). C’est lui qui fait office de référence au sein du marché mondial. Cependant, le 17 septembre, les cours ont à nouveau chuté. Le marché a été rassuré par des informations de presse annonçant que la production saoudienne pourrait être rétablie d’ici à deux ou trois semaines. « Vers 14h30 GMT (16h30 à Paris), le baril de Brent de la mer du Nord plongeait de 6,42 % à 64,63 dollars à Londres, et celui de WTI dégringolait de 6,22 % à 59,02 dollars à New York », annonçait l’AFP.

Reste que ce contexte tendu a ravivé les tensions entre Washington et Téhéran, qui soutient les rebelles houthis dans leur conflit contre l’Arabie saoudite au Yémen. Riyad a d’ores et déjà accusé l’Iran d’être derrière les attaques. Pour Donald Trump, « il semble » que Téhéran soit coupable même s’il souhaite savoir « avec certitude qui est responsable ».

Le gouvernement iranien a pour sa part rejeté des accusations qu’il juge « insensées » et « incompréhensibles ».

« Le Yémen est la cible de bombardements quotidiens », a déclaré depuis Ankara le président iranien Hassan Rohani. Avant d’ajouter : « Le peuple du Yémen a été obligé de répondre. Ils ne font que se défendre. »

Le 15 septembre, Donald Trump, s’était dit « prêt à riposter » devant la presse :

« Je peux vous dire que c’était une très grosse attaque et notre pays pourrait très facilement y répondre par une offensive beaucoup plus grosse. »

Pour le moment, le locataire de la Maison-Blanche a privilégié le dialogue. Mais l’Iran ne souhaite pas négocier avec Washington.

« Si les États-Unis [...] se repentent de s’être retirés », en 2018, de l’accord sur le nucléaire iranien, et qu’ils décident d’y revenir, « alors ils pourront participer aux discussions entre l’Iran et les autres membres » parties à cet accord, a lancé l’ayatollah Ali Khamenei devant des étudiants à Téhéran.

Pour sa part, Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Russie auprès des Nations unies, s’est inquiété d’une situation qui pourrait dégénérer lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à New York le 16 septembre :

« Une escalade armée menace de compliquer davantage la recherche d’une solution pacifique au problème du Yémen et menace de devenir une confrontation régionale de grande ampleur », a déclaré M.Nebenzia lundi 16 septembre, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à New York.

Quant à la Chine, deuxième puissance économique mondiale et très grande consommatrice de pétrole, elle a condamné les attaques.

« La Chine [...] est opposée à toute attaque contre des civils ou des installations civiles. Nous appelons toutes les parties concernées à s’abstenir de toute mesure qui mènerait à une escalade » dans la région, a lancé le 17 septembre Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Une situation plus qu’explosive qui pourrait avoir encore de lourdes conséquences. Sputnik France a fait appel au politologue et spécialiste de la région Bassam Tahhan afin d’y voir plus clair.

 

Spuntik France : Quelles conséquences vont avoir une telle attaque sur l’économie saoudienne ?

Bassam Tahhan : « L’Arabie saoudite est susceptible de connaître une crise économique. Elle va se retrouver en difficulté pour respecter ses commandes vu que la moitié de sa production a chuté. La situation est paradoxale. Riyad ne profiterait pas tant que cela de l’augmentation des prix du pétrole. Les vrais gagnants seraient les États-Unis et les autres pays producteurs que l’on a tenté d’asphyxier il y a quelques années en faisait tout pour baisser les prix des cours. Je pense à la Russie, l’Algérie ou l’Iran. »

Les prix du pétrole ont à nouveau reculé le 17 septembre…

« Il n’est pas dit que les Houthis n’envoient pas encore des missiles sur des raffineries ou des champs pétroliers en Arabie saoudite. Un des leaders du mouvement a de nouveau enjoint Riyad à arrêter ses bombardements au Yémen sous peine de nouvelles attaques d’installations pétrolières sur le territoire du royaume. Est-ce que cette menace passera à exécution ? C’est possible. Et il faut voir tout cela à la lumière des tensions entre l’Iran et les États-Unis. »

C’est-à-dire ?

«  Plus les États-Unis font pression sur l’Iran, plus il risque de se produire des bombardements d’installations pétrolières en Arabie saoudite. Par ailleurs, Téhéran a refusé toute possibilité de rencontre avec les dirigeants américains dans le contexte actuel. L’Iran durcit le ton et a les cartes en mains. Surtout si le baril de pétrole continue de monter, ce qui aidera Téhéran à contourner les sanctions économiques dont il fait l’objet. »

Pourrait-on assister à un conflit armé entre les États-Unis et l’Iran ?

« Je ne vois pas de confrontation à court terme. Les États-Unis n’ont pas intérêt à entrer en conflit armé direct. Encore une fois, ils sont gagnants si on tient compte de la situation actuelle. C’est le plus grand pays producteur de pétrole au monde et ils vont profiter de la situation pour vendre des armes. »

Comment analysez-vous la position américaine dans cette affaire ?

« Est-ce que les États-Unis soutiennent réellement l’Arabie saoudite ? On se demande comment ils ne parviennent pas à abattre ces drones. La grande question est de savoir si la Maison-Blanche laisse faire. Il faut rappeler qu’elle est doublement gagnante avec ce bombardement. Il n’y a qu’à entendre Trump, qui se dit prêt à aider ses alliés saoudiens mais certainement pas à faire la guerre à leur place. Les États-Unis profiteraient d’une part de l’augmentation des prix du pétrole mais également du fait que l’Arabie saoudite va devoir continuer à acheter des armes aux Américains afin de se protéger. Mais peut-être qu’elle optera pour des missiles S-400 comme le président Poutine lui a proposé (rires). »

Quid de la famille royale saoudienne et de son leader, Mohammed Ben Salmane ?

« Cela fait un moment que je prédis l’effondrement des Saoud. Avec l’évolution de la situation et le renforcement de l’Iran, il est fort possible que cela précipite la chute de la famille régnante. Si vous regardez du côté des Émirats arabes unis, qui sont censés être alliés à l’Arabie saoudite au Yémen, des émissaires émiratis sont allés en Iran et ont tenté de renouer le dialogue. Et les Houthis n’ont pas attaqué les Émirats alors qu’ils auraient pu le faire. »

Si les prix du pétrole venaient à monter durablement, comment cela impacterait-il l’Europe et la France ?

« La facture serait lourde pour l’Europe. Une situation qui, là encore, se révélerait bénéfique pour l’Iran. Les pays européens sont de grands consommateurs de pétrole mais ils n’en produisent pas. Une hausse massive des prix serait catastrophique pour leurs économies, dont celle de la France. Dans ce cas-là, ils seraient amenés à s’arranger avec les pays producteurs, qu’ils soient la cible de sanctions comme l’Iran ou pas. »

 


 

L’Iran qualifie d’« avertissement » l’attaque de drones en Arabie saoudite

 

L’attaque contre les infrastructures pétrolières saoudiennes est un « avertissement » des rebelles yéménites à Riyad, a déclaré ce mercredi 18 septembre le président iranien, appelant à mettre fin à la guerre au Yémen.

 

Le président iranien Hassan Rohani a déclaré que l’Arabie saoudite devrait considérer les attaques des rebelles yéménites contre ses installations pétrolières comme « un avertissement » pour mettre fin à la guerre au Yémen.

« Ils n’ont pas frappé un hôpital [...], ils n’ont pas frappé une école [...]. Ils ont simplement frappé un centre industriel, attaqué pour vous mettre en garde. Tirez les leçons [...] de cet avertissement », a indiqué M.Rohani mercredi 18 septembre à Téhéran lors d’un conseil des ministres.

Le chef de l’État a souligné que l’Iran ne voulait pas déclencher un conflit dans la région, tout en accusant les États-Unis et la coalition emmenée par l’Arabie saoudite au Yémen d’être à l’origine des tensions.

Pour sa part, le ministre iranien de la Défense a rejeté toute responsabilité de son pays dans les attaques, répondant aux autorités américaines qui en avaient accusé Téhéran.

Les Houthis ont revendiqué la responsabilité de la double attaque menée samedi 14 septembre affirmant que dix drones avaient été utilisés pour la réaliser. La production de pétrole saoudienne a été réduite de moitié entraînant une diminution de 5 % de la production mondiale.

Riyad a tenté de rassurer les marchés mardi en annonçant que la production pétrolière saoudienne devrait revenir à la normale d’ici fin septembre.

Source : fr.sputniknews.com

 

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Article ancien.
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15 Commentaires

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  • Comme disait l’autre "tant que les pipelines sont installés on te laisse crever en toute impunité". Un hopital ou une ecole bombardée : bah c’est la guerre. Un site petrolier est attaqué : tuez-les tous.
    Decidement, a city upon a hill...

     

  • Trump cédera ou ne cédera pas ? Après ce cadeau MONUMENTAL organisé par son ami ou ennemi préféré ISRAËL.


  • C’est Israël qui a bombardé les raffineries pour provoquer une guerre US-Iran . Tous les "responsables" et autres "décideurs" doivent le savoir mais l’omerta est totale . Si c’était l’Iran qui avait fait le coup toutes ses raffineries seraient déjà détruites .

     

    • Absolument faux, aujourd hui ni les US ni Israel n a la capacité de bomberder l’Iran...


    • Bien vu. C’est évidemment un "false flag" !
      Ces pauvres rebelles n’ont à la limite que des modèles réduits radio-commandés, et le pilote doit être à proximité du bousin pour qu’il vole !

      Les drones c’est carrément autre chose : relais satellites, antennes de sol balèzes....

      Tout ça pue la magouille à plein nez !


    • @promeneur

      un module gps + une carte électronique d’interface + 2 servos fiables pour les gouvernes de direction et de profondeur, ça ne dépasse pas quelques centaines d’euros. C’est suffisant pour obtenir la précison observée sur les photos, et la marge d’erreur correspond justement aux petites différences (de l’ordre de 3 mètres) qu’il y a dans les positionnements respectifs de chaque impact (je parle des réservoirs en forme de citrouille ou d’oignon )

      La technologie du pilotage automatique par gps est tellement banalisée, que depuis plus de vingt ans, pour quelques milliers d’euros, vous trouvez dans la plupart des catalogues d’accessoires pour la plaisance marine le matériel (par exemple de marque Garmin, ou Autohelm, filiale de Raytheon) qui vous permettrais de faire un tour du monde sans jamais toucher la barre.

      La nécessité de liaison radio, par satellites ou autres, ne concerne que les drones qui renvoient une image en temps réel à un pilote resté à terre. Il s’agit de drones pour l’observation et/ou l’attaque en temps réel sur un objectif qui n’était pas précisément programmé à l’avance. Autrement dit, c’est hors-sujet pour la question de la faisabilité de l’attaque des installations d’Aramco, dont les coordonnées GPS précises sont connues à l’avance.


  • Sommes-nous réellement sûrs que les attaques proviennent des Houthis ? Car au vu du résultat obtenu, c’est inespéré pour les USA, qui ne seraient pas à leur première manipulation (loin de là !) pour en tirer des bénéfices...

     

  • Il semble qu’au coeur de ces tensions, il y a le problème de l’accord sur le nucléaire iranien. J’ai l’impression que cet accord est typiquement un produit de l’état profond, hydre internationale. Cette acte avait à mon avis pour objet de précipiter une attaque par les USA sur l’Iran. Pour repartir vers une nouvelle guerre qui plaît à Israël. Trump bien sûr ne s’est pas fait avoir. L’hydre a besoin de sang et cherche les occasions. Macron ainsi que l’Allemagne touchent des retrocommissions sur l’affaire du nucléaire iranien. Ils cherchent à créer un conflit. Il est évident que l’Iran est possédé par l’hydre et certainement que la CIA a encore des cellules là bas.


  • Bon faut arrêter de dire des conneries là !!! Les USA sont peut-être le plus gros producteur mondial, mais ils sont SURTOUT le plus gros importateur mondial !! Des prix en hausse feront du mal à leur économie. Le secteur pétrolier américain est petit par rapport aux autres secteurs économiques. Le pétrole américain est à 95% vendu aux Américains eux-mêmes !!! En moyenne ils exportent 300 000 barrils/jours pour une importation de 8 millions b/jours.

     

    • Avant de rugir votre époustouflant "Bon faut arrêter de dire des conneries là !!! " , il aurait été plus prudent de s’assurer de bien connaitre le sujet sur lequel vous rêviez de faire autorité.

      https://www.americangeosciences.org...
      Les exports US sont 25 fois (une paille !) plus volumineux que ce que vous affirmez : 7 600 000 baril/jour au lieu de vos 300 000

      La réalité économique est donc que la plupart des importations de brut sont compensées par le pétrole réexporté après avoir été traité dans les raffineries américaines. Et ainsi, les US ne sont pas les grand consommateurs de pétrole importé que vous prétendez.

      Conclusion : contrairement à ce dont vous l’avez accusé, l’auteur de l’article ne disait pas de "conneries", lui.


  • Ben non, l’explication de ce monsieur Bassam Tahhan n’arrive pas à me convaincre.
    Déjà, lorsqu’il dit que l’augmentation du prix du pétrole ne va pas profiter aux saoudiens : c’est une raffinerie qui a été visée, pas des puits de production. Un arrêt de production n’a pas les mêmes impacts qu’un arrêt, ou une diminution de traitement . Que ce soit les us et les saouds qui se soient concertés, pourquoi pas. Comme çà, ils nous feraient payer leur futur guerre contre l’Iran chaque fois qu’on passerait à la pompe. Et dans ce cas de figure, le "petit coq" embusqué serait même la Russie, qui va voir ses rentes pétrolières augmenter, d’un côté, et peut-être même faire du chiffre avec l’armement, en vendant aux deux principaux belligérants.

     

    • Un arrêt de production n’a pas les mêmes impacts qu’un arrêt, ou une diminution de traitement .

      Ce n’est pas si évident dans le cas présent. L’attaque n’a pas visé une raffinerie mais une usine de pré-traitement. Elle modifie le brut pour qu’il soit transportable et stockable sans danger.

      Et supposons qu’il soit temporairement possible d’évacuer et stocker le brut extrait malgré qu’il ne soit pas pré-traité (100 millions de barils = volume de 50 tankers de la plus grande taille existante) ; Il faudrait encore que, après réparation, l’usine de prétraitement puisse booster son activité pour rattraper le retard accumulé et reconstituer les stocks en aval.